La Chanson Grise

 

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16 mai 2018

Salutaire serpent (0919)

 

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Salutaire serpent

                                        Dédié à V. et à J.M.

 

 

Poussé par la pensée dont l’élan volontaire

Appelait à guérir, le tube salutaire,

En serpent échappé de quelque caducée,

Progressait lentement dans la narine enflée.

 

Porteuse de douleur, la marche interminable

De ce corps étranger dans un corps de patient

A fini par cesser. Mais surgit le torrent

Des eaux chargées de sels aux suites redoutables,

Et le corps qui se crispe sous l’attaque du feu

Appelle en vain la mort, qui se rit de si peu.

 

La vague de souffrance pourtant trouve sa grève.

En ce corps affligé qui retrouve sa sève,

De grands apaisements semblent tomber des cieux

Sous l’explosion de joie des soins miraculeux.

 

 

 

JCP 16 -18 / 05 / 2018

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13 mai 2018

Le petit musicien (0904)

 

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                                                                                                    Mozart enfant, Heinrich Lössow, château de Linz (détail)

 

Le petit musicien

 

                                  Les deux pieds dans le vide, on l’a juché sur un tabouret plus haut que lui, et il sourit aux angelots joufflus qui soufflent dans leurs longues trompettes. Il est prêt. Il a longuement préparé les notes, il les a toutes dans sa tête, limpides, prêtes à jaillir, et ses trompettes à lui seront plus belles que celles des anges !

                                  Il étend lentement les bras, et le tissu trop lourd de sa jaquette neuve crisse doucement à ses épaules.

Il n’aime pas les vêtements neufs.

Les yeux fermés un moment, il écarte à rompre ses petits doigts impatients, qui s’abattent sur le grand clavier et font vibrer la nef, dans un écho qu’il savoure jusqu’à son extinction. Il laisse le silence glacé de la cathédrale l’envahir, puis relève les bras.

Cet accord tonitruant lui plaît. Il ne jouera pas ce que lui a demandé son Père. Il n’ouvre pas la partition.

Et le visage soudainement grave, il part dans une improvisation fulgurante qui laisse, il le voit tout en bas, l’assistance des quelques familiers béate.

                                  Ce n’est pas cette vieille musique, grinçante et crispée de Bach, ces anciens-là chient* du marbre, c’est SA musique qu’il joue, elle est libre et n’appartient qu’à lui ; et tout se succède au bout de ses doigts, qui courent au clavier plus vite que la pensée ; il ne sait où la musique l’emmène, mais il la suit et ne s’arrête pas !

                                   Et les notes qui naissent là-haut, si haut, tombent sur ses épaules, frisson musical tantôt timide ou caressant, aimable, langoureux ou bien brutal et guerrier, perles évanescentes des fontaines dont le vent se joue, fleuves tranquilles ou torrents impétueux aux cascades tonitruantes qui font vibrer le plancher de l’abside en caisse de violon sans dimensions !

                                   Et toutes ces notes rejoignent en temps voulu le silence de leur extinction, dans cette mort si douce qui ne cesse de faire place à d’autres beautés, bouquet musical aux fleurs toujours renouvelées à l’appel de ses doigts sur le clavier d’ivoire.

                                    A la toute dernière, sa note préférée, peut-être un accord, il ne sait pas encore, il confiera le soin d’abaisser le rideau lourd de cet anéantissement final, naufrage silencieux où flotte en surface, parmi tant d’épaves dispersées, toute l’émotion de la musique qui s’éteint.

                                   Laissant alors courir encore un peu sa main droite sur la dernière variation de flûtes, vite, il amène à lui les deux tirettes de la gauche, lève haut les deux bras, et frappe le clavier de toutes ses forces, dans ce même accord de notes graves qu’il prolonge, celui du début, puis il laisse libre cours à la musique du silence, alors que le souffle des grands tuyaux se dissipe en écho sur les vieux murs.

                                    Ce moment-là, où les mains se séparent du clavier comme à regret, mais ne s’en éloignent pas encore assez pour susciter les applaudissements, est traversé de mille pensées incertaines. Il voudrait prolonger cette sensation troublante ; pourtant, il faut finir. Et le petit musicien qui se sait déjà grand relève lentement ses bras, saute du tabouret, bondit vers la balustrade et salue. Son père approche, et il voit à son sourire retenu, un œil sur la partition fermée que, même en désobéissant, tout était bien.

Il sait que son art doit évoluer, mais il sait aussi qu’aujourd’hui, il vient de faire un grand pas.

