03 novembre 2013

Thich Nhat Hanh, S’asseoir

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1 (TNH S’asseoir)

 

La première chose à faire est d’arrêter tout ce que vous étiez en train de faire.

 

 

2

 

Asseyez-vous à présent dans un endroit où vous vous sentez à l’aise.

 

Cela peut être n’importe où.

 

 

3

 

Observez votre respiration.

 

 

4

 

En inspirant,

soyez conscient

que vous inspirez.

 

En expirant, sachez que vous expirez.

 

 

 

5 - OBSERVATION DE L’ASSISE (TNH, S’asseoir)

 

Nombreux sont ceux qui passent beaucoup de temps, trop de temps à rester assis. Nous sommes assis devant l’ordinateur et nous sommes assis en voiture. S’asseoir, dans ce livre, signifie s’asseoir de telle sorte que vous savouriez l’assise. C’est s’asseoir dans la détente, l’esprit éveillé, calme et clair. C’est ce que nous appelons l’assise, et cela demande de l’entraînement et de la pratique.

 

 

6 - LE SOUFFLE, LE CORPS ET L’ESPRIT (TNH, S’asseoir)

 

Dans notre vie quotidienne, notre attention est éparpillée. Notre corps est en un endroit, notre souffle est ignoré et notre esprit erre en tout lieu. Dès que nous portons notre attention à notre respiration, le temps d’une inspiration, ces trois éléments : le corps, le souffle et l’esprit, se rassemblent. Une ou deux secondes peuvent suffire : vous revenez en vous-même, votre conscience rassemble ces trois éléments et vous devenez pleinement présent dans l’ici et le maintenant. Vous prenez soin de votre souffle, vous prenez soin de votre corps et vous prenez soin de votre esprit.

 

Quand vous préparez une soupe, vous ajoutez un à un tous les ingrédients afin qu’ils se mélangent harmonieusement, avant de les laisser mijoter. Notre souffle est le bouillon qui rassemble les différents éléments. Nous baignons notre corps et notre esprit dans le souffle pour qu’ils ne fassent plus qu’un. Nous sommes parfaitement présents, corps et esprit unis.

Nous n’avons besoin de contrôler ni notre souffle, ni notre corps, ni notre esprit. Il nous suffit d’être là pour eux. Nous les laissons être eux-mêmes. Voilà ce qu’est la non-violence.

 

 

7 – LA PAIX EST CONTAGIEUSE (TNH, S’asseoir)

 

L’énergie de pleine conscience peut vous aider à embellir tout vôtre être. Portez simplement votre attention à votre respiration. Laissez-la être telle qu’elle est et vous verrez que, d’elle- même, elle deviendra naturellement plus calme, plus profonde et plus harmonieuse. Tel est le pouvoir de la reconnaissance simple. Dès que votre souffle sera plus profond et plus paisible, il aura une influence sur votre corps et votre esprit. La paix et le calme sont contagieux.

 

 

8 – UN BATEAU SUR L’OCÉAN (TNH, S’asseoir)

 

Imaginez un bateau avec beaucoup de personnes à bord, qui en traversant l’océan se trouvent piégées dans une tempête. Si certaines se mettent à paniquer et à agir de façon inconsidérée, elles mettront tout le monde en danger. Mais la conscience d’une seule personne paisible peut inspirer les autres à garder leur calme. Elle peut sauver le bateau tout entier. C’est le pouvoir de la non-action. La qualité de l’être est le fondement de toute action juste. Quand nous examinons nos actes et ceux de notre entourage, nous pouvons voir la qualité de l’être qui les accomplit.

 

 

9 – NE RIEN FAIRE (TNH, S’asseoir)

 

Pensez aux arbres qui forment une forêt : ils ne parlent pas, mais chacun d’eux ressent la conscience de ses congénères. Quand vous les regardez, vous pouvez croire qu’ils ne font rien, mais en réalité ils poussent et fournissent de l’air pur aux êtres vivants, pour que ceux-ci puissent respirer. Plutôt que de présenter la méditation assise comme une pratique de concentration, de regard profond et de réalisation, je préfère la décrire comme le plaisir de ne rien faire. S’asseoir, c’est avant tout se délecter du plaisir de s’asseoir, d’être pleinement vivant et en contact avec les merveilles de notre corps qui fonctionne, avec les merveilles autour de nous : l’air frais, la voix des personnes près de nous, les chants des oiseaux, les couleurs du ciel toujours changeantes…

 

 

10 – LA MÉDITATION (TNH, S’asseoir)

 

L’expression utilisée pour l’assise consciente est méditation assise. Zen est le terme japonais pour dhyana en sanscrit, qui signifie méditation. La méditation est simplement la pratique de l’arrêt et du regard profond.

Vous n’avez pas besoin de vous asseoir pour méditer. Chaque fois que vous regardez en profondeur (que vous marchiez, coupiez les légumes, vous brossiez les dents ou vous rendiez aux toilettes), vous pouvez méditer.

Pour regarder profondément, vous devez prendre le temps de tout arrêter et de voir ce qui est là.

 

Avec la pleine conscience de la concentration, vous pouvez diriger votre attention vers ce qui est là et regarder en profondeur. Vous pouvez commencer à voir la nature véritable de ce qui se trouve devant vous. Il peut s’agir d’un nuage, d’un caillou ou d’un être humain, il peut s’agir de notre colère, ou encore de notre corps et de sa nature impermanente.

 

Chaque fois que nous nous arrêtons vraiment et que nous regardons en profondeur, nous parvenons à une meilleure compréhension de la nature véritable de ce qui est là en nous et autour de nous.

 

 

11 - NE RESTE PAS LÀ À FAIRE QUELQUE CHOSE, ASSIEDS-TOI (TNH, S’asseoir)

 

Quand quelqu’un vous dit : « Ne reste pas assis là sans rien faire, fais quelque chose », il vous pousse à l’action.

Mais si la qualité de votre être est médiocre (s’il n’y a pas assez de paix, de compréhension et de compassion en vous, si vous avez encore beaucoup de colère et de soucis), alors vos actes seront médiocres également.

Vos actions devraient se fonder sur une qualité élevée de votre être. Être, c’est ne pas agir ; la qualité de l’action dépend donc de la qualité de la non-action.

 

La non-action, c’est déjà quelque chose. Il y a des personnes qui semblent ne pas faire grand-chose, mais dont la présence est cruciale au bien-être du monde. Peut-être connaissez-vous de telles personnes : elles sont stables, n’ont pas un emploi du temps surchargé, ne gagnent pas beaucoup d’argent et ne sont pas engagées dans de nombreux projets, mais elles sont très importantes à vos yeux car la qualité de leur présence les rend vraiment disponibles.

Elles contribuent à la non-action par la belle qualité de leur être. Être dans l’ici et le maintenant, solide et pleinement vivant, est une contribution très positive à notre société.

 

 

12 - HISTOIRE : LE MOINE SUR L’ESTRADE (TNH, S’asseoir)

 

Quand j’étais moine novice au Vietnam, je me suis rendu dans un temple appelé Hai Duc, (et) j’y ai vu un maître pratiquer l’assise. Il n’était pas dans la salle de méditation. Il était assis sur une simple estrade faite (à peu près) de cinq planches de bois. Elle était peinte en marron et très propre, une petite table aux pieds légèrement arqués y était disposée, avec un vase posé dessus. J’ai regardé le maître zen assis sur l’estrade, derrière la table. Il avait l’air tout à fait naturel et paisible, le dos droit et le corps détendu.

 

Dans mon enfance, j’avais vu un dessin du Bouddha assis dans l’herbe. Il paraissait vraiment libre, détendu et paisible, tout en semblant très gentil. Et à ce moment-là, je voyais un véritable être humain assis comme lui. C’était une personne comme moi ; ce n’était ni une illustration, ni un être qui venait d’un autre monde. La vue de ce moine sur l’estrade fut pour moi une expérience mystique. Je voulus alors être capable de m’asseoir comme lui. Je savais que m’asseoir ainsi m’apporterait du bonheur.

 

 

13 - EN FAIRE MOINS (TNH, S’asseoir)

 

Beaucoup d’entre nous essayent d’en faire toujours plus. Nous sommes dans l’action parce que nous nous croyons obligés de l’être, ou parce que nous voulons gagner de l’argent, accomplir quelque chose, prendre soin des autres, ou rendre notre vie et ce monde meilleurs. Souvent, nous agissons sans réfléchir, par habitude, pour répondre aux attentes d’autrui ou parce que nous croyons que c’est notre devoir. Mais si les fondations de notre être ne sont pas suffisamment solides, alors plus nous agissons, plus nous embrouillons notre entourage.

 

Parfois, nous entreprenons beaucoup, mais en fait nous ne faisons vraiment pas grand-chose. Nombreuses sont les personnes qui travaillent énormément. Il y en a aussi qui ont l’air de méditer souvent, de consacrer de nombreuses heures par jour à la méditation assise, au chant, à des récitations, aux prières, mais qui ne transforment jamais leur colère, leur frustration et leur jalousie. C’est parce que le fondement de tous nos actes est la qualité de notre être. Si nous agissons dans la poursuite d’un but, dans le jugement ou dans le désir de possession, alors tous nos actes - même notre méditation - sont teintés par cet état d’esprit. La qualité de notre présence est l’élément le plus positif que nous puissions offrir au monde.

 

 

14 – SAVOUREZ VOTRE RESPIRATION (TNH, S’asseoir)

 

Quand vous vous asseyez, la première chose à faire est de prendre conscience de votre respiration. Prendre conscience de sa respiration est la première étape de l’attention à soi. En prenant conscience de votre inspiration et de votre expiration, vous pouvez observer comment votre souffle se déplace dans votre corps. Vous commencez à prendre soin de votre corps et de votre esprit, et à trouver la joie dans le simple fait de respirer. Chaque inspiration peut apporter de la joie ; chaque expiration peut apporter calme et détente. C’est une raison suffisante pour s’asseoir. Nous n’avons pas besoin de devenir plus intelligent ou de nous éveiller pour nous asseoir. Nous pouvons nous asseoir simplement pour apprécier l’assise et la respiration.

 

 

15 – LA JOIE DE LA MÉDITATION (TNH, S’asseoir)

 

Si vous demandez à un enfant : « Pourquoi manges-tu du chocolat ? », celui-ci vous répondra sûrement : « Parce que j’aime ça ». Il n’y a aucun but derrière sa délectation de chocolat. Imaginez que vous gravissiez une colline et que vous vous teniez à son sommet pour regarder le paysage. Peut-être vous sentirez-vous bien, là-haut sur la colline. Aucune raison ne vous pousse à y être. Asseyez-vous pour vous asseoir. Soyez debout pour être debout. Il n’y a aucun but, aucun objectif à atteindre. Faites le parce que cela vous rend heureux.

 

 

16 – UNE CÉLÉBRATION (TNH, S’asseoir)

 

Si vous inspirez et expirez en pleine conscience, vous avez déjà la vision profonde. Tout le monde respire, mais tout le monde n’est pas conscient qu’il respire. Quand vous inspirez en pleine conscience, vous vous rendez compte que vous êtes en vie. Si vous n’étiez pas en vie, vous ne seriez pas en train d’inspirer. Être en vie est le plus grand de tous les miracles, et vous pouvez vous en réjouir. Quand vous inspirez ainsi, votre souffle devient une célébration de la vie.

 

 

 

17 – SUIVRE SON SOUFFLE (TNH, S’asseoir)

 

La pleine conscience est toujours une pleine conscience de quelque chose. Quand nous sommes en pleine conscience, nous sommes attentifs ; mais sur quoi portons-nous notre attention ? La pleine conscience a toujours un objet. Quand nous nous asseyons, nous prenons conscience de notre inspiration et de notre expiration. Suivez votre souffle du début de chaque inspiration jusqu’à la fin de chaque expiration. C’est la pleine conscience de la respiration. Chaque fois que nous pratiquons la respiration consciente, nous goûtons un peu plus à la pleine conscience.

 

 

18 – REGARDER EN PROFONDEUR (TNH, S’asseoir)

 

La méditation assise est une pratique qui nous aide à nous guérir et à nous transformer. Elle nous aide à être parfaitement présents, corps et esprit unis, et à regarder profondément en nous-mêmes ainsi que dans ce qui nous entoure, afin de voir clairement ce qui est vraiment là. En regardant en profondeur, nous faisons la lumière sur les recoins de notre esprit et pénétrons le cœur des choses pour voir leur nature véritable.

 

 

19 – LA MÉDITATION DANS LA VIE QUOTIDIENNE (TNH, S’asseoir)

 

Pour la plupart des gens, le terme méditation renvoie à la méditation assise. Mais il existe de nombreuses formes de méditation. La pleine conscience en est une, et peut être pratiquée n’importe où et quelle que soit la position de notre corps, que nous soyons assis, marchant, debout ou allongés. Chaque fois que nous accomplissons nos activités quotidiennes dans l’attention, nous pratiquons la méditation.

 

 

20 – LA VISION PROFONDE (TNH, S’asseoir)

 

En regardant en profondeur, le pratiquant de méditation acquiert la vision profonde ou la sagesse, prajña. La vision profonde a le pouvoir de nous libérer de nos souffrances et de nos attaches. Au cours de la méditation, les chaînes sont déliées, les blocs de souffrance intérieurs tels que le ressentiment, la peur, la colère, le désespoir et la haine sont transformés, les relations aux êtres humains et à la nature deviennent plus faciles, la liberté et la joie peuvent pénétrer en nous. Nous prenons alors conscience de ce qui est en nous et autour de nous ; nous sommes plus frais et plus vivants au quotidien. Comme nous sommes plus libres et plus heureux, nous cessons de faire souffrir les autres par nos actions et nous sommes capables d’apporter le changement en nous-mêmes, ainsi que d’aider notre entourage à devenir libre.

 

 

21 – POURQUOI S’ASSEOIR ? (TNH, S’asseoir)

 

Quand nous nous asseyons, nous apportons nourriture et joie, à nous-même et aux autres. Chaque fois que nous nous asseyons, faisons-le de sorte que le monde entier en bénéficie. Nous sommes solides. Nous sommes détendus. Nous sommes calmes. Nous sommes heureux de l’assise. Nous nous asseyons comme si nous étions sur une fleur de lotus et non sur un amas de charbons ardents.

 

 

22 - L’INSTANT D’ÉVEIL (TNH, S’asseoir)

 

Siddhartha, l’homme qui devint le Bouddha il y a bien longtemps en Inde, était resté assis un long moment au pied de l’arbre de la Boddhi. On aurait pu croire qu’il restait assis sans rien faire, mais son corps prenait aussi part à son éveil. Siddhartha observait son corps, ses sensations et ses perceptions de très près. Comme il continuait de pratiquer, son pouvoir de pleine conscience et de concentration se renforçait de plus en plus. Un jour, à l’aube, quand l’étoile du matin apparut dans le ciel, il ressentit un sentiment de libération qui dissipa en lui toutes les ténèbres. Ce fut l’instant d’éveil.

 

 

23 – LA PRATIQUE DE LA NON-FORME (TNH, S’asseoir)

 

Il y a des personnes qui sont très drôles quand elles s’assoient : elles essayent de montrer qu’elles sont en train de pratiquer la méditation assise. Quand vous inspirez dans la joie et la pleine conscience, n’essayez pas de vous mettre en avant, comme si vous disiez : « Regardez, je suis en train d’inspirer en pleine conscience. » Ne vous souciez pas de votre apparence extérieure quand vous êtes assis. Pratiquez la pratique de la non-forme. La meilleure façon de transmettre de transmettre l’essence de la pratique est de se centrer sur l’intérieur et non sur la forme.

 

 

24 - JE SUIS CHEZ MOI, JE SUIS ARRIVÉ (TNH, S’asseoir)

 

Quand vous vous asseyez, faites-le de façon à ressentir que vous êtes chez vous. S’asseoir n’est pas lutter pour arriver quelque part. Quand vous vous asseyez, asseyez-vous de telle sorte que vous soyez arrivé dans l’instant présent. Savourez votre arrivée. Quelle merveille d’être arrivé ! Quelle merveille de vous sentir chez vous, de sentir que votre demeure véritable est dans l’ici et le maintenant ! En vous asseyant ainsi, la joie et la paix deviennent réalité. Vous irradiez cette joie et cette paix, et cela profite à tout votre entourage.

 

 

25 -  LA LIBERTÉ (TNH, S’asseoir)

 

Ancrés dans l’instant présent, nous pouvons être libres des regrets concernant le passé et des peurs à propos de l’avenir. Le bonheur est impossible sans liberté. En revenant à l’instant présent, nous nous libérons de nos soucis, de nos peurs, de nos regrets, de nos projets et de notre affairement.

 

 

26 - OÙ QUE VOUS SOYEZ, PRATIQUEZ (TNH, S’asseoir)

 

Disposer d’un lieu paisible où s’asseoir, à la maison ou au travail, est vraiment merveilleux. Mais vous pouvez pratiquer l’assise en pleine conscience où que vous soyez. Si vous prenez le train ou le bus pour vous rendre au travail, voilà deux endroits parfaits pour pratiquer l’assise. Plutôt que de penser à vos projets, à vos collègues où à votre liste de tâches, vous pouvez apprécier la pratique de l’inspiration et de l’expiration pour relâcher les tensions de votre corps et offrir à votre esprit une pause dans le flot de vos pensées. Vous pouvez transformer le bus ou le train en salle de méditation. Faites bon usage de votre temps, où que vous soyez, pour vous nourrir et vous guérir.

 

 

27 - ÊTRE ASSIS CONVENABLEMENT (TNH, S’asseoir)

 

Quand vous vous asseyez, gardez votre colonne vertébrale bien droite, tout en permettant à votre corps d’être détendu. Quand votre posture assise est détendue et stable, vous pouvez rester assis confortablement pendant un long moment. Une posture stable calme le corps et l’esprit. En nous asseyant sans bouger, nous minimisons les actions du corps, de la parole et de l’esprit afin de ne pas être entraînés ça et là par des pensées ou des sensations dans lesquelles nous risquerions de nous noyer. Nous devenons ainsi plus solides.

 

 

28 - SOUS L’ARBRE DE L’ÉVEIL (TNH, S’asseoir)

 

Un gatha est un court poème traditionnel que vous pouvez réciter pendant votre méditation. Vous pouvez en inventer ou réciter ceux que vous avez appris. En voici un :

Assis ici sous l’arbre de l’éveil,

Mon corps est stable,

Ma pleine conscience inébranlable.

 

 

29 - HISTOIRE : S’asseoir en prison (TNH, S’asseoir)

 

Une de mes élèves vietnamiennes avait étudié la littérature anglaise à l’université d’Indiana avant de rentrer au Vietnam, où elle fut ordonnée moniale. En tant que moniale, elle essayait de soulager la souffrance des personnes dans leur quotidien, ce qui a fait peur au régime en place. Lorsqu’elle fut arrêtée par la police et emprisonnée pour ses actions, elle se mit à pratiquer la méditation assise dans sa cellule. C’était difficile, parce que les gardiens considéraient sa pratique comme un acte de provocation. Ils croyaient qu’elle les défiait en s’asseyant paisiblement. Elle devait attendre la nuit, une fois les lumières éteintes, pour pouvoir s’asseoir comme une personne libre. Les gens qui l’avaient emprisonnée essayaient de la contrôler. Il lui fallait pratiquer pour ne pas perdre la tête ; s’asseoir ainsi lui permettait d’avoir de l’espace dans son cœur.

Elle enseigna aussi aux autres détenus comment s’asseoir et respirer de façon à souffrir moins. Vue de l’extérieur, elle était emprisonnée, mais en fait elle était complètement libre.

Si vous pouvez vous asseoir ainsi, les murs disparaîtront. Vous serez en contact avec l’univers tout entier. Vous aurez plus de liberté que ceux qui sont dehors mais qui s’emprisonnent dans leur agitation et leur colère. Beaucoup de choses peuvent nous être volées, mais notre détermination et notre pratique ne peuvent pas l’être.

 

 

30 – DÉTENTE (TNH, S’asseoir)

 

Asseyez-vous de telle sorte que vous vous sentiez vraiment détendu. Détendez tous les muscles de votre corps, y compris ceux du visage. Le meilleur des moyens de détendre les muscles du visage est de sourire légèrement pendant l’inspiration et l’expiration. Ne faites pas de gros efforts, ne luttez pas, ne vous battez pas contre vous-même quand vous êtes assis. Lâchez prise de tout. Cela vous évitera d’avoir mal au dos, aux épaules ou à la tête. Si vous pouvez trouver un coussin bien adapté à votre corps, vous pourrez rester assis longtemps sans être fatigué.

 

 

31 – JUSTE S’ASSEOIR (TNH, S’asseoir)

 

Parfois, des personnes disent qu’elles ne savent pas quoi faire pendant l’assise. Juste s’asseoir : telle est la recommandation de l’école de méditation zen sôto et de notre tradition. Cela signifie que vous devriez vous asseoir sans attendre de miracle, pas même celui de l’éveil. Si vous vous asseyez en étant dans l’attente, vous n’êtes pas dans l’instant présent. L’instant présent comprend la totalité de la vie.

 

 

32 - LÂCHEZ PRISE (TNH, S’asseoir)

 

Asseyez-vous de telle sorte que vous vous sentiez léger, détendu, heureux et libre. Beaucoup d’entre nous ont tant de soucis et de projets qui pèsent lourdement sur leurs épaules. Nous portons nos peines du passé et notre colère comme des valises qui rendent notre vie pesante.

La méditation assise est un moyen de pratiquer le lâcher-prise quant à tout ce que nous portons inutilement. Ces choses-là ne sont rien d’autre que des obstacles à notre bonheur. La légèreté dans l’assise et la légèreté dans la respiration nourrissent le corps et l’esprit.

Quand nous sommes calmes, nous pouvons regarder une émotion difficile en profondeur pour en voir les racines et mieux la comprendre. D’abord, nous nous nourrissons de la joie de la méditation, en calmant notre souffle, notre corps et nos pensées. Cela nous apporte un certain apaisement et nous donne une fondation plus solide pour embrasser et regarder profondément nos difficultés.

Enfin, nous pouvons examiner notre émotion pour savoir si elle est fondée sur un évènement présent ou sur un évènement passé auquel nous sommes encore attachés. Si cela vient du passé, nous pouvons commencer à lâcher prise, pour mieux voir et vivre vraiment l’instant présent. Ainsi nous pouvons transformer cette émotion difficile et obtenir la guérison dont nous avons besoin.

 

 

33 -  SOURIRE (TNH, S’asseoir)

 

Pendant l’assise, songez à arborer un léger sourire. Ce sourire doit être naturel, ni grimace ni sourire forcé. Le sourire détend tous les muscles faciaux. Quand vous souriez à votre corps tout entier, c’est comme si vous preniez un bain dans une rivière d’eau douce et fraîche.

 

 

34 - LE BONHEUR (TNH, S’asseoir)

 

Quand nous nous détendons et que nous calmons notre corps pendant l’inspiration et l’expiration, nous pouvons déjà ressentir la joie et le bonheur. C’est la joie d’être en vie, de pouvoir nourrir le corps en même temps que l’esprit. S’asseoir tout en sachant que nous n’avons rien d’autre à faire qu’inspirer et expirer en conscience est un grand bonheur. Nombreux sont ceux qui s’agitent comme les puces dans leur vie surchargée sans jamais avoir la chance de goûter à cette joie. Ne vous inquiétez pas si vous n’avez pas beaucoup d’heures à consacrer à l’assise. Quelques instants d’assise et de respiration consciente peuvent déjà vous apporter un grand bonheur.

 

 

35 - UN COIN DE RESPIRATION (TNH, S’asseoir)

 

Chaque fois que vous vous asseyez, que ce soit au travail, au pied d’un arbre ou sur un coussin de méditation à la maison, savourez cette assise. Ce faisant, vous ne considèrerez pas l’assise comme une pratique difficile. Elle est très agréable. Réservez une pièce, un petit coin ou juste un coussin que vous utiliserez uniquement pour vous asseoir. Quand vous arriverez en ce lieu, vous ressentirez immédiatement cette sensation de joie et de détente de l’assise. Que vous vous asseyiez seul ou en compagnie de quelques amis, vous pourrez offrir votre présence authentique et véritable.

 

 

36 - S’ASSEOIR AVEC LA CLOCHE (TNH, S’asseoir)

 

Le son de la cloche est un merveilleux moyen de commencer la méditation assise. Le son de la cloche est la voix de votre véritable soi, vous appelant à revenir à l’instant présent. Son beau son nous rappelle que notre demeure véritable est dans l’instant présent. Il soutient notre pratique de méditation. Restez centré sur votre respiration pendant l’écoute de la cloche.

 

 

37 - INVITER LA CLOCHE (TNH, S’asseoir)

 

Plutôt que de frapper la cloche, je préfère inviter la cloche à sonner. Inspirez et expirez trois fois, puis réveillez la cloche en la touchant avec l’inviteur, que vous maintenez contre elle, produisant ainsi un demi-son. Ensuite, inspirez et expirez une fois avant d’inviter la cloche à offrir un son entier. Si vous n’avez pas de cloche, vous pouvez télécharger l’enregistrement d’un son de cloche sur votre téléphone ou sur votre ordinateur.

 

 

38 - ÉCOUTER LA CLOCHE (TNH, S’asseoir)

 

Quand nous nous asseyons pour écouter la cloche, nous pouvons permettre à toutes les cellules de notre corps d’en écouter le son. L’esprit est aussi composé de cellules, en quelque sorte : ce sont nos pensées, nos sensations et nos perceptions, ainsi que nos idées sur les phénomènes et sur ce qu’ils devraient être.

Toutes les formations mentales existent dans la conscience profonde sous forme de graines. Quand une graine, par exemple la graine de la colère, est stimulée, elle se manifeste dans la conscience mentale et est appelée alors une formation mentale. Nous pouvons permettre aux formations mentales qui se manifestent en nous d’écouter la cloche, qu’il s’agisse du souci, de la colère, de la peur ou de l’attachement.

Tout comme une fleur est composée d’éléments non-fleur, nous sommes composés d’éléments non-nous. Nous sommes faits d’ancêtres, de culture, de nourriture, d’air et d’eau. Nous sommes composés d’un corps, de sensations, de perceptions, de formations mentales et de conscience. Nous invitons donc chacun de ces composants à écouter la cloche. Cette façon d’écouter apporte la paix dans chaque cellule du corps et de l’esprit.

 

 

39 – ACCOMPAGNER LE SOUFFLE (TNH, S’asseoir)

 

Si vous avez une cloche à la maison, n’importe qui peut l’inviter, à n’importe quel moment, pour que chaque personne revienne à elle-même. Chaque fois que vous entendez la cloche, arrêtez de parler, d’agir et de penser. Concentrez-vous sur le son de la cloche et sur votre souffle pour revenir à votre demeure intérieure, pour revenir dans l’instant présent, dans l’ici et le maintenant. Vous apprenez l’art d’être en vie, d’être présent. Être en vie signifie être dans l’ici et le maintenant, pour pouvoir être en contact avec les merveilles de la vie qui sont en nous et autour de nous. La pratique est simple. Chaque fois que vous entendez la cloche, c’est comme si quelqu’un vous appelait en disant : « Reviens à la maison, mon enfant, ne cours plus. Reviens à la maison, en toi-même. Reviens à la vie. »

 

 

40 – CRÉÉER UNE BONNE HABITUDE (TNH, S’asseoir)

 

Si vous pratiquez l’assise régulièrement, cela deviendra une habitude. Vous n’essayerez plus d’arriver où que ce soit. Il n’y a nulle part où aller, à l’exception de l’instant présent. Même le Bouddha continuait de pratiquer l’assise tous les jours, après son éveil.

 

 

41 – ÊTRE CONSCIENT DE L’ÉNERGIE D’HABITUDE (TNH, S’asseoir)

 

Quand vous vous asseyez, vous pouvez sentir une force qui vous pousse à vous lever pour faire autre chose. C’est une énergie qui est en chacun d’entre nous, et que l’on appelle énergie d’habitude : une énergie alimentée par un ancien schéma comportemental, un évènement passé ou une habitude. Elle n’est fondée ni sur nos besoins réels ni sur notre véritable situation présente.

L’énergie d’habitude nous pousse toujours. Nous avons tendance à croire que le bonheur n’est pas possible dans l’ici et le maintenant, que nous devons toujours partir à sa recherche, en nous tournant vers d’autres lieux ou vers l’avenir. C’est pourquoi nous ne cessons de courir. Nos parents aussi couraient. Ils nous ont transmis leur habitude de courir, qu’ils avaient eux-mêmes reçue de leurs ancêtres. C’est une habitude tenace. Nous croyons au plus profond de nous que nous pourrons avoir davantage de conditions de connaître le bonheur à l’avenir, et que la vraie vie est ailleurs.

C’est à cause de notre énergie d’habitude que l’instant présent nous semble ennuyeux.

Cette énergie est puissante. Si nous n’en sommes pas conscients, elle peut être plus forte que nous. Quand nous nous asseyons et invitons le son de la cloche, cela nous rappelle de lâcher prise de cette énergie d’habitude et de revenir en notre demeure.

 

 

42 – HISTOIRE : Dans un bus en Inde (TNH, S’asseoir)

 

Il y a quelques années, je me rendis en Inde pour offrir des retraites à des intouchables. Leur caste est considérée comme la plus basse de toute la société indienne, et ils sont victimes de discrimination depuis des milliers d’années. Beaucoup d’entre eux ont adopté le bouddhisme parce qu’il n’y a pas de castes dans la pratique bouddhique.

Un intouchable de la Société bouddhique aidait à organiser notre voyage. Il avait une famille, un appartement à Delhi et une vie confortable, mais il portait encore en lui l’énergie d’habitude de cette caste et de la discrimination dont il avait été victime.

J’étais assis à son côté dans le bus, contemplant les paysages de la campagne indienne par la fenêtre, quand je me retournai vers lui. Je vis alors qu’il était très tendu. Contrairement à moi, qui appréciais ce voyage en bus, il n’y prenait aucun plaisir.

Je lui dis : « cher ami, je sais que vous avez vraiment envie de rendre ma visite agréable et de me rendre heureux. Je me sens très bien et je suis heureux en ce moment, alors asseyez-vous confortablement et détendez-vous s’il vous plaît. Ne vous faites pas de souci. » Il répondit : « D’accord », s’adossa à son siège et se détendit, pendant que je regardais à nouveau par la fenêtre pour contempler les paysages.

Mais quand je tournai à nouveau la tête, quelques minutes plus tard, je vis qu’il était aussi crispé qu’auparavant, à cause de tous ses soucis, de toutes ces émotions et de cette tendance à lutter sans cesse qui lui avaient été légués par de nombreuses générations d’ancêtres.

S’arrêter simplement et reconnaître de vieilles énergies d’habitude, ce n’est pas facile. Nous avons tous besoin d’un ami qui nous aide à nous en souvenir de temps en temps. Si personne n’est à notre côté, le son de cloche peut faire office d’ami, nous rappelant de reconnaître nos vieilles énergies d’habitude et de leur sourire. Ainsi, nous pouvons nous en libérer.

 

 

43 – VOIR CLAIREMENT (TNH, S’asseoir)

 

La première chose à faire quand vous vous asseyez est de porter votre attention à votre inspiration et à votre expiration. Focalisez complètement votre attention sur le souffle. Si vous pratiquez sincèrement, votre souffle deviendra paisible. Cette respiration sereine apaisera à la fois votre corps et votre esprit. Tel est le but premier de la méditation assise : nous aider à nous calmer. Une fois que nous sommes calmes, nous pouvons voir avec clarté. Et quand notre vision n’est plus trouble, nous avons une meilleure compréhension de la réalité et, grâce à elle, nous ressentons de la compassion pour nous-même et pour les autres. C’est alors que le bonheur véritable devient possible.

 

 

44 – LES CADEAUX DE LA PRATIQUE (TNH, S’asseoir)

 

L’assise et la respiration consciente apportent quatre éléments importants dans notre vie : la paix, la clarté, la compassion et le courage. Quand nous avons l’esprit paisible et clair, cela nous inspire à avoir plus de compassion. La compassion apporte le courage et le courage engendre le bonheur véritable. Quand vous avez une grande compassion en vous, vous êtes capable d’agir courageusement. Vous avez assez de courage pour regarder profondément vos vieilles habitudes, pour reconnaître vos peurs et pour prendre des décisions qui peuvent couper court à l’avidité et à la colère. Si vous n’avez pas assez de compassion pour vous-même et pour les autres, vous n’aurez pas le courage de rompre les liens avec les afflictions qui vous font souffrir.

 

 

45 – RECONNAÎTRE LE CORPS (TNH, S’asseoir)

 

Quand notre inspiration et notre expiration deviennent paisibles et agréables, notre corps commence à en recevoir les fruits. Beaucoup de personnes oublient, dans leur quotidien, qu’elles ont un corps. Notre corps renferme souvent du stress, des douleurs et de la souffrance. Parfois, nous ignorons notre corps jusqu’à ce que les douleurs deviennent trop importantes. Si nous respirons paisiblement, la paix de notre souffle se diffusera dans le corps. En nous asseyant et en respirant en pleine conscience, nous ramenons l’esprit au corps et nous commençons à reconnaître sa présence ainsi qu’à relâcher les tensions qui s’y sont accumulées.

 

 

46 – S’ASSEOIR EST UNE PRATIQUE ET UN LUXE (TNH, S’asseoir)

 

S’asseoir est une pratique. D’habitude, nous nous asseyons pour travailler sur l’ordinateur, pour assister à des réunions ou pour rêvasser devant un écran. Nous devons à présent pratiquer l’assise simplement pour être avec nous-même, sans distraction. A notre époque, dans notre civilisation, s’asseoir sans rien faire est considéré soit comme un luxe soit comme une perte de temps. Mais l’assise peut procurer le calme et la joie les plus porteurs qui soient et nous pouvons tous nous offrir du temps pour nous asseoir. Quelle merveille d’être assis sans rien  faire !

 

 

47 – L’ESSENTIEL (TNH, S’asseoir)

 

L’essentiel est de s’entraîner à s’asseoir calmement et en pleine conscience. Plus vous vous entraînez et plus vous pourrez atteindre les couches les plus profondes de vos pensées et de vos ressentis. Vous vous dites peut-être : « Je m’ennuie ! », « C’est stupide ! » ou « J’ai autre chose à faire, maintenant ». Il se peut qu’il y ait des habitudes bien ancrées et de vieilles histoires qui créent ces pensées et ces sentiments. Qu’est-ce qui vous empêche de vivre l’instant présent ? Continuez de respirer. Restez assis. Telle est la pratique.

 

 

48 – NOMMER LES SENSATIONS (TNH, S’asseoir)

 

En chacun de nous coule une rivière de sensations : des sensations agréables, des sensations désagréables et des sensations neutres. Elles apparaissent les unes après les autres, telles les gouttes d’une rivière. Quand nous sommes assis, la rivière de sensations coule à travers nous et nous pouvons être tentés de nous laisser emporter par une sensation forte. Asseyons-nous plutôt sur la berge pour observer les sensations qui nous traversent. Nous pouvons les nommer : « Voici une sensation agréable », « Voici une sensation désagréable ». Nous pouvons faire de même avec nos formations mentales, telles la colère et la peur. Les nommer peut être un premier pas pour prendre de la distance par rapport à nos sensations : une sensation n’est rien d’autre qu’une sensation, et elle est impermanente. Elle se manifeste, mais elle finit par s’en aller.

 

 

49 – RÉSISTER A LA TEMPÊTE DES ÉMOTIONS FORTES (TNH, S’asseoir)

 

Une émotion forte est comme une tempête et elle peut créer beaucoup de dégâts. Nous avons besoin d’apprendre à nous protéger et à créer un environnement sûr, dans lequel nous pourrons résister à la tempête. Notre pratique est de maintenir notre corps et notre esprit en sécurité lors d’une tempête. Après chaque tempête, nous devenons plus forts, plus solides, et nous avons moins peur.

Nous pouvons apprendre à prendre soin des sensations douloureuses et des émotions fortes qui émergent des profondeurs de notre conscience. Nous sommes plus que nos émotions. Nous pouvons reconnaître ce qui est là : « En inspirant, je sais qu’il ne s’agit que d’une émotion. Je ne suis pas que des émotions. Je suis plus que des émotions. » C’est une vision profonde fondamentale. Les émotions se manifesteront, resteront en surface pendant un certain temps, puis s’en iront. Pourquoi mourir à cause d’une seule émotion ? Après quelques minutes de pratique, la tempête se calmera et vous pourrez voir avec quelle facilité vous y avez survécu. Commencez à pratiquer avant le début de la tempête, sinon il se peut que vous oubliiez de pratiquer lorsqu’elle surviendra, et vous risqueriez de vous laisser emporter par elle. Voilà pourquoi il est important d’avoir une pratique quotidienne.

 

 

50 – LA RESPIRATION ABDOMINALE (TNH, S’asseoir)

 

Chaque fois qu’une tempête éclate, asseyez-vous calmement et revenez à votre respiration ainsi qu’à votre corps. Détournez votre attention de tout ce que vous croyez être à l’origine de votre souffrance et focalisez-vous sur votre souffle. Dans la tempête, la respiration en pleine conscience est votre ancre.

Ne maintenez pas votre attention au niveau de la tête, mais faites-la descendre jusqu’à votre abdomen afin de ne plus être ni dans la réflexion ni dans l’imagination. Contentez-vous de suivre votre respiration de près. Rappelez-vous ceci : « J’ai traversé de nombreuses tempêtes. Chaque tempête finit par s’apaiser : aucune ne dure jamais. Cet état d’esprit passera ».

 

Quand nous regardons la cime d’un arbre secoué par une tempête, nous avons l’impression que l’arbre pourrait tomber à tout moment. Mais si nous regardons son tronc, nous voyons qu’il est très solide et nous savons qu’il restera debout.

