La Chanson Grise

 

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21 septembre 2019

Terreurs félines (1043)

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                                                                                                                          Pimpano "lou cat" au lever du jour

 

Terreurs félines                          

 

Sur la bordure hésitante de la nuit

qu’une défaite sans combat destitue,

renaît dans ses cris rauques

ce même monde inapproché.

 

Veille inquiète au jour levé

dans l’attente des prodigalités d’une eau chagrine,

la longue bordure de porcelaine

où s’efface la souillure du temps

demeure toujours muette.

 

L’espoir quotidien en appelle à toute clarté

mais le jour, venu masquer l’ignorance à flots de lumière,

inexorable, convoque à la vie des jours lassés

les tourments de l’inexpliqué.

 

La raison qui s’émeut ne peut décroître encore,

ce front à la pensée obscure

n’a pas mesure humaine,

et rien ne sera su des terreurs du chat

                 Devant son reflet dans l’eau.

 

 

08-09 2019

JCP

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18 septembre 2019

Citation : Henri Michaux

 

Henri Michaux, né à Namur le 24 mai 1899 et mort à Paris le 19 octobre 1984, est un écrivain, poète et peintre d'origine belge d'expression française naturalisé français en 1955.

(Et accessoirement un des poètes les plus lus par l'auteur de ce blog)

 

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« La poésie est un cadeau de la nature, une grâce, pas un travail. La seule ambition de faire un poème suffit à le tuer. »

Henri Michaux

 

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16 septembre 2019

"L'étrange destin de la planète Exomar". ÉPISODE 1/3

Préface de l'auteur

                                 Cette courte nouvelle, orientée science-fiction, sera publiée en 3 épisodes, soit à raison de deux chapitres à la fois, tous les lundis à 0 heure 75* précisément, moment de la nuit où se peut observer (avec de bons yeux) l'exoplanète "Exomar", non encore répertoriée, et dont il est question en ces lignes. C'est dire la portée scientifique de cet ouvrage, dévoilé en toute modestie - et en première mondiale !

Il est évidemment souhaitable de s'abonner aux publications du blog pour un meilleur suivi du texte, comme de l'évolution de cette étrange planète. (Noter simplement son e.mail dans la case "Newsletter" en haut de la colonne de droite, e.mail qui demeurera confidentiel si vous le spécifiez).

* La mesure du temps sur Exomar diffère de la nôtre.

JCP

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L’étrange destin de la planète Exomar (1/3)

 

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1  - Atterrissage

 

                                   C’est dans une nuée de poussière que l’astronef se posait sur la vaste plateforme, dont la tour de contrôle n’avait enregistré de trafic depuis des mois. L’approche requit plus de temps qu’à l’ordinaire, les cinq cylindres du train d’atterrissage marquant, dans des sifflements brefs, plusieurs ajustements saccadés : le pilote automatique de l’appareil paraissait hésiter.

Le vaisseau qui se posait sur l’astroport de la ville de Norcyca (planète Exomar) provenait d’Antorhaï, planète d’orbite immédiatement extérieure à celle d'Exomar, elle-même troisième par la taille du système héliocentrique Urdis de la galaxie RGS 9056. Exomar avait été atteinte en 7.398, et colonisée peu après pour ses ressources en métaux précieux et terres rares, utiles à l’hypertronique et à la construction spatiale. La ville de Norcyca, plaque tournante du trafic avec les provinces d’Exomar comme avec les autres planètes du Système Urdis, dans une dynamique de ruée vers les matières premières, s’était développée en ville champignon, et comptait aujourd’hui plus de 600.000 résidents.

Pour des difficultés que l’on tenait confidentielles sur Exomar, l’équipe de scientifiques venue d’Antorhaï, et qui descendait la passerelle en ce moment, était venue en renfort à ses homologues Exomariens. Antorhaï, première planète colonisée du Système Urdis, possédait les ressources humaines et les universités les plus réputées parmi les planètes habitées du Système. Faire appel au savoir-faire et à la connaissance de pointe revenait, immanquablement, à solliciter Antorhaï et, même si des noyaux de chercheurs et de concepteurs de plus en plus qualifiés s’étaient, au fil du temps, constitués sur d’autres planètes, Antorhaï demeurait le cerveau du système héliocentrique Urdis.