 Tout en bas, la nef retentit des applaudissements clairsemés mais vigoureux du petit public d’intimes qu’il entend monter à lui, à pas précipités et sonores par l’escalier de bois.

                                   Mozart, qui n'a pas encore dix ans, se passionnera pour « Le roi des instruments » comme il le nommait, et ne manquera pas d’en jouer. Pourtant, il ne le fait entendre que dans de rares compositions.

 

* On croit savoir que ces mots étaient les siens.

                                                                                                                      

JCP 25-26 04, 11-14 05 2018

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12 mai 2018

Diminuendo (0896)

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Diminuendo 1 (vers)

 

La toile de silence, où le peintre des sons

Du fond de sa pensée dépose ses frissons,

Lentement se déchire. Une faille se creuse

Où se fond la musique en notes silencieuses.

 

Le vide qui grandit ne laisse plus d’espoir

Au génie musicien, qui est venu s’asseoir

Oreille à fleur de touches du piano insonore,

Où des sons trop lointains semblent courir encore.

 

Pour ce soir de première, il ne dirige pas

Sa symphonie nouvelle, mais s’il ne l’entend pas,

L’expression du succès se lit sur les visages.

Ces sons venus d’un sourd traverseront les âges.

 

JCP 09 04 18

En savoir plus sur la surdité de Beethoven :

http://www.lvbeethoven.fr/Bio/Surdite.html

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08 mai 2018

Jour de pluie (0908)

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Jour de pluie

 

Un matin noir de pluie,

le rêve à la fenêtre renaît des anciens jours.

Sur la vitre embuée se dessinent du doigt

les motifs enfantins d’une jeunesse enfuie,

nostalgie de la pluie à l’éternel carreau.

 

Élargi de la main, le hublot un peu flou

ne laisse de beautés que d’un monde choisi,

et la pluie qui les hache

vient étoiler la vitre d’éclats de souvenirs.

 

La vision monotone embrasse un pays vague

dont l’image diffuse déroute la pensée,

et dans cet heureux vide

s’infuse à la buée une part de bonheur.

 

 

JCP 05 05 18

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01 mai 2018

L'Esprit du bois (0906)

 

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L'Esprit du bois

 

Table essuyée volets tirés,

à l’issue du repas ils invoquaient l’Esprit - et l’Esprit était là.

- Une fois c’est oui. Deux fois c’est non.

Amour, fortune et bonheur n’attendaient que le oui,

et la table disait oui !

 

Ainsi tous assurés de leur part de bonheur passèrent au salon :

champagne et gâteaux secs à l’avenir radieux !

- Une fois c’est oui. Deux fois c’est non.

- Au OUI levons le verre !

 

Or, dans la pièce voisine dont la porte était close,

la table du bonheur disait encore oui :

la dent d’un ver foreur,

Esprit du bois d’un appétit rageur,

à chacun de ses coups faisait dire à la table :

- oui… oui… oui… oui… oui…

 

- Une fois c’est oui. Deux fois c’est non.

 

 
 

 JCP 01 05 18 Pour les Impromptus Littéraires : Esprit es-tu là ?

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28 avril 2018

Lithophagie (0902)

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Lithophagie

 

                 Indécise et troublante parenté, le bien-voyant lui-même y pourrait voir caillou venu là s’unir à la roche et pourvu d’algue fine : pourtant le galet s’ouvre et délivre à la vue tout un monde vivant humide, salé - comestible.

                 Le geste d’ouvrir, c’est au prix du sang qu’on l’a compris, nécessite la pratique sensée d’une lame épaisse et maltranchante.

                 Le coffre aux délices est tout de nacre constellé, et sa contemplation seule pourrait suffire, mais le plaisir réside en la moitié creuse : il y a là, dans cet appareil mou baignant au reste d’eau, à boire et à manger.

                  De bleu, de vert, de gris, un œil glauque cillé d’un beau noir nous regarde : va-t-on y mordre à vif ?

                  Passé le sursaut d’éthique, on se délecte aux saveurs océanes sans retenue, en appelant derechef au tendre galet de mer (on voit bien qu’il n’en a pas le poli), qu’en nombre on arrache fébrile à la roche.

 

 

JCP 15  04 18

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25 avril 2018

Le pommier de la voisine (0903)

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Le pommier de la voisine

 

                Cela se passait neuf mois avant la naissance de Gilles, c’est pour dire…

                Un jardinier gentil s’était épris d’un pommier - il est d’étranges mœurs dans la nature.

Or l’arbuste joli, que cernaient de hauts murs, logeait chez sa voisine - pareillement cernée.