Votre abdomen peut être comparé au tronc de l’arbre. Pratiquez la respiration en focalisant votre esprit uniquement sur votre souffle au niveau de votre nombril, et laissez simplement vos émotions vous traverser.

 

 

51 – LES SENSATIONS NEUTRES (TNH, S’asseoir)

 

Quand vous vous asseyez et respirez en conscience, vous vous éveillez à toutes les émotions qui étaient restées ignorées tant que vous étiez plongé dans vos occupations. Vous prenez conscience non seulement de vos peines et de vos joies, mais aussi de vos sensations neutres. Une sensation neutre n’est ni agréable ni désagréable. Avec notre conscience, nous pouvons transformer une sensation neutre, telle que celle de l’absence de douleur d’une partie de notre corps, en sensation agréable.

Quand vous avez mal aux dents, la sensation que vous éprouvez est très désagréable. Quand vous n’avez pas mal aux dents, vous avez en général une sensation neutre ; vous n’êtes pas conscient de votre non-mal de dents. Mais si vous vous rendez compte que vous n’avez pas mal aux dents, ce qui était une sensation neutre devient alors une sensation de paix et de joie. Vous êtes si heureux de n’avoir pas mal aux dents en cet instant ! En transformant des sensations neutres en sensations joyeuses, nous nourrissons notre bonheur.

 

 

52 – REGARDER EN PROFONDEUR (TNH, S’asseoir)

 

La méditation assise a deux aspects. Le premier est l’arrêt, ce qui peut être en soi la source d’un grand bonheur. Le second est le regard profond. Dans la méditation silencieuse, vous pouvez calmer votre corps et votre esprit. Vous savez que rien ne perturbera votre état de légèreté, de paix et de joie. Mais si vous vous contentez de cela, vous ne pourrez avancer loin da le travail de transformation des profondeurs de votre conscience. Il y a des personnes qui méditent dans le seul but d’oublier les problèmes et les complications de la vie. Elles sont comme des lapins tapis sous une haie pour échapper à un chasseur potentiel, ou comme des gens qui prennent refuge dans une cave pour éviter les bombes.

 

 

53 – EMMENER NOTRE ASSISE AVEC NOUS DANS CHAQUE ACTION (TNH, S’asseoir)

 

Si vous commencez à sentir la sécurité et la protection qui émanent de l’assise en méditation, peut-être serez-voue réticent à quitter cet état. Mais nous ne pouvons rester assis à jamais. Cependant, nous pouvons maintenir cet état de conscience dans chaque action, dans notre façon de marcher, de parler et de travailler. Ainsi, nous nous engageons pleinement dans la vie et nous pouvons apporter la joie au sein de nos relations et dans le monde.

 

 

54 – EMBRASSER LE MONDE ENTIER (TNH, S’asseoir)

 

Où que nous soyons, quel que soit le moment où nous nous asseyons, il y a toujours un ciel d’étoiles au-dessus de nous. Nous sommes assis sur une planète, une très belle planète, qui tourne dans la voie lactée. Quand nous nous asseyons en pleine conscience, nous pouvons embrasser le monde entier, du passé jusqu’à l’avenir. Nous asseyant ainsi, le bonheur que nous ressentons est immense.

 

 

55 – SOYEZ PRÉSENT LÀ OÙ VOUS ÊTES (TNH, S’asseoir)

 

Quand nous sommes capables d’être en paix et dans la joie pendant l’assise, nous pouvons nous asseoir n’importe où. Nous pouvons pratiquer l’assise à l’aéroport. Nous pouvons pratiquer l’assise à la gare. Nous pouvons pratiquer l’assise sur la berge d’une rivière. Nous pouvons pratiquer l’assise en prison. Si tout le monde sur cette planète pouvait s’asseoir ainsi, il y aurait plus de paix, de joie et de bonheur en ce monde.

Quand nous nous asseyons, nous sommes vraiment là dans l’instant présent ; nous revenons en notre demeure, nous sommes arrivés. Nous sommes présents en cet instant et en ce lieu ; nous ne sommes pas emportés par le passé, par l’avenir, ou par la colère et la jalousie du présent. Quand nous nous asseyons ainsi, nous nous asseyons comme une personne libre.

 

 

56 – UNE FLEUR ENTRE DEUX ROCHERS (TNH, S’asseoir)

 

Quand vous vous asseyez seul dans le calme, vous offrez de la beauté autour de vous, même si personne ne le voit. Quand une petite fleur apparaît dans une fissure entre deux rochers, c’est magnifique. Il se peut que personne ne la voie jamais, mais ce n’est pas grave.

 

 

57 – L’ASSISE ET LE MÉNAGE (TNH, S’asseoir)

 

Notre façon de nous asseoir peut être transposée à toute action de notre vie quotidienne. Par exemple, quand nous lavons le sol de la maison, nous passons la serpillère juste pour la passer, et nous apprécions ce travail. Nous sommes heureux. Le bonheur et la satisfaction que nous ressentons dans la méditation assise peuvent illuminer notre quotidien. Oui, nous pouvons être heureux en passant la serpillère.

 

 

58 – NOUS RESSOURCER (TNH, S’asseoir)

 

Dans la vie quotidienne, nous nous perdons parfois dans nos pensées, dans nos soucis et dans nos projets divers et variés. Nous asseoir, c’est nous restaurer, c’est devenir pleinement présent et pleinement vivant dans l’ici et le maintenant. En suivant votre respiration, en calmant votre corps et votre esprit, vous pouvez facilement et rapidement être présent. Cela nous prend cinq à dix secondes pour nous restaurer pleinement et pour générer notre présence véritable dans l’ici et le maintenant. Nous nous offrons cette qualité d’être et nous l’offrons à notre entourage et au monde.

 

 

59 – UNE NOURRITURE SPIRITUELLE (TNH, S’asseoir)

 

L’assise n’est pas une tâche ou une obligation. Elle peut au contraire faire partie intégrante de notre nourriture quotidienne, au même titre que les repas, et être considérée comme une sorte de nourriture spirituelle. Quand nous nous asseyons, nous produisons l’énergie de pleine conscience et une sensation de bien-être qui nourrit notre joie. Essayez de pratiquer régulièrement la méditation assise. Ne vous privez pas et ne privez pas le monde de ce type de nourriture. Quand nous pouvons voir que notre pratique est une nourriture pour nous-même et pour le monde, cela nous apporte de la joie et le sentiment d’être utiles à la vie.

 

 

60 – COMPTER NOS RESPIRATIONS (TNH, S’asseoir)

 

Quand nous commençons à apprendre la pratique de la méditation assise, cela peut nous aider de compter nos respirations. Comptez un pour la première inspire et la première expire. Comptez deux pour la deuxième, et ainsi de suite. Si votre esprit se met à errer et que vous perdiez le compte, revenez à zéro et recommencez. Cet exercice aide à développer la concentration. Vous croyez peut-être qu’il est facile de compter jusqu’à dix, mais compter jusqu’à dix tout en respirant en pleine conscience demande une grande concentration.

 

 

61 – UTILISER UNE HORLOGE (TNH, S’asseoir)

 

Si vous avez une horloge dont on entend le tic-tac, essayez d’accorder votre respiration à son rythme. Cela peut vous aider à arrêter de penser et à vous concentrer plutôt sur votre souffle.

 

62 – UN CARNET POUR L’ASSISE (TNH, S’asseoir)

 

Il peut être utile d’avoir un carnet pour prendre des notes pendant ou après la méditation. Si vous vous asseyez toujours à la même place, vous pouvez laisser votre carnet à cet endroit. Si vous vous asseyez en des lieux différents, gardez alors votre carnet sur vous, ou dans votre sac. Vous pouvez écrire les pensées qui vous viennent à l’esprit, les visions profondes qui surgissent. Vous pouvez aussi dessiner. Écrire après l’assise, quand votre esprit est clair, peut être très gratifiant. Nul besoin de vous relire tout de suite : vous pouvez laisser vos notes de côté pendant quelque temps, afin de continuer à méditer sans juger ce qui vient à votre esprit.

 

 

63 – NOUS SOMMES UN COURANT (TNH, S’asseoir)

 

Même quand vous croyez être seul, vos ancêtres sont avec vous. Vos parents, vos grands-parents et vos arrière grands-parents, que vous les connaissiez ou non, sont là, à l’intérieur de vous.

Prenez conscience de leur présence et invitez-les à respirer avec vous : « Cher papa, voici mes poumons, et mes poumons sont aussi les tiens. Je sais que tu es dans chaque cellule de mon corps. »

En inspirant, vous pouvez dire : « Chère maman, je t’invite à inspirer et à expirer avec moi. »

Dans toutes les cellules de votre corps, vos ancêtres sont présents. Vous pouvez inviter tous vos ancêtres à savourer l’inspiration et l’expiration en votre compagnie.

 

Vous n’êtes pas un être isolé. Vous êtes constitué d’ancêtres. Quand vous expirez calmement, tous vos ancêtres expirent calmement en vous. Lorsqu’ils étaient en vie, peut-être n’ont-ils pas eu la chance de s’asseoir en pleine conscience et de respirer paisiblement. Mais à présent, en vous, ils ont cette chance-là. Il n’y a pas de soi séparé. Nous sommes un courant. Nous sommes une rivière. Nous sommes une continuation.

 

 

64 – NOUS ASSEOIR AVEC NOS ANCÊTRES SPIRITUELS (TNH, S’asseoir)

 

Quand vous êtes assis, vous êtes avec vos ancêtres génétiques, mais également avec vos ancêtres spirituels. Vos ancêtres spirituels font aussi partie de vous. Vous pouvez inviter ceux qui vous inspirent ; vous pouvez inviter le Bouddha, Moïse, Jésus et Mahomet à inspirer avec vous et à savourer cette respiration consciente. Eux aussi sont présents dans chacune de nos cellules.

 

 

65 – NOUS ASSEOIR ENSEMBLE (TNH, S’asseoir)

 

Il est merveilleux de s’asseoir seul, mais s’asseoir avec un ami rend la méditation plus facile. Il y a un proverbe vietnamien qui dit : » Quand vous mangez du riz, il vous faut de la soupe ». Quand vous pratiquez la pleine conscience, vous avez besoin d’amis. Quand nous nous asseyons ensemble, nous créons une énergie collective de pleine conscience qui est très puissante. Quand nous nous asseyons avec d’autres personnes, nous profitons de la qualité de leur présence ainsi que de leur pratique. Nous n’avons pas besoin de dire grand-chose, mais nous devenons un organisme et, ensemble, nous générons des visions profondes. Quand nous nous asseyons ensemble, chacun de nous contribue à la qualité du collectif. Cette énergie collective est plus puissante que notre énergie individuelle. En nous asseyant ensemble, c’est comme si nous permettions à l’eau de la rivière d’être embrassée par l’océan. Quand nous entendons ensemble le son de la cloche, nous revenons tous à notre respiration, créant une énergie collective de pleine conscience. L’énergie collective est d’un grand soutien et d’une grande efficacité pour accéder à des visions profondes et pour transformer les difficultés. En tant que pratiquants, nous pouvons tirer profit de cette énergie en l’utilisant pour embrasser notre douleur et notre souffrance. Vous pouvez dire en vous-même : « Chers frères et chères sœurs de la Sangha, voici ma souffrance. S’il vous plaît, mes frères et mes sœurs, aidez-moi à embrasser cette souffrance. »

 

 

66 – UN VOL D’OISEAUX (TNH, S’asseoir)

 

Quand vous pratiquez l’assise avec d’autres personnes, vous n’avez absolument rien à faire. La pratique fondamentale est d’être là, de suivre votre respiration et de ressentir la joie d’être ensemble. Imaginez un vol d’oiseaux dans le ciel. Chaque oiseau a sa position et chacun contribue à la formation tout entière. Ils volent ensemble avec tant de grâce. Comme chaque oiseau fait partie de cette formation plus large, aucun d’eux n’a besoin de faire beaucoup d’efforts. Ils profitent de l’énergie collective et n’ont pas besoin de travailler dur. C’est un plaisir de voler ensemble dans le ciel. Quand nous nous asseyons ensemble, nous nous soutenons mutuellement. Nous générons chacun une présence véritable, que nous offrons à ceux qui nous entourent.

 

 

67 – NOUS ENTRAIDER (TNH, S’asseoir)

 

Quand vous êtes assis avec d’autres personnes, vous prenez soin de vous-même et vous prenez soin d’elles. De même, si vous voyez quelqu’un qui est assis dans la solidité et le calme, cela peut vous aider. Une telle personne a une influence sur tout son environnement. Quand je vois quelqu’un assis de la sorte, je veux m’asseoir comme lui. Je veux offrir ma présence véritable. La qualité de ma présence peut aider la communauté. L’énergie collective nous pénètre tous. Tout le monde offre et tout le monde reçoit en même temps.

 

 

68 – AIDER UN AMI (TNH, S’asseoir)

 

Peut-être y a-t-il une personne, assise avec vous, qui porte en elle un gros bloc de peur ou de désespoir, mais qui ne dit rien. Elle essaie de le prendre dans ses bras pendant l’assise. Si vous êtes assis à ses côtés, dans la présence et la solidité, vous l’aidez déjà. Votre présence lui dit : « Ne t’inquiète pas, je suis là, avec toi. Je vais t’aider à embrasser et à bercer cette peur et ce désespoir qui sont en toi. » Seul, il est difficile de porter en soi beaucoup de douleur. Mais avec l’énergie collective, cela devient possible.

 

 

69 – UN JARDINIER QUI REVIENT À SON JARDIN (TNH, S’asseoir)

 

Quand vous pratiquez l’assise, vous êtes comme un jardinier qui revient à son jardin pour s’en occuper. Les plantes et les animaux du jardin profitent du retour du jardinier. Ils sont si contents qu’il soit de nouveau là. Quand vous vous asseyez, vous revenez en vous-même, vous revenez à votre corps, à vos sensations, à vos émotions et à vos perceptions afin de vous en occuper. C’est une bonne nouvelle.

 

 

70 – MÉDITATIONS GUIDÉES (TNH, S’asseoir)

 

Les méditations guidées ne sont pas une nouveauté. Elles étaient pratiquées au temps du bouddha, il y a de cela plus de 2.500 ans. Même si vois appréciez l’assise en silence, la méditation guidée peut être bénéfique. Une méditation guidée est une occasion de regarder profondément dans l’esprit, d’y semer de bonnes graines, de les renforcer et de les cultiver afin qu’elles deviennent des outils de transformation de notre souffrance intérieure. Une méditation guidée peut aussi nous aider à faire face à la souffrance que nous avons évitée. En la voyant plus clairement, nous pouvons comprendre ses racines profondes et nous libérer de ses attaches.

 

 

71 – MÉDITATION GUIDÉE (TNH, S’asseoir)

 

Moment présent,

moment merveilleux

 

Pendant l’assise, vous pouvez essayer ces méditations qui ont pour but d’apporter de la joie et du calme à votre corps. Chaque petite strophe est appelée un poème de pratique ou gatha. La première fois, lisez chaque vers en entier, silencieusement. La deuxième fois, vous pouvez simplement utiliser les mots clés qui sont écrits à la suite. Dites silencieusement un mot en inspirant et un mot en expirant. Vous pouvez rester avec ces mots le temps de quelques inspirations et expirations avant de poursuivre.

En inspirant, portez toute votre attention à votre inspiration. Où que soit le souffle dans votre corps, ressentez le calme qu’il apporte. Sentez comme le souffle rafraîchit les organes internes de votre corps, ressentez le calme qu’il apporte. Sentez comme le souffle rafraîchit les organes internes du corps, exactement comme lorsque vous buvez un verre d’eau fraîche au cours d’une chaude journée. En expirant, souriez et détendez tous les muscles du visage ; votre système nerveux se détendra également.

Ces méditations guidées sont des phares qui nous éclairent pour revenir à l’instant présent. Elles sont courtes, et elles peuvent être pratiquées n’importe où : dans la cuisine, au bord d’une rivière, dans un parc, que nous soyons debout, marchant, allongés ou assis, et même quand nous travaillons. Chaque phrase décrit comment le souffle s’accorde à ce qui est suggéré.

 

  1. J’inspire, je sais que j’inspire.

J’expire, je sais que j’expire.

J’inspire / j’expire

 

  1. J’inspire, ma respiration devient plus profonde.

J’expire, ma respiration devient plus douce.

Plus profonde / Plus douce

 

  1. J’inspire, je me sens calme.

J’expire, je me détends.

Calme / Détente

 

  1. Quand j’inspire, je souris.

Quand j’expire, je suis libre.

Sourire / Libre

 

  1. Conscient de mon corps, j’inspire.

Détendant mon corps, j’expire.

Conscient du corps / Détendre le corps

 

  1. Calmant mon corps, j’inspire.

Prenant soin de mon corps, j’expire.

Calmer le corps / Prendre soin du corps

 

  1. Souriant à mon corps, j’inspire.

Relâchant les tensions de mon corps, j’expire.

Sourire au corps / Relâcher les tensions

 

  1. J’inspire, je m’établis dans le moment présent.

J’expire, je sais que c’est un moment merveilleux.

Moment présent / Moment merveilleux

 

 

72 – MÉDITATION GUIDÉE (TNH, S’asseoir)

 

S’asseoir avec le Bouddha

 

Quand vous vous assoyez seul, vous pouvez imaginer le Bouddha assis avec vous. Vous pouvez dire : « cher Bouddha, je vous invite à vous asseoir avec moi. Faites bon usage de mon dos, s’il vous plaît. Mon dos est encore en bon état. Et je sais qu’en vous asseyant vous ferez en sorte qu’il soit droit et détendu. Quand vous respirez, je sais que la qualité de votre souffle est très bonne. Utilisez mes poumons pour respirer et mon dos pour vous asseoir. » Le Bouddha n’est pas une personne extérieure à vous. En chacun de nous, il y a des graines de pleine conscience, de paix et d’éveil. Quand vous vous asseyez, vous donnez à ces graines une chance de se manifester. Quand vous invitez le Bouddha qui est en vous à s’asseoir, il s’assoit immédiatement avec beauté. Vous n’avez rien à faire, si ce n’est apprécier son assise et sa respiration. Vous pouvez dire ces mots en vous-même en suivant votre souffle :

 

    Laisse Bouddha respirer.

     Laisse Bouddha s’asseoir.

Pas besoin de respirer.

   Pas besoin de m’asseoir.

 

Quand vous vous trouvez dans une situation difficile, ou quand vous êtes trop énervé ou trop agité pour vous asseoir, demandez au Bouddha de le faire pour vous. Alors, tout devient facile.

 

         C’est bouddha qui respire.

            C’est Bouddha qui est assis.

         J’apprécie la respiration.

J’apprécie l’assise.

 

Vous continuez ensuite :

 

                 Bouddha est la respiration.

       Bouddha est l’assise.

          Je suis la respiration.

Je suis l’assise.

 

Au début, vous et le Bouddha êtes deux êtres séparés. Peu à peu, vous vous rapprochez.

 

          Il n’y a que la respiration.

Il n’y a que l’assise.

Personne ne respire.

Personne n’est assis.

 

Quand le Bouddha respire, la qualité de sa respiration est légère et fluide. Quand le Bouddha est assis, la qualité de l’assise est parfaite.

Le Bouddha n’existe pas en dehors de la respiration et de l’assise. Il n’y a que la respiration et l’assise. Il n’y a personne qui respire. Il n’y a personne qui est assis. Quand la respiration et l’assise sont de haute qualité, quand les pensées, les paroles et les actes sont empreints de pleine conscience et de compassion, vous savez que le Bouddha est là. Il n’y a pas de Bouddha en dehors de ces actes. Je respire. Je suis assis. Il n’y a personne qui respire. Il n’y a personne qui est assis.

 

      Paix dans la respiration.

   Bonheur dans l’assise.

   Paix est la respiration.

Bonheur est l’assise.

 

 

73 – MÉDITATION GUIDÉE (TNH, S’asseoir)

 

Parler avec son enfant intérieur

 

Quand nous étions enfants, nous étions vulnérables, et nous dépendions des autres pour survivre. Peut-être ne vous sentiez-vous pas suffisamment en sécurité dans votre enfance pour parler de vos blessures ou de vos peurs, et c’est pour cela que vous les avez gardées en vous. Maintenant que vous êtes adulte, vous n’êtes plus cet enfant vulnérable. Vous pouvez prendre soin de vous. Vous pouvez vous protéger. Mais le petit enfant qui est en nous continue de s’inquiéter et d’avoir peur.

L’enfant que vous étiez et l’adulte que vous êtes à présent ne sont ni deux personnes complètement différentes, ni exactement la même personne. L’enfant intérieur est aussi réel que l’adulte. Ils s’influencent mutuellement, tout comme la graine de maïs vit dans l’épi de maïs. Cette méditation guidée vous donne l’occasion de parler avec votre enfant intérieur, de l’inviter à se manifester et à accueillir la vie dans l’instant présent. Nous pouvons lui faire savoir qu’il n’y  plus besoin de se faire du souci. Tout va bien, maintenant.

Pour cette méditation, placez deux coussins l’un devant l’autre. asseyez-vous sur un coussin et regardez l’autre en vous visualisant à l’âge de cinq ans. Vous pouvez vous visualiser à un plus jeune âge si cela vous aide. Ensuite, tout en respirant en pleine conscience, vous pouvez parler à ce petit enfant vulnérable qui est en vous.

 

 

 

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01 novembre 2013

Arnaud Desjardins, Zen et Vedanta

 

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 Arnaud Desjardins

 

Zen et Vedanta

 

Commentaire du Sin-sin-ming et traduction du Sin-sin-ming de Seng-Ts'an par L. Wang et Jacques Masui.

  

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             NOTE : ont été ajoutés à la suite des textes commentés par A. Desjardins (caractères gras) les textes équivalents traduits et présentés dans "Essais sur le bouddhisme Zen » (3 volumes) par Daisetz Teitaro Suzuki (volume I page 232). On pourra noter certaines différences entre les deux traductions. Par ailleurs, le texte 6 ne semble pas avoir son équivalent dans l'ouvrage de DT Suzuki.

 

J. C. Paillous

 

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                       En lisant, lors de sa parution en 1970, dans la revue Hermès, volume 7, la traduction du Sin-sin-ming écrit par Seng-Ts'an, troisième patriarche du Tch'an après Boddhidharma, je fus frappé par la similitude de cet enseignement avec celui du vedanta tel que je le découvrais à travers un maître bengali, Swâmi Prajnânpad.

Quelques années plus tard ont été enregistrées les remarques que ce traité - aussi célèbre que concis m'a amené à faire devant un petit groupe de personnes. C'est donc une interprétation védantique du « manifeste » fondamental du Tch'an - donc du zen - que les Éditions de La Table Ronde vous présentent aujourd'hui. Il y a de grandes variations entre les différentes traductions, que celles-ci soient faites à partir du texte chinois ou de sa version japonaise. Je m'en suis tenu à celle d'Hermès par L. Wang et Jacques Masui.

Arnaud Desjardins

 

 

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La grande Voie n’a rien de difficile,

mais il faut éviter de choisir !

Soyez libéré de la haine et de l’amour :

elle apparaîtra alors dans toute sa clarté !

 

La parfaite voie ne connaît nulle difficulté,

Sinon qu'elle se refuse à toute préférence.

Ce n'est qu'une fois libérée de la haine et de l'amour

Qu'elle se révèle pleinement et sans masque.

 

La grande Voie n'a rien de difficile mais il faut éviter de choisir.

Signalons tout d'abord que la tradition du Tch'an ou du zen se caractérise par un extrême dépouillement si on la compare aux méthodes beaucoup plus complexes offertes par certaines traditions et qui peuvent paraître d'un abord difficile, comme le bouddhisme tantrique tibétain par exemple avec son symbolisme ardu des différentes divinités. Ce qui est certain, en tout cas, c'est que la grande voie est parfaitement simple. Elle peut paraître difficile parce que le mental, lui, n'est que complexité. Mais la voie en elle-même, si le mental n'était pas empêtré dans ses contradictions et ne sécrétait pas sans arrêt des doutes, serait aisée.

Or, aussi étrange que cela puisse paraître pour nous qui sommes imprégnés de l'idée du libre arbitre et donc de celle du « choix » qui en découle, le grand facteur de complication du mental, c'est sa capacité à « choisir » en fonction de ses opinions et conceptions subjectives enracinées dans l'inconscient. C'est pourquoi il est dit : Il faut éviter de choisir. Cette formulation ne peut être que déroutante pour les Occidentaux modernes que nous sommes, imbus de leurs opinions, qui ont fondé leur existence sur un prétendu libre choix. « Je choisis le bien contre le mal. » Et, à partir de là, on peut se griser de belles paroles. Lors de la révolution russe, les bolchéviques ont choisi le bien contre le mal, mais les chrétiens orthodoxes dont les conceptions étaient diamétralement opposées choisissaient aussi, de leur côté, le bien contre le mal. La grande Voie consiste en une vision lucide de la réalité telle qu'elle est, sans prendre parti, sans «choisir». Cela n'exclut pas l'action, la réponse appropriée à la situation, pourvu que cette action libre et spontanée ne découle pas d'opinions, de parti pris et de préjugés qui l'entachent.

On peut donner un sens encore plus précis à cette parole : « Il faut éviter de choisir. » Nous avons pris l'habitude, depuis l'enfance, de choisir la moitié heureuse de l'existence et de refuser la moitié douloureuse, de rechercher ce que nous considérons comme agréable et de fuir ce que nous considérons comme pénible : nous ne connaissons donc qu'une moitié de l'existence, nous n'avons que la moitié des données du problème. Swâmi Prajnânpad disait : «Do you want half life or full life ?» voulez-vous la moitié de la vie ou la vie totale? - et aussi « Can you miss the fullness of life? », pouvez-vous manquer la plénitude de la vie?

Soyez libéré de la haine et de l'amour et elle apparaîtra dans toute sa clarté.

A première vue, cette affirmation n'est pas compréhensible. Nous sommes d'accord pour penser qu'il faut être libéré de la haine mais surtout pas être libéré de l'amour. En vérité, quel sens donnons-nous au mot « amour »? Il s'agit bien sûr ici du dépassement des émotions pour atteindre une vision qui n'a pas de contraire. Le Sin-sin-ming dans son intégralité nous invite à la vérité suprême, une vérité « non duelle » située au-delà de l'amour ordinaire qui n'est que l'opposé de la haine, du bonheur qui est simplement l'inverse de la souffrance. On pourrait traduire par : « Soyez libéré de l'attraction et de la répulsion », restez au centre, dans l'axe, avec cette vision nouvelle, révolutionnaire de la réalité qui n'est plus appréhendée d'un point de vue dualiste.

 

2

S’en éloigne-t-on de l’épaisseur d’un cheveu,

c’est comme un gouffre profond

qui sépare le ciel et la terre.

Si vous désirez la trouver,

ne soyez ni pour ni contre !

 

Une différence d'un dixième de pouce,

Et le ciel et la terre se trouvent séparés.

Si vous voulez voir la Parfaite Voie manifestée,

Ne concevez aucune pensée, ni pour elle, ni contre elle.

 

Le ciel et la terre, dans toutes les traditions, ont à peu près le même sens symbolique. « Que Ta volonté soit faite sur la Terre comme au Ciel. » Les Évangiles sont fondés sur la reconnaissance d'un niveau ciel et d'un niveau terre, tout en proposant que s'efface cette séparation entre le ciel et la terre. Le Royaume des Cieux est « au-dedans de nous », donc est déjà ici-bas, sur cette terre. Et pourtant il existe bien deux niveaux : le niveau terre livré au Prince de ce Monde (ici, je n'utilise plus la formulation chinoise mais le langage évangélique) et le niveau ciel.

S'en éloigne-t-on de l'épaisseur d'un cheveu, c'est comme un gouffre profond qui, de nouveau, sépare le ciel et la terre.

Si, au lieu d'être libéré de l'attraction et de la répulsion, on réintroduit les polarités « agréable-désagréable », « j'aime-je n'aime pas », un gouffre profond sépare le ciel – la paix, la sérénité, la compréhension, la certitude, l'amour immuable – et la terre – la contradiction, la peur, le désir, la frustration. Autrement dit, l'adhésion à la réalité telle qu'elle est, composée de ce que nous aimons et de ce que nous n'aimons pas, doit être une adhésion à cent pour cent. Une adhésion à quatre-vingt-dix-neuf pour cent laisse « l'épaisseur d'un cheveu » entre la vérité et nous. Et un gouffre profond, de nouveau, sépare le « ciel » auquel nous aspirons et la « terre » avec son cortège de souffrances et son lot d'insécurité.

Si vous désirez la trouver (la grande Voie), ne soyez ni pour ni contre rien !

Là encore, je sais bien, en tant qu'Occidental, combien cette proposition est inhabituelle pour la mentalité moderne qui consiste à être toujours pour ou contre quelque chose. Si vous êtes pour la Droite, vous êtes contre la Gauche ; si vous êtes pour la liberté des mœurs, vous êtes contre le Vatican. Et l'intelligence, ou plutôt le mental, a, dans ces domaines, des arguments qui nous paraissent tout-puissants, impossibles à mettre en cause. « Je suis médecin, Monsieur, vous me permettrez de mettre l'homéopathie en doute. » « Je suis médecin, Monsieur, bien placé pour savoir l'efficacité de l'homéopathie. » Justement, parce que ces enseignements sont scandaleusement inhabituels, il est intéressant de constater qu'au VII siècle un texte venu jusqu'à nous comme un des plus importants pour tout l'Extrême-Orient (non seulement la Chine mais aussi la Corée et le Japon) disait en chinois ce que le vedanta enseigne aussi : ne soyez ni pour ni contre rien.

De nouveau, nous retrouvons l'attraction et la répulsion, la dualité fondamentale entre ce que j'aime et ce que je n'aime pas, ce que je veux et ce que je refuse. Et c'est vrai que le sage n'est ni pour ni contre rien. S'il est malade, il se soigne, bien sûr, mais à partir de cette neutralité, de cette équanimité, qui nous est tellement incompréhensible dans un monde où la vie consiste à prendre parti – et prendre parti émotionnellement.

Le conflit entre le pour et le contre,

voilà la maladie de l’âme !

Si vous ne connaissez pas la profonde signification des choses, vous vous fatiguerez en vain à pacifier votre esprit.

 

Opposer ce que vous aimez à ce que vous n'aimez pas -

Voilà la maladie de l'esprit :

Lorsque le sens profond [de la Voie] n'est pas compris,

La paix de l'esprit est troublée et rien n'est gagné.

 

Le conflit entre le pour et le contre, voilà la maladie de l'âme.

C'est la même idée qui se poursuit mais en voici une autre qui nous intéresse : Si vous ne connaissez pas la profonde signification des choses, vous vous fatiguerez en vain à pacifier votre esprit.

Ce qui est traduit par « les choses » dans ce texte correspond à ce que les hindous appellent this phenomenal world, le monde manifesté dans la multiplicité. Voilà deux petites lignes qui abordent un thème essentiel : savoir s'il faut chercher l'atman pour que toutes les limitations et les tensions s'effacent ou si, au contraire, quand les désirs, les peurs, les impressions qui nous ont marqués, tout ce qui nous limite se sera effacé, le Soi suprême se révélera. Si vous ne connaissez pas la profonde signification des choses, c'est à dire si vous n'avez pas affiné votre compréhension de la réalité relative, du monde phénoménal, si vous ne connaissez que l'apparence, la surface – apparence et surface que vous percevez d'autant plus mal qu'elles sont déformées aussi par vos projections inconscientes – si vous n'avez pas résolu la question de votre relation avec le monde manifesté, si vous n'avez pas découvert le secret de ce monde manifesté, l'essence derrière l'apparence, vous vous fatiguerez en vain à pacifier votre esprit. Vos méditations seront des méditations non pas de détente mais d'effort : je m'épuise à rester immobile, à ne pas bouger, à pacifier mon esprit, autrement dit à faire silence au milieu du vacarme.

Certains disent : « Cherchez directement la Réalité ultime et quand vous aurez découvert cette “vie éternelle", le monde entier perdra sa fascination pour vous. » L'approche pratique est inverse : quand le monde phénoménal aura perdu sa fascination pour vous, vous serez mûr pour l'illumination intérieure. Quand tous les désirs sont tombés, le Soi se révèle, exactement comme les fruits se détachent de l'arbre quand ils sont parvenus à maturité.

 

4  

Aussi parfaite que le vaste espace,

rien ne manque à la Voie, rien ne reste hors d’elle.

A accueillir et à repousser les choses,

nous ne sommes pas comme il faut.

 

[La Voie est] parfaite comme le vaste espace,

Rien n'y manque, rien n'y est superflu :

C'est parce que l'on fait un choix

Que sa vérité absolue se trouve perdue de vue.

 

L'espace tel que nous le voyons en plein jour, sans nuages (les nuages sont dans l'espace mais ils ne sont pas l'espace), cet espace est vide, infini, sans limite, homogène, autogène (vous pouvez dire que tel anticyclone a provoqué la présence des nuages mais l'espace, rien ne l'a provoqué, rien ne l'a causé). Cette image de l'espace infini évoque celle du Royaume des Cieux. L'espace est « parfait », plénitude absolue, pas de mesure, pas de limitation.

Il ne manque rien.

Rien ne manque à la Voie, rien ne reste en dehors d'elle.

Le risque, quand on s'engage dans la vie spirituelle, consiste à faire deux parts: d'un côté, une vie menée n'importe comment, dans le conflit, la crispation, souvent même la honte de soi et, de l'autre, les lectures spirituelles, Ramana Maharshi ou Nisargadatta Maharaj, et trois semaines par an dans un ashram. Cette division entre ce que nous considérons comme sacré et ce que nous considérons comme profane aboutit toujours à une impasse. Si nous voulons que la voie nous transforme, tous les aspects de notre existence doivent être intégrés à celle-ci, y compris les parts de nous-même que nous n'aimons pas, dont nous avons honte. Ou bien vous entrerez entier au Royaume des Cieux, ou bien vous n'entrerez pas. Vous n'aboutirez jamais à rien si vous ne commencez pas par vous réunifier : « Que peut un royaume divisé contre lui-même ? »

A accueillir et à repousser les choses, nous ne sommes pas comme il faut. Nous retrouvons de nouveau la même idée, ce que Swâmi Prajnânpad appelait half-life, la moitié de vie qui nous empêche d'avoir l'expérience de la totalité de la vie : the fullness of life – j'accueille ce qui me plaît, ce qui me fait plaisir et je nie tout ce qui ne me convient pas. Faites-le mais n'espérez pas découvrir la sagesse ou la libération ou l'éveil ou l'illumination.

 

Ne pourchassez pas le monde soumis à la causalité,

ne vous attardez pas dans une Vacuité excluant les phénomènes !

Si l’esprit demeure en paix dans l’Un,

ces vues duelles disparaissent d’elles-mêmes.

 

Ne poursuivez pas les complications extérieures,

Ne vous attardez pas dans le vide intérieur :

Lorsque l'esprit reste serein dans l'unité des choses,

Le dualisme s'évanouit de lui-même.

 

Ne pourchassez pas le monde soumis à la causalité.

Cette sentence est à rapprocher de la phrase du Christ : « Ne cherchez pas les trésors que la rouille peut détruire et que les voleurs peuvent dérober. » Ne pourchassez pas les joies, les satisfactions qui, étant causées par certaines conditions, peuvent être détruites par des conditions adverses. Cherchez ce qui échappe à la causalité, ce qui n'est pas produit, ce qui existe par soi-même, c'est-à-dire cette paix et ce silence préalables à toute la manifestation mais dont la manifestation est une expression – donc qui peuvent être conciliés avec le monde multiple dont nous sommes aujourd'hui prisonniers.

Ne vous attardez pas dans une Vacuité excluant les phénomènes.

Si par hasard vous êtes doués pour la méditation, ne prenez pas l'habitude d'une méditation sereine et silencieuse qui exclut les phénomènes. La réalisation doit être, comme on dit en Inde, all embracing, embrassant tout, n'excluant rien. Méfiez-vous de la dualité entre le Royaume des Cieux, le silence profond de la méditation, la sérénité que vous retrouvez dans votre petite chapelle personnelle et le monde ordinaire. C'est une erreur que de nombreux maîtres ont dénoncée, qui consiste à faire deux parts : le silence divin de la méditation et ce monde « merdique » fait de problèmes, d'ennuis, de difficultés. Si j'insiste sur ce thème, c'est parce que c'est un piège dans lequel tombent de nombreux chercheurs. Tant que la réalisation exclura le monde habituel avec tous ses « problèmes », tant que vous n'aurez pas découvert la profonde signification des choses (y compris de votre déclaration de revenus), vous n'êtes pas sur la grande Voie.

Il est capital de noter le rapprochement de deux idées paradoxales : d'une part ne pas pourchasser le monde soumis à l'implacable loi de cause à effet, d'autre part ne pas exclure les phénomènes. Nous retrouvons l'attitude de neutralité déjà préconisée : ni attraction ni répulsion.

Si l'esprit demeure en paix dans l'Un, ces vues duelles disparaissent d'elles-mêmes.

D'accord, mais comment faire pour que l'esprit demeure en paix dans l'Un? Il faut d'abord s'intéresser à la dualité, à la multiplicité, à ce qui fait les bonheurs, les peines, les déceptions, les frustrations, les joies habituelles. Et ce Un dont parle le taoïsme autant que le vedanta et le bouddhisme zen, c'est un unique océan dont font partie les innombrables vagues. Ce n'est pas le Un opposé au multiple. Vous ne pouvez pas opposer un océan et des milliers de vagues différentes. L'océan ce sont les vagues, les vagues sont l'océan; les vagues demeurent dans l'océan et l'océan demeure dans les vagues. Le Un est à la fois l'océan et les vagues. Le Un inclut le multiple, lequel n'est pas à proprement parler multiple puisqu'il est la manifestation, la danse – pour parler comme les hindous – du Un. Si vous demeurez en paix dans l'Un – le Un est aussi le multiple –, ces vues duelles disparaissent d'elles mêmes : vous cessez d'être écartelé entre le bon et le mauvais, le réussi et le raté, l'heureux et le malheureux, le rassurant et l'effrayant.

