05 juin 2015

692 Le soleil des amants

 

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                  Im. JCP ; Le Château, Oléron

 

 

Le soleil des amants

 

Soleil, je t'adore comme les sauvages

A plat ventre sur le rivage

lorsque, dernier fragment d'étincelle

que le flot multiplie,

ultime trait de lumière

que les marches de la nuit viennent altérer,

plongé dans la mer tu meurs doucement.

Et bientôt, chant de silence entendu seul des amants

que la réjouissance enflamme,

s'élève dans les airs ta cavatine italienne.

 

Alors, sous tes ardeurs

qui d'heure en heure se font plus douces,

la lèvre effleure la lèvre et,

souscrivant à l'ancien rite,

l'espèce humaine chavire cul dans le sable,

et se perpétue dans un crissement douloureux.

 

JCP 06 15 Pour Les Impromptus Littéraires juin 2015 : deux premiers vers de J. Cocteau et 10 mots imposés / 15 :

http://impromptuslitteraires.blogspot.fr/2015/06/jcp-soleil.html

 

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03 juin 2015

643 Marine vivante

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Marine vivante

 

Par la brisure du vieux cadre doré

lentement l'eau de mer s'écoule

Le bateau lourd s'est posé sur le ventre

Peu à peu de grands rochers mouillés se dressent

où déjà se pose en criant

une nuée de grands oiseaux blancs

 

JCP 04 15

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28 mai 2015

645 Paix des profondeurs

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                                                                                                     Im. JCP (Erdeven)

 

 

Paix des profondeurs

 

Les blessures lentes de la mer

que les vents ramènent

de lointains horizons

s'étalent en longues larmes blanches

sur le sable des grèves

 

Mais dans la paix de l'eau profonde

où rien ne bouge

on ignore la douleur des surfaces

où le sillage du bateau

ne laisse pas de plaie

 

JCP 04 15

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26 mai 2015

686 Jeux de jungle

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Im. : X. + JCP

 Pour "Les Impromptus Littéraires" (sujet : Animaux bizarres & noms-valise)

 

Jeux de jungle

ou : de la diététique exacte du crocolion

 

Sur le dos bien damé d'un pandamier,

langue bifide longue et vipérine,

l'un maigre et l'autre gros,

deux crotapirs animés et médisants

s'adonnaient au jeu de damoiseaux.

 

- Par ce coup-ci je gagne !, s'écria soudain le bien-nourri.

- Hippochondriaque qui trichez ! fit l'autre, le traitant de lourdaud maladif.

- Comment osez-vous, fit le gros plein de courroux, balayant de sa patte crochue les oiseaux blancs les oiseaux noirs du damier du pandamier.

- Autorhino suffisant ! fit l'autre, le disant unicorne, orgueilleux et onaniste à la fois.

On se leva le front chaud, on donna fort de la patte et de la dent, on s'égratigna profond...

...et la dispute eût persisté si, friand de lutte et de rage, de haute, double et forte dentition, un crocolion accouru ne les avait croqués tous deux - écartant le pandamier qu'il savait indigeste du damier.

Ce fut en la vaste poche que les joueurs trouvèrent, trop tard, conciliation, où déjà macéraient digérés trois cheveaux, deux chameaunogames, et bien sûr quelques chathons.

Il ne séjournait là ni cobradhonneur ni calmaraucanards, encore moins de lapinparasol ou de dindondusang, ce qui nous dispense un bel éclairage sur les mœurs nutritionnelles du crocolion - trop méconnues.

 

 JCP 05 15   Pour Les Impromptus Littéraires (sujet : animaux bizarres - noms-valise)

 http://impromptuslitteraires.blogspot.fr/

 

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23 mai 2015

685 Lueurs de l'au-delà

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Lueurs de l'au-delà

 

Au matin disparus

trois éclats de galaxie

ont dû tomber cette nuit

dans le jardin

 

JCP 05 2015

  

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Image ci-dessous : Erdeven (Morbihan), août 2013

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20 mai 2015

672 Impermanence

 

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Impermanence

 

Le blé croît

les arbres s'élèvent vers le ciel

la fleur s'épanouit l'enfant grandit

L'air se retire et leur cède la place

                                     un moment

Il sait bien qu'il la reprendra

                                            bientôt

 

 

JCP 05 15

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Fin de nuit sous la pluie

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                                    Toulouse, rue du May (im. JCP)

 

 

Fin de nuit sous la pluie

 

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1

 

                                                         Au terme de trois accidents de réverbère - mal disposés sur un trottoir onduleux -, je finis par trouver la rue.