               La dame étant lingère, un complexe réseau de cordes quadrillait son jardin, encombré nuit et jour du linge qui gouttait, et cachait à la vue du pauvre jardinier le pommier de son cœur. Comprenant sa douleur, le vent compatissant parfois levait un voile sur son amour, et l’on vit des tempêtes de sous-vêtements s’abattre sur le grand boulevard, certains imprégnés de rouge à lèvres – on l’a dit, il est d’étranges mœurs dans la nature.

                Par un beau jour de Mai, le linge qui séchait au dehors disparut pour de bon, libérant à satiété la vision du pommier au bonheur neuf du jardinier.

                Et tel le légionnaire képi à la main devant Mr. Seguin, on vit l’homme tremblant frapper chez sa voisine.

                Sans doute eût-il été fort croquignol d’apprendre ce qu’il put bien lui dire ; et ce qu’en retour elle lui dit ; hélas nul ne le sut - eux-mêmes l’ayant tu.

 

 Respectant saintement Lecteur et Vérité,

On voit bien que l’auteur ne dit que ce qu’il sait.

 

 

JCP 16 04 18, pour Les Impromptus Littéraires : caser dans le texte :

- Un personnage : un jardinier amoureux
- Un lieu : au milieu du boulevard
- Un objet : un rouge à lèvres
- Un moment : avant la naissance de Gilles
- Un problème ou une anomalie : le linge qui séchait dehors a disparu

 

Complément d'information paraissant nécessaire :

Dessin de Claude Serre

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20 avril 2018

Satellites artificiels (0882 bis)

Déjà publié, ce texte court prend une saveur accrue illustré par cette image, qui représente la myriade (incomplète) de satellites artificiels qui gravite autour de notre planète.

Rien d'étonnant à ce que, de temps à autre, il nous tombe une part de ciel sur la tête. Les Gaulois ne s'étaient pas trompés - rien ne vaut les anciennes religions.

(On n'a pas de nouvelles du satellite qui devait tomber sur la Côte d'Azur, il y a une quinzaine de jours, j'aime à penser que ses débris ont rejoint ceux de l'avion d'Antoine de St Exupéry qui, je crois bien, résident dans ce secteur, mais au fond de l'eau...)

 

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Première nuit d’avril

 

Dans la nuit étoilée, bruit sourd dans le jardin

et feu follet sur la pelouse...

- Éclat tombé d’un de ces astres,

ou simple ver luisant ?Nouveau message

 

Encore chaud dans la main : « … in China ».

- Lassé de ces débris : au container bleu !

Objet de métal froissé,

satellite désorbité ;

Jardins poubellisés !

 

 

 

JCP 31 03 18

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10 avril 2018

Grand café Florida (0893)

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                                                                                                                                                           Image JCP 11/2015

 

                                                                                                                               Aux serveurs du Florida

Grand Café Florida

 

Laissant l’histoire en marche, j’aime arrêter ma course

A bord du guéridon, et laisser la grande ourse

Guider ma rêverie, d’où parfois naît le vers

Qui se puise aux acteurs de ce théâtre ouvert :

 

Sur ce joli minois que l’on croyait fermé,

D’une pensée secrète un sourire a germé,

Et pour le vieux monsieur sanglé dans son costume,

Il n’est de vêtement que d’ancienne coutume.

 

Barbe taillée de frais, un cadre dynamique

Cravate et complet gris étudie ses mimiques,

Et d’un air inspiré touche un ordinateur :

- Est-il chef d’entreprise ou facétieux bluffeur ?

 

Téléphone greffé dès la sortie d’école,

La horde jean troué, adolescentes folles,

Ose jusqu’au blanc sec. Les rires fusent haut

Sur les tons immatures des enfants du préau !

 

Assis près du pilier, sa place favorite,

Verre d’eau et café, un groupe parle bas,

Gérant quelque trafic qu’on suppose illicite,

Et que la métropole tolère ici où là.

 

Heureux de leur assiette, des touristes chinois

Piquent dans tous les plats, et se lèvent en joie ;

Deux femmes d’âge mûr se confient les souffrances

Des amours imparfaits, comme de leur absence.

 

Des senteurs se répandent, on sert gaufre et café,

Un parfum de coquette perce le cassoulet,

Des bruits de voix grandissent, des chaises qu’on déplace :

Grand Café Florida, un cœur bat sur la place !

 

 

JCP 07-10 Avril 2018, (Toulouse).

 

- Garçon, un Capitole, et sans mousse s'il vous plaît !

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                                                                                                                        image JCP 2016

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09 avril 2018

Les sanglots de la mer (0883)

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Plage de Kerhilio, Erdeven, Morbihan

 

 

Les sanglots de la mer

                            La mer, probablement lassée d’un incessant ressac, est venue faire escale sur la plage. Un homme est assis sur la grève encore humide et les eaux, en moutons attentifs, se sont rassemblées tout autour de lui.