 

Quand l’activité cesse et que la passivité prévaut,

celle-ci à son tour n’en est que plus active.

Demeurant dans le mouvement ou dans la quiétude,

comment pourrions-nous connaître l’Un ?

 

Pas de texte équivalent chez Suzuki.

 

Que signifie « passif »? Si passif signifie simplement se laisser aller à la paresse et ne rien tenter, nous ne serons pas convaincus que là réside l'enseignement de la vérité ou de la sagesse. La passivité dont il est ici question correspond à un thème essentiel du taoïsme que l'on a traduit en français par « la non-action » ou « le non-agir » : une manière intime de ne plus être impliqué dans l'action, agité, emporté.

Extérieurement actif, intérieurement passif.

Swâmi Prajnânpad disait : « Intérieurement, soyez activement passif », c'est-à-dire une passivité vigilante, « et extérieurement, soyez passivement actif » c'est-à-dire soyez actif non pas à partir de vos demandes égocentriques et de votre désir de réussir coûte que coûte mais à partir d'un état que dans un langage complètement différent on appellerait « soumission à la volonté divine ». Ce texte athée, au sens où il ne fait intervenir aucun Dieu créateur, donne à cet égard le même enseignement que le christianisme des mystiques. La passivité préconisée, c'est la passivité intérieure, la soumission à la vérité, à la réalité. Il s'agit d'une attitude dans laquelle « je », en tant qu'entité égocentrique, ne veux rien; je ne refuse rien, je ne demande rien, je suis l'instrument de l'ordre juste des choses. Celui qui a renoncé à l'activité ordinaire, égocentrique, et qui est vraiment passif, complètement uni à la « volonté de Dieu », n'en est que plus actif. Et parfois, un homme qui n'a rien fait au sens où il n'a déployé aucune activité extérieure a eu, en vérité, une influence immense. Ramana Maharshi vivait retiré, il n'a jamais rien « fait », si l'on peut dire, que d'éplucher les légumes à la cuisine de l'ashram quand il était jeune et pourtant son rayonnement est tel que, plus de cinquante ans après sa mort, son ashram attire encore des visiteurs du monde entier.

Demeurant dans le mouvement ou dans la quiétude, comment pourrions-nous connaître l'Un ?

Le mouvement n'est pas uniquement celui du corps physique, c'est aussi le mouvement de ce que l'Inde appelle le corps subtil, les pensées, les émotions, les pulsions, les impulsions, les peurs, les désirs, les propensions. Si nous demeurons uniquement dans le mouvement, nous ne connaîtrons pas le Un. Mais si nous demeurons dans la quiétude, c'est-à-dire une forme de méditation qui est seulement un stupéfiant pour le mental, nous ne connaîtrons pas plus le Un. Pour nous, Occidentaux habitués à un rythme trépidant, la quiétude (peut-être même pourrait-on employer le mot de « quiétisme » qui a soulevé une telle polémique au XVII  siècle) ne semble pas représenter un risque réel. Mais pour le monde asiatique, en découvrant la beauté du silence, la beauté du monde intérieur, la beauté de cette sérénité qui émane de ce que l'on est et non pas de ce que la vie nous donne, nous refuse ou nous impose, la tentation existe d'éliminer l'aspect conflictuel de l'existence et de se réfugier dans le silence intérieur, l'arrêt des pensées.

Mais une telle attitude ne résout pas le problème de la dualité. Nous ne comprenons toujours pas la profonde signification des choses. Le Un comprend à la fois l'océan et les vagues. Si nous ne nous occupons que des vagues, nous demeurons dans le mouvement ; si nous ne nous occupons que de l'océan, nous demeurons dans la quiétude.

Dans les deux cas, comment pourrions-nous connaître le Un ? Il s'agit à nouveau de dépasser une opposition, une dualité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A ne pas comprendre l’unité de la Voie,

le mouvement et la quiétude conduisent à l’échec.

Si vous vous arrachez au phénomène, celui-ci vous engloutit ;

si vous poursuivez le vide, vous lui tournez le dos.

 

Et quand l'unité des choses n'est pas comprise jusqu'au fond,

De deux façons la perte est supportée.

Le déni de réalité peut conduire à son absolue négation,

Alors que le fait de soutenir le vide peut résulter en une contradiction avec soi-même.

 

C'est la même idée qui est reprise. Tant que nous opposons la sérénité de la méditation et l'agitation de la vie, nous demeurons partiels, conflictuels, prisonniers des opposés. Vous ne pouvez pas faire l'économie de ce que Seng-Ts'an nomme si justement la profonde signification des choses, des choses que vous aimez, des choses que vous n'aimez pas, des choses qui vous fascinent, des choses qui vous font horreur. Ce que vous niez ou refusez tant soit peu garde son pouvoir sur vous. Vous renforcez ce à quoi vous résistez, ce que vous tentez de nier.

Si vous vous arrachez au phénomène, c'est-à-dire si vous refusez ce qui ne vous convient pas, y compris en utilisant des techniques de méditation, de concentration, ou des exercices de respiration – car la respiration permet techniquement d'arrêter l'engrenage des pensées – le phénomène vous engloutit. Plus je refuse ce monde limité, soumis au temps et à l'espace, plus je suis emporté malgré moi. Le mot « Vide » pour les taoïstes ou les bouddhistes est un terme qui revêt un sens aussi fort que l'expression « Royaume des Cieux » pour les chrétiens. Il tente, parmi bien d'autres, de pointer vers la Réalité Suprême, le « non-né, non-fait, non-devenu, non-composé ». Comprenons-le d'abord comme « vidé de », vidé de tout ce qui est en trop. Quand le vent a emporté les nuages, l'immensité de l'espace et la lumière du soleil se dévoilent dans toute leur splendeur. Ce vide (shunyam) est plénitude (purnam). Analysée jusqu'à la découverte de son essence ultime, chaque perception et conception – chaque nama-rupa, nom et forme – se révèle sans substance individualisée propre. La « réalité » – la réalité relative – est le produit de notre système nerveux et de nos neurones. Et, même en demeurant prudent quant aux rapprochements abusifs, nous savons que le monde selon les physiciens ne ressemble guère au nôtre. C'est en ce sens, celui d'apparence, comme un tour de prestidigitation, qu'il faut comprendre le qualificatif d'« irréel »  (asat) tel que l'utilise le vedanta. Évacuons d'abord de notre esprit toutes les projections inconscientes qui l'encombrent et qui opèrent à notre insu. C'est la première étape concrète sur la Voie.

Si vous poursuivez le Vide, vous lui tournez le dos.

Si vous vous attachez au Vide exactement comme vous êtes attachés aux phénomènes dans la vie ordinaire, vous n'avez aucune chance de trouver ce que vous cherchez. L'attachement en lui-même est une impasse, aussi noble que puisse être l'objet de notre attachement.

 

Plus nous parlons et plus nous spéculons,

plus nous nous éloignons de la Voie.

Supprimant tout discours et toute réflexion,

il n’est point de lieu où nous ne puissions aller.

 

Phraséologie, jeux de l'intellect,

Plus nous nous y adonnons et plus loin nous nous égarons.

Éloignons-nous donc de la phraséologie et des jeux de l'intellect,

Et il n'est nulle place où nous ne puissions librement passer.

 

Nous rencontrons là un paradoxe. Tous les maîtres ont dénoncé l'inutilité des paroles (words, les mots) et tous ont parlé. Ramana Maharshi a inlassablement redit la même chose ; son enseignement tient en dix pages, mais il n'a pas cessé de le répéter pendant cinquante ans. Le bouddhisme zen, plus que toute autre voie, s'est présenté comme transmission directe de la vie en dehors des écritures, mais les monastères zen détiennent des manuscrits précieux, d'autant plus précieux pourrait-on dire qu'ils ont mieux prêché l'inutilité des mots.

Il est vrai que l'origine de tout le bouddhisme Tch'an ou zen tient dans une histoire bien connue. Au lieu de répondre à une question qui lui était posée, le Bouddha s'est contenté de lever une fleur. Personne n'a compris son geste parmi ceux qui l'entouraient, sauf un certain Mahakaçyapa.

Ananda, « le disciple bien-aimé » du Bouddha, en fait son cousin, et qui prenait en notes toutes les paroles du maître (c'est en quelque sorte l'évangéliste du Bouddha), Ananda est allé voir Mahakaçyapa et lui a dit : « Quand le maître, tout à l'heure, a levé la fleur, j'ai bien senti que tu as compris ce qu'il voulait signifier, tu es le seul, explique moi. » Kaçyapa a regardé Ananda, a présenté une fleur et Ananda a compris à son tour et n'a plus rien dit. Donc, nous n'aurons jamais d'explication verbale sur la célèbre histoire de la fleur !

Tout ce qui devient mot devient pensée et nous éloigne de la vérité indicible. Les mystiques chrétiens ont souvent employé le mot « indicible » pour décrire – ou justement ne pas décrire – leur réalisation spirituelle. Nous savons qu'aucune explication ne peut rendre compte de la réalité ultime. C'est aussi pour cette raison que, dans l'islam, on dénombre quatre-vingt-dix-neuf noms de Dieu mais que le dernier, le centième, est imprononçable.

Une grande part de l'enseignement du zen se transmet en dehors des mots, par un éclat de rire, un geste incongru, une réponse désarçonnante, une situation paradoxale qui, par leur caractère inattendu, peuvent pulvériser le mental et le mettre brusquement en contact avec une réalité d'un autre ordre. Malheureusement le mental peut s'emparer de tout et il ne suffit pas de prendre une attitude étrange ou de rire aux éclats pour avoir compris l'essence du zen.

 

Plus nous parlons et plus nous spéculons, plus nous nous éloignons de la Voie. Il est utile d'entendre ces paroles dans notre monde occidental où, phénomène nouveau propre au monde moderne, l'intellect tient de plus en plus de place, une place abusive et injustifiée. N'est-il pas étonnant qu'il faille, de nos jours, faire des études purement intellectuelles pour pouvoir devenir menuisier? Faudra-t-il bientôt détenir un bac C pour avoir le droit de travailler le bois et de faire un meuble?

Le « lieu » dont il est ici question ne se réfère pas seulement aux lieux physiques mais aux différents plans intérieurs. Vous avez peut-être entendu parler de ce que l'on appelle dans l'islam « les sept cieux » où a été conduit le Prophète Mohammed. Il s'agit de plans de la réalité plus ou moins subtils, de niveaux de conscience dits « supérieurs », auxquels on accède par la méditation.

 

Retournez à la racine : vous obtiendrez le sens ;

courez après les apparences, vous vous éloignerez du principe.

Si, pour un bref instant,

nous retournons notre regard introspectivement,

nous dépasserons le vide des choses de ce monde.

 

Lorsque nous remontons à la racine, nous obtenons le sens ;

Lorsque nous poursuivons les objets extérieurs, nous perdons la raison.

Au moment où nous sommes Illuminé en nous-même,

Nous dépassons le vide du monde qui s'oppose à nous.

 

On distingue souvent l'apparence et l'essence. Nous pouvons dire aussi la surface et la profondeur, la périphérie et le centre. De chaque manifestation, de chaque phénomène, en nous et hors de nous, nous pouvons chercher la source, la racine, l'essence – l'essence ultime, l'essence de l'essence si je puis m'exprimer ainsi, étant le Soi, l'atman, la nature-de-Bouddha. Si vous vous contentez de la surface, vous n'obtiendrez jamais la profonde compréhension des choses. Derrière tout manifesté, il y a un non-manifesté et c'est ce non-manifesté qui est réel.

Swâmi Prajnânpad disait aussi : « Deal with the cause, not with the effect », occupez-vous de la cause, pas de l'effet.

C'est un principe qui s'applique à tous les niveaux, y compris dans les relations humaines. Trop souvent, nous ne traitons avec les autres que de surface à surface. Nous croyons nous comprendre mais nous ne nous comprenons pas parce que nous réagissons au comportement de l'autre, à ce qu'il dit, à ce qu'il fait, à ce qu'il manifeste au dehors, sans nous préoccuper de ce qui se cache derrière l'apparence. L'autre, de son côté, en fait autant avec nous, ce qui aboutit au dialogue de sourds parce que personne ne s'intéresse à la cause latente dont le comportement n'est qu'un effet. C'est particulièrement vrai en ce qui concerne l'éducation des enfants : un enfant capricieux, difficile, agressif est avant tout un enfant malheureux dont les besoins profonds n'ont pas été entendus et pris en considération.

Dans notre ashram du Bost, en Auvergne, nous faisions chaque semaine une réunion intime, en petit groupe, où la règle du jeu était d'apporter un ou plusieurs échantillons d'incidents qui s'étaient produits pendant le séjour à l'ashram. Il n'était pas nécessaire que l'incident soit important, il suffisait d'un léger différend entre deux personnes ou d'une incompréhension qui pouvait paraître sans importance. En laissant chacun des interlocuteurs s'exprimer librement sur ce qu'il avait vécu, il apparaissait très clairement à chaque fois que le comportement extérieur d'une personne avait une source cachée plus profonde qui avait complètement échappé à l'autre personne – et, le plus souvent, au sujet impliqué lui-même. Et cette source cachée était en fait toujours une souffrance. Il devenait patent que les conflits de surface n'étaient que l'expression d'une frustration.

Dans un premier temps, quand nous sommes en contact avec le comportement extérieur de quelqu'un, au lieu de tout de suite juger, tentons d'être en communion avec la surface, quoi que l'autre puisse dire, quelles que soient l'expression de son visage, la vibration de sa voix, l'absurdité scandaleuse – à nos yeux – des mots qu'il prononce. Cherchons plus profond, allons plus profond, de l'apparence à l'essence, nous ne risquons jamais de nous tromper en tentant cette approche nouvelle.

Retournez à la racine, vous obtiendrez le sens ; courez après les apparences, vous vous éloignerez du principe.

La réalité unique se manifeste sous forme d'apparences multiples. Si vous vous contentez de la surface des phénomènes, de la surface des êtres, c'est-à-dire de leurs réactions, et si vous n'êtes pas un avec l'apparence afin que celle-ci soit la porte ouverte vers l'essence, vous tournez le dos au principe fondamental de la réalité unique. Et quand vous commencerez à découvrir la profondeur derrière ces apparences, vous verrez qu'il y a des essences de plus en plus profondes. La Réalité ultime est neutre, réconciliant le positif et le négatif. La réalité relative en est l'expression multiple et changeante et nous pouvons en faire l'expérience à condition que nous la considérions comme neutre.

Si, pour un bref instant, nous retournons notre regard introspectivement, nous dépasserons le vide des choses de ce monde.

Revoici la même idée : même la découverte du vide – qui est relativement accessible à ceux qui méditent plusieurs heures par jour parce qu'ils ont rejoint un monastère et parce que le contexte s'y prête – même la découverte de ce vide, de ce silence, ne doit pas nous arrêter en chemin jusqu'à ce que nous ayons fait la vraie découverte, à savoir qu'il n'y a pas de différence irréductible entre le vide et la forme. Selon la parole célèbre du mahayana : le samsara est le nirvana, le nirvana est le samsara, le silence est le bruit, l'immobilité est le mouvement... Nous dépasserons le vide des choses de ce monde, c'est-à-dire nous irons plus loin que la vision ou la réalisation de la vacuité. Nous atteindrons la suprême non-contradiction.

 

10 

Si ce monde nous paraît sujet à des transformations,

c’est en raison de nos vues fausses.

Pas besoin de chercher la vérité ;

il suffit de mettre fin aux vues fausses.

 

Les transformations qui se déroulent dans le monde vide qui se trouve devant nous

Semblent toutes réelles à cause de l'ignorance :

N'essayez pas de chercher la vérité,

Cessez simplement de vous attacher à des opinions.

 

Nous savons que ce monde n'est que transformation incessante. Même les particules d'un atome ne demeurent pas en place. Que signifient alors ces paroles? « Vues fausses » correspond à ce que l'on appelle chez les hindous avidya, non-vision (vidya est à rapprocher du latin videre, voir). Cette non-vision ne veut pas dire être aveugle mais, pire, avoir des verres déformants devant les yeux. Tout psychologue admet que les projections nous font vivre dans un monde de vues fausses, depuis les projections les plus sommaires comme de projeter un père coléreux sur un homme inoffensif au point d'avoir peur de cet homme qui n'est animé que de sentiments bienveillants à notre égard, jusqu'aux projections plus subtiles qui s'opèrent à longueur de journée à notre insu et par lesquelles chacun vit dans son monde et personne ne vit dans le monde.

Mais dans cette ligne, nous pouvons aller plus loin. Si ce monde nous paraît sujet à des transformations, c'est en raison de nos vues fausses. Ce n'est pas un traité de psychologie, c'est un traité de sagesse. Quelle paix, quelle sécurité, quelle satisfaction absolue pouvons-nous trouver dans un monde sujet à des transformations, dans lequel ce qui vient s'en va, ce qui naît meurt, ce qui a été jeune vieillit, ce qui a été construit sera détruit ? Il est certain que le but des ascètes est de découvrir ce qui ne passe pas, ce qui ne périt pas, ce que l'on a si justement appelé « éternel ». Si ce monde nous paraît sujet à des transformations, c'est que nous ne voyons que la surface, le devenir. Nous sommes tellement fascinés par la surface changeante que nous n'avons pas accès à la profondeur immuable. C'est la démarche de tous les mystiques. Quel est le contraire de « sujet à transformations »? C'est « éternel ». S'il y a le changement, il y a le temps. Si tout changement s'arrêtait, le temps cesserait et nous découvririons l'éternité. En vérité, le temps c'est l'éternité et l'éternité c'est le temps, comme le danseur et la danse ne sont qu'un. Pas besoin de chercher la vérité ; il suffit de mettre fin aux vues fausses. Voilà aussi le cœur de l'enseignement de Swâmi Prajnânpad qui ne connaissait pourtant pas ce texte. Allez-vous écouter un disque de silence dans une pièce bruyante? Supprimez les bruits, vous aurez le silence. C'est l'erreur de trop d'êtres sincères – qu'ils soient chrétiens, hindous, européens émerveillés par l'hindouisme – qui vont faire des retraites dans des monastères, qui prient, qui se lèvent la nuit pour assister aux offices ou qui partent en Inde dans la chaleur en quête de vérité mais qui ne mettent pas en cause leurs vues fausses et qui, année après année, continuent à ne pas « voir » leur propre femme, leurs propres enfants ou leurs propres parents, à « penser » au lieu de « voir ».

Un jour où j'utilisais devant Swâmi Prajnânpad l'expression très connue en Inde seeker of truth, chercheur de vérité, Swâmiji m'a interrompu : « Nonsense! Don't be a see-ker of truth, Arnaud. Be a seeker of untruth », ne soyez pas un chercheur de vérité, soyez un chercheur de la non-vérité.

Une fois que vous aurez vraiment découvert une non-vérité, celle-ci disparaîtra sous vos yeux, cédant la place à la vérité sous-jacente. Si, ayant aperçu de loin, au crépuscule en Inde, un morceau de corde, je l'ai pris pour un serpent, je peux toujours chercher la vérité : tant que je « saurai » qu'il y a un serpent, je ne découvrirai pas la corde. Chercher la vérité, c'est chercher où est mon erreur, où est mon illusion, où est mon mensonge (mensonge sincère mais je n'en suis pas moins dans l'illusion). Alors j'ai toutes les chances de dépister les vues fausses et la vérité que celles-ci cachaient se révélera.

 

11 

Ne vous attachez pas aux vues duelles ;

évitez soigneusement de les suivre.

S’il y a la moindre trace de oui ou de non,

l’esprit se perd dans un dédale de complexités.

 

Ne vous attardez pas dans le dualisme ;

Évitez avec soin de le poursuivre ;

Aussitôt que vous avez le bien et le mal,

La confusion s'ensuit, et l'esprit est perdu.

 

Nous pouvons distinguer deux dualités : la première est en quelque sorte une dualité naturelle inhérente au monde des phénomènes tant que nous n'avons pas accès à la réalité ultime qui sous-tend ces phénomènes : la nuit et le jour, le haut et le bas, le chaud et le froid, l'hiver et l'été, l'arrivée et le départ, le succès et l'échec, la louange et la critique, ce que l'on appelle en Inde les dvandvas ou « paires d'opposées ». Mais à cette dualité naturelle, le mental superpose une autre dualité en établissant une distinction entre ce que nous aimons ou n'aimons pas. Nous réagissons au monde des phénomènes par le jeu de l'attraction et de la répulsion. Nous créons la distinction de l'heureux et du malheureux, du favorable et du défavorable, du bon et du mauvais et, pour finir, du bien et du mal. La première dualité à dépasser, c'est cette distinction massive, que nous avons rajoutée au réel, entre ce que nous aimons et ce que nous n'aimons pas. Une fois que nous sommes en communion avec le réel, nous avons accès au monde tel qu'il est. L'alternance des contraires pleinement acceptée, l'impermanence – notion chère aux bouddhistes – devient la voie d'accès à ce qui ne change pas. Le fait de pactiser avec notre mental, de nous identifier à nos états d'âme, nous fait osciller d'un extrême à l'autre : « C'est beau, c'est merveilleux, ça va être formidable, on va voir ce qu'on va voir » ou : « Je n'en peux plus, ce n'est plus possible, tout est trop difficile... » Chacun se laisse emporter, emporter au gré des événements. Ne vous attachez pas à ces vues duelles qui peuvent se lever encore en vous, évitez soigneusement de les suivre.

S'il y a la moindre trace de oui ou de non, l'esprit se perd dans un dédale de complexités.

Est-ce qu'il existe un oui absolu, un positif absolu en face duquel n'existe aucun négatif ? Dans ce texte, il s'agit du oui duel : je dis oui à ce que dont j'ai envie, je dis non à ce dont je n'ai pas envie. Ici, les mots oui et non signifient l'approche fondamentalement dualiste qui oppose la moitié de l'existence qui nous convient à la moitié qui ne nous convient pas et que nous refusons – niant par là même la moitié de la réalité. Il existe bien sûr un autre oui qui n'est pas le contraire du non parce qu'il ne s'oppose à rien, le oui à la multiplicité des phénomènes, le oui à la santé et le oui à la maladie – étant bien entendu que ce oui, qui est une attitude intérieure de réconciliation, ne m'empêche pas de me soigner. On ne discute pas l'indiscutable. Pas ce qui devrait être : ce qui est.

La vérité est simple, ce qui est est. En introduisant à chaque instant notre appréciation subjective sur le réel, « ça j'aime, ça je n'aime pas, à ceci je dis oui, à cela je dis non », nous solidifions à chaque instant l'évanescent et nous nous perdons « dans un dédale de complexités ».

 

12 

La dualité existe en raison de l’unité,

mais ne vous attachez pas à l’unité.

Quand l’esprit s’unifie sans s’attacher à l’un,

les dix mille choses sont inoffensives.

 

Les deux existent à cause de l'un,

Mais ne vous attachez même pas à cet un.

Lorsque l'esprit un n'est pas troublé,

Les dix mille choses ne peuvent l'offenser.

 

La dualité existe en raison de l'unité.

S'il n'y avait pas l'océan, il n'y aurait pas de vagues. Vous pouvez concevoir un océan sans vagues mais non des vagues sans océan. Ne vous attachez pas à l'océan comme différent des vagues, opposé aux vagues.

Ne vous attachez pas à cette unité.

Ce texte s'adresse à des moines qui ont l'habitude de rester plusieurs heures en méditation et une propension naturelle à l'intériorisation. Mais cette mise en garde ne concerne pas seulement les méditants assidus qui courent le risque de s'attacher à l'unité. Elle concerne tous ceux qui rêvent du Un par peur du multiple, qui n'ont pas « réglé leurs comptes » avec ce multiple.

Quand l'esprit s'unifie...

L'esprit s'unifie quand il n'y a plus coupure entre le conscient et l'inconscient, quand les tendances contradictoires qui nous composent ne tirent plus à hue et à dia mais surtout quand nous cessons d'être ballottés entre l'attraction et la répulsion, quand nous pouvons être le témoin non affecté de la multiplicité des états d'âme qui se succèdent en nous. L'unification de l'esprit n'existe qu'au centre, dans l'axe du balancier qui n'est plus soumis aux oscillations du «j'aime», «je n'aime pas».

Quand l'esprit s'unifie sans s'attacher à l'un, c'est-à-dire sans cette obsession du silence et de la sérénité contre les difficultés de l'existence, les dix mille choses sont inoffensives. Les dix mille choses signifient bien sûr la multiplicité. Il n'est pas écrit : les dix mille choses disparaissent – ce qui correspondrait à l'état de samadhi ordinaire – mais les dix mille choses sont inoffensives : elles ne peuvent plus nous faire souffrir, elles n'ont plus de pouvoir sur nous – y compris ce que nous appelons les épreuves ou les tragédies. Dieu sait avec quelle sérénité un maître tibétain comme Kangyur Rinpoché, réfugié en Inde, a pu vivre dans la misère pendant plusieurs années sans en être affecté. Il était sublimement, glorieusement, établi au-delà des paires d'opposées. Ce qu'en Inde on appelle sahaja samadhi ou état naturel est la réconciliation parfaite de l'un et du multiple, du temps et de l'éternité, conçus comme les deux aspects d'une même réalité.

 

13 

Si une chose ne vous offense pas,

elle est comme inexistante ;

si rien ne se produit, il n’est point d’esprit.

Le sujet disparaît à la suite de l’objet ;

l’objet s’évanouit avec le sujet.

 

Lorsque aucune offense ne vient d'elles, elles sont comme si elles n'existaient pas ;

Lorsque l'esprit n'est pas troublé, c'est comme s'il n'y avait pas d'esprit.

Le sujet est calmé sitôt que l'objet cesse ;

L'objet cesse sitôt que le sujet est calmé.

 

Comme l'a si bien dit Épictète : « Ce ne sont pas les choses qui nous font souffrir, c'est l'opinion que nous avons des choses. » C'est par nos réactions que nous donnons réalité à un monde que les enseignements ésotériques nous apprennent à considérer comme irréel, c'est-à dire n'ayant pas de réalité en soi. Le monde est un flux perpétuel et c'est nous qui le figeons, qui solidifions les phénomènes. En ce sens, l'océan est réel alors que les vagues sont irréelles. Supprimez l'irréel, le réel demeure.

Supprimez le réel, rien de demeure. Mais le réel (sat en sanscrit) est justement ce que rien, absolument rien, ne peut détruire. Quant au mot français « esprit », il peut prendre des sens bien différents. Le chrétien distingue « psùchê » et « pneuma », le psychisme et l'esprit. Pour le bouddhiste, l'esprit inclut toutes les fonctions. Là où les traductions des textes védantiques utilisent le mot conscience (chit), les textes mahayanistes mentionneront la vraie nature de l'esprit. Il s'agit ici de la conscience duelle, celle des opposés et des conflits.

Le sujet disparaît à la suite de l'objet ; l'objet s'évanouit avec le sujet. La distinction du sujet et de l'objet est à la racine de la dualité. C'est la distinction entre ce que j'appelle « moi » et ce que j'appelle « autre que moi », étant entendu qu'à l'intérieur de moi toutes sortes de phénomènes peuvent être « objectivés » : une pensée, une émotion, une sensation – objectivés et chéris ou détestés.

Tant que j'attache une importance primordiale à l'objet au lieu de le considérer simplement comme une expression fluctuante, évanescente, j'affirme aussi celui qui est là pour le percevoir. Prenons l'exemple d'un phénomène anodin : une douleur dans le dos. Si j'attache une importance à cette sensation douloureuse, même en désirant en être le témoin : « Il y a sensation douloureuse à la base du dos », j'affirme en même temps celui qui ressent la sensation douloureuse. Affirmer l'objet c'est affirmer le sujet. Si je ne m'attache pas à la sensation douloureuse, je ne m'attache pas non plus à celui qui est là pour ressentir la sensation douloureuse en question.

Le sujet disparaît à la suite de l'objet ; l'objet s'évanouit à la suite du sujet.

Et dans l'état de liberté parfaite, cette distinction d'un sujet limité prenant conscience d'un objet limité est dépassée. La dualité a fait place à l'unité. Le «témoin» est si parfaitement neutre, impersonnel, qu'il a disparu en tant qu'entité distincte.

Seule demeure « la lumière de la perception ».

 

14 

L’objet c’est par le sujet qu’il est objet ;

le sujet, c’est par l’objet qu’il est sujet.

Si vous désirez savoir ce qu’ils sont dans leur dualité illusoire, sachez qu’ils ne sont rien d’autre qu’un vide.

 

L'objet est un objet pour le sujet,

Le sujet est un sujet pour un objet :

Sachez que la relativité des deux

Réside en dernière analyse dans l'unité du vide.

 

Le Vedanta nous enseigne l'importance sur la voie de ce qu'on appelle la « position de témoin » ou « conscience témoin » qui consiste à considérer une émotion, une pensée, une angoisse comme un phénomène que nous pouvons voir et reconnaître au lieu d'être complètement « pris » par lui. Mais même cette distinction du sujet et de l'objet (« je suis le sujet qui voit les objets »), qui a d'abord sa place sur le chemin, doit être transcendée jusqu'à ce que la réalité apparaisse vraiment comme une. Le but est de dépasser toutes les dualités, y compris la perception erronée qui nous fait distinguer l'océan et les vagues, le silence et les bruits, l'immobilité et le mouvement. Non : l'océan-vagues au singulier, un seul mot pour les deux, une seule réalité. Le sage a dépassé la conscience duelle limitée, il ne se perçoit plus comme séparé du reste du monde. « Le sage a pour corps l'univers entier. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

15 

Dans ce vide unique, les deux s’identifient ;

chacun contient les dix mille choses.

Ne faites pas de distinction entre le subtil et le grossier ;

comment prendre parti pour ceci contre cela ?

 

Dans l'unité du vide, les deux sont un,

Et chacun des deux contient en soi toutes les dix mille choses :

Lorsque nulle discrimination n'est faite entre ceci et cela,

Comment une vision partiale et préconçue peut-elle surgir ?

 

Dans le non-manifesté, toutes les possibilités du manifesté existent à l'état latent. Utilisons une image, même si elle est très imparfaite. Si je prends une attitude précise, toutes les autres attitudes sont exclues. Mais si je suis immobile, que je ne prends aucune attitude particulière, des milliers d'attitudes existent en moi à l'état latent ou potentiel. Donc dans le vide unique, toutes les potentialités que vous puissiez concevoir, toutes celles qui se réaliseront et même celles qui ne se réaliseront pas, tout est contenu à l'état latent. Si vous comprenez que l'océan n'est qu'une immense masse d'eau, vous pouvez regarder une petite quantité d'eau sur une plage de France tout en sachant qu'elle arrose aussi les plages de Tahiti puisqu'il s'agit d'une petite partie de l'eau de l'océan que vous avez sous les yeux. La Méditerranée elle-même, par le détroit de Gibraltar et maintenant le canal de Suez, communique avec tous les océans du monde. Chaque détail de la manifestation, étant lié à toute la manifestation, est en lui-même la totalité. Chaque grain de poussière est à la fois unique et infini.

Ne faites pas de distinction entre le subtil et le grossier ;

comment prendre parti pour ceci contre cela?

Tout est neutre. C'est et nous, nous qualifions, nous prenons parti. Voici un exemple que j'ai vécu à l'âge de vingt-quatre ans, aussi choquant qu'il paraisse. Du point de vue de ce que l'on appelle le BK (c'est-à-dire le bacille de Koch, celui de la tuberculose), la destruction du parenchyme pulmonaire est tout à fait favorable et positive. C'est nous qui, regardant une image évoluer de jour en jour sur une radiographie, prenons parti. Est-ce que nous pouvons quitter notre égocentrisme et avoir, comme centre, le centre même de cette création, le centre même de cette manifestation? Parce que les sages ne sont plus limités par la conscience individualisée, ils ne prennent pas parti contre ce que la plupart d'entre nous considéreraient comme fâcheux – si ce n'est désastreux – même s'ils sont personnellement concernés.

C'est ce qui explique les réponses déroutantes qu'ils peuvent parfois faire. Quelqu'un ayant demandé à Ramana Maharshi, atteint d'un « sarcome extensif de la gaine d'un nerf de l'épaule » : « Vous avez fait des miracles, des personnes ont été guéries après vous avoir approché. Est-ce que vous ne pouvez pas guérir votre propre cancer? » obtint pour tout commentaire : « C'est la loi de la cellule cancéreuse de proliférer.»

Ensuite, dans le cadre de la manifestation – c'est-à-dire dans le relatif – vous sentirez, vous saurez, ce qui vous est demandé, si c'est de vous soigner ou non et comment. J'ai été soigné et guéri de ma tuberculose.

La manifestation, la création, est « ainsi », en anglais isness, suchness, thatness. Et, de toute façon, si vous cherchez comment vous pourriez l'améliorer, vous vous apercevrez qu'il n'est pas possible de la refaire autrement. Imaginez un monde où les bébés continueraient à naître mais où, grâce aux « progrès de la médecine », personne ne mourrait jamais. Vous prenez parti pour le loup affamé ou pour le mouton? Du point de vue du loup, c'est un exploit de parvenir à s'emparer d'un mouton malgré les chiens et les bergers et de le manger. N'avons-nous pas parfois trop vite décrété que certains animaux sont nuisibles et que d'autres sont utiles? Nos mécanismes d'identifications et de projections nous amènent sans cesse à prendre parti. Je parle ici d'une prise de position intérieure et émotionnelle mais vous pouvez ensuite vous engager dans l'action, bien que beaucoup de sages non seulement n'aient pas pris parti émotionnellement mais aient aussi refusé de prendre parti par rapport au monde extérieur, ce qu'on leur a d'ailleurs souvent reproché. Ramana Maharshi par exemple n'a jamais été concerné par la résistance indienne contre la domination anglaise et un Indien éminent comme Rajago-palachari ne le lui a jamais pardonné !

 

 

16 

L’essence de la grande voie est vaste ;

en elle rien n’est facile, rien n’est difficile.

Les vue mesquines sont hésitantes et irrésolues :

plus on pense aller vite, plus on va lentement.

 

La grande Voie est calme et d'esprit large,

Rien n'est facile, rien n'est dur :

Les petites opinions sont irrésolues,

Plus hâtivement elles sont adoptées, plus tard elles disparaissent.

 

Comprendre signifie inclure. Dépassez l'étroitesse, la mesquinerie, devenez toujours plus vaste, jusqu'à contenir l'univers entier dans votre cœur, dans votre amour, dans votre propre « Soi » (atman).

En elle, rien n'est facile, rien n'est difficile.

Dépassez aussi cette dualité de ce que vous ressentez comme facile ou difficile. Combien souvent il s'agit d'une qualification à priori. Et les choses apparaissent ce que nous avons nous-même décidé qu'elles sont.

Les vues mesquines sont hésitantes et irrésolues :

plus on pense aller vite, plus on va lentement.

Visez haut. Ne cherchez pas de petites améliorations. Aspirez à la grande, la radicale transformation. Quant à l'impatience, c'est un obstacle sur lequel presque tous les chercheurs ont buté. Si vous voulez dépasser le temps et découvrir l'éternité, soyez déjà un peu moins impatient. Ici, maintenant, je fais ce qui m'est possible. Un pas devant l'autre, un pas après l'autre. On verra ensuite. Faites bien votre sixième, vous passerez tout naturellement en cinquième. Celui qui nage vers l'autre rive du lac repousse l'eau vers l'arrière exactement là où il se trouve.

 

 

 

 

 

 

17 

A nous attacher à la grande Voie,

nous perdons toute mesure ;

nous nous engageons sur un chemin sans issue.

Laissez-la aller et les choses suivront leur propre nature ;

dans l’essence rien ne se meut ni ne demeure en place.

 

L'attachement passionnel ne reste jamais dans de justes limites,

Il est sûr de se lancer dans la fausse voie :

Lâchez prise, laissez les choses comme elles peuvent être.

Leur essence ne part ni ne subsiste.

 

Chaque fois que nous nous attachons fût-ce à la vérité chrétienne, fût-ce à la vérité musulmane, fût-ce à la vérité hindoue, fût-ce à la vérité bouddhiste, nous nous éloignons en fait de la vérité tout court. Vous connaissez la formule célèbre qui vise à trancher ce qu'on pourrait appeler un «mental de bouddhiste»: «Si vous rencontrez le Bouddha, tuez-le.» C'est la beauté de tout enseignement authentique que de nous mettre en garde contre l'attachement à l'enseignement lui-même.

A nous attacher à la grande Voie, nous perdons toute mesure.

Le sens de la mesure exacte des choses à tous égards, c'est-à-dire vision juste de l'univers relatif, l'univers non pas infini mais l'univers mesurable dans une unité de mesure ou une autre, est le sol ferme sur lequel nous progressons. « Mesure » plutôt que « limite » car il n'y a pas de jugement mais seulement la vision, le constat et l'adhésion à ce qui est.

A nous attacher à la grande Voie ( ...), nous nous engageons sur un chemin sans issue.

Ne devenez pas taoïste, n'ayez pas un mental taoïste ou zen farci de paroles puisées dans les livres, même les plus vénérables. S'attacher à la forme que l'on a choisie pour marcher vers la vérité est un drame parmi d'autres puisque cela conduit à tant de souffrances.

Du fait que je suis chrétien, je ne peux plus être vraiment en communion avec les musulmans. Quels que soient mes efforts, l'idée demeure à l'arrière-plan que le musulman est dans l'erreur parce qu'il ne reconnaît pas la Trinité. Et si je suis musulman, je ne peux pas être vraiment un avec le chrétien parce que le chrétien adhère à cette abominable dogme de la Trinité. Ne vous attachez pas à l'enseignement que vous suivez, quel qu'il soit. Ne confondez pas les moyens avec la fin. Et ne vous attachez pas à l'idée du non-attachement. Au-delà, au-delà, toujours au-delà.