Ma rue.

Et la porte vitrée du petit commun.

Celui où j'habite.

Pourtant de cuir noir, le toucher lisse et l'odeur familière, mon blouson ne contenait dans ses poches ni mes clés ni mon portefeuille, mais un mouchoir sale, un peu de monnaie, une boîte de cachous et quelques papiers. Je découvris alors qu'il pleuvait et que, manches trop longues et fermeture bloquant à mi-course, ce blouson était celui d'un autre.

Collé au mur, cheveux mouillés comme à la douche et visage ruisselant, la soirée tequila au Macambo tournait au vinaigre : au terme de ces chaudes retrouvailles, le désordre de fin de soirée avait glissé jusqu'au porte-manteau, au moins pour deux des anciens élèves de l'INSA - dont moi-même.

Misant sur l'honnêteté sans faille des gens de science, restait le manque d'abri à quatre heures du matin sous la pluie - et la perspective d'un immédiat plus qu'ennuyeux : voiture inutile sans clé, impossibilité de réveiller l'immeuble tout entier où je ne connais encore personne - d'ailleurs, qui descendrait m'ouvrir en pleine nuit à Toulouse ?

Bistrots métro fermés, gare lointaine, dessous du pont Neuf bourré de SDF cuvant leur pinard verbe haut et geste imprévisible, je fus heureux d'un abribus tout en haut de l'avenue Jean-Jaurès, et me blottis tremblant contre la vitre glaciale, fesses mouillées sur le banc de tôle perforée - inoxydable à point nommé.

- Brrr !...

La pluie ne cessait pas et, sortant progressivement de son anesthésie éthylique, mon mental charriait des nuages noirs.

 

 

2

Soudain une voix de femme, forte et assurée :

- Y aura plus de bus à cette heure tu sais ; mais t'es tout mouillé... viens chez moi, je te réchaufferai...

Une professionnelle des situations désespérées se tenait campée devant moi, sous son parapluie, la cuisse affirmative résillée de noir.

- Je voudrais que j'ai pas un rond - et puis c'est pas le sujet ! répondis-je avec animosité : j'ai paumé mes clés et j'attends le jour pour rentrer chez moi - encore qu'il me faudra un serrurier...

Toute disposée à m'entendre (ces femmes là sont compatissantes), je lui fis connaître mes déboires, ce qui l'anima beaucoup (ces femmes-là sont férues de fête et de fêtards).

- Bon, bon, t'as l'air sincère et je te vois bien triste mon Loulou, y sera pas dit que Clara elle a pas bon cœur, allez, viens quand même te mettre au chaud, je rentrais moi aussi tu vois, je crèche tout à côté, viens, il est tard... fit-elle d'une voix soudainement adoucie.

- Mmm...

- T'as pas confiance bien sûr...

- Si...

- Ah mais j'ai pigé, t'as la trouille que mon mac se pointe ; rassure-toi : il est à l'hostau pour un bon moment - règlement de comptes ; y croyait faire dans le gros trafic, il a pas les épaules le pauvre Chou, enfin...

- Euh, t'en parles comme si tu l'aimais, je sais que vous êtes bizarres, les femmes, mais...

- Hé, c'est mon mac mais c'est mon mec, il est super avec moi, je suis sa reine qu'il dit toujours, sûr que je l'aime beaucoup... Bon, tu viens ou tu prends racine ?

- Ouais, c'est d'accord. T'es sympa ; en plus t'étais pas obligée ; je te suis.

- Sympa pour une pute ?

- Non, non, j'ai pas dit ça, au contraire, y a plein de filles qui feraient pas ça, t'es chouette.

 

 

3

Vaste et luxueux mais sans tapage, l'appartement était très classe (même pour une pute).