Dans cette paix que l’on sait contenue, se devine un moment rare et le vent, couché sur le sable, parle de silence. Quelque chose de doux vibre dans l’air sous le soleil qui se voile, et l’on entend le tintement clair des coquillages brisés, dont la houle fait sable.

Accoudée à sa vague, soudain la mer s’adresse à l’homme médusé :

- A toi seul je le dis : si je suis naviguée, je ne navigue guère, et j’envie les eaux libres, libres de voyager. Les torrents les ruisseaux, les fleuves les rivières dont le cours n’a de cesse, courent joyeux tous continents, ivres des merveilles d’un voyage sans fin. Et parfois m’a-t-on dit, leur cours se multiplie.

Moi seule reste là, bornée de roches, cernée de grèves, aux griffes de l’ennui.

Hors la lente marée, qui de ma robe trousse un peu la couture et mes justes colères, je ne serais qu’eaux mortes, ne sachant rien des terres dont je baigne les bords…

Sous le regard de l’homme attristé, et versant à la vague de longues larmes d’écume blanche, les eaux se retirèrent lentement.

Ainsi parlait la mer.

 

JCP 01 04 18

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02 avril 2018

La tectonique des tablettes (0884)

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La tectonique des tablettes

 

Insidieuse saveur, enthousiasme infini,

Tous ses doigts entachés et tablette finie,

Seul le papier d’alu, qu’elle roule et déroule,

Reste du chocolat, incomestible boule.

 

Et déjà monte en elle, indicibles aigreurs,

Le symptôme hépatique ; elle sait son malheur

Et connaît ses faiblesses : pas plus de trois tablettes,

Ou c’est la maladie qui la tient aux toilettes.

 

Elle le sait pourtant, le chocolat chez soi

C’est se vouloir du mal, l’abîme devant soi ;

Elle avait tout jeté, et voilà qu’on lui offre,

Impossibles amants, de quoi s’emplir le coffre !

 

- Le plaisir maintenant, la douleur au tournant,

L’amour le chocolat, on le voit sont complices :

Souffrance de l’absence ou le foie qui se plisse* ;

C’est dit jusqu’à demain, je n’aurai plus d’amant !

 

 

* Ça fait très mal.

 

JCP 02 04 18 Pour Les Impromptus Littéraires : « Du chocolat ».

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01 avril 2018

(0882)

 

Première nuit d’avril

 

Dans la nuit étoilée, bruit sourd dans le jardin

et feu follet sur la pelouse...

- Éclat tombé d’un de ces astres,

ou simple ver luisant ?

 

Encore chaud dans la main : « … in China ».

- Lassé de ces débris : au container bleu !

Objet de métal froissé,

satellite désorbité ;

Jardins poubellisés !

 

 

 

JCP 31 03 18

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27 mars 2018

Le grillon sous la lune (0870)

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Le grillon sous la lune

 

Un enfant du soleil, qu’il eut avec la lune,

est tombé dans le pré.

- Que fais-tu là grillon, toi qui ne chantes-pas ?

 

Dans la nuit qui blanchit, tout un peuple est en fête

et célèbre la vie au champ des étincelles !

- Tu ne chantes donc pas ?

 

Le grand voile de riz qui poudre toute feuille

a réveillé la chouette, le rossignol compose :

- Qu’attends-tu pour chanter ?

 

- Je laisse à leurs passions

tous ces fous dans la nuit,

moi seul lève les yeux

et regarde la lune.

 

 

 

JCP 21 03 18 (pour concours annuel RATP)

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25 mars 2018

Au donjon des libations (0876)

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Au donjon des libations

ou : « Sur le Toit onze Biches - On the beach sur le Toit »*

 

Plus haut que le nuage et tutoyant le ciel,

Cathédrale à Bacchus, autel d’autres prières,

En ces lieux où résonnent le verre et la cuillère,

Se laissent pour un temps les tracas du réel.

 

Au prix de quelques pièces se puise le bien-être,

Nectar servi sans verre. Chorégraphe des bars,

Un artiste parfois vient s’offrir aux regards,

Pour nouer la dentelle de ses gestes de maître.

 

Invisible fumée, un bonheur se répand,

Et le verre levé éclaire les visages

De ses reflets dorés ; et de nouveaux rivages

S’invitent aux marins d’un avenir béant.