Laissez-la aller et les choses suivront leur propre nature ; dans l'essence, rien ne se meut ni ne demeure en place. L'intellect ordinaire et même la buddhi, c'est-à-dire l'intelligence objective qui n'est pas polluée par les émotions, doivent être dépassés si nous voulons atteindre ce que la Prajna Paramita désigne comme l'au-delà du par-delà de l'au-delà. Laissez aller la grande Voie, allez avec et « les choses suivront leur propre nature ». Du point de vue ultime, rien ne se meut.

Du point de vue relatif, rien ne demeure en place. Mais cette discrimination relève encore d'une logique dualiste. « Être » est affranchi de toute pensée. C'est la parfaite évidence, la suprême simplicité.

 

18 

Obéissez à la nature des choses :

vous serez en accord avec la voie,

libre et délivré de tout tourment.

Lorsque nos pensées sont enchaînées,

nous tournons le dos à la vérité ;

nous sombrons dans le malaise.

 

Obéissez à la nature des choses, et vous êtes en accord avec la voie,

Calme, détendu, exempt de tout ennui ;

Mais quand vos pensées sont liées, vous vous détournez de la vérité,

Elles deviennent plus lourdes, plus sombres, et cessent d'être saines.

 

L'accomplissement de ce sutra, c'est la réponse de Ramana Maharshi que j'ai citée tout à l'heure : « C'est la loi de la cellule cancéreuse de proliférer. » Dites oui à ce qui est. Mais c'est la nature des choses aussi qu'il existe aujourd'hui des antibiotiques. Utilisez des antibiotiques ou des anti-inflammatoires si vous le voulez mais avec un sentiment de réconciliation ou de communion. Communion signifie être un avec et non pas refus, séparation, déni. Si « celui qui souffre » s'est fondu dans la souffrance, comment sans point d'appui celle-ci pourrait-elle demeurer ?

Lorsque nos pensées sont enchaînées,

nous tournons le dos à la vérité,

nous sombrons dans le malaise.

Les pensées enchaînées sont les associations d'idées qui s'imposent à nous à longueur de journées, sous-tendues par notre monde émotionnel personnel. Nous n'avons pas normalement le contrôle de nos pensées. Celles-ci, mues par nos émotions qui s'enracinent dans l'inconscient, s'orientent dans une certaine ligne dont nous ne sommes pas maîtres. Est-ce que nous nous identifions à ce mécanisme compulsif des pensées? Les pensées sont enchaînées par quoi? Par le passé, les marques du passé. Le contraire d'enchaîné, c'est libre. Être libre du passé pour qu'une vision vierge, neuve, originale soit capable d'apprécier la situation maintenant selon le mérite intrinsèque de cette situation et non pas à travers des empreintes anciennes, des cadres ou des moules préétablis.

 

19 

Le malaise fatigue l’âme :

à quoi bon fuir ceci et accueillir cela ?

Si vous désirez prendre le chemin du Véhicule unique,

n’entretenez aucun préjugé contre les objets des six sens.

 

Lorsqu'elles ne sont pas saines, l'âme est troublée ;

Quel avantage y a t-il alors à avoir l'esprit partial et préconçu ?

Si vous désirez parcourir le chemin du Grand Véhicule,

N'ayez aucun préjugé contre les six objets des sens.

 

Dans toutes les significations du mot, y compris les plus techniques, le malaise, c'est-à-dire le conflit, consomme beaucoup d'énergie donc conduit à la fatigue émotionnelle. Un mot tout simple que Swâmiji utilisait volontiers, c'est le mot atease qui signifie « à l'aise » (disease signifie d'ailleurs « maladie ») ou ateaseness, le contraire du malaise, le « bien-aise » si l'on peut forger ce mot. Nous pourrions dire aussi : complète détente de toutes les tensions, physiques, émotionnelles et mentales.

A quoi bon fuir ceci et accueillir cela? c'est-à-dire rester dans ce conflit de ce que je veux et de ce je refuse, de ce que j'aime et de ce que je n'aime pas, de ce à quoi je dis oui, de ce à quoi je dis non. Cessez cette lutte incessante. Quel est le contraire du conflit ? La paix. Cessez d'entrer vous-même en conflit et vous serez en paix, paisible, apaisé, pacifié.

Si vous désirez prendre le chemin du Véhicule unique (le véhicule c'est le moyen de transport sur la voie), n'entretenez aucun préjugé contre les objets des six sens.

Les cinq sens produisent les perceptions et le sixième sens, qui correspond à la pensée, engendre les conceptions. C'est une idée aussi bien hindoue que bouddhiste : nama rupa, les noms et les formes. « N'entretenez aucun préjugé contre les objets des six sens. » En tant que soi-même, tout est parfaitement ce qui était destiné à être, ainsi et non autrement. Et ne jugez pas les objets de votre sixième sens qui est le mental.

« Oh, quelle pensée immonde est née en moi ! Un désir sexuel pour ma propre belle-sœur... » N'entretenez aucun préjugé contre, jamais. Juste voir. On ne peut être libre que de ce qu'on a vu, reconnu et intégré.

Le zen est apparu comme une réaction contre certains abus ritualistes, les points d'appui devenant un esclavage au lieu d'être une aide. C'est la raison pour laquelle tant de maîtres zen sont intervenus de façon déroutante pour donner un grand coup de pied dans cet esclavage. Ne soyez pas prisonnier : que ce qui constitue un support provisoire ne devienne pas une servitude.

 

 

 

 

 

20 

Lorsque vous ne les détesterez plus,

alors vous atteindrez l’illumination.

Le sage est sans rien ;

le fou s’entrave lui-même.

 

Lorsque vous n'aurez plus de préjugé contre les six objets des sens,

Vous vous identifierez à votre tour avec l'Illumination ;

Les sages sont non-agissants,

Alors que les ignorants s'enchaînent eux-mêmes.

 

Rien ni personne n'est nul, n'est moche, n'est immonde, n'est salaud, n'est con. C'est. Lorsque vous ne détesterez plus les objets, alors vous atteindrez l'illumination. Il n'est pas écrit : « Lorsque vous atteindrez l'illumination, les excréments et le bois de santal seront égaux à vos yeux », comme disent les sages hindous. Il est écrit l'inverse : lorsque le bois de santal et les excréments seront égaux à vos yeux, alors vous atteindrez l'illumination. Nous mesurons au passage combien cette vision égale (en sanscrit samadarshan, en anglais equal vision ou equanimity) est étrangère à la mentalité occidentale moderne qui passe si facilement de l'enthousiasme au mépris ou à l'indignation, mentalité entretenue par les médias qui encouragent à prendre parti, à juger avant même de chercher à comprendre.

Le sage est, sans rien faire, complètement détendu,

le fou s'entrave lui-même.

Nous sommes les véritables responsables de notre souffrance. Ce ne sont pas les événements mais la manière dont nous les prenons ou plutôt le fait même de les « prendre » au lieu de les laisser à leur place. Puisse votre conscience être semblable à un miroir qui ne refuse rien et ne prend rien ou encore à un écran de cinéma jamais affecté par le film projeté.

 

 

 

 

21 

Les choses ne connaissent pas de distinctions ;

celles-ci naissent de notre attachement.

Prendre son esprit pour s’en servir,

n’est-ce pas le plus grave de tous les égarements?

 

Tandis que dans le Dharma lui-même il n'y a nulle individualisation,

ils s'attachent par ignorance aux objets particuliers,

ce sont leurs propres esprits qui créent les illusions.

N'est-ce pas là la plus grande des contradictions ?

 

Cette perpétuelle opposition de la moitié favorable et de la moitié défavorable de l'existence naît de notre attachement et de nos jugements de valeur égocentriques.

« Ce qui fait le malheur des uns fait le bonheur des autres. » En soi, la pluie est neutre mais elle revêt une valeur inverse pour l'agriculteur et pour le touriste en vacances.

Prendre son esprit pour s'en servir, n'est-ce pas là le plus grave de tous les égarements ? Dans l'approche que je propose, nous traduirons « esprit » par «mental». Rester dans le mental, utiliser le mental tel qu'il fonctionne pour aller toujours plus loin dans l'opposition, le conflit, les contradictions, le refus de tous les aspects de l'existence qui ne nous conviennent pas, c'est le plus grave de tous les égarements. Il consiste à maintenir cette distinction fondamentale entre « ça c'est bien, ça c'est mal, ça c'est bon, ça c'est mauvais ». Bien ou mal correspondent simplement à bonheur et malheur. Le bien, pour nous, c'est le bonheur ; le mal, c'est le malheur. Tant que cette perception dualiste du bonheur et du malheur sera toute puissante, elle vous barrera l'accès au bonheur suprême, « béatitude » ou « félicité » – ou encore amour universel, amour qui n'a pas de contraire.

 

 

 

 

 

22 

L’illusion produit tantôt le calme, tantôt le trouble ;

l’illumination détruit tout attachement comme toute aversion.

Toutes les oppositions sont fruits de nos réflexions.

 

L'ignorance suscite le dualisme du repos et du non-repos,

Ceux qui sont illuminés n'ont ni attachements ni inimitiés :

Toutes les formes de dualisme,

C'est l'esprit lui-même qui les invente par ignorance.

 

Il ne s'agit pas d'aveuglement mais de fausse vision : « Untel a tort, Untel est merveilleux, Untel me déteste, Untel me veut du bien; ça, ça va me rendre heureux ; ça, c'est le pire qui pouvait m'arriver » comme si nous savions avec certitude les conséquences futures d'un événement ou d'un autre. Dans la condition ordinaire, nous oscillons :

heureux/malheureux, calme/troublé, en paix/conflictuel.

Nos moments de paix ne sont que l'autre face du conflit, l'inévitable concave du convexe. La spiritualité c'est l'indépendance, la non-dépendance.

L'illumination détruit tout attachement comme toute aversion.

Tout à l'heure, il semblait que la libération surviendrait quand nous aurions détruit tous les attachements. Et maintenant il est dit que c'est l'illumination elle-même qui détruit tout attachement et toute aversion. A partir d'un certain niveau de détachement, l'illumination peut naître et, fondamentalement, définitivement, l'attachement et l'aversion vont disparaître. Où réside la différence? Jusque-là, le dépassement de l'attachement et de l'aversion nous demandait un certain effort, l'effort de nous souvenir de l'enseignement et l'effort de le mettre en pratique. Et, après l'illumination, il n'y a plus d'effort en ce sens que la compréhension nous a touchés jusqu'à la dernière fibre de notre être, et que nous ne pouvons plus ne pas mettre l'enseignement en pratique ou, si vous préférez, que celui-ci se met de lui-même en pratique.

Avant le satori (j'emploie à dessein le terme japonais) ô combien il est encore possible de ne pas mettre l'enseignement en pratique et de rester dans les vieilles erreurs !

Une vigilance aiguisée nous est donc demandée. Après le satori, il y a encore à mettre l'enseignement en pratique mais il devient impossible de trahir celui-ci. Enfin nous avons vu et nous savons. Il n'est plus possible de dire non à ce qui est et de créer nous-même une dualité et un conflit. La vérité est toujours « une-sans-un-second » et le mental crée et projette ce « second » – ce qui devrait être, ce qui aurait pu être – sur ce qui est.

Toutes les oppositions sont fruits de nos réflexions. « Réflexions » – on traduit aussi par « cogitations » – correspond ici à ce que Swâmiji appelait thinking, terme auquel il donnait un sens péjoratif. Toutes les oppositions sont le fruit du mental, d'où la nécessité de ce que le vedanta dénomme manonasha, destruction du mental. Détruisez le mental et vous vivrez dans un monde où il n'y a plus de conflit. « Si ton mental meurt, tu vis; si ton mental vit, tu meurs. » Bien évidemment, un médecin dont le mental a été « détruit » fera encore la différence entre une fracture et un os intact mais sans que cette différence voile sa réalisation permanente de la réalité unique, éternelle, au-delà du temps, de l'espace et de la causalité.

 

23  Visions en rêve, fleurs de l’air :

pourquoi devrions-nous nous mettre en peine de les saisir ?

Le gain et la perte, le vrai et le faux,

qu’une fois pour toutes ils disparaissent!

 

Elles sont comme des visions et des fleurs dans les airs :

Pourquoi nous mettrions-nous dans le trouble en essayant de les saisir?

Gain et perte, justice et injustice,

Qu'ils disparaissent une fois pour toutes !

 

Selon la méthode orientale d'enseignement, ce texte reprend, martèle si l'on peut dire, la même vérité pour en imprégner l'être même du disciple. Il a un mot à nous dire : UN. Deux mots : non-dualité. Trois mots : être un avec. Quatre : du multiple à l'Un. Et il résume l'enseignement en une phrase : « Le gain et la perte » qui englobe la totalité du monde de l'avoir. Être, c'est être libre de l'avoir sous toutes ses formes, des plus grossières aux plus subtiles.

« Le vrai et le faux », c'est notre avoir mental le plus précieux, le plus chéri, le mieux protégé. C'est le monde des opinions qui se heurtent avec violence – il suffit de regarder n'importe quel débat télévisé –, chacun étant persuadé qu'il est dans le vrai et que l'autre se trompe.

Nous sommes appelés à la liberté, au non-attachement, y compris le non-attachement à ce qui est le plus raffiné mais qui n'en est pas moins néfaste pour autant, ce que nous considérons comme orthodoxe et ce que nous considérons comme hérétique. Rester crispé dans son attachement à « la vérité » et dans son hostilité à « l'erreur » est souvent la pire, parfois l'ultime servitude.

 

24 

Si l’œil ne dort pas, les rêves s’évanouissent d’eux-mêmes.

Si l’esprit ne se perd pas dans les différences,

les dix mille choses ne sont plus qu’identité unique.

 

Si un œil ne tombe jamais endormi,

Tous les rêves cesseront d'eux-mêmes :

Si l'esprit conserve son unité,

Les dix mille choses sont d'une seule et même essence.

 

L'œil désigne ici la vigilance et parfois ce que l'on a appelé « le troisième œil ». Il n'est plus possible de vivre dans des rêves infantiles si nous avons une vision réelle du monde des apparences et, pour commencer, de toutes les réactions physiques, émotionnelles et mentales qui se produisent en nous. « L'œil est la lampe du corps », a dit le Christ. « Si ton œil est sain (on traduit aussi : simple), tout ton corps est dans la lumière. » Si l'esprit ne se perd pas dans les différences, les dix mille choses ne sont plus qu'identité unique. Si l'esprit ne se perd pas dans les vagues multiples, les dix mille choses ne sont plus qu'un unique océan, une unique énergie infinie qui s'exprime sous d'innombrables formes toujours changeantes et toujours différentes l'une par rapport à l'autre. « everything is the Self and the Self alone », enseigne le sage hindou, tout est le Soi et le Soi seulement.

 

25 

Quand nous saisissons le mystère des choses en leur identité unique, nous oublions le monde de la causalité.

Lorsque toutes choses sont considérées avec équanimité, elles retournent à leur nature originelle.

 

Lorsque le profond mystère de cette essence une est sondé,

D'un seul coup nous oublions les complications extérieures :

Lorsque les dix mille choses sont envisagées dans leur unité,

Nous retournons à l'origine et restons ce que nous sommes.

 

« Beyond time, space and causation », au-delà du temps, de l'espace et de la causalité, enseigne aussi le sage. Et le Bouddha a dit : « Il existe bien un non-né, non-fait, non-devenu, non-composé », promesse de libération hors du né, du fait, du devenu, du composé. Aucune cause n'a prise sur le Soi suprême, sur la nature originelle de l'esprit.

Lorsque toutes choses sont considérées avec équanimité, c'est-à-dire lorsque nous les voyons en elles-mêmes en cessant de projeter sur elles notre propre monde, en cessant de nous les approprier par le refus ou l'attachement, alors les choses retournent à leur vérité neutre : elles sont ce qu'elles sont, instant après instant. Nous découvrons leur nature originelle qui est la réalité unique, infinie : être, vie, lumière. C'est ce qu'on appelle l'éveil, la vision réelle, libre de la saisie égocentrique qui déforme le monde, la vision qui transforme tout et qui fait de ce monde-ci un paradis au lieu d'un enfer.

 

 

 

 

 

 

 

26 

Ne cherchez pas le pourquoi des choses :

vous tomberiez dans le domaine du comparable.

Lorsque l’arrêt se met en mouvement, il n’y a plus de mouvement;

lorsque le mouvement s’arrête, il n’y a plus d’arrêt.

 

Oublions le pourquoi des choses,

Et nous atteindrons à un état au delà de l'analogie :

Le mouvement arrêté est non-mouvement

Et le calme mis en mouvement n'est pas du calme.

Lorsque le dualisme ne règne plus,

L'unité elle-même ne subsiste pas comme telle.

 

Ne cherchez pas le pourquoi des choses.

Il est bien sûr nécessaire de comprendre pourquoi une émotion, une peur se lève en nous, pourquoi nous sommes à nouveau fascinés par la multiplicité, oubliant toute idée d'une sagesse suprême. Que se passe-t-il ? Mais il y a une limite à la vertu du pourquoi. Le pourquoi vous conduit jusqu'à un certain seuil au-delà duquel la raison est transcendée. Ce que l'on découvre alors n'est pas « déraisonnable » mais suprarationnel. L'intellect, la buddhi, l'intelligence elle-même doivent être dépassés. Dans les états de samadhi ou d'extase des mystiques, il n'y a plus de pourquoi.

Rappelez-vous que la première question à vous poser, ce n'est pas la question « pourquoi? », c'est la question : « est-ce que? » Avant de vous demander : « Pourquoi suis-je triste? », demandez-vous : « Est-ce que je suis triste, oui ou non? » « Oui. » Alors je suis ce que je suis, ici et maintenant, sans division, sans conflit, sans dualité. Répondez d'abord oui ou non (« Que ton oui soit oui, que ton non soit non ») à la question « est-ce que? » pour être établi dans la vérité de ce que vous êtes, dans l'instant, au niveau relatif, conditionné et changeant.

Lorsque l'arrêt se met en mouvement, il n'y a plus de mouvement ;

lorsque le mouvement s'arrête, il n'y a plus d'arrêt.

Ces paroles paradoxales nous appellent au dépassement du monde de la logique qui ne peut percevoir les choses qu'en termes de mouvement ou d'immobilité.

Même les oppositions ou les distinctions qui nous paraissent les plus certaines se résorbent ou se réconcilient dans l'unité. Est-ce que vous ressentez, vous percevez l'essence unique de l'immobilité et du mouvement ? En Inde, on emploie certaines comparaisons dont les hindous font grand cas ; Ramana Maharshi disait : « Une toupie tourne si vite qu'elle paraît immobile. » Ce qui est certain, c'est que les particules des atomes se meuvent à de telles vitesses que nous avons une impression d'immobilité quand nous regardons un objet. Dans certains zikhrs soufis, le corps bouge très vite sur un rythme respiratoire rapide. Et pourtant, la sensation intérieure est une sensation d'immuabilité parfaite, identique à celle que l'on éprouve dans l'immobilité physique. Il y a un centre en nous, un centre de conscience de soi qui, lui, est libre de cette opposition entre mouvement et immobilité. Par conséquent, c'est aussi une dualité qui peut être dépassée si vous voulez atteindre le but suprême. La liberté c'est de réconcilier cette opposition entre silence et bruit, entre mouvement et immobilité, jusqu'à ce que vous soyez immobile au cœur de la danse, silencieux au cœur du vacarme et que vous découvriez l'essence unique, l'immobilité suprême qui n'est pas le contraire du mouvement.

 

27 

Les frontières de l’ultime ne sont gardées ni par des lois ni par des règlements.

Si l’esprit est harmonieusement uni à l’identité, toute activité s’apaise en lui.

 

L'ultime but des choses, là où elles ne peuvent pas aller plus loin,

N'est pas limité par les règles et les mesures ;

L'esprit en harmonie [avec la Voie] est le principe d'identité

Où nous trouvons toutes les actions dans un état de quiétude.

 

Le thème des lois et des règlements concerne plus particulièrement le bouddhisme. Le Bouddha, après avoir créé la sangha (c'est-à-dire ce qui était au départ une communauté de moines avant qu'il ne donne un enseignement pour les laïques), n'a pas cessé d'édicter des lois pour faire face aux situations nouvelles qui se présentaient au sein de celle-ci. Cependant, « la lettre tue et l'esprit vivifie. » Même si ces règles sont nécessaires, rien ne doit être idolâtré que la vérité suprême. A ce niveau règne la pure et parfaite spontanéité de prajna, la sagesse.

Hélas, nous ne le savons que trop, la doctrine prise au pied de la lettre peut devenir une prison et donc un obstacle majeur sur le chemin. C'est précisément ce contre quoi le bouddhisme zen s'est insurgé tout au long de son histoire et c'est pourquoi il est de notoriété publique qu'un certain nombre de maîtres ont, d'une manière évidente, violé les règlements et enfreint les tabous. Il existe une histoire bien connue à cet égard : un moine zen se rend dans un autre monastère, s'empare de la statue en bois de Bouddha qui se trouve dans le temple et la brûle pour se chauffer. Il fait scandale. Alors il fouille dans la cendre. On lui demande : « Qu'est-ce que vous cherchez? – Des reliques! » Il est dit en effet (c'est une idée bouddhiste toujours vivante à l'heure actuelle chez les Tibétains) que lorsqu'on incinère un sage, il subsiste de petites parcelles intactes considérées comme la preuve de sa réalisation. Ce moine répond donc : « Je cherche des reliques. – Comment voulez-vous trouver des reliques dans ce qui n'est qu'un morceau de bois ordinaire? – Si c'est un morceau de bois ordinaire, pourquoi me reprochez-vous de l'avoir brûlé pour faire du feu et me chauffer? »

Les frontières de l'ultime ne sont gardées ni par des lois ni par des règlements. Et nous pourrions ajouter : ni par des dogmes.

Si l'esprit est harmonieusement uni à l'identité, toute activité s'apaise en lui. Si l'esprit perçoit l'essence unique de tous les phénomènes, toute agitation, donc le penser superflu qui rajoute sans cesse un commentaire de son cru à la réalité, disparaît. L'intellect demeure capable de fonctionner si c'est nécessaire et la mémoire reste à sa disposition. Mais il s'agit d'un fonctionnement utile et non plus de pensées mécaniques et compulsives qui s'imposent à nous et devant lesquelles nous sommes la plupart du temps impuissants si nous n'avons pas mené loin un réel travail de purification et de transformation.

 

28 

Quand les doutes sont balayés, la foi

véritable réapparaît, confirmée et redressée.

Plus rien ne demeure, rien qu’il faille se remémorer.

 

Les irrésolutions sont complètement chassées

Et la juste foi est restaurée dans sa droiture originelle ;

Rien n'est retenu maintenant,

Il n'est plus rien dont on doive se souvenir.

 

La plupart du temps, nous ne réalisons pas à quel point nous sommes habités par le doute. Même nos convictions qui semblent les plus solidement enracinées sont très facilement remises en cause – y compris nos croyances religieuses. Il suffit de voir comme nous sommes vite déstabilisés si quelqu'un émet des opinions contraires aux nôtres, à quel point nous avons dans ce cas-là besoin de convaincre pour mieux faire taire nos propres doutes. Celui qui est établi dans la certitude n'a plus besoin de « convaincre » à tout prix autrui de la justesse de ses convictions. Le sage est conscient de ce qu'il ne sait pas mais il demeure unifié et paisible dans un climat d'inébranlable certitude.

 

Vous pouvez considérer que la Voie c'est le passage du doute à la certitude. Ne cherchez pas la certitude tant que vous êtes encore assailli par les doutes. Dissipez chaque doute l'un après l'autre, il ne restera plus que la certitude.

Pas les certitudes mais la certitude, un état d'être stable. Plus rien ne demeure, rien qu'il faille se remémorer. C'est la liberté par rapport au passé. Vous êtes neuf, vierge, spontané pour assumer chaque situation qui est toujours elle-même neuve, vierge, spontanée. Libre par rapport au passé, libre par rapport à l'éducation, y compris la « bonne éducation », et même libre par rapport à toutes les doctrines. Vous n'entrerez pas au Royaume des Cieux avec vos livres sous le bras.

29 

Tout est vide, rayonnant et lumineux par soi-même :

ne fatiguez pas vos forces spirituelles !

L’absolu n’est pas un lieu mesurable par la pensée, la connaissance ne peut le sonder.

 

Tout est vide, lucide, et porte en soi un principe d'illumination,

Il n'y a pas de tâche, pas d'effort, pas de gaspillage d'énergie.

Voici où la pensée ne parvient jamais,

Voici où l'imagination ne parvient pas à évoluer.

 

Tout devient lumineux si nous percevons l'essence profonde de chaque être, de chaque phénomène. Au lieu de nous épuiser « à faire des efforts », de nous tendre vers le but, il suffit d'accueillir à chaque instant la réalité telle qu'elle est en mettant fin aux cogitations du mental. Au lieu de lutter pour accepter que ce qui est est, cessons de dépenser notre énergie à refuser qu'instant après instant la réalité soit ce qu'elle est, telle qu'elle est. Alors l'essence se révélera d'elle-même.

L'absolu n'est pas un lieu mesurable par la pensée, la connaissance ne peut pas le sonder. La buddhi, l'intelligence lucide exempte des émotions et des projections, ne peut pas sonder l'absolu qui est au-delà des catégories de l'esprit.

Tant que nous sommes au niveau de la connaissance dualiste, nous percevons obligatoirement le monde à partir d'une conscience égocentrique. Or, « je » ne peut pas réaliser le Soi, pour reprendre la terminologie de l'Inde. Il ne peut pas subsister un sujet individualisé qui prend conscience du Soi car une conscience finie ne peut pas avoir l'expérience de l'infini. L'infini ne peut être appréhendé que si nous découvrons qu'il est en fait notre essence ultime dans laquelle toute notion de « je » et de « tu » s'évanouit. La nuit obscure dont parlent les mystiques est le passage dans lequel les fonctions habituelles font silence, où les références familières disparaissent et où l'on s'engage dans un monde intérieur inconnu tout à fait déroutant avant d'accéder à un autre niveau d'être et de conscience.

 

30 

Dans le monde de la vraie identité, il n’est ni autrui ni soi-même.

Si vous désirez vous accordez à elle, il n’est que de dire : non-dualité.

 

Dans le plus haut royaume de l'Essence vraie,

Il n'y a ni "autre" ni "soi"

Lorsqu'on réclame une identification directe,

Nous ne pouvons que dire "Pas-deux".

 

Il s'agit ici du dépassement de la dualité de base, le moi et le non-moi, le sujet et l'objet. Les hindous interprètent la célèbre parole du Christ : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » par « comme étant toi-même ». C'est ce qu'illustre aussi l'affirmation « Le sage a pour corps l'univers entier. » Swâmi Prajnânpad avait à cet égard prononcé une étonnante parole : « Personne n'a jamais agi autrement que pour lui-même. » Qu'en est-il alors du saint qui ne vit que pour les autres ou de tous ceux qui se dévouent pour soulager la souffrance dans le monde? Personne, saint ou sage, n'a jamais agi que pour lui-même.

Vous ne pouvez rien faire, jamais, pour « un autre ». Le sage, le saint n'agit que pour lui-même mais il reconnaît tout autre, « ami ou ennemi », comme étant lui-même, comme n'étant pas un autre que lui. Par conséquent, tout ce que le sage fait pour l'autre, il le fait pour lui-même, comme le plus fieffé des égoïstes. Mais au lieu que son « lui-même » se limite à sa petite personne, il est devenu vaste comme l'humanité entière. Rien ni personne ne lui est étranger. Cette manière de s'exprimer, nous le sentons, dépasse complètement les catégories habituelles du mental.

 

Si vous désirez vous accorder à elle (la vraie identité), il n'est que de dire : non-dualité.

To be one with, être un avec. La pratique de la non-dualité dans la vie quotidienne peut conduire au non-dualisme des métaphysiciens, l'Identité Suprême. Il n'est que de vivre la non-dualité, tout de suite, ici, maintenant, dans l'adhésion aux choses telles qu'elles sont, la fin de la division entre le moi et non-moi, la communion au sens rigoureux de ce terme.

 

31 

Dans la non-dualité, toutes choses sont identiques, il n’est rien qui ne soit contenu en elle.

Les sages, en tous lieux, ont accédé à ce principe cardinal.

 

En n'étant pas deux tout est le même,

Et tout ce qui est s'y trouve compris :

Dans les dix quartiers de la terre,

Tous les sages entrent dans cette foi absolue.

 

Que signifie « identiques » dans ce contexte? Certainement pas que le sage vit dans un état qui le rend incapable de distinguer un homme d'une femme ou un disciple d'un autre disciple. « Toutes les choses sont identiques » signifie qu'elles expriment toutes cette identité suprême. Rien dans le monde manifesté n'est jamais comparable à quoi que ce soit d'autre : il n'y a pas deux empreintes digitales semblables ; il n'y a jamais eu deux vagues qui soient identiques.

Mais si vous découvrez que l'essence de la vague, c'est l'océan, alors toute vague est identique : H2O, l'eau, c'est 2 tout. Il n'est rien qui ne soit contenu en elle. La non-dualité inclut tout alors que la conscience ordinaire sécrète l'exclusion.

« Oui, tout est un... sauf les fascistes. » Les fascistes pensent de leur côté : sauf les juifs ; les juifs vous diront : sauf les musulmans ; les musulmans maintiendront : sauf les Américains. Etty Hillesum, jeune juive hollandaise, a écrit des phrases admirables à ce sujet, à l'époque où l'étau de la persécution nazie se resserrait de jour en jour autour d'elle, avant qu'elle ne soit finalement déportée à Auschwitz à l'âge de vingt-neuf ans. « Il faut accepter toutes les contradictions : tu voudrais les fondre en un grand tout et les simplifier d'une manière ou d'une autre dans ton esprit, parce qu'alors la vie te deviendrait plus simple. Mais elle est justement faite de contradictions, et on doit les accepter comme élément de cette vie, sans mettre l'accent sur telle chose au détriment de telle autre. »

« La seule unité positive est celle qui intègre tous les contraires et toutes les forces irrationnelles, sous peine de s'escrimer à passer à la vie un corset qui la meurtrit. »

« La vie est belle et pleine de sens dans son absurdité, pour peu que l'on sache y ménager une place pour tout et la porter tout entière en soi dans son unité ; alors la vie, d'une manière ou d'une autre, forme un ensemble parfait.

Dès qu'on refuse on veut éliminer certains éléments, dès que l'on suit son bon plaisir et son caprice pour admettre tel aspect de la vie et en rejeter tel autre, alors la vie devient en effet absurde : dès lors que l'ensemble est perdu, tout devient arbitraire. » (Une vie bouleversée, Le Seuil.)

Dans l'état de non-dualité, rien ne peut rester « au-dehors », non inclus en elle. Sinon, vous restez dans le monde des dix mille choses que ce texte vous appelle à dépasser. Plus de conflit, plus d'exclusion.

 

32 

Le principe est sans hâte ni retard ;

un instant est semblable à des milliers d’années.

Ni présent, ni absent et cependant partout devant nos yeux.

 

Cette foi absolue est au-delà de l'accélération (temps) et de l'extension (espace).

Un instant y est dix mille années.

Peu importe comment les choses sont conditionnées, que ce soit par "être" ou "ne pas être",

Tout cela est manifeste devant vous.

 

Ici, maintenant, la mesure du temps disparaît. Le « maintenant » rigoureux n'a plus de dimension, pas même un milliardième de seconde : le maintenant rigoureux étant infiniment petit est infini. C'est tout. Dans le ici et maintenant réel de la conscience éveillée, la notion même de temps s'évanouit. Les choses sont faites au moment où elles doivent être faites, sans impatience mais aussi sans les remettre au lendemain. La peur, liée à la notion de temps (« ça va durer encore six mois, ça n'en finira jamais ») disparaît aussi. Ni passé, ni futur : le maintenant éternel.

Ni présent, ni absent et cependant partout devant nos yeux. Une fois encore, dépassement des catégories habituelles du mental : c'est dans la non-distinction du relatif et de l'absolu ou du vide et de la forme que réside l'essentiel de l'enseignement du mahayana. Est-ce que l'on peut dire que le vide est présent, qu'une absence est une présence? Le vide est voilé par les formes multiples. Est-ce que l'on peut dire qu'il est absent? Non, il est sous-jacent à toutes ces formes multiples. Dépassez même cette distinction : ni présent ni absent pour le mental habituel et pourtant partout devant nos yeux. Ne soyez pas comme le fameux poisson qui, ayant entendu parler de l'eau, avait décidé dans un grand élan mystique de consacrer sa vie à chercher celle-ci. La réalité suprême n'est pas seulement présente quand vous avez sous les yeux le sage le plus accompli, elle est présente toujours. C'est la vision éclairée.

 

33 

L’infiniment petit est comme l’infiniment grand, dans l’oubli total des objets.

L’infiniment grand est pareil à l’infiniment petit, lorsque l’œil n’aperçoit plus de limites.

 

L'infiniment petit est aussi vaste que peut l'être l'immensité,

Lorsque les conditions extérieures sont oubliées ;

L'infiniment grand est aussi petit que l'infiniment petit peut l'être,

Lorsque les limites objectives sont reléguées hors de la vue.

 

C'est nous qui faisons exister les objets soit en les aimant et en nous y attachant, soit en les refusant, ce qui est une forme d'attachement inversé. L'oubli total des objets signifie le non-attachement, le dépassement de cette dualité qui crispe le monde en face de moi et moi en face du monde, qui crispe la dualité du sujet et de l'objet, l'objet de mon amour ou l'objet de ma peur. L'effacement du sens de l'ego individualisé est celui du sujet. Comment, dans la non-dualité, l'objet demeurerait-il objet?

 

34

L’existence est la non-existence, la non-existence est l’existence.

Aussi longtemps que vous ne l’aurez pas compris, votre situation demeurera intenable !

 

Ce qui est est la même chose que ce qui n'est pas.

Ce qui n'est pas est la même chose que ce qui est :

Lorsque cet état de choses manque de se produire,

Ne vous attardez surtout pas.

 

La vague est l'océan, l'océan est la vague. Inépuisable image. Si j'affirme je me trompe, si je nie je me trompe. Ce qui me paraît si réel ne l'est pas. Si je le déclare irréel, je suis dans l'erreur. Le monde de l'éveil n'est pas celui du sommeil et pourtant il n'y a qu'un seul monde. Le monde est à chaque instant ce qu'il ne peut pas ne pas être. Déclarez-lui la paix. Alors seule la compassion sera la source de toutes vos actions.

 

35 

Une chose est à la fois toutes les choses, toutes choses ne sont qu’une chose.

Si vous pouvez saisir cela, il est inutile de vous tourmenter au sujet de la connaissance parfaite.

 

Un en tout,

Tout en un.

Si seulement cela est réalisé,

Ne vous tourmentez plus sur votre imperfection !

 

Oui, toute chose est l'expression de l'unique réalité. Le cosmos (le mot le dit bien, qui signifie « tout ») est une totalité autant qu'un corps humain est une totalité. Chaque cellule est liée à toutes les autres par la circulation sanguine, laquelle est liée à la respiration, laquelle, etc... L'être humain est un microcosme à l'image du grand univers ou macrocosme. Si le mental ne fait intervenir aucune référence, aucune comparaison, le moindre grain de sable est unique, un-sans-un-second, et infini.

Si vous pouvez saisir cela, il est inutile de vous tourmenter au sujet de la connaissance parfaite.

C'est encore une des idées maîtresses de la sagesse, et notamment du Tch'an : la simplicité. Ne vous torturez pas l'esprit au sujet de la connaissance parfaite. Beaucoup d'entre vous connaissent certainement l'une des plus célèbres histoires zen. Un maître à qui l'on demande : « Que vous a apporté une vie d'ascèse? » répond : « Quand j'ai faim, je mange; quand j'ai sommeil, je dors. » « Mais moi aussi! – Non! Vous mangez mais ça ne         s'appelle pas manger ; vous dormez mais ça ne s'appelle pas dormir. » Une des paroles les plus fortes des maîtres zen c'est : « Soyez ordinaire! » C'est encore une tendance du mental de croire que plus c'est extraordinaire, plus c'est ésotérique, plus c'est compliqué, plus cela nous rapproche de la sagesse. Comme disait sainte Thérèse d'Avila : « Mes sœurs, vous trouverez Dieu dans les casseroles de la cuisine. »

Si vous pouvez saisir cela, il est inutile de vous tourmenter au sujet de la connaissance parfaite. Les grands théologiens ont su et affirmé beaucoup à propos de Dieu, au sujet de Dieu. Mais d'humbles moines convers, sans instruction, ont tout simplement connu Dieu.

 

36 

L’esprit de foi est non duel,

ce qui est duel n’est pas l’esprit de foi.

Ici les voies du langage s’arrêtent,

car il n’est ni passé, ni présent, ni futur.

 

L'esprit croyant n'est pas divisé,

Et indivisé est l'esprit croyant.

C'est là que les mots sont impuissants,

Car cela n'est pas du passé, de l'avenir ni du présent.

 

La foi c'est la certitude des choses invisibles, ce n'est pas la croyance qui relève des opinions et qu'une autre croyance peut venir battre en brèche. La distinction moi et ma foi s'est effacée. Le sage est ce qu'il professe. Il ne s'agit pas d'avoir la foi mais d'être la foi : c'est une certitude qui fait si intimement partie de notre être que rien ne peut l'ébranler. Je sais ce que je suis.

Ici les voies du langage s'arrêtent, car il n'est ni passé, ni présent, ni futur.

Le langage a besoin du temps pour se déployer. Il est donc inapte pour décrire ce qui est au-delà du temps : la réalité ultime, l'instant pur, l'éternité. Et pourtant tous les sages ont parlé – au moins un peu, même les plus silencieux. Un doigt pointe vers la lune, tant pis pour ceux qui regardent le doigt.