- Belle piaule, fis-je admiratif.

- Mon Robert m'en laisse assez, ça va pour moi. Quitte ces fringues et mets-toi à l'aise. Tu peux te désaper devant moi, je te sauterai pas dessus ; décontracte-toi, allez, t'es bien ; là... donne aussi ton slip, on va sécher tout ça.

J'eus le sentiment de me déshabiller - asexué - en consultation chez quelque toubib des chagrins, et le fait est que je sentais monter à ma lèvre un sourire sans cause apparente.

Bain à bulles dans la baignoire monumentale, peignoir de soie, canapé plus confortable qu'un lit, petit déjeuner royal en tête à tête avec cette jeune femme dont l'étrange beauté gommait la face connue, amabilité souriante... Je pris congé tout confondu vers neuf heures, incapable de retenir un "naturel" :

- Je peux repasser te voir à l'occasion ?

- Mais bien sûr mon Chou, viens boire le café quand tu veux ; tiens, appelle-moi d'abord à ce numéro là :

Elle glissa une carte dans la poche de mon blouson trop grand, puis m'embrassa bruyamment sur les deux joues comme le ferait une vieille amie, et je me retirai, vêtements séchés par des soins de mère, complètement déboussolé.

Il ne pleuvait plus et les réverbères, en ordre parfait sur le trottoir rectiligne, resplendissaient sous un soleil déjà haut.

 

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JCP  05 15 Pour Les Impromptus Littéraires, sujet proposé : "Quatre heures du mat', sans clés, sans bagnole, sans toit, il pleut" :

http://impromptuslitteraires.blogspot.fr/2015/05/jcp-4h-du-mat.html

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13 mai 2015

665 Autoroute

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Autoroute

 

Les deux côtés égaux

de ce triangle long

qui par devant l'écran de verre

défilent à mes côtés

maintenant je le vois

ne se rencontrent pas

 

JCP  04 15  

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12 mai 2015

673 Le voyage du rayon de soleil

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673  Le voyage du rayon de soleil

 

Aux confins des grandes vacuités,

Là où le jour jamais ne s'endort,

Un rayon de soleil attristé

Se lamentait de son pauvre sort.

 

- On ne fait rien que rayonner,

Morne destin d'une vie bornée

Disait-il, à produire lumière

Sans connaître ce qu'on en peut faire.

 

Un beau jour de ces jours sans fin,

Il s'échappa de la chaude étreinte

Pour aller courir le monde enfin,

Et voir de plus près toutes ses teintes.

 

C'est ainsi qu'il se porta sur terre.

Mais la parcourant de ses grands pas

Ce qu'il y vit ne le ravit pas,

Car on y faisait partout la guerre.

 

Certes on pouvait voir des montagnes

Reflétées dans des lacs aux eaux bleues,

Ou les arbres des vertes campagnes

Montrer le soir des reflets de feu.

 

Et pourtant ce décor trompeur

Abritait la mort comme la peur.

 

Le rayon tête basse

Laissa les terriens,

Et d'humeur lasse

Rejoignit les siens.

 

 

JCP 05 15  Pour Les Impromptus Littéraires (thème : reflets) :

http://impromptuslitteraires.blogspot.fr/2015/05/jcp-reflets.html

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06 mai 2015

671 La soif de l'or

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La soif de l'or

 

Li-Wang le vieux marchand

Aimait beaucoup l'argent

Qui remplissait ses coffres.

Mais de la soif des ogres

Il voulait tant et trop

Qu'il ne trouvait repos.

 

Par les dieux implorés

Dix mille pièces d'or

Adoucirent son sort -

Et son rêve doré.

 

- Est-ce bien suffisant

Que ces quelques centimes ?

Disait le richissime

Aux grands dieux se plaignant.

 

Ce qu'il toucha dès lors

Se transformait en or

Mais il vit tôt sa fin

Car il mourut de faim.

 

Un tiens dit-on vaut mieux

Que deux promis des dieux.

 

(Adaptation libre d'un conte Zen).

JCP 05 15, pour "Les Impromptus Littéraires"

"Ce qui te manque, cherche-le dans ce que tu as" ( Koan zen)

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