 

Toute chose a sa fin, mais l’adresse était bonne,

Et l’on y reviendra ranimer ses émois :

Terrasse au bord du monde, où l’océan des toits

Laisse entendre au buveur qu’il n’est besoin d’un trône.

 

 

* Le lieu, 3 bars dont deux en terrasse avec vue, restaurant et cabaret, se nomme « Ma biche sur le toit », et ce genre de slogan - hors celui-ci - figure sur les dessous de verres.

(Toit des Galeries Lafayette, Toulouse).

Autre article consacré :  clic sur l'image ci-dessous.

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JCP 24 03 18

20 mars 2018

Putains de mots (0865)

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Putains de mots

 

La source qui tarit ne laisse plus les mots

S’écouler sur la page, et le temple du beau

Qui vient de s’écrouler n’est plus que ruine et cendre,

Quand de cet interrègne on ne peut rien attendre.

 

Où sont les mots aimés, font-ils le tour du monde ?

Sont-ils partis s’écrire chez plus aimés que moi,

Vers des pages plus blanches ont-ils porté leur choix ?

Ma jalousie s’étend et la colère gronde.

 

Connaît-on le refuge de ces mots qui se lassent,

Comment solliciter le retour d’exilés ?...

Pourtant je découvris qu’on pouvait acheter,

Prostitution des mots redevenus loquaces,

 

Des écrits tout écrits - cela coûtait un bras -

Chez un vieil antiquaire que je ne cite pas.

Ainsi je donne à lire, pour moi bien salutaires,

Quelques vers frelatés plutôt que de me taire.

 

JCP 03 18 Pour Les Impromptus Littéraires ("Ça m'a quand même coûté un bras")

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17 mars 2018

Au bord du souvenir (0868)

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                                                                                                                                                                          Un certain Noël 1965, non loin d'Albi

 

Au bord du souvenir

 

Du souvenir perdu s’élève une fumée :

On voit parmi la cendre des pantins animés

Dont les mains me font signe et qui crient à tue-tête.

Ce grand charivari ressemble à une fête,

Où mes amis d’alors, certains perdus de vue,

D’autres perdus de vie, crèvent le temps perdu.

 

Les vins blancs trafiqués, les fumées du tabac,

Les alcools bon marché aigrissaient l’estomac,

Qui d’humeur vengeresse exigeait les toilettes,

Sous l’œil trop indécis des futures conquêtes.

 

Le mental timoré aux volontés du corps,

Parfois la main, le pied, plutôt qu’un mot retors,

Exprimaient sous la table un geste qu’on repousse,

Cul de sac d’un langage que le penchant émousse,

Présumant d’un futur parfois passé présent,

Parfois dissuadé sur un retour violent.

 

Des sens qui s’éveillaient, auteurs du léger crime,

Nulle ne se plaignait, flattée plus que blessée :

Une main repoussée, une main acceptée ;

Il n’était là qu’un jeu aux atteintes minimes,

Le grand jeu de la vie, qui dit-on rend heureux,

Passe par ces épreuves et s’aventure à deux.

 

La vie qui joue aux dés éloigne ou bien rapproche,

Laisse en vie longuement ou dit à la mort : fauche !

Sentence du hasard qui nous fait ressentir

Ce qu’il faut de présent pour faire un avenir.

 

 

JCP  16-17 03 18

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14 mars 2018

Interdépendance (0866)

 

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 Nature morte aux poires et raisins, Claude Monet

 

Interdépendance

 

Contempler un tableau se fait de sa surface,

Et l’idée ne vient pas d’y glaner d’autre trace

Que ce que l’œil perçoit, ou que l’esprit pressent

Des intentions du peintre telles qu’on les ressent.

 

Mais une vue plus large nous désigne l’orage

Et le soleil d’été qui fit croître le lin,

Les années de patience développant les pins,

Tisseur et menuisier achevant leur ouvrage ;

 

Ainsi du chevalet, pinceau toile et couleur,

Nourriture du peintre, verre et vin sur la table,

Un immense réseau, de ses liens innombrables,

Relie jusqu’au cosmos l’acte du créateur.

 

Le décompte infini des sujets enrôlés

Participant à l’œuvre donnerait le vertige,

Qui du tableau fini quel que soit le prestige,

En interdépendance sont présence obligée.

 

Qui sait si d’autres cadres, ou d’autres accessoires,

Ou bien si l’épicier n’avait pas eu de poires,

Ceci de ce tableau n’eût changé le destin,

Qui de nature morte pût finir Diane au bain…

 

 

JCP 13 03 18 Pour Les Impromptus Littéraires (Devant la nature morte de Monet ; inclure 5 mots ou plus tirés de ces lettres : A E E O R J G L N L)

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