 

 

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LEXIQUE

 

Atman : La notion d'ātman est une des notions clés de la pensée indienne, une des plus anciennement attestées aussi. Sa signification première a sans doute été celle de «  souffle vital » (en allemand : Atem). Eu égard à son usage comme pronom réfléchi, à l'accusatif, en sanskrit, l'habitude s'est prise de la rendre par «  Soi » (en anglais : Self ; en allemand : Selbst). Sa grande originalité, par rapport aux conceptions grecques et occidentales en général, est de revêtir, au moins dans certains contextes, une signification à la fois personnelle et transpersonnelle ou cosmique, comme si l'âme individuelle pouvait être en même temps l'âme du monde.

 

Collection Les Petits Livres de la Sagesse, La Table Ronde Parution : 12-05-1995

 

 

 

              

05 2017 Écrits rassemblés par Jean-Claude Paillous.

Écrits plus personnels : http://chansongrise.canalblog.com/

 

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Tich Nhat Hanh, Marcher

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                                 La première chose à faire est de lever le pied. Inspirez, posez le pied devant vous : d’abord le talon, puis les orteils. Expirez. Sentez vos pieds solidement ancrés dans la terre. Vous êtes déjà arrivés.

 

Nous marchons souvent dans le seul but de nous rendre d’un endroit à un autre. Mais où sommes-nous entretemps ? A chaque pas, nous pouvons sentir le miracle de marcher sur la terre ferme. Nous pouvons arriver dans l’instant présent à chaque pas.

 

Quand nous apprenions à marcher, nous marchions simplement par plaisir. Nous marchions en découvrant chaque instant qui se présentait à nous. Nous pouvons réapprendre à marcher ainsi.

 

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OBSERVATION DE LA MARCHE

 

 

1 VOUS ÊTES ARRIVÉ

Quand vous marchez, arrivez à chaque pas. C’est la méditation marchée. Elle ne consiste en rien d’autre que cela.

 

2 POURQUOI MARCHER ?

Les amis me demandent parfois  « Pourquoi pratiquez-vous la méditation marchée ? » La meilleure réponse que je puisse leur donner est « Parce que j’aime ça ». Chaque pas me rend heureux. Rien ne sert de pratiquer la méditation marchée si ce n’est pour apprécier chacun de vos pas ; sans cela ce serait une perte de temps. Il en est de même avec la méditation assise. Si quelqu’un demandait : « A quoi ça sert de s’asseoir pendant des heures et des heures ? », la réponse la plus juste serait : « Parce que j’aime ça ». L’assise et la marche peuvent apporter la paix et la joie. Nous devons apprendre à nous asseoir et à marcher de telle sorte que nous puissions générer la paix et la joie pendant tout le temps de l’assise et de la marche. Nous devons apprendre à marcher de façon à apprécier chaque pas. La pleine conscience et la concentration peuvent améliore la qualité de notre souffle, de notre assise et de nos pas.

 

3 ARRIVER

Un des enseignements les plus profonds est aussi le plus court : « Je suis arrivé ». Quand nous revenons à notre respiration, nous revenons à l’instant présent, à notre vraie demeure. Il n’est pas nécessaire de lutter pour nous rendre ailleurs. Nous savons que notre destination finale est le cimetière. Pourquoi sommes-nous pressés d’y aller ? Pourquoi ne pas avancer dans la direction de la vie, qui est dans l’instant présent ? Si nous pratiquons la méditation marchée ne serait-ce que quelques jours, nous connaîtrons une transformation profonde et nous apprendrons à apprécier la paix de chaque instant. Nous sourions, et à travers le cosmos tout entier, d’innombrables êtres nous sourient en retour, tant notre paix est profonde. Toutes nos pensées, tous nos sentiments et tous nos actes ont des répercussions sur nos ancêtres et sur les générations futures, et retentissent dans le cosmos tout entier.

 

4 PRATIQUER LA JOIE

Vous croyez peut-être que la joie est un sentiment spontané. Rares sont les personnes qui se rendent compte qu’elle a besoin d’être cultivée et pratiquée pour se développer. La pleine conscience est une pratique assidue qui consiste à entrer en contact profond avec chaque moment de la vie quotidienne. Être en pleine conscience, c’est être vraiment présent avec votre corps et votre esprit, pour rendre vos intentions et vos actions harmonieuses et pour être en harmonie avec votre entourage. Nous n’avons pas besoin d’y consacrer un moment particulier en dehors de nos activités quotidiennes. Nous pouvons pratiquer la pleine conscience à chaque moment de la journée, quand nous marchons d’un endroit à un autre. Quand nous passons une porte, nous sommes conscients que nous passons une porte. Notre esprit est avec nos actes.

 

5 MARCHER SUR LA PLANÈTE TERRE

C’est vraiment merveilleux de marcher sur cette planète. Quand les astronautes reviennent de l’espace, les promenades font partie de leurs activités préférées : en arrivant chez eux, ils apprécient de voir l’herbe, les plantes, les fleurs, les animaux et les oiseaux qui les entourent à chacun de leurs pas. Mais combien de temps croyez-vous qu’ils se réjouissent de marcher sur Terre après être revenus de l’espace ? Je suppose que les dix premiers jours sont merveilleux pour eux, mais ensuite, ils s’y habituent et peut-être qu’un an plus tard, ils pas aussi heureux que les premiers mois. Chaque fois que nous faisons un pas sur cette Terre, nous pouvons nous réjouir de la terre ferme qui est sous nos pieds.

 

6 JE MARCHE POUR TOI

La plupart de ma famille et de mes amis sont décédés. Un ami proche est en chaise roulante et il ne peut plus marcher. Un autre a tellement mal aux genoux qu’il ne peut plus monter et descendre les escaliers. Alors je marche pour eux. Quand j’inspire, je dis en moi-même : « C’est merveilleux d’être encore capable de marcher ainsi ». Grâce à cette prise de conscience, je peux apprécier chaque pas. Je pense : « Je suis en vie ! » La pleine conscience me rappelle que mon corps est en vie et suffisamment fort pour pouvoir marcher, m’aidant ainsi à l’apprécier.

 

7 MARCHER COMME UN SOMNAMBULE

Quand nous sommes dans la précipitation, courant d’un endroit à un autre, à l’affût du bonheur, nous marchons comme des somnambules sans apprécier aucunement ce que nous faisons. Nous marchons, mais dans notre esprit nous sommes déjà ailleurs : en train de planifier, d’organiser ou de nous faire du souci. A présent, nous n’avons plus besoin de courir. Chaque fois que nous ramenons notre attention à notre souffle et à nos pas, c’est comme si nous nous réveillions. Chaque pas nous ramène ici et maintenant. Nous pouvons toucher la Terre, voir le ciel et prendre conscience de toutes les merveilles de la vie. A chaque pas, il existe une possibilité d’être dans la pleine conscience, la concentration et la vision profonde.

 

8 L’ÉVEIL

Ce n’est vraiment pas difficile d’apprécier la méditation marchée. Vous n’avez pas besoin de dix années de pratique pour être éveillé. Quelques secondes suffisent. Tout ce dont vous avez besoin, c’est de prendre conscience que vous êtes en train de marcher. La pleine conscience est déjà l’éveil. Chacun de nous est capable de prendre conscience de son inspiration et de son expiration. Quand vous inspirez, soyez conscient que vous inspirez. Soyez conscient que vous avez un corps, que vous inspirez et nourrissez ce corps. Soyez conscient que vos jambes sont assez fortes pour que vous puissiez assurer la marche. C’est aussi cela, l’éveil. Quand vous expirez, soyez conscient de l’ai qui quitte votre corps. Soyez conscient que vous êtes en vie. Cette prise de conscience peut vous apporter tellement de bonheur.

 

9 MARCHER DANS LE HALL DE L’AÉROPORT

Quand je me rends à l’aéroport, j’aime arriver en avance pour pouvoir pratiquer la méditation marchée avant de monter dans l’avion. Il y a une trentaine d’années, j’étais en train de marcher dans le hall de l’aéroport d’Honolulu, quand quelqu’un est venu me demander : « Qui êtes-vous ? Quelle est votre tradition spirituelle ? » Quand j’ai répliqué : « Pourquoi posez-vous cette question ? », il m’a répondu : « Parce que je vois que votre démarche est si différente de celle des autres. Elle est tellement paisible et détendue » Il est venu à ma rencontre uniquement en me voyant marcher. Je n’avais donné ni enseignement ni conférence. À chaque pas que vous faites, vous pouvez générer la paix en vous-même et offrir la joie à ceux qui vous entourent.

 

10 GRAVIR LA MONTAGNE

Une fois, lors d’un voyage en Chine avec une délégation, j’ai gravi le mont Wutaï, une montagne très connue là-bas. Le sentier qui mène à son sommet est très abrupt et en général, les gens sont épuisés quand ils l’atteignent. Il y a 1.080 marches à gravir. Avant que nous nous mettions en chemin, j’ai suggéré à notre délégation de respirer, de faire un pas et de se détendre ; puis de respirer, de faire un autre pas et de se détendre à nouveau. Notre intention était de gravir la montagne de telle sorte que nous puissions apprécier chaque instant de notre ascension. Tous les dix pas environ, nous nous asseyions, nous regardions le paysage, nous respirions et nous souriions. Nous n’avions pas besoin d’arriver là-haut ; nous étions arrivés à chaque pas, dans la paix, le calme, la solidité et la liberté. Quand nous parvînmes au sommet, tout le monde était si heureux et plein d’énergie. Chaque pas, même dans une montée, peut engendrer pleine conscience, concentration, joie et vison profonde.

 

11 MARCHER AVEC DANIEL BERRIGAN

Un jour, à New-York, j’ai invité Daniel Berrigan, un prêtre catholique, poète et artisan de la paix, à venir se promener à Central Park. Je lui ai dit : « Ne parlons pas, marchons sans rien faire d’autre. » Père Brerrigan est beaucoup plus grand que moi et il a de très grandes jambes ; lorsqu’il fait un pas, j’en fais deux. Nous avons commencé à nous promener ensemble, mais après quelques pas, il était loin devant moi. Quand il s’est retourné et s’est rendu compte que je n’étais pas à côté de lui, il s’est arrêté pour m’attendre. Je ne me dépêchais pas. J’étais résolu à marcher lentement en pleine conscience et à mon rythme. J’étais résolu à accorder une grande attention à mes pas et à mon souffle, car je savais que sinon, je me perdrais et me laisserais emporter par l’idée qu’il fallait se dépêcher. Chaque fois que je le rattrapais, nous marchions ensemble un petit peu, puis il se retrouvait de nouveau devant moi. Chaque fois, je maintenais mon rythme. Plus tard, il est venu me rendre visite en France et il a pu apprendre et pratiquer la méditation marchée. Il fut capable de marcher sans se dépêcher, même une fois rentré à New-York.

 

12 MARCHER DANS LA BEAUTÉ

Vous pouvez marcher en pleine conscience dans la rue la plus bondée qui soit. Cependant, il est utile de pratiquer dans un parc ou dans un autre lieu qui respire la beauté et la quiétude. Marchez lentement, mais pas au point d’attirer l’attention sur vous. C’est une sorte de pratique invisible. Appréciez la nature et votre sérénité sans rendre les personnes qui vous entourent mal à l’aise et sans vous donner en spectacle. Si vous quelque chose qui vous donne envie de vous arrêter pour l’apprécier plus encore – le ciel bleu, les collines, un arbre ou un oiseau-, arrêtez-vous simplement et continuez à inspirer et à expirer en pleine conscience. Si nous ne maintenons pas notre pleine conscience de la respiration, tôt ou tard notre pensée se remettra en route, et l’oiseau, et l’arbre disparaîtront.

 

13 COURIR

En chacun de nous, il y a une tendance à courir. Nous croyons que le bonheur n’est pas possible ici et maintenant, et c’est pourquoi nous avons tendance à courir vers l’avenir à la recherche du bonheur. Cette énergie d’habitude peut nous avoir été transmise par notre père, notre mère ou nos ancêtres. Courir est devenu une habitude. Même dans nos rêves, nous continuons à courir à la recherche de quelque chose. La pratique de la pleine conscience nous aide à arrêter de courir pour voir que tout ce que nous recherchons est déjà là. Beaucoup d’entre nous ont passé leur vie à courir. Un pas en pleine conscience peut nous aider à arrêter cette course. Quand l’attention est focalisée sur la respiration et sur la marche, nous unifions le corps, la parole et l’esprit, et nous sommes déjà chez nous.

 

14 D’UN ENDROIT À UN AUTRE

Il est possible d’apprécier chaque pas que nous faisons, non seulement au cours de la méditation marchée, mais à n’importe quel moment, chaque fois que nous avons besoin d’aller d’un endroit à un autre, même si la distance est très courte. Si vous n’avez que cinq pas à faire, faites-les en pleine conscience, en sentant la stabilité à chaque pas. Quand vous montez les escaliers, montez chaque marche dans la joie. À chaque pas, vous pouvez générer la plus belle énergie qui est en vous et la propager dans le monde.

 

15 LE SILENCE

Au village des Pruniers, le monastère où je vis dans le sud-ouest de la France, nous ne parlons pas quand nous marchons. Cela nous aide à apprécier pleinement notre marche, à cent pour cent. Si vous parlez beaucoup il vous sera difficile de vivre vos pas en profondeur, et vous ne les apprécierez pas vraiment. Il en est de même quand vous buvez une tasse de thé : si vous êtes concentré et si vous focalisez votre attention sur la tasse de thé, alors cette tasse vous procurera beaucoup de joie. La pleine conscience et la concentration apportent plaisir et vision profonde.

 

16 MARCHER POUR NOS ANCÊTRES ET POUR LES GÉNÉRATIONS FUTURES

Tous nos ancêtres et toutes les générations futures sont toujours présents en nous. Le bonheur n’est pas une affaire individuelle. Tant que les ancêtres que nous portons en nous souffrent, nous ne pouvons être heureux et nous transmettons cette souffrance à nos enfants et à leurs enfants. Quand nous marchons, nous pouvons marcher pour nos ancêtres et pour les générations futures. Peut-être ont-ils marché dans la douleur ; peut-être ont-ils été obligés de marcher au pas ou de fuir leur pays à pied. Quand nous marchons librement, nous marchons pour eux. Si nous pouvons faire un pas dans la liberté et le bonheur, en étant consciemment en contact avec la Terre, alors nous pouvons faire cent pas de la sorte. Nous le faisons pour nous-mêmes et pour toutes les générations passées et à venir. Nous arrivons tous en même temps et nous trouvons ensemble la paix et le bonheur.

 

17 L’ADRESSE DE LA VIE

Quand vous marchez en pleine conscience, appréciez simplement de marcher. La technique à pratiquer est de marcher en étant exactement là où vous êtes, même si vous êtes en train de vous déplacer. Votre destination véritable est ici et maintenant, car la vie n’est possible qu’en cet instant et en ce lieu. L’adresse de tous les grands êtres est « ici et maintenant ». C’est aussi l’adresse de la paix et de la lumière. Vous savez où vous allez. Chaque inspiration, chaque expiration, chaque pas que vous faites devrait vous ramener à cette adresse.

 

18 INVESTISSEZ TOUT VOTRE CORPS

Investissez cent pour cent de votre être dans le pas que vous faites. En touchant le sol de votre pied, vous produisez le miracle de la vie. Vous vous rendez réel et vous rendez la Terre réelle à chaque pas. La pratique devrait être empreinte de force et de détermination Vous vous protégez de l’énergie d’habitude qui vous pousse à toujours courir et à vous perdre dans vos pensées. Ramenez toute votre attention à vos plantes de pieds et touchez la Terre comme si vous l’embrassiez de vos pieds. Chaque pas est comme le sceau de l’empereur sur un décret. Marchez comme si vous imprimiez votre solidité, votre liberté et votre paix sur la Terre.

 

19 S’ARRÊTER POUR TROUVER LE CALME

La marche est un moyen merveilleux de nous calmer quand nous sommes énervés. Quand nous marchons, si nous focalisons toute notre conscience sur la marche, nous mettons fin aux pensées, aux histoires, aux reproches et aux jugements qui tournent dans notre tête et nous éloignent de l’instant présent. Pour arrêter le flot continu des pensées, il est utile de se focaliser sur le corps. Quand rien ne va, mieux vaut arrêter de réfléchir afin de calmer les énergies désagréables et destructrices. « S’arrêter » ne signifie pas « réprimer » ; cela veut dire avant tout « calmer ». Si nous voulons que l’océan soit calme, nous ne le vidons pas de son eau. Sans l’eau, il ne restera plus rien. Quand nous constatons la présence de la colère, de la peur et de l’agitation en nous, nous n’avons pas besoin de les rejeter. Il nous suffit d’inspirer et d’expirer consciemment et de faire un pas en pleine conscience. Autorisez-vous à entrer profondément dans l’ici et maintenant, parce que la vie n’est disponible que dans l’instant présent. Cela suffira déjà à calmer la tempête.

 

20 RETROUVER NOTRE SOUVERAINETÉ

Quand nous sommes sollicités de toutes parts, nous perdons notre souveraineté. Nous ne sommes pas libres. Ne vous laissez plus être emporté à droite à gauche. Résistez. Chaque pas en pleine conscience est un pas vers la liberté. Cette forme de liberté n’est pas la liberté politique. C’est la liberté par rapport au passé, au futur, à nos soucis et à nos peurs.

 

21 NE FAITES QUE MARCHER

Quand vous marchez, ne faites que marche. Ne réfléchissez pas. Ne parlez pas. Si vous voulez discuter ou grignoter quelque chose, vous pouvez vous arrêter. Ainsi, vous serez pleinement présent également pour la personne à qui vous parlerez. Vous pouvez vous asseoir quelque part pour passer votre appel en paix, pour manger ou pour boire votre jus de fruits en pleine conscience.

 

22 MARCHER EST UN MIRACLE

Notre demeure véritable est l’instant présent. Vivre dans l’instant présent est un miracle. Quand j’inspire, devenant ainsi vraiment vivant, je me vois comme un miracle. Quand je regarde une orange en pleine conscience, je vois que l’orange est un miracle. Quand j’épluche une orange en pleine conscience, je vois que l’action de manger une orange est aussi un miracle. Le fait que vous soyez encore en vie est un miracle. Alors, les miracles sont les actions que vous accomplissez plusieurs fois par jour avec le pouvoir de la pleine conscience. Le miracle n’est pas de marcher sur l’eau. Le miracle est de marcher sur la Terre dans l’instant présent, d’apprécier la paix et la beauté qui sont disponibles en ce moment. J’accomplis ce miracle chaque fois que je marche. Vous aussi, vous pouvez accomplir le miracle de la marche quand vous voulez.

 

23 LA TERRE MÈRE

Quand nous marchons, nous touchons la Terre. C’est un grand bonheur de pouvoir toucher la Terre, notre mère et la mère de tous les êtres sur cette planète. Quand nous pratiquons la marche, nous devrions être conscients que nous marchons sur un être vivant qui ne soutient pas que nous, mais la vie tout entière. Beaucoup de torts ont été faits à la Terre, et il est temps maintenant de l’embrasser de nos pieds, de notre amour. Pendant que vous marchez, souriez – soyez dans l’ici et maintenant. Ce faisant, vous transformez le lieu où vous marchez en un paradis.

 

24 IMPRIMER NOTRE SCEAU SUR LA TERRE

Nous marchons tout le temps, mais en général, nous marchons seulement parce que nous n’avons pas le choix, parce que nous devons passer à l’activité suivante. Quand nous marchons ainsi, nous marquons la Terre de notre anxiété et de notre peine. Nous avons la capacité de marcher de façon à n’imprimer à la Terre que la paix et la sérénité. Nous en sommes tous capables. N’importe quel enfant en est capable. Si nous pouvons faire un pas de la sorte, nous pouvons en faire deux, trois, quatre et cinq. Quand nous sommes capables de faire un pas dans la paix, dans le bonheur, c’est un pas de plus pour la paix et le bonheur de l’humanité toute entière.

 

25 TOUCHER LA PAIX

Le potentiel de paix est autour de nous, dans le monde et dans la nature. La paix est aussi en nous, dans notre corps et dans notre esprit. La marche va arroser les graines de paix qui sont déjà présentes en nous. Nos pas en pleine conscience nous aident à cultiver l’habitude de toucher la paix à chaque instant.

 

26 UN CONTRAT AVEC LES ESCALIERS

Passez un accord avec les escaliers que vous empruntez le plus souvent. Prenez la décision de pratiquer systématiquement la méditation marchée sur ces escaliers, que vous les montiez ou les descendiez ; ne les gravissez pas distraitement. Si vous vous y engagez, mais que vous vous rendez compte un jour que vous avez gravi plusieurs marches en étant dans l’oubli, redescendez-les, puis remontez-les à nouveau. Il y a plus de trente ans, j’ai signé un tel accord avec mes escaliers, et cela m’apporte depuis beaucoup de joie.

 

27 MARCHER AU CAPITOLE

Il y a quelques années, nous avons offert une retraite pour le personnel et les membres du Congrès à Washington. Certains des participants continuent de pratiquer la méditation marchée tous les jours. Tout le monde marche très vite là-bas, alors ils ont dû faire preuve de diligence pour continuer à pratiquer ce qu’ils ont appris au cours de la retraite, mais quelques-uns d’entre eux y sont parvenus. Ils m’ont raconté qu’ils pratiquaient toujours la méditation marchée pour aller aux urnes de leur bureau. Ils disent qu’ils survivent lieux dans leur environnement grâce à cette forme de pratique, même pendant les séances les plus difficiles et les plus animées.

 

28 MARCHER EN GROUPE

J’ai été dans des foules de deux ou trois mille personnes ; nous pratiquions la méditation marchée tous ensemble. C’est très puissant. Chaque personne ne fait qu’un pas à la fois, en étant complètement concentrée sur ce pas. S’il vous plaît, organisez-vous de telle sorte qu’au cours de la journée, vous ayez de nombreuses occasions d’expérimenter la marche méditative seul ; mais vous pouvez aussi pratiquer la marche avec d’autres personnes pour avoir leur soutien. Vous pouvez demander à un ami de venir avec vous. Si vous êtes avec un enfant, vous pouvez lui prendre la main et marcher avec lui ou avec elle.

 

29 UN CAHIER DE KUNG-FU

Les mots « kung-fu » signifient : « pratique quotidienne ». Vous n’avez pas besoin de faire des arts martiaux pour avoir une pratique quotidienne. La marche peut être cette pratique. Le soir, vous pouvez passer en revue votre pratique de la journée et écrire ce que vous avez observé sur votre marche, votre respiration, votre sourire ou vos paroles. Ce serait dommage de passer toute une journée sans savourer aucun pas. Vous avez des pieds et si vous ne vous en réjouissez pas, c’est une grande perte et un vrai gâchis. Si je vous dis cela aujourd’hui, c’est pour que vous ne puissiez pas dire plus tard : « Personne ne m’avait prévenu qu’il était important d’apprécier l’usage de mes pieds ».

 

30 LE FRUIT DE NOTRE PRATIQUE

Quand vous marchez avec beaucoup de tendresse et de bonheur sur cette belle planète, vous êtes la paix incarnée. Dans la pratique bouddhiste, on dit que le bodhisattva Avalokiteshvara, un être de grande compassion, passe tout son temps sur Terre à apprécier de marcher, de surfer sur les vagues de la naissance et de la mort, et de sourire. Nous devrions être capables de faire de même. Si nous pouvons vraiment arriver à chaque pas et nous sentir chez nous quand nous marchons, c’est la pratique – mais c’est aussi le fruit de notre pratique. Ce sont là des moments qui méritent d’être vécus.

 

31 EN METTANT VOS CHAUSSURES

Chaque jour, vous mettez vos chaussures pour vous rendre quelque part. Donc, chaque jour, vous avez une occasion de pratiquer la pleine conscience qui ne vous demande pas de temps supplémentaire. Vous enlevez vos chaussures et vous les mettez. C’est aussi un moment de pratique et de joie.

 

32 LES PIEDS DU BOUDDHA

Si vous dotez vos pieds de l’énergie de la pleine conscience, ils deviendront les pieds du Bouddha. Vous avez peut-être déjà vu des personnes qui marchent avec les pieds du Bouddha ; vous le reconnaissez rien qu’en les observant. C’est très facile. Si vous avez une voiture électrique, il vous faut plusieurs heures pour la recharger. Mais pour charger vos pieds de l’énergie de la pleine conscience, vous n’avez même pas besoin d’une demi-heure. Le pouvoir de la pleine conscience se manifeste immédiatement. Marcher ou non avec les pieds du Bouddha, cela dépend de vous.

 

33 MARCHER EN SILENCE

Souvent, pendant toute la marche, nous parlons à quelqu’un qui est à côté de nous, pensons à ce que nous devons faire ensuite, ou même gardons les yeux rivés sur notre téléphone, au lieu de regarder où nous sommes et où nous allons. Quand vous marchez, essayez de vous contenter de marcher. Essayez de ne pas parler en marchant. Si vous avez besoin de dire quelque chose, arrêtez-vous pour le dire. Cela ne vous prendra pas beaucoup plus de temps. Ensuite, quand vous aurez terminé de parler, vous pourrez reprendre votre marche.

 

34 MARCHER EN PRISON

Une de mes étudiantes moniales, après avoir été diplômée en littérature britannique à l’université de l’Indiana, est retournée pratiquer au Vietnam. Là-bas, elle fut arrêtée par la police et jetée en prison pour avoir publiquement appelé à la paix. Elle faisait de son mieux pour pratiquer la méditation marchée et assise dans sa cellule. C’était difficile, parce que dans la journée, quand les gardiens la voyaient pratiquer la méditation, ils considéraient cela comme une provocation. Elle devait attendre que les lumières fussent éteintes pour pouvoir pratiquer. Elle pratiqua la méditation marchée, bien que sa cellule ne fît qu’un mètre carré. En prison, ils ont essayé de lui voler sa liberté, mais sa détermination et sa pratique ont réussi à préserver sa liberté intérieure.

 

35 TROUVER LA DÉTENTE

Si vous trouvez qu’il est difficile ou éprouvant de pratiquer la marche méditative, arrêtez-vous. Laissez votre souffle vous guider. Ne le forcez pas. Un jour, je me trouvais dans un aéroport bondé. Des personnes s’étaient rassemblées autour de moi, si près que je ne pouvais même pas marcher. Je ne pouvais pas faire un seul pas. J’ai commencé par essayer de me frayer un chemin, avant de m’arrêter. Je me suis rappelé que je n’étais obligé de rien. Je me détendis alors complètement, parce que je sentis que c’était le Bouddha qui marchait et non moi. Si cela avait été moi, peut-être n’aurais-je pas été aussi détendu et compatissant envers mon entourage. Dès que je me fus arrêté et détendu, je pus marcher librement. L’aéroport était toujours bondé, mais je faisais chaque pas lentement, dans la détente et dans la joie.

 

36 MARCHER POUR LES AUTRES

Parfois, je dis que je marche pour ma mère ou que mon père apprécie de marcher avec moi. Je marche pour mon père. Je marche pour ma mère. Je marche pour mon maître. Je marche pour mes étudiants. Peut-être votre père n’at-il jamais su marcher en peine conscience, en appréciant chaque instant de la sorte. Alors, je le fais pour lui, et nous bénéficions tous deux de cette pratique.

 

37 UNE LONGUE MARCHE

Après son éveil à Bodhgaya, le Bouddha pratiqua la méditation marchée autour de l’étang aux lotus qui était à proximité. Ensuite, il voulut partager ses visions profondes avec ses amis proches qui étaient au parc des Cerfs, à Sarnath. Il s’est alors mis en route, marchant de Bodhgaya à Sarnath pour les y retrouver. Il marcha seul au milieu des rizières et des forêts. Cela a dû lui prendre au moins deux semaines, mais il apprécia chacun de ses pas. Quand le Bouddha retrouva ses amis de longue date, il partagea son premier enseignement.

 

38 LE NIRVANA

Le nirvana est quelque chose qui ne peut pas être décrit. Vous devez y goûter par vous-même. Si vous n’avez jamais mangé de kiwi, personne ne pourra vous décrire son goût. La meilleure façon  de le connaître est de mettre un morceau de kiwi dans votre bouche : vous découvrirez alors instantanément le goût du kiwi. Il en est de même pour le nirvana. Vous devez goûter le nirvana par vous-même. Le nirvana est disponible pour vous maintenant même, à chaque pas. Vous n’avez pas besoin de mourir pour entrer dans le nirvana. Il n’est ni vague ni lointain. Si chacun de vos pas vous mène sur la rive de la liberté, alors vous pouvez déjà goûter au nirvana.

 

39 RENTRER CHEZ SOI

La marche méditative rassemble le corps et l’esprit. Nous ne sommes vraiment ici et maintenant qu’une fois le corps et l’esprit réunis. Quand nous marchons, nous revenons chez nous-mêmes. Si, pendant que vous marchez, vous êtes occupé à discuter ou à planifier ce qui vous attend, vous n’apprécierez pas votre inspiration et votre expiration. Vous n’apprécierez pas d’être pleinement dans l’instant présent. Nous n’avons pas besoin de nous forcer à inspirer, car de toute façon, nous inspirons et expirons en permanence. Tout ce dont nous avons besoin est de focaliser notre attention sur le souffle et la marche. En un rien de temps vous revenez chez vous, dans votre corps, et vous voilà bien établi dans l’ici et maintenant.

 

40 L’ÉNERGIE COLLECTIVE

Quand nous marchons avec les autres, l’énergie collective de pleine conscience que nous générons est très puissante. Elle aide à guérir tout le monde. Quand nous marchons ensemble, produisant l’énergie de pleine conscience, revenant chez nous, ici et maintenant, nous pouvons sentir les paradis juste sous nos pieds ; vous pouvez voir ce paradis tout autour de vous.

 

41 APPRÉCIER CHAQUE PAS

Quand nous marchons, nous produisons l’énergie de pleine conscience. Au lieu de penser à ceci ou à cela, prenez simplement conscience du contact entre votre pied et le sol. L’attention à ce contact est vraiment porteuse de guérison. N’attendez pas l’heure prévue pour la méditation marchée, n’attendez pas d’être en groupe. Chaque fois que vous devez vous rendre d’un endroit à un autre, vous pouvez appliquer les techniques de la méditation marchée. Du salon à la cuisine, de la voiture à votre travail, prenez le temps d’apprécier chaque pas. Arrêtez de penser, arrêtez de parler et touchez la Terre de vos pieds. Si vous appréciez chaque pas, votre technique est bonne.

 

42 LA SOLIDITÉ

Quand le passé et le futur ne peuvent plus vous arracher au moment présent, chacun de vos pas est solide. Vous êtes fermement établi ici et maintenant. La solidité et la liberté sont les fondations du bonheur. Si vous n’êtes pas solide, si vous n’êtes pas libre, le bonheur n’est pas possible. Alors, chaque pas a pour but de cultiver plus de solidité et plus de liberté. En marchant, vous pouvez dire en vous-même : « Je suis solide, je suis libre ». Ce n’est ni une autosuggestion ni un vœu pieux. C’est une réalisation, car vous êtes bien établi ici et maintenant, vous réalisez cette vérité à chaque pas.

 

43 LÂCHER PRISE DU PASSÉ

Si la plupart d’entre nous marchent sans chaînes aux pieds, nous ne sommes pas libres pour autant. Nous sommes attachés aux regrets et aux chagrins du passé. Nous revenons vers le passé pour continuer à souffrir. Le passé est une prison. Mais à présent, vous avez la clé pour déverrouiller la porte et entrer dans l’instant présent. Vous inspirez, vous ramenez votre esprit à votre corps, vous faites un pas et vous arrivez ici et maintenant. Le soleil est là, les arbres splendides sont là, les chants des oiseaux aussi.

 

44 PRENDRE SOIN DE L’AVENIR

Il y en a parmi nous qui sont prisonniers de l’avenir. Nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve, nous nous faisons tellement de souci qu’il devient une sorte de prison. Le véritable avenir n’est composé que d’une substance : le présent. De quoi d’autre pourrait-il être fait ? Si nous savons prendre soin du mieux possible de l’instant présent, nous faisons déjà tout pour nous assurer un bon avenir. Nous bâtissons l’avenir en prenant soin de l’instant présent. Pour prendre soin de l’instant présent, nous respirons en pleine conscience, nous savourons notre inspiration et notre expiration. A chaque pas, vous arrivez dans le futur que vous bâtissez. Faites-en un avenir de paix et de compassion.

 

45 ÉCOUTEZ VOS POUMONS

Laissez vos poumons vous donner le rythme de votre respiration. Ne forcez jamais votre souffle. En marchant, accordez-vous à votre souffle, et non l’inverse. Vous pouvez commencer par faire deux pas sur votre inspiration et trois pas sur votre expiration. Si, tandis que vous continuez de marcher, vos poumons vous disent qu’ils seraient plus heureux si vous faisiez trois pas sur l’inspiration et cinq sur l’expiration, alors faites trois et cinq pas. Bien sûr, quand vous gravissez une colline, le nombre de pas que vous ferez à chaque respiration diminuera naturellement. Pendant la méditation marchée, je constate que j’inspire en général sur quatre pas et que j’expire sur six pas.  Mais quand je monte une colline, je fais deux pas sur chaque inspiration et trois sur chaque expiration. Quand la côte est très raide, je ne fais parfois qu’un pas pour l’inspiration et trois, deux, voire un seul pas pour l’expiration. Nous devons nous adapter. Écouter votre corps en marchant vous aidera à rendre chaque pas agréable.

 

46 GARDER LE CONTACT

Parfois, quand je rends visite à des amis ou à des étudiants qui vivent très loin, ils demandent que nous restions en contact. Cela fait quarante ans que je n’ai pas utilisé de téléphone. Beaucoup de personnes parlent au téléphone pendant des heures, mais cela ne veut pas dire qu’elles ont une bonne communication avec leur interlocuteur. Je n’ai pas de courriel non plus. Mais vous n’avez besoin ni de téléphone ni d’ordinateur pour être en contact avec moi. Si vous marchez en pleine conscience de votre maison à l’arrêt de bus en appréciant chaque pas, nous sommes reliés. Si vous pratiquez la respiration et la marche en pleine conscience, nous resterons tout le temps connectés. Quand quelqu’un me demande mon adresse, je réponds toujours : « c’est ici et maintenant ».

 

47 L’OUBLI

Nous vivons dans l’oubli depuis des années. L’oubli est le contraire de la pleine conscience. La pleine conscience consiste à se souvenir que la vie est une merveille ; nous sommes là et nous devrions vivre notre vie en profondeur. Nous savons que nous voulons être plus présents, mais très souvent, nous ne nous en donnons pas les moyens. Nous avons besoin d’un ami ou d’un enseignant pour nous le rappeler. La Terre peut être cet enseignant. Elle est toujours là, accueillant vos pas, vous permettant de rester solide et ancré.

 

48 S’ENTRAÎNER

Il y en a parmi nous qui, dès la première séance de marche méditative, sont capables d’arriver dans l’instant présent. D’autres, au contraire, trouvent cela difficile, tant ils ont l’habitude de courir. Je me souviens d’un journaliste parisien qui était venu m’interviewer. Il avait été invité à se joindre à nous pour la méditation marchée avant l’interview. Il souffrit beaucoup pendant la marche, et il rapporta plus tard que cela avait été épuisant : il avait tellement l’habitude de courir que, pour lui, marcher en pleine conscience et dans la lenteur était vraiment un dur labeur ! Nous devons donc nous entraîner à marcher. Nous marchons de telle sorte que chaque pas puisse nous aider à faire cesser cette course inutile et à entrer en contact avec les merveilles de la vie qui sont disponibles ici et maintenant.

 

49 CHAQUE PAS EST UN ACTE DE RÉSISTANCE

Chaque pas est une révolution contre l’affairement. Chaque pas fait en pleine conscience délivre un message : « Je ne veux plus courir. Je veux m’arrêter. Je veux vivre ma vie. Je ne veux pas passer à côté des merveilles de la vie. » Quand vous êtes capable d’arriver vraiment, la paix est en vous car vous ne luttez plus. Chacune de vos empreintes porte en elle la paix, chacune porte la marque « Ici et maintenant ». Vous pouvez vous réjouir d’être arrivé et de vous sentir chez vous le temps de trois, quatre, cinq ou dix minutes, aussi longtemps que vous le souhaitez. Une heure de pratique, c’est déjà le début d’une révolution.

 

50 RECONNAÎTRE LE CORPS

Nous avons un corps physique qui est une merveille. Mais ce corps physique se désintègrera un jour. C’est une vérité que nous devons accepter. En surface, il y a la naissance et la mort, l’être et le non-être. Mais si vous regardez plus en profondeur, vous reconnaîtrez que vous avez aussi un corps cosmique qui existe en dehors de la naissance et de la mort, de l’être et du non-être. Une vague sur l’océan ne dure pas très longtemps. Le corps physique d’une vague dure cinq, dix ou vingt secondes. Mais la vague a son corps d’océan, car elle vient de l’océan et retournera à l’océan. Si vous marchez en pleine conscience, si votre concentration et votre vision profonde sont puissantes, vous pouvez, à chaque pas, entrer en contact avec votre corps cosmique ; vous perdez alors toute peur et toute incertitude.

 

51 DÉVELOPPER L’HABITUDE DE LA MÉDITATION MARCHÉE

Chaque fois que vous avez besoin de vous rendre quelque part, même si la distance est si courte que vous n’avez que trois à cinq pas à faire, vous pouvez vous mettre en pratique de marche méditative. Cela deviendra rapidement une habitude. Vous vous surprendrez en train de marcher en pleine conscience pour décrocher le téléphone ou pour aller préparer le thé. Peut-être ne comprendrez-vous pas de prime abord pourquoi vous n’êtes plus pressé ou pourquoi vous êtes plus heureux qu’avant quand vous passez la porte. Développer l’habitude de la méditation marchée au quotidien ne coûte rien et ne nous fait pas perdre plus de temps que si nous marchions sans pleine conscience.

 

52 DONNER L’EXEMPLE

Quand vous marchez en pleine conscience, vous montrez l’exemple à tous ceux qui vous voient, même si vous ne vous en rendez pas compte. Quand nous vous voyons marcher dans la liberté, dans la paix, dans la joie, cela peut nous inspirer à vous prendre pour modèle. Ensemble, sans effort, nous créons une atmosphère plus paisible et plus heureuse.

 

53 L’I NTENTION

L’intention d’apprécier vos pas et votre souffle n’est pas suffisante ; vous avez besoin de pleine conscience et de vision profonde. Si chacun de vos pas vous apporte de la joie, c’est parce qu’en faisant un pas, vous êtes en pleine conscience et vous développez la vision profonde. Sans vision profonde, il vous est impossible d’apprécier votre inspiration et votre expiration. Vous ne pouvez pas vous forcer à apprécier votre souffle ou vos pas. En respirant en pleine conscience, en faisant des pas en pleine conscience, la joie vient naturellement et facilement.

 

54 LA PLANTE DES PIEDS

Vous pouvez focaliser votre attention sur votre plante de pied. Sentez le contact de votre pied avec le sol. Vous êtes tout en bas, dans votre pied, et non là-haut dans votre tête. Il y a en vous la sensation d’être ne contact avec la belle Terre Mère.

 

55 MARCHER PARTOUT EN PLEINE CONSCIENCE

Au temps du Bouddha, il n’y avait ni voiture, ni train ni avion. De temps à autre, le Bouddha montait à bord d’un bateau pour suivre le cours d’une rivière ou pour la traverser, mais la plupart du temps, il marchait. Pendant les quarante-cinq ans où il a enseigné, il a dû voyager à pied dans quatorze ou quinze royaumes du Népal et de l’Inde. Cela représente beaucoup de marche. Nombre de ses enseignements, nombre de ses visions profondes sont nés pendant qu’il marchait à travers ces royaumes.

 

56 MARCHER LE LONG DU GANGE

La première fois que je me suis rendu en Inde, j’avais quinze minutes pour contempler le paysage en dessous de moi avant d’atterrir dans la ville de Parna. Je vis alors le Gange pour la première fois. Lorsque j’étais novice, j’avais entendu parler du Gange et de ses grains de sable, trop nombreux pour être comptés. Ainsi dans l’avion je regardais en dessous de moi et je voyais les empreintes du Bouddha un peu partout le long des berges du Gange. Il est certain que le Bouddha a marché le long de cette rivière de nombreuses fois. Il a marché ainsi pendant quarante-cinq ans, propageant sa sagesse et sa compassion, et partageant sa pratique de la libération avec de nombreuses personnes, allant des rois et des ministres aux pauvres et aux pilleurs de poubelles.

 

57 LA PRATIQUE DE LA NON-PRATIQUE

Quand le Bouddha marchait, il ne semblait pas pratiquer la méditation. Il n’utilisait pas de machine spéciale : il n’avait que ses deux pieds, comme nous tous, et il appréciait de marcher. La meilleure pratique a l’apparence de la non-pratique, mais elle est très profonde. Vous ne faites aucun effort ; vous ne luttez pas ; vous appréciez simplement de marcher. « Ma pratique, dit le Bouddha dans le soutra des Quarante-deux Chapitres, est la pratique de la non-pratique, la réalisation de la non-réalisation. » Si votre pratique est naturelle, si votre pratique vous apporte du bonheur, c’est la meilleure forme de pratique. Vous semblez ne pas pratiquer, mais en réalité vous pratiquez très profondément.

 

58 L’INTENTION

La méditation marchée est un moyen de pratiquer le mouvement sans but ni intention. « Marcher en pleine conscience » signifie simplement marcher en étant conscient de chaque pas et de chaque respiration. Nous pouvons même pratiquer la respiration consciente et la méditation marchée entre deux rendez-vous d’affaires ou sur le parking du supermarché. Nous pouvons garder une démarche lente, calme et détendue. Rien ne presse, il n’y a nulle part où aller, il n’y a pas d’urgence. La marche en pleine conscience peut nous permettre d’abandonner nos peines et nos soucis, et nous aider à apaiser le corps et l’esprit.

 

59 AIMER LA TERRE

Quand nous sommes amoureux de quelqu’un ou de quelque chose, il n‘y a pas de séparation entre nous-mêmes et l’objet de notre amour. Nous faisons tout ce que nous pouvons pour lui, ce qui nous apporte beaucoup de joie et nous nourrit beaucoup. Si nous regardons la Terre avec amour, nous marcherons sur elle avec plus de douceur.

 

60 MARCHER AVEC RESPECT

Quand nous ouvrons la porte pour respirer l’air frais, nous pouvons être immédiatement en contact avec l’air, la terre et tous les éléments qui nous entourent. Quand nous marchons, nous savons que nous ne posons pas le pied sur un objet inanimé. Le sol sur lequel nous marchons n’est pas une matière inerte. Avec cette compréhension de ce qu’est la Terre, nous pouvons marcher sur la planète avec autant de respect profond que si nous marchions dans une salle de culte ou tout espace sacré. Nous pouvons apporter notre conscience tout entière à chaque pas. De tels pas ont le pouvoir de nous sauver la vie.

 

61 LA PROMENADE MATINALE

Chaque matin, après m’être levé et habillé, je quitte ma cabane pour aller me promener. En général, il fait encore nuit et je marche doucement, conscient de la nature qui m’entoure et des étoiles qui pâlissent. Quand je pense à la Terre et à ma capacité à marcher sur elle, je me dis : « Je vais me rendre dans la nature et apprécier tout ce qui est beau, apprécier toutes ses merveilles. « Mon cœur déborde de joie ».

 

62 MARCHER EN VILLE

Essayez de pratiquer la marche méditative dans votre vie quotidienne. Quand vous vous rendez à l’arrêt de bus, transformez ce parcours en méditation marchée. Même si l’environnement que vous traversez est bruyant et agité, vous pouvez marcher en suivant le rythme de votre souffle. Dans le vacarme d’une grande ville, vous pouvez tout de même marcher en paix, dans le bonheur et avec un sourire intérieur. Voilà ce que signifie « vivre pleinement chaque instant de votre vie quotidienne.

 

63 LA CONSCIENCE DE L’AMOUR 

En marchant avec attention, amour et compréhension, nous pouvons développer une conscience profonde de chaque élément de cette planète. Nous constatons que les feuilles des arbres sont d’un vert vif au printemps, qu’elles prennent un vert éclatant en été, des teintes jaunes, orangées et rouge intenses en automne, et qu’en hiver, quand les branches sont nues, les arbres restent grands, forts et beaux, abritant secrètement le vie en eux. La Terre Mère reçoit les feuilles mortes, et les décompose pour créer une nourriture nouvelle grâce à laquelle l’arbre pourra continuer de pousser.

 

64 NOUS NE MARCHONS PAS SEULS

Quand nous marchons, nous ne sommes pas seuls. Nos parents et nos ancêtres marchent toujours avec nous. Ils sont présents dans chaque cellule de notre corps. Chaque pas qui nous apporte guérison et bonheur apporte donc aussi guérison et bonheur à nos parents et à nos ancêtres. Chaque pas en pleine conscience a le pouvoir de nous transformer et de transformer tous nos ancêtres en nous, y compris nos ancêtres animaux, végétaux et minéraux. Nous ne marchons pas seulement pour nous. Quand nous marchons, nous le faisons pour notre famille et pour le monde entier.

 

65 RETOURNER À LA TERRE

Inutile d’attendre notre mort pour retourner à la Terre Mère. En fait, nous retournons à la Terre Mère en ce moment même. Des milliers de cellules de notre corps meurent à chaque instant, et de nouvelles sont en train de naître. Chaque fois que nous respirons, chaque fois que nous marchons, nous retournons à la Terre.

 

66 LA GRATITUDE ENVERS LA TERRE

Quand nous pratiquons la méditation marchée, nous pouvons faire chaque pas dans la gratitude et dans la joie, parce que nous savons que nous marchons sur Terre. Nous pouvons marcher avec douceur, avec respect pour la Terre Mère qui nous a donné la vie et dont nous faisons partie. La Terre sur laquelle nous marchons est sacrée. Nous devrions avoir beaucoup de respect pour elle, car nous savons que nous marchons sur notre mère. Où que nous soyons, nous marchons sur la Terre Mère ; alors ce lieu, quel qu’il soit, peut être un sanctuaire sacré.

 

67 NOUS NOURRIR, NOUS GUÉRIR

Ne faites pas semblant de marcher en pleine conscience quand, en réalité, vous faites votre liste de courses ou préparez votre prochaine réunion. Marchez avec tout votre corps et tout votre esprit. Chaque pas renferme la vision profonde. Chaque pas contient l’amour – l’amour et la compassion pour la Terre et pour tous les êtres, ainsi que pour nous-mêmes. Pourquoi marchons-nous ainsi ? Pour être en contact avec la grande et belle Terre, pour être en contact avec le monde qui nous entoure. Quand nous sommes ainsi reliés, quand nous sommes pleinement conscients du miracle de marcher sur Terre, chaque pas nous nourrit et nous guérit. Trente pas de faits dans cette vision profonde sont trente occasions de nous nourrir et de nous guérir.

 

68 S’ÉVEILLER

La méditation marchée est une occasion de s’éveiller au moment merveilleux dans lequel nous vivons. Si notre esprit est emprisonné, préoccupé par nos soucis et par notre souffrance, ou si nous sommes distraits par autre chose pendant que nous marchons, nous ne pouvons pas pratiquer la pleine conscience ; nous ne pouvons pas apprécier l’instant présent. Nous passons à côté de la vie. Mais si nous sommes éveillés, alors nous voyons que c’est un moment merveilleux qui nous a été offert par la vie, le seul instant de notre vie qui nous soit disponible. Nous pouvons évaluer chaque pas que nous faisons, et chacun de nos pas nous apporte du bonheur, car nous sommes en contact avec la vie, avec la source du bonheur et avec notre planète bien-aimée.

 

69 MARCHER PLUTÔT QUE PRENDRE LA VOITURE

Parfois, nous n’avons pas besoin vraiment de prendre la voiture, mais comme nous voulons nous fuir nous-mêmes, nous partons faire un tour en voiture. Si nous nous récitons la phrase : « Avant de démarrer la voiture, je sais où je vais », cela peut être comme une lumière dans la pénombre : nous pourrions voir que nous n’avons besoin d’aller nulle part. Vous ne pouvez échapper à vous-même, où que vous alliez. Parfois, mieux vaut éteindre le moteur et partir en promenade. Cela peut être plus agréable.

 

70 OFFRIR UN MASSAGE À LA TERRE

Quand nous marchons en pleine conscience, nos pieds massent la Terre. Nous sommes des graines de joie et de bonheur à chaque pas. À chaque pas, une fleur éclot.

 

71 PRENEZ VOTRE TEMPS

Accordez-vous suffisamment de temps pour marcher. Si, d’habitude, vous vous donnez trois minutes pour vous rendre de votre voiture à la porte de la maison, octroyez-vous maintenant huit à dix minutes. Je me donne toujours une heure de plus quand je vais à l’aéroport pour pouvoir pratiquer la méditation marchée une fois que j’y suis. Parfois, mes amis veulent me dire au revoir jusqu’à la dernière minute, mais je résiste toujours. Je leur dis que j’ai besoin de temps pour moi et je leur fais mes adieux assez tôt.

 

72 LA MARCHE EST UNE CÉLÉBRATION

Quand vous marchez, si vous êtes conscient que vous êtes en vie, c’est déjà l’éveil. Vous êtes conscient que vous avez un corps ; c’est déjà l’éveil. Vous êtes conscient que vous avez des jambes assez solides pour apprécier de marcher ; c’est aussi l’éveil. Quand vous marchez, cela peut être une célébration. Quand vous respirez comme cela, vous célébrez la vie.

 

73 MARCHER AVEC DES ENFANTS

Marcher avec des enfants est une façon merveilleuse de marcher en pleine conscience. De temps en temps, un enfant aura envie de courir au-devant de vous et d’attendre que vous le rattrapiez. Un enfant est une cloche de pleine conscience, qui nous rappelle à quel point la vie est merveilleuse. Nous pouvons rappeler aux enfants que la méditation marchée est un moyen merveilleux de se calmer quand ils sont traversés par des émotions fortes ou quand ils sont énervés. Nous pouvons marcher avec eux sans rien dire, simplement marcher à leurs côtés. Notre souffle est pour eux un rappel bienveillant de respirer à chaque pas.

 

 

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MÉDITATIONS MARCHÉES

 

 

74 RESPIRER CONSCIEMMENT EN MARCHANT

Notre inspiration a tendance à être un peu plus courte que notre expiration. Quand vous inspirez, faites deux ou trois pas. Cela dépend de vos poumons. Si vos poumons veulent deux pas sur l’inspiration, alors donnez-vous exactement deux pas. Si vous vous sentez mieux en faisant trois pas, alors donnez-vous trois pas. Quand vous expirez, écoutez aussi vos poumons et laissez les décider combien de pas vous ferez sur l’expiration. Au début, pratiquez avec deux pas sur l’inspiration et trois sur l’expiration : deux, trois ; deux, trois ; deux, trois. Plus tard, cela pourra devenir trois, quatre ou trois, cinq. Si vous ressentez le besoin de faire un pas de plus sur l’inspiration, alors accordez-vous un pas de plus à apprécier. Quand vous ressentez le besoin de faire un pas de plus sur l’expiration, accordez-vous ce pas supplémentaire en expirant. Tous les pas devraient être source de plaisir.

 

75 LAISSER LE BOUDDHA MARCHER

Il y a quelques années, j’étais seul à Séoul, en Corée du Sud, où je menais une grande méditation marchée dans la ville. Quand vint le moment d’entamer la marche, je trouvai cela très difficile, parce que des centaines de cameraman étaient agglutinés devant moi. Il n’y avait absolument aucun endroit où je pouvais marcher. J’ai dit : « Cher Bouddha, je déclare forfait. Marchez pour moi. » Le Bouddha est venu immédiatement et il a marché. Après cette expérience, j’ai écrit une succession de poèmes qui peuvent être utilisés à n’importe quel moment, mais plus particulièrement quand la marche ou la respiration consciente s’avèrent fastidieuses.

 

Laisse Bouddha respirer,

Laisse Bouddha marcher.

Pas besoin de respirer,

Pas besoin de marcher.

 

C’est Bouddha qui respire,

C’est Bouddha qui marche.

J’apprécie la respiration,

J’apprécie la marche.

 

Bouddha est respiration,

Bouddha est marche.

Je suis la respiration,

Je suis la marche.

 

Il n’y a que la respiration,

Il n’y a que la marche.

Personne ne respire,

Personne ne marche.

 

Paix dans la respiration,

Paix dans la marche.

Paix est la respiration,

Paix est la marche.

 

76 MARCHER AVEC DES POÈMES

Vous pouvez marcher en utilisant des gathas, courts poèmes de pratique. Accordez votre souffle à vos pas et marchez en suivant le rythme du poème. Modifiez-le pour qu’il suive le rythme de vos pas. Parfois, mon inspiration fait deux pas et mon expiration en fait trois. Parfois, mon inspiration fait trois pas et mon expiration, quatre. En général, l’expiration est plus longue que l’inspiration. Vous pouvez modifier le poème, ajouter des mots ou en enlever pour qu’il s’accorde au rythme de vos pas. Quand vous pratiquez la méditation de la course ou du jogging, vous pouvez faire quatre pas sur l’inspiration, cinq pas sur l’expiration. Établissez-vous paisiblement sur le sens du poème dans l’instant présent. Ne laissez pas votre esprit divaguer. N’essayez pas d’être poétique au point d’en oublier la pratique. L’essentiel de la pratique est de cultiver plus de concentration.

 

J’inspire, j’expire,

Plus profonde, plus douce.

Je me calme, je relâche,

Je souris, je suis libre.

Moment présent, moment merveilleux.

 

77 LÎLE DU SOI

Le gatha dans lequel je prends souvent refuge s’appelle : « Revenir dans mon île intérieure ». Quand la vie ressemble à un océan tumultueux, nous devons nous rappeler que nous avons en nous une île paisible. La vie est faite de hauts et de bas, d’allées et venues, de gains et de pertes. En vous établissant dans l’île du soi, vous êtes en sécurité. Quand le Bouddha était mourant, il nous enseigna de ne prendre refuge en rien, en personne, si ce n’est en nôtre île intérieure. En inspirant, faites deux pas et dites : « Prendre refuge ». En expirant, faites trois pas et dites : « Dans l’île du soi ». Ou modifiez les vers et dites : « Je reviens. Prendre refuge. » Vous pouvez toujours ajuster les poèmes avec lesquels vous avez choisi de pratiquer.

 

Quand j’inspire, je retourne

dans mon île intérieure, chez moi.

Il y a de très beaux arbres dans mon île intérieure,

des sources d’eau claire,

des oiseaux tout joyeux,

le soleil et l’air pur.

Quand j’inspire, je suis bien.

Oh, comme j’aime revenir en mon île.

 

78 LA MARCHE LENTE

Quand vous êtes seul, vous pouvez pratiquer la méditation marchée lente. Choisissez une distance de dix pieds environ, soit trois mètres, et en parcourant ces trois mètres, faites un pas à chaque inspiration, et un pas à chaque expiration. Sur le premier pas, vous pouvez dire silencieusement : « Je suis chez moi ». Sur le pas suivant, vous pouvez dire silencieusement : « Je suis arrivé ». Si vous n’êtes pas arrivé à cent pour cent ici et maintenant, restez où vous êtes, et ne faites pas un pas de plus. Mettez-vous au défi. Inspirez et expirez à nouveau jusqu’à ce que vous soyez arrivé à cent pour cent ici et maintenant. Puis offrez un sourire de victoire. Ensuite, faites un deuxième pas. Vous agissez ainsi dans le but de développer une nouvelle habitude : l’habitude de vivre dans l’instant présent.

 

79 PRATIQUER EN FAMILLE

Sortez avec vos enfants pour vous promener tranquillement le soir, avant qu’ils aillent se coucher. Dix minutes suffisent. Si vos enfants le souhaitent, vous pouvez vous tenir la main en marchant. Vous leur transmettrez votre concentration et votre stabilité, et vous bénéficierez de leur innocence et de leur fraîcheur. Les jeunes aiment pratiquer ce poème très simple en marchant : ils peuvent dire en eux-mêmes : « Oui, oui, oui » sur l’inspiration et « merci, merci, merci » sur l’expiration. Je connais beaucoup d’enfants qui adorent ce poème.

 

80 ARRIVER DANS L’INSTANT PRÉSENT

Certains d’entre nous n’ont pas besoin de mots pour les aider à se concentrer, mais lorsque nous commençons à pratiquer, les mots peuvent être très utiles. Ils nous aident à être concentrés, à être ici et maintenant. Quand vous prenez une inspiration, faites deux pas et dites-vous : « Je suis chez moi. Je suis chez moi ». Prenez une expiration et dites en vous-même : « Je suis arrivé. Je suis arrivé ». Ce n’est pas une déclaration ; c’est une pratique. Arrivez ici et maintenant et prenez la résolution de vous arrêter et de ne plus courir. Vous pouvez dire : « Chez moi, chez Moi » sur l’inspiration, et « arrivé, arrivé, arrivé, en expirant. Après avoir passé quelque temps avec « chez moi, arrivé », vous pouvez changer en vous disant : » Ici, maintenant », puis : « solide, libre. »

 

Je suis chez moi,

Je suis arrivé.

Il n’y a  qu’ici

et maintenant.

Bien solide,

vraiment libre,

je prends refuge

en moi-même.

 

 

81 LE BEAU CHEMIN

Les pensées peuvent vagabonder dans un millier de directions

mais sur ce beau chemin, je marche en paix.

A chaque pas se lève une brise légère,

A chaque pas s’épanouit une fleur.

 

L’esprit se précipite en tous sens, tel un singe qui se balance sans s’arrêter pour se reposer. Les pensées ont des millions de trajectoires, et nous sommes à jamais entraînés par elles dans le monde de l’oubli. Si nous pouvons transformer notre sentier de promenade en un terrain pour la méditation, nos pieds feront chaque pas en toute conscience, notre souffle sera en harmonie avec nos pas et notre esprit sera naturellement détendu. Chaque pas que nous ferons renforcera notre paix et notre joie, et entraînera un flux d’énergie paisible qui circulera en nous.

 

82 PRENDRE REFUGE DANS LA TERRE

Quand nous pouvons revenir en nous-mêmes et prendre refuge en nôtre île intérieure, nous devenons à la fois une demeure pour nous-mêmes et un refuge pour les autres. En marchant avec cent pour cent de votre corps et de votre esprit, vous pouvez vous libérer de la colère, de la peur, et du désespoir. Chaque pas peut exprimer votre amour pour la Terre. En marchant, vous pouvez vous dire :

 

À chaque pas,

je reviens à la Terre.

À chaque pas,

je reviens à la source.

À chaque pas,

je prends refuge dans la Terre Mère.

 

Ou encore :

 

J’aime la Terre,

Je suis amoureux de la Terre.

 

83 UNE LETTRE À LA TERRE

Chère Terre Mère,

 

Chaque fois que je marcherai sur la Terre, je m’entraînerai à être conscient que je marche sur toi. Chaque fois que je poserai mon pied sur la Terre, j’aurai une occasion d’être en contact avec toi et avec toutes tes merveilles. À chaque pas, je peux sentir que tu n’es pas seulement en dessous de moi, chère Mère, mais que tu es aussi en moi. Chaque pas fait dans la pleine conscience et la douceur peut me nourrir, me guérir et me permettre d’être en contact avec moi-même et avec toi dans l’instant présent.

En marchant dans cet esprit-là, je peux vivre l’éveil. Je peux m’éveiller au fait que je suis en vie et que la vie est un précieux miracle. Je peux m’éveiller au fait que je ne suis jamais seul et que je ne pourrai jamais mourir. Tu es toujours là en moi et autour de moi, à chaque pas, en train de me nourrir, de m’embrasser et de me porter loin vers l’avenir. Chère Mère, je fais la promesse aujourd’hui de te rendre cet amour et je réaliserai ce vœu en faisant chacun de mes pas sur toi avec tout mon amour et ma tendresse. Je ne marche pas sur de la simple matière, mais sur de l’esprit.

 

 

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2015, et 2016 pour la traduction.

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Eckhart TOLLE, METTRE EN PRATIQUE LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT (1/9)

 

  AVERTISSEMENT : la lecture de ce type d'ouvrage, peut-être mal traduit, peut-être mal assimilé, ne peut remplacer l'enseignement d'un maître authentique : une pratique de la méditation mal comprise peut, dans certains cas, s'avérer préjudiciable.

JCP

Mettre_en_pr200esent copie

 

Eckhart Tolle

 

 

sépar 75 k copie

 

 

Mettre en pratique

le pouvoir

du moment présent

 

 

Traduction Annie J. Ollivier

 

 

sépar 75 k copie

 

TABLE DES MATIÈRES

 

 

Introduction ................................................................................... 2

 

Première partie

Accéder au pouvoir

du moment présent

 

Chapitre un

L'Être et l'illumination ................................................................... 3

 

Chapitre deux

L'origine de la peur ........................................................................ 9

 

Chapitre trois

Accéder au pouvoir du moment présent ....................................... 11

 

Chapitre quatre

Éliminer l'inconscience ................................................................. 18

 

Chapitre cinq

La beauté naît dans le calme et la présence .................................. 23

 

Deuxième partie

Les relations en tant que

pratique spirituelle

 

Chapitre six

Dissiper le corps de souffrance ...................................................... 30

 

Chapitre sept

Des relations de dépendance aux relations éclairées ...................... 36

 

Troisième partie

Acceptation et lâcher-prise

 

Chapitre huit

Acceptation de l'instant présent ..................................................... 43

 

Chapitre neuf

Transformer la maladie et la souffrance ......................................... 56

 

 

 

 

sépar 75 k copie

 

La liberté commence quand vous prenez conscience

que vous n'êtes pas cette entité,

c'est à dire le penseur.

En sachant cela, vous pouvez

alors surveiller cette entité.

Dès l'instant où vous vous mettez à observer

le penseur, un niveau plus élevé

de conscience est activé.

Vous comprenez petit à petit qu'il existe

un immense royaume d'intelligence

au delà de la pensée et que celle-ci ne constitue

qu'un infime aspect de cette intelligence.

Vous réalisez aussi que toutes les choses vraiment

importantes - la beauté, l'amour,

la créativité, la joie, la paix - trouvent

leur source au-delà du mental.

 

Et vous commencez alors à vous éveiller.

 

 

sépar 75 k copie

 

INTRODUCTION

 

Depuis sa parution en 1997, Le pouvoir du moment présent a eu une forte répercussion sur le conscient collectif de la planète, et ce, au delà de tout ce que j'aurais pu imaginer. En effet, il a été traduit en quinze langues et il amène des lecteurs de partout dans le monde à m'envoyer chaque jour des lettres dans lesquelles ils me confient à quel point leur vie a changé depuis qu'ils ont pris connaissance des enseignements qui y sont divulgués.

Bien que les effets de la folie propre à l'ego fassent encore partie de la réalité dans le monde entier, quelque chose de nouveau est cependant en train d'émerger. Jamais auparavant il n'y a eu autant de gens prêts à se libérer du joug des formes-pensées collectives qui maintiennent l'humanité dans la souffrance depuis la nuit des temps. Mais nous avons suffisamment souffert ! Il émerge en ce moment un nouvel état de conscience, un état qui fleurit en vous alors même que vous tenez ce livre entre les mains et lisez des mots qui évoquent la possibilité que les êtres humains vivent librement sans s'infliger de souffrance, ni à eux ni aux autres.

Nombre de lecteurs qui m'ont écrit ont exprimé le souhait que les aspects pragmatiques des enseignements divulgués dans Le pouvoir du moment présent soient présentés sous une forme plus pratique pouvant être mise à contribution tous les jours.

En plus des exercices, cet ouvrage contient aussi de courts passages du livre d'origine qui pourront servir à rappeler certaines notions et à les faire vôtres.

Nombre de ces extraits se prêtent particulièrement à une lecture méditative. Lorsque vous vous adonnez à cela, votre intention première n'est pas de colliger de nouvelles informations, mais plutôt d'accéder à un état de conscience modifié. Voilà pourquoi une même section lue à de multiples reprises aura toujours quelque chose de frais et de neuf à vous apporter. Seules des paroles écrites ou dites dans un état de présence totale à ce qui est ont un tel pouvoir de transformation. Un pouvoir qui éveille chez le lecteur ce même état de présence.

Prenez votre temps pour lire ces passages. Arrêtez-vous aussi souvent que nécessaire pour laisser place à la réflexion et à l'immobilité intérieure. Vous pouvez aussi, si tel est votre désir, ouvrir ce livre au hasard et n'en parcourir que quelques lignes à la fois.

Quant aux lecteurs qui se sont sentis un peu dépassés ou intimidés par la lecture du Pouvoir du moment présent, cet ouvrage pourra leur servir d'introduction.

 

Eckhart Tolle, 9 Juillet 2001

 

 

 

 

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PREMIÈRE PARTIE

 

ACCÉDER AU POUVOIR
DU MOMENT PRÉSENT

 

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Lorsque votre conscience est dirigée vers l'extérieur,

le monde et le mental voient le jour.

Lorsqu'elle est dirigée vers l'intérieur,

elle actualise sa propre source

et retourne à sa demeure originelle

dans le non-manifeste.

 

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CHAPITRE UN

 

 

L'ÊTRE ET L'ILLUMINATION

 

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Il ya LA vie éternelle et omniprésente qui existe au delà des myriades de formes assujetties au cycle de la naissance et de la mort. Plusieurs personnes utilisent le mot Dieu pour le décrire ; moi, je l'appelle "Être".

A l'instar du terme "Dieu", le mot "être" n'explique rien. Par contre, il a l'avantage d'être un concept ouvert. Il ne réduit pas l'infini invisible à une entité finie et il est impossible de s'en faire une image mentale. Personne ne peut se déclarer être l'unique détenteur de l'être, car il s'agit de votre essence même et celle-ci vous est accessible immédiatement sous la forme de la sensation de votre propre essence. Le pas à franchir entre le terme "Être " et l'expérience d' "Être" est donc plus petit.

 

 

LECTURE MÉDITATIVE

 

L'Être n'existe cependant pas seulement au delà mais aussi au cœur de toute forme ; il constitue l'essence invisible et indestructible la plus profonde. Mais ne cherchez pas à le saisir avec votre mental ni à le comprendre.

Vous pouvez l'appréhender seulement lorsque votre "mental" s'est tu. Quand vous êtes présent, quand votre attention est totalement et intensément dans le présent, vous pouvez sentir l'être. Mais vous ne pouvez jamais le comprendre mentalement.

 

Retrouver cette présence à l'Être et se maintenir dans cet état de "sensation de réalisation" c'est cela l'illumination.

Le terme "illumination" évoque l'idée d'un accomplissement surhumain, et l'ego aime s'en tenir à cela. Mais l'illumination est tout simplement votre état naturel, la sensation de ne faire qu'un avec l'"Être". C'est un état de fusion avec quelque chose de démesuré et d'indestructible. Quelque chose qui, presque paradoxalement, est essentiellement vous mais pourtant beaucoup plus vaste que vous.

L'ILLUMINATION, C'EST TROUVER VOTRE VRAIE NATURE AU-DELA DE TOUT NOM ET DE TOUTE FORME.

Et ce qui nous empêche de connaître cette réalité, c'est l'identification au "mental", car celle-ci amène la pensée à devenir compulsive.

L'incapacité à s'arrêter de penser est une épouvantable affliction. Nous ne nous en rendons pas compte parce que presque tout le monde en est atteint : nous en venons à la considérer comme normale. Cet incessant bruit mental vous empêche de trouver ce royaume de calme intérieur qui est indissociable de l' "Être". Ce bruit crée également un faux moi érigé par l'ego qui projette une ombre de peur et de souffrance sur tout.

L'identification au mental crée chez vous un écran opaque de concepts, d'étiquettes, d'images, de mots, de jugements et de définitions qui empêchent toute vraie relation. Cet écran s'interpose entre vous et vous-même, entre vous et votre prochain, entre vous et la nature, entre vous et le divin. C'est cet écran de pensées qui amène cette illusion de division, l'illusion qu'il y a vous et un "autre", totalement séparé de vous. Vous oubliez un fait essentiel : derrière le plan des apparences physiques et la diversité des formes, vous ne faites qu'un avec tout ce qui est.

Le mental est un magnifique outil si l'on s'en sert à bon escient.  Dans le cas contraire, il devient très destructeur. Plus précisément, ce n'est pas tant que vous utilisiez mal votre "mental" ; c'est plutôt qu'en général vous ne vous en servez pas du tout, car c'est lui qui se sert de vous. Et c'est cela la maladie, puisque vous croyez être votre mental. C'est cela l'illusion. L'outil a pris possession de vous.

 

 

LECTURE MÉDITATIVE

 

La liberté commence quand vous prenez conscience que vous n'êtes pas cette entité,

c'est à dire le penseur. En sachant cela, vous pouvez alors surveiller cette entité. Dès l'instant où vous vous mettez à observer le penseur, un niveau plus élevé de conscience est activé.

 

Vous comprenez petit à petit qu'il existe un immense royaume d'intelligence au delà de la pensée et que celle-ci ne constitue qu'un infime aspect de cette intelligence. Vous réalisez aussi que toutes les choses vraiment importantes - la beauté, l'amour, la créativité, la joie, la paix - trouvent leur source au-delà du mental.

ET VOUS COMMENCEZ ALORS A VOUS ÉVEILLER

 

 

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Comment se libérer du mental

 

La bonne nouvelle dans tout cela, c'est que vous pouvez effectivement vous libérer du mental. Et c'est là la vraie libération.

VOUS POUVEZ MÊME COMMENCER DÈS MAINTENANT.

 

 

EXERCICE

 

Écoutez aussi souvent que possible cette voix dans votre tête. Prêtez particulièrement attention aux schémas de pensée répétitifs, à ces vieux disques qui jouent et rejouent les mêmes chansons peut-être depuis des années. C'est ce que j'entends quand je vous suggère "d'observer le penseur". C'est une autre façon de vous dire d'écouter cette voix dans votre tête, d'être la présence qui joue le rôle de témoin.

Lorsque vous écoutez cette voix, faites-le objectivement, c'est à dire sans juger. Ne condamnez pas ce que vous entendez, car si vous le faites, cela signifie que cette même voie est revenue par la porte de service. Vous prendrez bientôt conscience qu'il y a la voix et qu'il y a quelqu'un qui l'écoute et qui l'observe. Cette prise de conscience que quelqu'un surveille, ce sens de votre propre présence, n'est pas une pensée. Cette réalisation trouve son origine au delà du "mental".

 

Ainsi, quand vous observez une pensée, vous êtes non seulement conscient de celle-ci, mais aussi de vous-même en temps que témoin de la pensée.

 

 

EXERCICE

 

Pendant que vous observez cette pensée, vous sentez pout ainsi dire une présence, votre moi profond, derrière elle ou sous elle. Elle perd alors son pouvoir sur vous et bat rapidement en retraite du fait que, en ne vous identifiant plus à elle, vous n'alimentez plus le mental. Ceci est le début de la fin de la pensée involontaire et compulsive.

Lorsqu'une pensée s'efface, il se produit une discontinuité dans le flux mental, un intervalle de "non-mental". Au début, ces hiatus seront courts, peut-être de quelques secondes, mais ils deviendront peu à peu de plus en plus longs. Lorsque ces décalages dans la pensée se produisent, vous ressentez un certain calme et une certaine paix. C'est le début de votre état naturel de fusion consciente avec l'Être qui est, généralement obscurcie par le mental.

Avec le temps et l'expérience, la sensation de calme et de paix s'approfondira et se poursuivra ainsi sans fin. Vous sentirez également une joie délicate émaner du plus profond de vous, celle de l'Être.

 

Dans cet état d'unité avec l'Être, vous êtes beaucoup plus alerte, beaucoup plus éveillé que dans l'état d'identification au mental. Vous êtes en fait totalement présent. Et cette condition élève les fréquences vibratoires du champ énergétique qui transmet la vie au corps physique.

Lorsque vous pénétrez de plus en plus profondément dans cet état de vide mental ou de "non-mental", comme on le nomme parfois en Orient, vous atteignez la conscience pure. Et dans cette situation, vous ressentez votre propre présence avec une intensité et une joie telles que toute pensée, toute émotion, votre corps physique ainsi que le monde extérieur deviennent relativement insignifiants en comparaison. Cependant, il ne s'agit pas d'un état d'égoïsme, mais plutôt d'un état d'absence d'ego. Vous êtes transporté au delà de ce que vous preniez auparavant pour "votre moi". Cette présence, c'est vous en essence, mais c'est en même temps quelque chose d'inconcevablement plus vaste que vous. Ce que j'essaie de vous transmette dans cette explication peut sembler paradoxal ou même contradictoire, mais je ne peux l'exprimer d'aucune autre façon.

 

 

EXERCICE

 

Au lieu "d'observer le penseur", vous pouvez également créer un hiatus dans le mental en reportant simplement toute votre attention sur le moment présent.

 

Vous en tirerez une profonde satisfaction. De cette façon, vous écartez la conscience de l'activité mentale et créez un vide mental où vous devenez extrêmement vigilant et conscient mais où vous ne pensez pas.

CECI EST L'ESSENCE MËME DE LA MÉDITATION

 

 

EXERCICE

 

Dans votre vie quotidienne, vous pouvez vous y exercer durant n'importe quelle activité routinière, qui n'est normalement qu'un moyen d'arriver à une fin, en lui accordant votre totale attention afin qu'elle devienne une fin en soi. Par exemple, chaque fois que vous montez ou descendez une volée de marches chez vous ou au travail, portez attention à chacune des marches, à chaque mouvement et même à votre respiration. Soyez totalement présent.

Ou bien lorsque vous vous lavez les mains, prenez plaisir à toutes les perceptions sensuelles qui accompagnent ce geste : le bruit et la sensation de l'eau sur la peau, le mouvement de vos mains, l'odeur du savon, ainsi de suite.

Ou bien encore, une fois monté dans votre voiture et la portière fermée, faites une pause de quelques secondes pour observer le mouvement de votre respiration. Remarquez la silencieuse mais puissante sensation de présence qui se manifeste en vous. Un critère certain vous permet d'évaluer si vous réussissez dans cette entreprise : le degré de paix que vous ressentez alors intérieurement.

 

L'illumination, c'est s'élever au delà de la pensée

 

Quand vous grandissez, vous vous faites une image mentale de qui vous êtes en fonction de votre conditionnement familial et culturel. On pourrait appeler ce "moi fantôme" l'ego. Il se résume à l'activité mentale et ne peut se perpétuer que par l'incessante pensée. Le terme "ego" signifie diverses choses pour différentes gens, mais quand je l'utilise ici, il désigne le faux moi créé par l'identification inconsciente au mental.

Aux yeux de l'ego, le moment présent n'existe quasiment pas, car seuls le passé et le futur lui importent. Ce renversement total de la vérité reflète bien à quel point le mental est dénaturé quand il fonctionne sur le mode "ego". Sa préoccupation est de toujours maintenir le passé en vie, car sans lui, qui seriez-vous ? Il se projette constamment dans le futur pour assurer sa survie et pour y trouver une forme quelconque de relâchement ou de satisfaction. Il se dit "un jour, quand ceci ou cela se produira, je serai bien, heureux, en paix.

Même quand l'ego semble se préoccuper du présent, ce n'est pas le présent qu'il voit. Il le perçoit de façon totalement déformée, car il le regarde à travers les yeux du passé. Ou bien il le réduit à un moyen pour arriver à une fin qui n'existe jamais que dans le futur projeté par lui. Observez votre mental et vous verrez qu'il fonctionne ainsi.

Le secret de la libération réside dans l'instant présent. Mais vous ne pourrez pas vous y retrouver et tant et aussi longtemps que vous serez votre mental.

Atteindre l'illumination signifie s'élever au delà de la pensée. Quand vous avez atteint ce degré d'éveil, vous continuez à vous servir de votre pensée au besoin. La seule différence c'est que vous le faites de façon beaucoup plus efficace et pénétrante qu'avant. Vous vous servez de votre mental principalement pour des questions d'ordre pratique. Vous n'êtes plus sous l'emprise du dialogue intérieur involontaire, et une paix profonde s'est installée.

Lorsque vous employez le mental, en particulier quand vous devez trouver une solution créative à quelque chose, vous oscillez toutes les quelques minutes enter la pensée et le calme, entre le vide mental et le mental. Le vide mental, c'est la conscience sans la pensée. C'est uniquement de cette façon qu'il est possible de penser de manière créative parce que c'est seulement ainsi que la pensée acquiert vraiment un pouvoir. Lorsqu'elle n'est plus reliée au très grand royaume de la conscience, la pensée seule devient stérile, insensée, destructrice.

 

Les émotions, une réaction du corps mental

 

Dans le sens selon lequel j'emploie le terme, le mental ne fait pas seulement référence à la pensée. Il comprend également vos émotions ainsi que tous les schèmes réactifs inconscients mettant en rapport pensées et émotions. Les émotions naissent au point de rencontre du corps et du mental.

Plus vous vous identifiez à vos pensées, à vos goûts, à vos jugements et à vos interprétations, c'est-à-dire moins vous êtes présent en tant que conscience qui observe, plus grande sera la charge émotionnelle. Et ceci, que vous soyez conscient ou non. Si vous ne réussissez pas à ressentir vos émotions, si vous en êtes coupé, vous en ferez l'expérience sur un plan purement physique, sous la forme d'un problème ou d'un symptôme physique.

 

 

EXERCICE

 

Si vous avez de la difficulté à ressentir vos émotions, commencez par centrer votre attention sur le champ énergétique de votre corps. Sentez votre corps de l'intérieur. Ceci vous mettra aussi en contact avec vos émotions.

Si vous voulez vraiment apprendre à connaître votre mental, observez l'émotion, ou mieux encore, ressentez-la dans votre corps, car celui-ci vous donnera toujours l'heure juste. Si, apparemment, il y a un conflit entre les deux, la pensée mentira, alors que l'émotion dira la vérité. Non pas la vérité ultime de votre essence, mais la vérité relative de votre état d'esprit à ce moment là.

Mais si vous n'êtes pas encore capable de conscientiser l'activité mentale inconsciente sous forme de pensées, celle-ci sera toujours reflétée dans le corps sous la forme d'une émotion. Et de cela vous pouvez prendre conscience.

Fondamentalement, on observe une émotion de la même façon qu'une pensée, comme je l'ai expliqué plus haut. La seule différence, c'est qu'une émotion est fortement reliée au physique et que vous la ressentirez principalement dans le corps, alors qu'une pensée se loge dans la tête. Vous pouvez alors permettre à l'émotion d'être là sans être contrôlé par elle. Vous n'êtes plus l'émotion : vous êtes le témoin, la présence qui observe.

 

Si vous vous exercez à cela, tout ce qui est inconscient en vous sera amené à la lumière de la conscience.

 

EXERCICE

 

Prenez l'habitude de vous poser la question suivante : "Qu'est-ce qui se passe en moi en ce moment ?" elle vous indiquera la bonne direction. Mais n'analysez pas. Contentez-vous d'observer. Tournez votre attention vers l'intérieur. Sentez l'énergie de l'émotion. S'il n'y a aucune émotion, soyez encore plus attentif à votre champ énergétique, à l'intérieur du corps. C'est la porte d'accès à l'être.

 

 

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Fin du chapitre 1

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Eckhart TOLLE, METTRE EN PRATIQUE LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT (2/9)

 

 AVERTISSEMENT : la lecture de ce type d'ouvrage, peut-être mal traduit, peut-être mal assimilé, ne peut remplacer l'enseignement d'un maître authentique : une pratique de la méditation mal comprise peut, dans certains cas, s'avérer préjudiciable.

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CHAPITRE DEUX

 

 

L'ORIGINE DE LA PEUR

 

 

La peur psychologique n'a rien à voir avec la peur ressentie face à un danger concret, réel et immédiat. La peur psychologique se présente sous une multitude de formes : un malaise, une inquiétude, de l'anxiété, de la nervosité, une tension, de l'appréhension, une phobie, etc. Ce type de peur concerne toujours quelque chose qui pourrait survenir et non pas ce qui est en train d'arriver. Vous êtes dans l'ici-maintenant tandis que votre mental est dans le futur. Cela crée un hiatus chargé d'anxiété. Et si vous êtes identifié à votre mental et que vous avez perdu contact avec la puissance et la simplicité de l'instant présent, ce hiatus sera votre fidèle compagnon. Vous pouvez toujours composer avec l'instant présent, mais vous ne pouvez pas le faire avec ce qui n'est qu'une projection du mental. Bref, vous ne pouvez pas composer avec le futur.

Tant que vous êtes identifié à votre mental, l'ego mène votre vie. A cause de sa nature fantomatique et en dépit de mécanismes de défense élaborés, l'ego est très vulnérable et inquiet. Il se sent constamment menacé. Ce qui est d'ailleurs le cas, même si de l'extérieur, il donne l'impression d'être sûr de lui. Alors, rappelez-vous qu'une émotion est une réaction du corps à votre mental. Quel message le corps reçoit-il continuellement de l'ego, ce moi faux et artificiel ? Danger, je suis menacé. Et quelle est l'émotion générée par ce message continuel ? La peur bien entendu.

La peur semble avoir bien des causes : une perte, un échec, une blessure, etc. Mais en définitive, tout revient à la peur qu'a l'ego de la mort, de l'anéantissement. Pour l'ego, la mort est toujours au détour du chemin. Dans cet état d'identification au mental, la peur de la mort se répercute sur chaque aspect de votre vie. Par exemple, même une chose apparemment aussi insignifiante et "normale" que le besoin compulsif d'avoir raison et de vouloir donner tort à l'autre - en défendant la position à laquelle vous vous êtes identifié - est due à la peur de la mort. Si vous vous identifiez à cette position mentale et que vous ayez tort, le sens de votre moi, qui est fondé sur le mental, est sérieusement menacé d'anéantissement. En tant qu'ego, vous ne pouvez vous permettre d'avoir tort, puisque cela signifie mourir. Cet enjeu a engendré des guerres et d'innombrables ruptures.

Lorsque vous vous serez désidentifié de votre mental, avoir tort ou raison n'aura aucun impact sur le sens que vous avez de votre identité. Et le besoin si fortement compulsif et si profondément inconscient d'avoir raison, qui est une forme de violence, ne sera plus là. Vous pourrez énoncer clairement et fermement la façon dont vous vous sentez ou ce que vous pensez, mais sans agressivité ni en étant sur la défensive. Le sens de votre identité proviendra alors d'un espace intérieur plus profond et plus vrai que le mental.

 

 

LECTURE MÉDITATIVE

Prenez garde à toute manifestation de défensive chez vous. Que défendez-vous alors ? Une identité illusoire, une représentation mentale, une entité fictive? En conscientisant ce scénario, en étant le témoin, vous vous désidentifierez de lui. A la lumière de votre conscience, le scénario inconscient disparaîtra alors rapidement. Ce sera la fin des querelles et des jeux de pouvoir, si corrosifs pour les relations. Le pouvoir sur les autres, c'est de la faiblesse déguisée en force. Le véritable pouvoir est à l'intérieur et il est déjà votre.

Le mental cherche continuellement à dissimuler l'instant présent derrière le passé et le futur. Par conséquent, lorsque la vitalité et le potentiel créatif infini de l'Être, indissociables du moment présent, sont jugulés par le temps, votre nature véritable est éclipsée par le mental. Une charge de temps de plus en plus lourde s'accumule sans cesse dans l'esprit humain. Tous les individus pâtissent sous ce fardeau, mais ils continuent aussi de l'étoffer chaque fois qu'ils ignorent ou nient ce précieux instant, ou le réduisent à un moyen d'arriver à quelque instant futur qui n'existe que dans le mental, jamais dans la réalité. L'accumulation de temps dans le mental humain, collectif ou individuel, comporte également, en quantité immense, des résidus de souffrance passée.

Si vous ne voulez plus créer de souffrance pour vous et pour d'autres, si vous ne voulez plus rien ajouter aux résidus de cette souffrance passée qui vit encore en vous, ne créez plus de temps, ou du moins, n'en créez pas plus qu'il ne vous en faut pour faire face à la vie de tous les jours. Comment cesser de créer du temps ?

 

 

LECTURE MÉDITATIVE

Prenez profondément conscience que le moment présent est toujours uniquement ce que vous avez. Faites de l'instant présent le point de mire principal de votre vie. Tandis qu'auparavant vous habitiez le temps et accordiez de petites visites à l'instant présent, faites du "maintenant" votre lieu de résidence principal et accordez de brèves visites au passé et au futur lorsque vous devez affronter les aspects pratiques de votre vie.

Dites toujours "oui" au moment présent.

 

 

Mettez fin à l'illusion qu'est le temps

 

La clé, c'est de mettre fin à l'illusion qu'est le temps, parce que le temps et le mental sont indissociables. Si vous éliminez le temps du mental, celui-ci s'arrête. Sauf si vous choisissez de vous en servir.

Quand vous êtes identifié au mental, vous êtes prisonnier du temps et une compulsion vous incite à vivre presque exclusivement en fonction de la mémoire et de l'anticipation. Ceci génère une préoccupation permanente face au passé et au futur, une indisponibilité à honorer et à accueillir l'instant présent, ainsi qu'une incapacité à lui permettre d'être. La compulsion naît du fait que le passé vous confère une identité et que le futur comporte une promesse de salut et de satisfaction, sous une forme ou une autre. Passé et futur sont tous deux des illusions.

Plus vous êtes axé sur le temps, c'est à dire le passé et le futur, plus vous ratez le présent, la chose le plus précieuse qui soit.

Et pourquoi l'et-elle ? Parce qu'elle est l'unique chose qui soit. Parce que c'est tout ce qui existe. L'éternel présent est le creuset au sein duquel toute votre vie se déroule, le seul facteur constant. La vie, c'est maintenant. Il n'y a jamais eu un moment où votre vie ne se déroulait pas "maintenant" et il n'y en aura d'ailleurs jamais.

De plus, l'instant présent est l'unique point de référence qui puisse vous transporter au delà des frontières limitées du mental. Il est votre seul point d'accès au royaume intemporel et sans forme de l'Être.

Avez-vous jamais eu une expérience, fait, pensé ou senti quelque chose qui ne se situe pas dans le moment présent ? Pensez-vous que cela puisse vous arriver un jour ? Est-il possible que quelque chose soit en dehors de l'instant présent ? La réponse set évidente n'est-ce pas ?

RIEN NE S'EST JAMAIS PRODUIT DANS LE PASSÉ : CELA S'EST PRODUIT DANS LE PRÉSENT.

RIEN NE SE PRODUIRA JAMAIS DANS LE FUTUR : CELA SE PRODUIRA DANS LE PRÉSENT.

Le mental ne peut pas comprendre l'essence de ce que je suis en train de dire. Toutefois, dès que vous la saisissez, il se produit un basculement de la conscience, du mental à l'Être, du temps à la présence. Tout d'un coup, tout semble vivant, irradie d'énergie, s'anime de l'Être.

 

FIN DU CHAPITRE DEUX

 

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Eckhart TOLLE, METTRE EN PRATIQUE LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT (3/9)

 

 AVERTISSEMENT : la lecture de ce type d'ouvrage, peut-être mal traduit, peut-être mal assimilé, ne peut remplacer l'enseignement d'un maître authentique : une pratique de la méditation mal comprise peut, dans certains cas, s'avérer préjudiciable.

 

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CHAPITRE TROIS

 

 ACCÉDER AU POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT

 

 

La dimension de l'intemporel introduit une autre sorte de forme d'appréhension de la réalité qui ne "tue" pas l'esprit vivant en chaque créature et en chaque chose. Une appréhension de la réalité qui ne détruit pas le sacré et le mystère de la vie mais qui exprime plutôt un profond amour et une immense révérence pour tout ce qui est. Une appréhension de la réalité dont le mental ne sait rien.

 

EXERCICE

Brisez la vieille habitude qui vous fait nier le moment présent et y résister. Exercez- vous à soustraire votre attention du passé et du futur quand la nécessité ne se présente pas. Sortez de la dimension temporelle autant que vous le pouvez dans le quotidien.

Si vous éprouvez de la difficulté à accéder directement à l'instant présent, exercez-vous d'abord en observant la tendance habituelle de votre mental à vouloir fuir le moment présent. Vous constaterez qu'il imagine en général le futur comme étant meilleur ou pire que le présent. Dans le premier cas, il vous donne de l'espoir et du plaisir par anticipation. Dans le deuxième cas, il crée de l'anxiété. Chaque fois, il s'agit pourtant d'une illusion. En vous observant vous-même, vous pouvez automatiquement devenir plus présent dans votre vie. Dès l'instant où vous prenez conscience que vous n'êtes plus présent, vous l'êtes. Chaque fois que vous pouvez observer votre mental, vous n'êtes plus pris à son piège. Un autre facteur est entré en jeu, quelque chose  qui n'appartient pas au mental, la présence-témoin.

Soyez présent en tant qu'observateur de votre mental, c'est à dire de vos pensées, de vos émotions et de vos réactions dans diverses situations. Accordez au moins autant d'attention à vos réactions qu'à la situation ou à la personne qui vous fait réagir.

Remarquez aussi la répétitivité avec laquelle votre attention se fixe sur le passé ou le futur. Ne jugez pas et n'analysez pas ce que vous observez. Regardez la pensée, sentez l'émotion, surveillez la réaction. N'en faites pas une problématique. Vous sentirez alors quelque chose de plus puissant que n'importe lequel de vos sujets d'observation : la présence calme qui observe de derrière le contenu du mental, le témoin silencieux.

Lorsque certaines situations déclenchent des réactions empreintes d'une forte charge émotive, comme lorsque l'image de soi est menacée, qu'un défi se présente dans votre vie et suscite de la peur, que les choses vont mal ou qu'un nœud émotionnel du passé refait surface, la présence doit se faire intense. Dans de telles situations, vous avez tendance à devenir "inconscient". La réaction ou l'émotion prend totalement possession de vous, vous devenez elle et agissez en fonction d'elle. Vous vous justifiez, vous accusez, vous attaquez, vous vous défendez... Sauf qu'il ne s'agit pas de vous, mais du scénario réactif, du mental dans son habituel mode de survie.

S'identifier au mental, c'est lui donner de l'énergie. Observer le mental, c'est lui enlever de l'énergie. S'identifier au mental accentue la dimension temporelle. Observer le mental donne accès à la dimension intemporelle. L'énergie économisée se transforme en présence. Une fois que vous savez d'expérience ce qu'être présent signifie, il est beaucoup plus aisé de simplement sortir de la dimension temporelle chaque fois que vous n'avez pas besoin du temps pour des raisons pratiques et de plonger davantage dans le présent.

Ceci n'amoindrit pas votre aptitude à vous servir de la dimension temporelle - le passé ou le futur -  quand vous avez besoin d'y faire référence pour des questions d'ordre pratique. Cela n'amoindrit pas non plus votre capacité à employer votre mental. En fait, cela l'améliore. Quand vous utiliserez votre mental, celui-ci sera plus vif, plus pointu.

La personne illuminée maintient toujours son attention dans le présent, celle-ci est tout de même consciente du temps à la périphérie ? Autrement dit, elle continue à  se servir du "temps-horloge" mais est libérée du "temps psychologique.

 

 

Comment se défaire du temps psychologique

Apprenez à utiliser le temps dans les aspects pratiques de votre vie - on pourrait appeler cela le "temps-horloge" -, mais revenez immédiatement à la conscience du moment présent quand les choses pratiques ont été réglées. De cette façon, il n'y aura aucune accumulation du "temps-psychologique", qui est l'identification au passé et la perpétuelle projection compulsive dans le futur.

Si vous vous donnez un objectif et travaillez pour l'atteindre, vous vous servez du "temps-horloge". Vous êtes conscient de la direction que vous voulez prendre, mais vous honorez le pas que vous faites dans le moment et lui accordez votre attention le plus totale. Si vous devenez trop axé sur l'objectif parce que, à travers lui, vous recherchez peut-être le bonheur, la satisfaction et une certaine complétude, vous n'honorez plus le présent. Celui-ci se réduit à un tremplin pour le futur, sans aucune valeur intrinsèque. Le "temps-horloge" se transforme alors en "temps-psychologique". Votre périple n'est alors plus une aventure, mais seulement un besoin obsessionnel d'arriver quelque part, d'atteindre quelque chose, de réussir. Vous ne voyez ni ne sentez plus les fleurs sur le bord du chemin et vous n'êtes plus conscient de la beauté et du miracle de la vie qui sont révélés partout autour de vous quand vous êtes dans l'instant présent.

Désirez-vous toujours être ailleurs que là où vous êtes ? Le "faire" est-il pour vous seulement un moyen d'arriver à une fin ? La satisfaction doit-elle toujours être imminente ou se réduit-elle à des plaisirs de courte durée comme le sexe, la nourriture, la boisson, les drogues, à des sensations fortes et à une certaine surexcitation ? Votre objectif est-il constamment d'atteindre, de devenir et d'accomplir ? Ou bien êtes-vous à la poursuite de nouvelles sensations, d'autres plaisirs ? Croyez-vous qu'en ayant davantage  de possessions vous serez meilleur, plus satisfait ou psychologiquement plus complet ? Attendez-vous qu'un homme ou une femme donne un sens à votre vie ?

Dans l'état de conscience normal non éveillé, c'est à dire quand on s'identifie au mental, le pouvoir et l'infini potentiel créatif qui sont dissimulés dans le présent sont complètement éclipsés par le temps psychologique. Votre vie perd alors sa vitalité, sa fraîcheur et son sens de l'émerveillement. Les vieux scénarios de pensées, d'émotions, de comportements, de réactions et de désirs sont rejoués à l'infini. C'est là un script mental qui vous procure une sorte d'identité mais qui, en fait, déforme ou dissimule la réalité qu'est le présent. Et le mental fait alors du futur une obsession pour échapper à un présent insatisfaisant.

Ce que vous percevez comme le futur fait intrinsèquement partie de votre état de conscience dans le moment présent. Si votre mental traîne un lourd fardeau de passé, vous répèterez les mêmes expériences, car sans présence, le passé se perpétue de lui-même. La qualité de votre conscience dans cet instant-ci façonne votre futur qui, bien sûr, ne pourra être vécu que dans le présent.

 

SI LA QUALITÉ DE VOTRE CONSCIENCE A CE MOMENT-CI DÉTERMINE LE FUTUR, QU'EST-CE QUI DÉTERMINE LA QUALITÉ DE VOTRE CONSCIENCE ? VOTRE DEGRÉ DE PRÉSENCE. PAR CONSÉQUENT, LE SEUL DOMAINE A PARTIR DUQUEL LE VÉRITABLE CHANGEMENT PEUT S'OPÉRER ET OÙ LE PASSÉ PEUT SE DISSOUDRE, C'EST LE PRÉSENT.

 

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Il se peut qu'il vous soit difficile de reconnaître que le temps est à l'origine de votre souffrance ou de vos problèmes. Vous pensez en effet qu'ils sont occasionnés par des situations particulières dans votre vie, ce qui est vrai, si on considère la chose d'un point de vue conventionnel. Mais à moins que vous ne vous attardiez au dysfonctionnement du mental qui cause les problèmes, c'est à dire son attachement au passé et au futur ainsi que sa dénégation du présent, vos problèmes sont en fait interchangeables.

Si, par miracle, tous vos problèmes ou tout ce que vous percevez comme étant la cause de vos souffrances ou de vos malheurs étaient miraculeusement effacés aujourd'hui, sans que vous soyez devenu plus présent et plus conscient, vous vous retrouveriez tôt ou tard avec un ensemble semblable de problèmes ou de souffrances, comme si une ombre vous suivait où que vous alliez. En fin de compte, il n'y a qu'un problème : le mental prisonnier des mailles du temps.

Le salut n'existe pas dans le temps. Vous ne pouvez être libre dans le futur.

 

 

LECTURE MÉDITATIVE

La clé de la liberté, c'est la présence, vous ne pouvez être libre que dans l'instant présent.

Comment découvrir votre vie derrière vos conditions de vie actuelles

 

Ce que vous appelez "votre vie" devrait plutôt s'appeler plus justement "vos conditions de vie". Il s'agit de temps psychologique, du passé et du futur. Dans le passé, certaines choses ne se sont pas déroulées comme vous le vouliez. Vous résistez encore à ce qui s'est produit alors et à ce qui est maintenant. L'espoir vous fait vivre, mais il maintient votre attention sur le futur. Et c'est ce regard fixé sur le futur qui perpétue votre refus du présent et qui vous rend ainsi malheureux.

 

 

LECTURE MÉDITATIVE

Oubliez un peu vos conditions de vie pendant un instant et prêtez attention à votre vie.

Vos conditions de vie existent dans un cadre temporel.

Votre vie, c'est l'instant présent.

Vos conditions de vie sont le produit du mental.

Votre vie est réelle.

 

Trouvez le "passage étroit qui vous conduit à la vie". On l'appelle l'instant présent. Ramenez votre vie au moment présent. Vos conditions de vie sont peut-être très problématiques, ce qui est le cas de la plupart des gens, mais essayez de voir si vous avez un problème en ce moment même. Pas demain ni dans dix minutes, mais maintenant. Avez-vous un problème maintenant ?

Lorsque vous êtes envahi par les problèmes, il ne reste aucune place pour la nouveauté ou les solutions. Alors, chaque fois que vous le pouvez, faites un peu de place à tout cela et vous trouverez votre vie qui se cache derrière vos conditions de vie.

 

 

EXERCICE

Utilisez pleinement vos sens. Soyez véritablement là où vous êtes. Regardez autour de vous. Simplement, sans interpréter. Voyez la lumière, les formes, les couleurs, les textures. Soyez conscient de la présence silencieuse de chaque objet, de l'espace qui permet à chaque chose d'être.

Écoutez les bruits sans les juger. Entendez le silence qui les anime. Touchez quelque chose, n'importe quoi, et sentez et reconnaissez son essence.

Observez le rythme de votre respiration. Sentez l'air qui entre et qui sort de vos poumons, sentez l'énergie de vie qui circule dans votre corps. Laissez chaque chose être, au dedans comme au dehors.

 

Reconnaissez en chaque chose son "être-là".

Plongez totalement dans le présent.

De la sorte, vous laissez derrière vous le monde assourdissant du mental et du temps. *

 

Vous sortez de la folie de ce mental qui vous dépouille de votre énergie vitale et qui empoisonne et détruit la Terre. Vous sortez du rêve qu'est le temps pour arriver dans le présent.

 

* Selon la traductrice : "De la sorte, vous laissez derrière vous le monde assourdissant de l'abstraction mentale, du temps."  (Contresens probable).

 
 

 

Tous les problèmes sont des illusions du mental

 

EXERCICE

Fixez votre attention sur le présent et dites-moi quel est votre problème maintenant.

 

Je n'obtiens aucune réponse de votre part parce qu'il est impossible d'avoir un problème lorsque votre attention est totalement dans le présent. Une situation a besoin d'être acceptée telle qu'elle est ou d'être solutionnée. Bon. Pourquoi en faire un problème ? Pourquoi faire de quoi que ce soit un problème ? La vie ne vous met-elle pas suffisamment au défi comme ça ? A quoi vous servent les difficultés ?

Inconsciemment, le mental les adore parce qu'elles vous confèrent, disons, une sorte d'identité. Ceci est la norme, mais c'est de la folie. Avoir un problème veut dire que vous vous appesantissez mentalement sur une situation sans qu'il y ait une véritable intention ou possibilité de passer immédiatement à l'action et que vous l'assimilez au sens que vous avez de votre identité personnelle. Vous êtes tellement pris par vos conditions de vie que vous perdez le sens même de votre vie, de votre Être. Ou bien vous entretenez mentalement le fardeau malsain de la centaine de choses que vous ferez peut-être ou pas dans le futur au lieu de fixer votre attention sur "la" chose que vous pouvez faire maintenant.

 

 

LECTURE MÉDITATIVE

Quand vous créez un problème, vous créez de la souffrance. Tout ce qu'il faut, c'est simplement faire un choix, prendre une décision. C'est se dire, quoi qu'il arrive : je ne me créerai plus de souffrance. Je ne me créerai plus de difficultés.

 

Même s'il s'agit d'un choix simple, celui-ci est aussi très radical. Vous ne pouvez faire ce choix à moins d'en avoir vraiment ras le bol, d'en avoir vraiment assez. Et vous ne pourrez pas passer à travers si vous ne réussissez pas à accéder au pouvoir du moment présent. Si vous arrêtez de vous faire souffrir, vous arrêtez également de faire souffrir les autres, de polluer notre belle planète Terre, votre espace intérieur et la psyché humaine collective avec la négativité inhérente à la création de tout problème.

Si vous vous êtes déjà trouvé dans une situation de vie ou de mort, vous savez que celle-ci n'était pas un problème. En fait, le mental n'a pas eu le temps de tergiverser et d'en faire un problème. En cas de véritable urgence, le mental fige et vous devenez totalement disponible au moment présent.

 

 

La joie de l'être

Pour vous faire réaliser que vous avez permis au temps psychologique de prendre possession de vous, il vous suffit de faire référence à un critère simple.

 

 

EXERCICE

Demandez-vous s'il y a de la joie, de l'aisance et de la légèreté dans ce que vous entreprenez. S’il n'y en a pas, c'est que le temps a pris le dessus, que le moment présent est passé à l'arrière-plan, et que la vie est perçue comme un fardeau ou un combat.

 

S'il n'y a ni joie, ni facilité, ni légèreté dans ce que vous entreprenez, cela ne veut pas nécessairement dire que vous devez modifier ce que vous faites. Il suffit probablement d'en changer les modalités, le comment. Les modalités sont toujours plus importantes que l'action elle-même. Voyez si vous pouvez accorder plus d'attention au "faire" qu'au résultat que vous cherchez à atteindre. Accordez l'attention la plus totale à ce que l'instant présent peut offrir. Ceci sous-entend que vous acceptiez totalement ce qui est, parce que vous ne pouvez accorder votre totale attention à quelque chose et y résister.

 

Dès que vous honorez le moment présent, tout malheur et tout combat disparaissent, et la vie se met à couler dans la joie et la facilité.

 

Quand vous agissez en fonction de la conscience que vous avez dans le moment présent, tout ce que vous faites est imprégné d'une certaine qualité, d'un certain soin et d'un certain amour, même le plus simple des gestes.

 

 

LECTURE MÉDITATIVE

Ne vous préoccupez pas des résultats de vos actions, accordez simplement votre attention à l'action elle-même. Le résultat arrivera de lui-même. Ceci est un exercice spirituel puissant.

 

Lorsque la compulsion à fuir le présent cesse, la joie de l'Être afflue dans tout ce que  vous entreprenez. Dès l'instant où votre attention se tourne vers le présent, vous sentez une présence, un calme, une paix en vous. Vous ne dépendez plus du futur pour vous sentir satisfait ou comblé, vous n'attendez plus de lui le salut. Par conséquent, vous n'êtes plus attaché aux résultats. Ni l'échec ni le succès n'ont le pouvoir de modifier votre état intérieur, votre Être. Vous avez alors découvert la vie qui se cachait derrière vos conditions de vie.

Une fois le temps psychologique disparu, le sens de votre moi profond provient de l'Être et non du passé de votre personnalité. Par conséquent, le besoin psychologique de devenir quelqu'un d'autre que ce que vous êtes déjà n'existe plus. Dans le monde extérieur, sur le plan de vos conditions de vie, vous pouvez bien sûr devenir quelqu'un de riche et d'érudit qui a réussi et qui s'est libéré de ceci ou de cela. Mais sur le plan profond de l'Être, vous êtes complet et entier maintenant.

 

 

La conscience intemporelle

Lorsque chaque cellule de votre corps est tellement présente que vous y sentez vibrer la vie et que, chaque instant, vous la ressentez comme la joie d'Être, on peut dire, alors, que vous êtes libéré du temps.

 

ÊTRE LIBÉÉ DU TEMPS, C'EST PSYCHOLOGIQUEMENT NE PLUS AVOIR BESOIN DU PASSÉ POUR ASSUMER VOTRE IDENTITÉ NI DU FUTUR POUR VIVRE VOTRE PLÉNITUDE. VOUS NE POUVEZ IMAGINER TRANSFORMATION PLUS PROFONDE DE LA CONSCIENCE.

 

 

LECTURE MÉDITATIVE

Une fois que vous avez goûté fugitivement à l'état de conscience intemporel, vous commencez un aller-retour entre les dimensions du temps et de la présence. Vous prenez d'abord conscience du fait que votre attention est rarement dans l'instant présent. Et de savoir que vous n'êtes pas présent constitue déjà une grande réussite : cette reconnaissance est, en soi, une forme de présence, même si, initialement, elle ne dure que quelques secondes de temps-horloge avant d'être reperdue. Puis, vous choisissez de plus en plus souvent de focaliser votre conscience sur l'instant présent plutôt que sur le passé ou le futur, et chaque fois que vous réalisez que vous avez perdu de vue le présent, vous saurez y rester, non seulement quelques secondes, mais plus longtemps du point de vue du temps-horloge. Alors, avant d'être fermement ancré dans l'état de présence, c'est à dire avant d'être totalement conscient, vous faites des allers-retours répétitifs pendant un certain temps, entre la conscience et l'inconscience, entre la présence et l'identification au mental. Vous perdez de vue le présent et vous y retournez. Puis, la présence finit par devenir votre état prédominant.

 

 

 

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 FIN DU CHAPITRE TROIS

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Eckhart TOLLE, METTRE EN PRATIQUE LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT (4/9)

 

 AVERTISSEMENT : la lecture de ce type d'ouvrage, peut-être mal traduit, peut-être mal assimilé, ne peut remplacer l'enseignement d'un maître authentique : une pratique de la méditation mal comprise peut, dans certains cas, s'avérer préjudiciable.

 

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CHAPITRE QUATRE

 

 

ÉLIMINER L'INCONSCIENCE

 

 

Il est donc nécessaire d'introduire dans votre vie plus de conscience dans des situations ordinaires où tout se passe en douceur. Ainsi, vous intensifierez votre capacité à être présent. Cette présence génère en vous et autour de vous un champ énergétique d'une fréquence vibratoire élevée. Aucune inconscience, négativité, discorde, ou violence entrant dans ce champ ne peut y survivre, pas plus que l'obscurité ne peut résister à la lumière.

En apprenant à être le témoin de vos pensées et de vos émotions, ce qui fait essentiellement partie de la capacité à être présent, vous serez peut-être surpris de constater pour la première fois le "parasitage de fond" propre à la conscience ordinaire. Vous serez étonné aussi de noter la rareté des moments - sinon leur totale absence - où vous vous sentez véritablement bien.

Dans vos pensées, vous verrez beaucoup de résistance sous forme de jugement, d'insatisfaction et de projections mentales. Celles-ci vous éloigneront de toutes du présent. Sur le plan émotionnel, il y aura un courant sous-jacent de malaise, de tension, d'ennui ou e nervosité. Ce sont deux des aspects du mental dans son mode de résistance habituel.

 

 

EXERCICE

 

Observez les nombreuses façons dont le malaise, l'insatisfaction et la tension se traduisent chez vous par le jugement inutile, la résistance à ce qui est et la dénégation du présent.

Tout ce qui est inconscient se résorbe lorsque vous envoyez la lumière de la conscience sur tout cela.

 

Quand vous saurez comment faire disparaître l'inconscience ordinaire, la lumière de votre présence brillera plus vivement et il vous sera beaucoup plus facile de faire face à l'inconscience profonde lorsque vous sentirez qu'elle vous happe. Toutefois, l'inconscience ordinaire peut ne pas être facile à détecter au départ, tant elle est normale.

 

 

EXERCICE

 

Prenez l'habitude de suivre de près votre mental émotionnel en vous observant. Il est bon de vous demander : "Suis-je à l'aise, en ce moment ?" Ou bien "Qu'est-ce qui se passe en moi en ce moment ?"

 

Soyez au moins aussi intéressé par ce qui se passe en vous que par ce qui se passe à l'extérieur. Si vous saisissez bien l'intérieur, tout ira bien à l'extérieur. La réalité première est à l'intérieur, et la réalité secondaire, à l'extérieur.

 

 

EXERCICE

 

Mais ne vous précipitez pas pour répondre à ces questions. Dirigez votre attention vers l'intérieur. Jetez un coup d'œil en vous.

Quel genre de pensées votre mental est-il en train de produire ? Que ressentez-vous ?

Tournez votre attention vers le corps. Y a-t-il des tensions ? Une fois que vous avez déterminé qu'il y a effectivement en vous un certain degré de malaise, ce "parasitage de fond", essayez de trouver de quelle manière vous évitez ou niez la vie, ou y résistez. C'est à dire comment vous reniez le présent.

 

Les gens utilisent bien des façons de résister au moment présent. Je vais vous en donner quelques exemples. La pratique vous permettra d'aiguiser votre capacité à vous observer, à surveiller votre état intérieur.

 

Où que vous soyez, soyez-y totalement

 

Êtes-vous stressé ? Êtes-vous si pressé d'arriver au futur que le présent n'est plus qu'une étape ? Le stress est provoqué par le fait que l'on soit "ici" tout en voulant être "là", ou que l'on soit dans le présent tout en voulant être dans le futur. C'est une division qui vous déchire intérieurement.

Le passé retient-il une grande partie de votre attention ? Vous arrive-t-il souvent d'en parler et d'y penser, en bien et en mal ? S'agit-il des grandes choses que vous avez accomplies, de vos aventures ou de vos expériences ? Ressassez-vous votre passé de victime et les affreuses choses que l'on vous a faites ou que vous avez faites à quelqu'un?

Vos mécanismes mentaux sont-ils en train d'engendrer de la culpabilité, de l'orgueil, du ressentiment, de la colère, du regret ou de l'apitoiement sur vous-même ? Alors, non seulement vous renforcez un faux sentiment de moi, mais vous accélérez également le processus de vieillissement de votre corps en provoquant une accumulation de passé dans votre psyché. Vérifiez cela en observant autour de vous ceux qui ont une forte tendance à s'accrocher au passé.

 

 

LECTURE MÉDITATIVE

 

Laissez mourir le passé à chaque instant.

Vous n'en avez pas besoin. N'y faites référence lorsque c'est absolument de mise pour le présent. Ressentez le pouvoir de cet instant et la plénitude de l'Être.

Sentez votre présence.

 

Êtes-vous inquiet ? Avez-vous souvent des pensées anticipatoires ? Dans ce cas, vous vous identifiez à votre mental, qui se projette dans une situation future imaginaire et crée de la peur. Il n'y a aucun moyen de faire face à cette situation, car elle n'existe pas. C'est un ectoplasme mental.

Vous pouvez mettre fin à cette folie corrosive qui sape votre santé et votre vie : il vous suffit d'appréhender l'instant présent.

 

 

EXERCICE

 

Prenez conscience de votre respiration. Sentez le mouvement de l'air qui entre et sort de vos poumons. Ressentez le champ énergétique en vous. Tout ce que vous aurez jamais à affronter et à envisager dans la vie réelle, c'est à cet instant. Alors que vous ne pouvez le faire dans le cas de projections mentales imaginaires.

Demandez-vous quel "problème" vous avez à l'instant, et non celui que vous aurez l'an prochain, demain ou dans cinq minutes. Qu'est-ce qui ne va pas en ce moment ?

 

Vous pouvez toujours composer avec le présent, mais vous ne pourrez jamais composer avec le futur. Et vous n'avez pas à le faire. La réponse, la force, l'action ou la ressource juste se présenteront lorsque vous en aurez besoin. Ni avant ni après.

Êtes-vous quelqu'un qui attend généralement ? Quel pourcentage de votre vie passez-vous à attendre ? Ce que j'appelle "l'attente à petite échelle", c'est faire la queue au bureau de poste, être pris dans un bouchon de circulation, ou à l'aéroport. Ou encore anticiper l'arrivée de quelqu'un, la fin d'une journée de travail, etc. "L'attente à grande échelle", c'est espérer les prochaines vacances, un meilleur emploi, le succès, l'argent, le prestige, l'illumination. C'est attendre que les enfants grandissent et qu'une personne vraiment importante arrive dans votre vie. Il n'est pas rare que des gens passent leur vie à attendre pour commencer à vivre.

Attendre est un état d'esprit. En résumé, vous voulez le futur, mais non le présent. Vous ne voulez pas de ce que vous avez et désirez ce que vous n'avez pas. Avec l'attente, peu importe sa forme, vous suscitez inconsciemment un conflit intérieur entre votre ici-maintenant, où vous ne voulez pas être, et le futur projeté que vous convoitez. Cela réduit grandement la qualité de votre vie en vous faisant perdre le présent.

Par exemple, bien des gens attendent que la prospérité vienne. Mais celle-ci ne peut arriver dans le futur Lorsque vous honorez, reconnaissez et acceptez pleinement votre réalité présente et ce que vous avez - c'est à dire le lieu où vous êtes, ce que vous êtes et ce que vous faites dans le moment -, vous éprouvez de la reconnaissance pour ce que vous avez, pour ce qui est, pour le fait d'Être. La gratitude envers le moment présent et la plénitude de la vie présente, voilà ce qu'est la vraie prospérité. Celle-ci ne peut survenir dans le futur. Alors, avec le temps, cette prospérité se manifeste pour vous de différentes façons.

Si vous êtes insatisfait de ce que vous avez, ou même frustré ou en colère face à un manque actuel, cela peut vous motiver à devenir riche. Mais même avec des millions, vous continuerez à éprouver intérieurement un manque et, en profondeur, l'insatisfaction sera toujours là. Vous avez peut-être vécu de nombreuses expériences passionnantes qui peuvent s'acheter, mais elles sont éphémères et vous laissent toujours un sentiment de vide et le besoin d'une plus grande gratification physique ou psychologique. Vous ne vivez donc pas dans l'Être et, par conséquent, ne sentez pas la plénitude de la vie maintenant, qui est la seule véritable prospérité.

 

 

EXERCICE

 

Cessez d'attendre, n'en faites plus un état d'esprit. Lorsque vous vous surprenez à glisser vers cet état d'esprit, secouez-vous. Revenez au moment présent. Contentez-vous d'être et dégustez ce fait d'être. Si vous êtes présent, vous n'avez jamais besoin d'attendre quoi que ce soit. Ainsi donc, la prochaine fois que quelqu'un vous dira : Désolé de vous faire attendre", vous pourrez répondre ; "Ça va. Je n'attendais pas. J'étais tout simplement là, à m'amuser !"

 

Voilà seulement quelques-unes des stratégies habituelles qui font partie de l'inconscience ordinaire et que le mental utilise pour nier le moment présent. Elles font tellement partie de la vie normale, du "parasitage de fond", qu'il est facile de les ignorer. Mais plus on surveille son état mental et émotionnel intérieur, plus il est facile de savoir quand on s'est fait prendre au piège du passé et du futur. Plus il est facile de se rendre compte qu'on a été inconscient et de sortir du rêve du temps pour revenir au présent.

Mais attention : le faux-moi, tourmenté et fondé sur l'identification au mental vit du temps. Il sait que le moment présent signe son arrêt de mort et se sent de ce fait très menacé par lui. Il fera tout ce qu'il pourra pour vous en éloigner. Il essaiera de vous maintenir à tout prix dans le temps.

 

 

 

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Dans un certain sens, l'état de présence peut se comparer à de l'attente. Il existe une autre sorte d'attente dont la qualité est très différente et qui exige de votre part une vigilance totale. Quelque chose pourrait se manifester à tout moment, si vous n'êtes pas totalement éveillé, totalement immobile, vous passerez à côté. Dans cet état, toute votre attention se trouve dans le présent. Il n'en reste rien pour rêvasser, penser, se souvenir et anticiper l'avenir. Il n'y a là aucune tension ni aucune peur : seulement une présence vigilante. Vous êtes présent à tout votre être, à chaque cellule de votre corps.

Dans cet état, le "vous" qui a un passé et un futur, la personnalité si vous voulez, n'est quasiment plus là. Et pourtant, rien de significatif n'est perdu. Vous êtes encore essentiellement vous-même. En fait, vous êtes plus totalement vous-même que vous ne l'avez jamais été, ou plutôt ce n'est que dans le "maintenant" que vous êtes véritablement vous-même.

 

 

Le passé ne peut survivre en votre présence

 

Tout ce que vous avez besoin de savoir au sujet de votre passé inconscient, les défis du présent vous l'apporteront. Si vous commencez à fouiller votre passé, ce sera un trou sans fond, car vous trouverez toujours autre chose. Vous croyez peut-être qu'il vous faudra plus de temps pour comprendre le passé ou vous en libérer, donc que le futur finira par vous en délivrer. C'est là une illusion. Seul le présent peut vous amener à cela. Vous ne pouvez vous défaire du temps en y mettant du temps.

SACHEZ ACCÉDER AU POUVOIR DE L'INSTANT PRÉSENT. C'EST LA CLÉ. CE N'EST RIEN D'AUTRE QUE LE POUVOIR DE VOTRE PRÉSENCE, DE VOTRE CONSCIENCE LIBÉRÉE DES FORMES-PENSÉES.

Alors, faites face au passé à partir du présent. Plus vous accordez d'attention au passé, plus vous lui donnez d'énergie et plus vous êtes susceptible d'en faire un "moi". Ne vous méprenez pas : il est essentiel d'être attentif, mais pas au passé en tant que tel. Accordez de l'attention au présent : à votre comportement, à vos réactions, à vos humeurs, à vos pensées, à vos émotions, à vos peurs et à vos désirs à mesure qu'ils se présentent dans l'instant présent. C'est cela votre passé. Si vous pouvez être suffisamment présent pour observer toutes ces choses, non pas avec un regard critique ou analytique, mais sans les juger, alors vous faites face au passé et le dissipez par le pouvoir de votre présence.

VOUS NE POUVEZ VOUS TROUVER EN RETOURNANT DANS LE PASSÉ, MAIS C'EST POSSIBLE EN REVENANT DANS LE PRÉSENT.

 

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 FIN DU CHAPITRE 4

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Eckhart TOLLE, METTRE EN PRATIQUE LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT (5/9)

 

AVERTISSEMENT : la lecture de ce type d'ouvrage, peut-être mal traduit, peut-être mal assimilé, ne peut remplacer l'enseignement d'un maître authentique : une pratique de la méditation mal comprise peut, dans certains cas, s'avérer préjudiciable.

 

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 SUITE DU CHAPITRE 4

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CHAPITRE CINQ

 

 

LA BEAUTÉ NAÎT DANS LE CALME DE LA PRÉSENCE

 

 

Il faut une certaine présence pour avoir conscience de la beauté, de la majestuosité et du sacré de la nature. Vous est-il jamais arrivé, par une belle nuit, de vous perdre du regard dans l'infini de l'espace et d'être ému par son immobilité absolue et son inconcevable immensité ? Avez-vous déjà écouté le murmure d'un torrent alpin dans la forêt ? Ou encore, le chant d'un merle en plein été, au crépuscule ?

Pour prendre conscience de telles choses, il faut que le mental se soit tu. Vous devez mettre momentanément de côté votre fardeau de problèmes, votre charge de passé et de futur, ainsi que toutes vos connaissances. Sinon, vous verrez, mais sans vraiment voir, vous entendrez sans vraiment entendre. Vous devez être totalement présent.

 

 

LECTURE MÉDITATIVE

 

Au delà de la beauté des formes extérieures, il y a plus. Il y a quelque chose d'indéfinissable qui n'a pas de nom. Il y a une essence intérieure, profonde et sacrée. Là où il y a de la beauté, cette essence transparaît d'une façon ou d'une autre. Elle ne vous est révélée que si vous êtes présent.

Serait-il possible que cette essence indicible et votre présence soient une seule et même chose ?

Cette essence indescriptible serait-elle là sans votre présence ? Sondez-la en profondeur et découvrez la réponse.

 

Atteindre la conscience pure

Chaque fois que vous observez le mental, vous dégagez votre conscience des formes du mental et celle-ci devient alors ce qu'on appelle l'observateur ou encore le témoin. Par conséquent, le témoin - conscience pure au delà de toute forme - se renforce et les élaborations du mental faiblissent. En agissant de la sorte, vous personnalisez un évènement qui a vraiment une portée cosmique : à travers vous, la conscience sort de son rêve d'identification à la forme et se dissocie d'elle. Ceci laisse présager un évènement, déjà commencé en partie, mais encore dans le lointain futur du temps-horloge : LA FIN DU MONDE TEL QU'ON LE CONNAÎT

 

 

LECTURE MÉDITATIVE

 

Pour rester présent dans la vie quotidienne, il faut être bien ancré en soi, bien enraciné. Sinon, le mental vous entraînera dans son flot comme une rivière en furie, car son mouvement d'entraînement est incroyable.

Je veux dire habiter votre corps totalement. Avoir constamment votre attention en partie fixée sur le champ énergétique de votre corps. Sentir votre corps de l'intérieur, pour ainsi dire. La conscience du corps vous fait rester présent et vous ancre dans le présent.

 

Le corps visible et tangible ne peut vous amener à l'Être. Ce n'est qu'une enveloppe, ou plutôt une perception limitée et déformée d'une réalité plus profonde. Dans votre état naturel de rapport intime avec l'Être, cette réalité plus profonde est ressentie à chaque instant : c'est le corps subtil et invisible, la présence qui vous anime. Alors, "habiter son corps", c'est sentir le corps de l'intérieur, sentir la vie en vous et, par conséquent, découvrir que vous êtes autre chose au delà de la forme extérieure.

Tant que votre mental accapare toute votre attention, vous êtes coupé de votre Être. Lorsque c'est le cas - et pour la plupart des gens ça l'est continuellement -, vous n'êtes pas dans votre corps. Le mental absorbe toute votre conscience et la transforme en "balivernes mentales". Vous ne pouvez cesser de penser.

Pour devenir conscient de l'Être, vous devez vous réapproprier votre conscience, au détriment du mental. C'est l'une des tâches les plus fondamentales de votre voyage spirituel. Ceci démobilisera toute la conscience auparavant mobilisée par la pensée compulsive et inutile. Une façon très efficace de le faire consiste tout simplement à détourner votre attention de la pensée pour la diriger vers le corps, là où vous pouvez d'emblée sentir l'Être sous la forme du champ énergétique invisible qui donne vie à ce que l'on perçoit comme le corps physique.

 

Comment entrer en contact avec votre corps subtil

Essayez tout de suite, s'il vous plaît. Fermez les yeux : cela pourra peut-être vous aider. Plus tard, quand il vous sera devenu facile et naturel d'être dans le corps, ceci ne sera plus nécessaire.

 

 

EXERCICE

 

Dirigez votre attention sur le corps. Sentez- le de l'intérieur. Est-il vivant ? Sentez-vous la vitalité dans vos mains, vos bras, vos jambes, vos pieds, votre abdomen, votre poitrine ?

Sentez-vous le subtil champ énergétique qui infuse tout votre corps et vitalise chaque organe et chaque cellule ? Le sentez-vous simultanément dans toutes les parties du corps comme un seul et unique champ énergétique ?

Maintenez votre attention sur votre corps subtil pendant quelques instants. Ne vous mettez pas à y penser. Sentez-le seulement.

 

Plus vous y accordez d'attention, plus la sensation se clarifie et s'intensifie. Vous aurez l'impression que chacune de vos cellules se vivifie, et, si vous êtes très visuel, il se peut que vous perceviez votre corps sous la forme d'une image lumineuse.

Même si une telle image peut temporairement vous aider, accordez davantage d'attention à la sensation qu'à toute image pouvant se présenter. Peu importe sa beauté ou sa force, une image a déjà une forme définie. Elle empêche donc la sensation de s'approfondir.

 

 

Habiter pleinement son corps

Faites en une méditation. Cela n'a pas besoin d'être long. Dix à quinze minutes suffisent. Assurez-vous tout d'abord qu'aucune distraction extérieure - le téléphone - ou des gens, ne viendra vous déranger.

 

 

EXERCICE

 

Installez-vous sur une chaise sans vous renverser vers l’arrière. Gardez la colonne vertébrale bien droite. Ceci vous aidera à rester alerte. Ou bien alors, adoptez votre position préférée de méditation.

Assurez-vous que votre corps est détendu. Fermez les yeux et prenez quelques respirations profondes. Sentez-vous respirer dans la partie basse de l'abdomen, pour ainsi dire. Observez les légères expansion et contraction qui se produisent à l'inspiration et à l'expiration.

Puis prenez conscience du champ énergétique du corps tout entier. Ne réfléchissez pas à ce qui se passe ; ressentez-le plutôt. De cette manière, vous ne laissez pas le mental s'approprier votre conscience. Si cela peut vous être utile, servez-vous de la méditation de la lumière dont j'ai déjà parlé.

Quand vous arrivez à clairement sentir le corps subtil comme un seul champ énergétique, laissez aller, si c'est possible, toute image pour vous concentrer exclusivement sur la sensation. Si c'est possible aussi, abandonnez toute image mentale que vous pouvez encore avoir du corps physique. Ce qui reste alors, c'est une sensation de présence ou "d'être" qui englobe tout et l'impression que me corps énergétique n'a pas de frontière.

Puis concentrez votre attention encore plus profondément sur cette sensation. Ne faites plus qu'un avec elle, fusionnez avec votre champ énergétique afin d''éliminer toute dualité perceptuelle observateur-observé entre vous et votre corps. La distinction entre l'intérieur et l'extérieur se dissipe ; dorénavant, il n'y a plus de corps énergétique. En descendant profondément dans le corps, vous l'avez transcendé. Restez dans ce royaume de pur Être aussi longtemps que vous êtes à l'aise. Puis, reprenez conscience de votre corps physique, de votre respiration et de vos sens, et ouvrez les yeux.

Pendant quelques minutes, regardez autour de vous de façon méditative, c'est è dire sans étiquetage mental, tout en continuant à sentir votre corps énergétique.

 

Lorsque vous avez accès à ce royaume dépourvu de formes, vous êtes vraiment libéré du lien avec la forme et de toute identification à celle-ci. Il s'agit de la vie sous son aspect non particularisé, telle qu'elle existe avant sa fragmentation en la multiplicité. On pourrait l'appeler le non-manifeste, la source invisible de toutes choses. L'Être à l'intérieur de tous les êtres. C'est un royaume d'immobilité et de paix profonde, mais aussi de grande joie et d'intense vitalité. Chaque fois que vous faites preuve de présence, vous devenez dans une certaine mesure perméable à la lumière, à la conscience pure qui émane de cette source. Vous prenez également conscience que cette lumière n'est pas dissociée de ce que vous êtes et qu'elle constitue au contraire votre essence même.

Lorsque votre conscience est dirigée vers l'extérieur, le monde et le mental voient le jour. Lorsqu'elle est dirigée vers l'intérieur, elle actualise sa propre source et retourne à sa demeure originelle dans le non-manifeste.

Puis, quand votre conscience revient vers le monde manifeste, vous retrouvez l'identité de la forme que vous avez temporairement délaissée. De nouveau, vous avez un nom, un passé, des conditions de vie, un futur. Mais, essentiellement, vous n'êtes plus la même personne, car vous avez fugitivement eu un aperçu d'une réalité en vous qui n'est pas "de ce monde", bien qu'elle n'en soit pas dissociée, tout comme elle n'est pas dissociée de vous.

Laissez votre pratique spirituelle être la suivante :

 

 

EXERCICE

 

Quand vous vaquez à vos occupations, n'accordez pas toute votre attention au monde extérieur et à votre mental. Maintenez-en une partie vers l'intérieur. Il a déjà été question de cela précédemment.

Sentez votre corps subtil même quand vous êtes occupé par vos activités quotidiennes, en particulier dans le cadre de vos relations ou quand vous vous trouvez dans la nature. Sentez l'immobilité au plus profond de vous. Maintenez cette porte d'accès ouverte.

Il est tout à fait possible d'être conscient du non-manifeste dans votre vie. Il se présente comme une sensation profonde de paix à l'arrière-plan, une tranquillité qui ne vous quitte jamais, peu importe ce qui se produit dans le monde extérieur. Vous devenez un pont entre le non-manifeste et le manifeste, entre Dieu et le monde.

Ceci est l'état de rapport intime avec la source que nous appelons illumination.

 

 

Créez en vous de profondes racines

La clé, c'est d'être en contact permanent avec votre corps subtil, de le sentir en tout temps. Ceci approfondira et transformera rapidement votre vie. Plus vous dirigez votre conscience sur le corps énergétique, plus la fréquence de ses vibrations s'amplifie, un peu comme augmente l'intensité d'une ampoule quand vous tournez le rhéostat. À ce niveau vibratoire plus élevé, la négativité ne peut plus vous perturber et vous tendez naturellement à vous attirer des situations nouvelles qui reflètent cette fréquence vibratoire.

Si vous maintenez le plus possible votre attention sur votre corps énergétique, vous serez ancré dans le présent et ne vous égarerez ni dans le monde extérieur ni dans le mental. Les pensées et les émotions, les peurs et les désirs, seront dans une certaine mesure encore présents, mais du moins, ils ne prendront pas le dessus.

 

 

EXERCICE

Veuillez s'il vous plaît observer ce vers quoi est dirigée votre attention en ce moment. Vous êtes en train de m'écouter ou de me lire. C'est le point de mire de votre attention. Vous avez aussi une conscience périphérique du lieu où vous vous trouvez, des personnes qui vous entourent, etc. Il se peut en outre qu'une certaine activité mentale se joue autour de ce que vous entendez ou lisez, que votre mental émette des commentaires.

Il n'est cependant pas nécessaire que rien de ceci retienne toute votre attention; Voyez si vous pouvez en même temps être en contact avec votre corps subtil. Maintenez une partie de votre attention vers l'intérieur. Ne la laissez pas se tourner entièrement vers l'extérieur. Sentez votre corps entier de l'intérieur, comme un seul et unique champ énergétique. Comme si vous écoutiez ou lisiez avec tout votre corps. Exercez-vous à cela au cours des jours ou des semaines à venir.

N'accordez pas la totalité de votre attention au mental et au monde extérieur. Concentrez-vous sur ce que vous faites, bien sûr, mais sentez en même temps votre corps énergétique aussi souvent que possible. Restez en contact avec vos racines intérieures. Surveillez ensuite comment ceci modifie l'état de votre conscience et la qualité de ce que vous faites.

S'il vous plaît, n'acceptez pas simplement ce que je vous dis. Faites en l'essai vous même.

 

 

Comment renforcer le système immunitaire

Il existe une méditation simple mais puissante d'auto-guérison que vous pouvez faire à tout moment, quand vous sentez le besoin de renforcer votre système immunitaire. Elle s'avère particulièrement efficace si vous la pratiquez quand vous sentez les premiers symptômes d'une maladie. Mais elle fonctionne également dans le cas de maladies déjà installées si vous vous y adonnez à intervalles réguliers et avec intensité. Elle viendra aussi neutraliser toute perturbation occasionnée à votre champ énergétique par une quelconque forme de négativité. Cela ne remplace cependant pas la pratique, instant après instant, de la présence au corps. Sinon, cette méditation n'aura que des effets temporaires. Voici la méditation ou, si vous voulez, l'exercice :

 

 

EXERCICE

 

Quand vous avez quelques minutes de libre, particulièrement le soir juste avant de vous endormir et le matin juste après vous être réveillé et avant de vous lever, inondez votre corps de conscience.

Fermez les yeux. Étendez vous à plat dos. Choisissez différentes parties de votre corps pour tout d'abord y centre brièvement voter attention : les mains, les pieds, les bras, les jambes, l'abdomen, la poitrine, la tête, etc. Aussi intensément que vous le pouvez, sentez d'abord l'énergie vitale dans ces parties du corps, en restant environ quinze secondes sur chacune d'elles.

Puis, laissez votre attention parcourir à quelques reprises tout votre corps à la manière d'une vague, des pieds à la tête, et vice-versa. Cela ne prendra qu'une minute environ. Sentez ensuite votre corps énergétique dans sa totalité, comme un champ énergétique unique. Maintenez votre attention sur cette sensation durant quelques minutes.

Pendant toute la durée de l'exercice, soyez intensément présent dans chaque cellule de votre corps.

Ne vous inquiétez pas si le mental réussit de temps en temps à attirer votre attention sur autre chose que le corps et si vous vous perdez un peu dans vos pensées. Dès que vous le remarquez, dirigez de nouveau votre attention sur le corps énergétique.

 

 

Utilisation créative du mental

Si vous devez recourir à votre mental pour atteindre un objectif précis, faites-le de concert avec votre corps énergétique. C'est seulement quand vous êtes capable d'être conscient sans penser, que vous pouvez employer votre mental de façon créative. Et la manière la plus simple de se retrouver dans cet état-là, c'est de passer par le corps.

 

 

LECTURE MÉDITATIVE

 

Chaque fois que vous avez besoin d'une réponse, d'une solution ou d'une idée originale, arrêtez-vous de penser pendant quelques instants en concentrant votre attention sur votre champ énergétique. Prenez conscience de votre calme intérieur. Lorsque vous reviendrez à la pensée, celle-ci sera fraîche et créative. Dans n'importe quelle activité intellectuelle, prenez l'habitude d'aller et de venir toutes les quelques minutes entre la pensée et l'écoute intérieure, le calme intérieur.

On pourrait dire aussi : ne pensez pas seulement avec votre tête, pensez avec tout votre corps.

 

 

Laissez la respiration vous amener dans le corps

Si, à n'importe quel moment, vous éprouvez de la difficulté à entrer en contact avec le corps énergétique, il est habituellement plus facile de vous concentrer en premier lieu sur la respiration. La respiration consciente, qui est une méditation puissante en elle-même, vous remettra graduellement en contact avec le corps.

 

 

EXERCICE

 

Suivez votre respiration en maintenant votre attention sur l'inspiration et l'expiration.

Respirez dans le corps et, à chaque inspiration, sentez comment votre abdomen se détend et se contracte légèrement.

Si vous avez de la difficulté à visualiser, fermez les yeux et imaginez-vous entouré de lumière ou immergé dans une substance lumineuse, dans une mer de conscience.

Puis, respirez cette lumière. Sentez cette substance lumineuse emplir votre corps et le rendre également lumineux. Vous êtes maintenant dans votre corps. Vous avez accédé au pouvoir du moment présent.

 

 FIN DU CHAPITRE 5

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Eckhart TOLLE, METTRE EN PRATIQUE LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT (6/9)

 

AVERTISSEMENT : la lecture de ce type d'ouvrage, peut-être mal traduit, peut-être mal assimilé, ne peut remplacer l'enseignement d'un maître authentique : une pratique de la méditation mal comprise peut, dans certains cas, s'avérer préjudiciable.

 

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 SUITE DU CHAPITRE 5

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DEUXIÈME PARTIE

 

LES RELATIONS

EN TANT QUE PRATIQUE

SPIRITUELLE

 

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L'amour est un état.

L'amour n'est pas à l'extérieur

mais au plus profond de vous.

Il est en vous et indissociable de vous à tout jamais.

Il ne dépend pas de quelqu'un d'autre,

d'une forme extérieure.

 

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CHAPITRE SIX

 

DISSIPER LE CORPS DE SOUFFRANCE

 

La plus grande partie de la souffrance humaine est inutile. On se l'inflige à soi-même aussi longtemps que, à son insu, on laisse le mental prendre le contrôle de sa vie.

La souffrance que vous créez dans le présent est toujours une forme de non-acceptation, de résistance inconsciente à ce qui est.

Sur le plan de la pensée, la résistance est une forme de jugement. Sur le plan émotionnel, c'est une forme de négativité. L'intensité de la souffrance dépend du degré de résistance au moment présent, et celle-ci, en retour, dépend du degré d'identification au mental. Le mental cherche toujours à nier le moment présent et à s'en échapper.

Autrement dit, plus on est identifié à son mental, plus on souffre. On peut également l'énoncer ainsi : PLUS ON EST A MÊME DE RESPECTER ET D'ACCEPTER LE MOMENT PRÉSENT, PLUS ON EST LIBÉRÉ DE LA DOULEUR, DE LA SOUFFRANCE ET DU MENTAL.

D'après certains enseignements spirituels, toute souffrance est en définitive une illusion, et c'est juste. Mais est-ce vrai pour vous ? Le simple fait d'y croire n'en fait pas une vérité. Voulez-vous éprouver de la souffrance pour le reste de votre vie en continuant de prétendre qu'elle est illusoire ? Cela vous libère-t-il de la souffrance ? Ce qui nous préoccupe ici, c'est comment actualiser cette vérité, c'est à dire comment en faire une réalité dans la vie.

 

 

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La douleur et la souffrance sont inévitables tant et aussi longtemps que vous êtes identifié à votre mental, c'est à dire inconscient spirituellement parlant. Je fais ici surtout référence à la souffrance émotionnelle, également la principale cause de la souffrance et des maladies corporelles. Le ressentiment, la haine, l'apitoiement sur soi, la culpabilité, la colère, la dépression, la jalousie, ou même la plus petite irritation sont sans exception des formes de souffrance. Et tout plaisir ou toute exaltation émotionnelle comportent en eux le germe de la souffrance, leur inséparable opposé, qui se manifestera à un moment donné.

N'importe qui ayant déjà pris de la drogue pour "décoller" sait très bien que le "planage" se traduit forcément par un "atterrissage", que le plaisir se transforme d'une manière ou d'une autre en souffrance. Beaucoup de gens savent aussi d'expérience avec quelle facilité et rapidité une relation intime peut devenir une source de souffrance après avoir été une source de plaisir. Si on considère ces polarités négative et positive en fonction d'une perspective supérieure, on constate qu'elles sont les deux faces d'une même pièce, qu'elles appartiennent toutes deux à la souffrance sous-jacente à l'état de conscience dit de l'ego, à l'identification au mental, et que cette souffrance est indissociable de cet état.

Il existe deux types de souffrance : celle que vous créez maintenant et la souffrance passée qui continue de vivre en vous, dans votre corps et dans votre esprit. Maintenant, j'aimerais vous expliquer comment cesser d'en créer dans le présent et comment dissoudre celle issue du passé.

Tant que vous êtes incapable d'accéder au pouvoir de l'instant présent, chaque souffrance émotionnelle que vous éprouvez laisse derrière elle un résidu. Celui-ci fusionne avec la douleur du passé, qui était déjà là, et se loge dans votre mental et votre corps. Bien sûr, cette souffrance comprend celle que vous avez éprouvée enfant, causée par l'inconscience du monde dans lequel vous êtes né.

Cette souffrance accumulée est un champ d'énergie négative qui habite votre corps et votre mental. Si vous la considérez comme une entité invisible à part entière, vous n'êtes pas loin de la vérité. Il s'agit du corps de souffrance émotionnel.

Il a deux modes d'être : latent et actif. Un corps de souffrance peut être latent quatre-vingt-dix pour cent du temps. Chez une personne profondément malheureuse, cependant, il peut être actif tout le temps. Certaines personnes vivent presque entièrement dans leur corps de souffrance, tandis que d'autres ne le ressentent que dans certaines situations, par exemple dans les relations intimes ou les situations rappelant une perte ou un abandon survenu dans leur passé, au moment d'une blessure physique ou émotionnelle.

N'importe quoi peut servir de déclencheur, surtout ce qui fait écho à un scénario douloureux de votre passé. Lorsque le corps de souffrance est prêt à sortir de son état latent, une simple pensée ou une remarque innocente d'un proche peuvent l'activer.

 

 

Briser l'identification au corps de souffrance

 

LECTURE MÉDITATIVE

En somme, le corps de souffrance ne désire pas que vous l'observiez directement parce que ainsi vous le voyez tel qu'il est. En fait, dès que vous ressentez son champ énergétique et que vous lui accordez votre attention, l'identification est rompue. Et une dimension supérieure de la conscience entre en jeu. Je l'appelle la présence. Vous êtes dorénavant le témoin du corps de souffrance. Cela signifie qu'il ne peut plus vous utiliser en se faisant passer pour vous et qu'il ne peut plus se régénérer à travers vous. Vous avez découvert votre propre force intérieure.

 

Plusieurs corps de souffrance sont exécrables mais relativement inoffensifs, comme c'est le cas chez un enfant qui ne cesse de se plaindre. D'autres sont des monstres vicieux et destructeurs, de véritables démons. Certains sont physiquement violents, alors que beaucoup d'autres le sont sur le plan émotionnel. Ils peuvent attaquer les membres de leur entourage ou leurs proches, tandis que d'autres préfèrent assaillir leur hôte, c'est à dire vous-même. Les pensées et les sentiments que vous entretenez à l'égard de votre vie deviennent alors profondément négatifs et autodestructeurs. C'est ainsi que les maladies et les accidents sont souvent générés. Certains corps de souffrance mènent leur hôte au suicide.

Si vous pensiez connaître une personne, ce sera tout un choc pour vous que d'être soudainement confronté pour la première fois à cette créature étrangère et méchante. Il est cependant plus important de surveiller le corps de souffrance chez vous que chez quelqu'un d'autre.

 

 

LECTURE MÉDITATIVE

Remarquez donc tout signe de morosité, peu importe la forme qu'elle peut prendre. Ceci peut annoncer le réveil du corps de souffrance, celui-ci pouvant se manifester sous forme d'irritation, d'impatience, d'humeur sombre, d'un désir de blesser, de colère, de fureur, de dépression, d'un besoin de mélodrame dans vos relations, et ainsi de suite. Saisissez-le au vol dès qu'il sort de son état latent.

 

Le corps de souffrance veut survivre, tout comme n'importe quelle autre entité qui existe, et ne peut y arriver que s'il vous amène à vous identifier inconsciemment à lui. Il peut alors s'imposer, s'emparer de vous, "devenir vous" et vivre par vous.

Il a besoin de vous pour "se nourrir". En  fait, il puisera à même toute expérience entrant en résonance avec sa propre énergie, dans tout ce qui crée davantage de douleur sous quelque forme que ce soit : la colère, un penchant destructeur, la haine, la peine, un climat de crise émotionnelle, la violence et même la maladie. Ainsi, lorsqu'il vous aura envahi, le corps de souffrance créera dans votre vie une situation qui reflètera sa propre fréquence énergétique, afin de s'en abreuver. La souffrance ne peut soutenir qu'elle-même. Elle ne peut se nourrir de la joie, qu'elle trouve vraiment indigeste.

Lorsque le corps de souffrance s'empare de vous, vous en redemandez. Soit vous êtes la victime, soit le bourreau. Vous voulez infliger de la souffrance ou vous voulez en subir, ou bien les deux. Il n'y a pas grande différence. Vous n'en êtes pas conscient, bien entendu, et vous soutenez avec véhémence que vous ne voulez pas de cette souffrance. Mais si vous regardez attentivement, vous découvrez que votre façon de penser et votre comportement font en sorte d'entretenir la souffrance, la vôtre et celle des autres. Si vous en étiez vraiment conscient, le scénario disparaîtrait de lui-même, car c'est folie pure que de vouloir souffrir davantage et personne ne peut être conscient et fou en même temps.

En fait, le corps de souffrance, qui est l'ombre de l'ego, craint la lumière de votre conscience. Il a peur d'être dévoilé. Sa survie dépend de votre identification inconsciente à celui-ci et de votre peur inconsciente d'affronter la douleur qui vit en vous. Mais si vous ne vous mesurez pas à elle, si vous ne lui accordez pas la lumière de votre conscience, vous serez obligé de la revivre sans arrêt. Le corps de souffrance peut vous sembler un dangereux monstre que vous ne pouvez supporter de regarder, mais je vous assure que c'est un fantôme minable qui ne fait pas le poids face au pouvoir de votre présence.

 

 

LECTURE MÉDITATIVE

Lorsque vous commencerez à vous désidentifier et à devenir l'observateur, le corps de souffrance continuera de fonctionner un certain temps et tentera de vous amener, par la ruse, à vous identifier de nouveau à lui. Même si la non-identification ne l'énergise plus, il gardera un certain élan, comme la roue de la bicyclette continue à tourner même si vous ne pédalez plus. A ce stade, il peur également créer des maux et des douleurs physiques dans diverses parties du corps, mais celles-ci ne dureront pas.

Restez présent, restez conscient? Soyez en permanence le vigilant gardien de votre espace intérieur. Il vous faut être suffisamment présent pour pouvoir observer directement le corps de souffrance et sentir son énergie. Ainsi, il ne peut plus contrôler votre pensée.

 

Dès que votre pensée se met au diapason du champ énergétique de votre corps de souffrance, vous y êtes identifié et vous le nourrissez à nouveau de vos pensées.

Par exemple, si la colère en est la vibration énergétique prédominante et que vous avez des pensées de colère, que vous ruminez ce que quelqu'un vous a fait ou que vous allez lui faire, vous voilà devenu inconscient et le corps de souffrance est dorénavant "vous-même". La colère cache toujours de la souffrance.

Lorsqu'une humeur sombre vous vient et que vous amorcez un scénario mental négatif en vous disant combien votre vie est affreuse, votre pensée s'est mise au diapason de ce corps et vous êtes alors inconscient et ouvert à ses attaques.

Le mot "inconscient" tel que je l'entends ici, veut dire être identifié à un scénario mental ou émotionnel. Il implique une absence complète de l'observateur.

 

 

 

Transformer la souffrance en conscience

L'attention consciente soutenue rompt le lien entre le corps de souffrance et les processus de la pensée. C'est ce qui amène la métamorphose. Comme si la souffrance alimentait la flamme de votre conscience qui, ensuite, brille par conséquent d'une lueur plus vive.

Voilà la signification ésotérique de l'art ancien de l'alchimie : la transmutation du vil métal en or, de la souffrance en conscience. La division intérieure est résorbée et vous redevenez entier. Il vous incombe alors de ne plus créer de souffrance.

 

 

EXERCICE

Concentrez votre attention sur le sentiment qui vous habite. Sachez qu'il s'agit du corps de souffrance. Acceptez le fait qu'il soit là. N'y pensez pas. Ne transformez pas le sentiment en pensée. Ne le jugez pas. Ne l'analysez pas. Ne vous identifiez pas à lui. Restez présent et continuez d'être le témoin de ce qui se passe en vous.

Devenez conscient non seulement de la souffrance émotionnelle, mais aussi de "celui qui observe", de l'observateur silencieux. Voici ce qu'est le pouvoir de l'instant présent, le pouvoir de votre propre présence consciente. Ensuite, voyez ce qui se passe.

 

 

Identification de l'ego au corps de souffrance

Le processus que je viens de décrire est profondément puissant mais simple. On pourrait l'enseigner à un enfant, et espérons qu'un jour ce sera l'une des premières choses que les enfants apprendront à l'école. Lorsque vous aurez compris le principe fondamental de la présence, en tant qu'observateur, de ce qui se passe en vous,- et que vous le "comprendrez" par l'expérience -, vous aurez à votre disposition le plus puissant des outils de transformation.

Ne nions pas le fait que vous rencontrerez peut-être une très grande résistance intérieure intense* à vous désidentifier de votre souffrance. Ce sera particulièrement le cas si vous avez vécu étroitement identifié à votre corps de souffrance la plus grande partie de votre vie et que le sens de votre identité personnelle y est totalement ou partiellement investi. Cela signifie que vous avez fait de votre corps de souffrance un moi malheureux et que vous croyez être cette fiction créée par votre mental. Dans ce cas, la peur inconsciente de perdre votre identité entraînera une forte résistance à toute désidentification. Autrement dit, vous préfèreriez souffrir, c'est à dire être dans le corps de souffrance, plutôt que de faire un saut dans l'inconnu et de risquer de perdre ce moi malheureux mais familier.

 

* Traduire plutôt par "très grande et intense résistance intérieure".

 

 

 

 EXERCICE

Examinez cette résistance. Regardez de près l'attachement à votre souffrance. Soyez très vigilant. Observez le plaisir curieux que vous tirez de votre tourment, la compulsion que vous avez d'en parler ou d'y penser. La résistance cessera si vous la rendez consciente. Vous pourrez alors accorder votre attention au corps de souffrance, rester présent en tant que témoin et ainsi amorcer la transmutation.

 

Vous seul pouvez le faire. Personne ne peut y arriver à votre place. Mais si vous avez la chance de trouver quelqu'un d'intensément conscient, si vous pouvez vous joindre à cette personne dans l'état de présence, cela pourra accélérer les choses. Ainsi, votre propre lumière s'intensifiera rapidement.

Lorsqu'une bûche qui commence à peine à brûler est placée juste à côté d'une autre qui flambe ardemment et qu'au bout d'un certain temps elles sont séparées, la première chauffera avec beaucoup plus d'ardeur qu'au début. Après tout, il s'agit du même feu. Jouer le rôle du feu, c'est l'une des fonctions du maître spirituel. Certains thérapeutes peuvent également remplir cette fonction, pourvu qu'ils aient dépassé le plan mental et qu'ils soient à même de créer et de soutenir un état intense de présence pendant qu'ils s'occupent de vous.

La première chose à ne pas oublier est la suivante : TANT ET AUSSI LONGTEMPS QUE VOUS VOUS CRÉEREZ UNE IDENTITÉ QUELCONQUE A PARTIR DE LA SOUFFRANCE, IL VOUS SERA IMPOSSIBLE DE VOUS EN LIBÉRER. Tant et aussi longtemps que le sens de votre identité sera investi dans la souffrance émotionnelle, vous saboterez inconsciemment toute tentative faite dans le sens de guérir cette souffrance ou y résisterez d'une manière quelconque. Pourquoi ? Tout simplement parce que vous voulez rester intact et que la souffrance est fondamentalement devenue une partie de vous. Il s'agit là d'un processus inconscient, et la seule façon de le dépasser est de le rendre conscient.

 

 

LECTURE MÉDITATIVE

Réaliser soudainement que vous êtes ou avez été attaché à votre souffrance peut être la cause d'un grand choc. Mais dès l'instant où cette prise de conscience a lieu, l'attachement est rompu.

 

Un peu comme une entité, le corps de souffrance est un champ énergétique qui se loge temporairement à l'intérieur de vous. C'est de l'énergie vitale qui est prise au piège et ne circule plus.

Bien entendu, le corps de souffrance existe en raison de certaines choses qui se sont produites dans le passé. C'est le passé qui vit en vous, et si vous vous identifiez au corps de souffrance, vous vous identifiez par la même occasion au passé. L'identité de victime est fondée sur la croyance que le passé est plus puissant que le présent, ce qui est contraire à la vérité. Que les autres et ce qu'ils vous ont fait sont responsables de ce que vous êtes maintenant, de votre souffrance émotionnelle ou de votre incapacité à être vraiment vous-même.

La vérité, c'est que le seul pouvoir qui existe est celui propre à l'instant présent : c'est le pouvoir de votre présence à ce qui est. Une fois que vous savez cela, vous réalisez également que vous-même et personne d'autre êtes maintenant responsable de votre vie intérieure et que le passé ne peut pas l'emporter sur le pouvoir de l'instant présent.

L'inconscience le crée, la conscience le métamorphose. Saint Paul a exprimé ce principe universel de façon magnifique : "On peut tout dévoiler en l'exposant à la lumière, et tout ce qui est ainsi exposé devient lui-même lumière." Tout comme vous ne pouvez vous battre contre l'obscurité, vous ne pouvez pas non plus vous battre contre le corps de souffrance.

Essayer de le faire créerait un conflit intérieur et, par conséquent, davantage de souffrance. Il suffit de l'observer et cela suppose l'accepter comme une partie de ce qui est en ce moment.

 

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FIN DU CHAPITRE 6

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