Les scientifiques se dirigèrent vers le sas grand ouvert qui les attendait en bout de plateforme, et la double porte métallique se referma sur eux dans un claquement sourd. On remit à chacun un appareil respiratoire individuel capable d’enrichir l’air respiré en oxygène, dont la teneur était ici de 21% inférieure au seuil humain requis. Cet appareil, dont on pouvait se passer sans gêne respiratoire notable au repos, ou lors du sommeil, devenait par contre indispensable dans l’effort physique ou lors d’une marche soutenue. La faune qui peuplait Exomar bien avant l’homme était adaptée à cette déficience, mais il était vivement déconseillé d’y amener ses propres animaux de compagnie.

Les deux femmes et les trois hommes furent accueillis par le chef de station, John Escart, et le scientifique Paul Courtis, accompagné de son aide Tania Kristov dans le hall qui jouxtait le sas, où déjà deux opérateurs décontaminaient matériel et bagages déposés par les arrivants.

Présentations et salutations d’usage s’achevèrent sur une banalité courtoise :

- Avez-vous fait bon voyage ? fit John Escart.

- C’eût été parfait répondit Laura - sans cette ceinture de Rydhas, qui nous a passablement malmenés. Mais vous connaissez l’obstacle, où tant de vaisseaux de première génération disparurent ; pourtant voyez, nous avons survécu ! fit-elle dans un rire aérien, mains tournées vers sa poitrine, geste qui eut le don d’éclairer le visage de son interlocuteur d’un sourire prolongé - sourire où l’on pouvait même lire plus.

- Dans ce cas, nous allons vous montrer vos quartiers où vous pourrez vous détendre jusqu’à la réunion de tierce-journée, et où nous vous ferons porter vos repas. Vous connaissez la durée de nos jours, tellement plus longs que les vôtres. Aussi avons-nous pensé que vous aimeriez passer vos premières journées entre repos et tourisme, pour mieux vous adapter à notre rythme de vie.

- Nous apprécions cette attention, répondit Édouard Lantani, premier pilote, je suis moi-même rompu de fatigue après ce long périple.

- Tania va vous conduire et s’occuper de votre confort.

Celle-ci les entraîna vers un des couloirs qui desservaient le vaste hall d’accueil.

 

 

2  - Réunion de travail

                                 Outre John Escart et Paul Courtis, deux autres personnes  attendaient les scientifiques antorhiens dans la salle où Tania les fit entrer. Les larges baies vitrées de la pièce au sol couvert de moquette claire dominaient le quartier le plus désolé de la métropole, désormais abandonné. Certains immeubles étaient partiellement affaissés, d’autres, murs éventrés, montraient une armature oxydée et tordue, et l’on aurait pu croire aux effets d’un tremblement de terre - désolation qui contrastait avec un ciel bleu et sans nuages. Les Antorhiens s’étaient approchés des vitres et observaient, interrogatifs, le quartier sinistré. Contre le flanc de la colline qui bordait la ville à l’ouest, dépassant d’un interminable alignement de bâtiments aux murs grisâtres, on apercevait les hautes tours de transformation faites de treillis métallique, où des émanations de vapeurs montraient des usines en activité. Dans le lointain, comme jaillie d’un mirage, brillait aux lueurs de l’étoile solaire Elistar déjà basse l’étendue vaste de la mer. Et plus au sud, au pied des hautes roches brunes qui bordaient la côte, on distinguait la station balnéaire de Sorhidor, destination estivale très prisée des Exomariens. Constatant que les regards retournaient au quartier sinistré, anticipant les questions, John Escart fit :

- Le voici notre problème : des mouvements de sol récurrents minent nos constructions les plus fragiles. Pour éviter tout mouvement de panique, nous avons prétexté jusqu’ici un effondrement des galeries d’exploitation désaffectées qui, en effet, sillonnent le sous-sol de ce quartier, le plus ancien de la ville. Mais aujourd’hui ces raisons ne suffisent plus : bien qu’au premier stade encore, d’autres cités présentent des symptômes identiques. Mais nous en parlerons mieux assis, fit-il montrant la table. Celle-ci, ovale et de bois clair, était chargée de documents épars, et l’on avait servi des boissons.

Tous assis, John poursuivit :

- Ces mouvements du sol sont très lents, mais vous avez pu juger de leurs effets, comme ici, approximativement sur une décennie. La piste où vous avez atterri se déforme de même. Le défaut de planéité, encore peu sensible, n’a pas échappé à votre pilote automatique, qui l’a signalé à notre tour de contrôle, et je vous présente nos excuses pour le désagrément.

- A peine perceptible, rétorqua Édouard Lantani, beaucoup d’entre nous ne l’auront même pas remarqué je pense.

Le murmure qui s’éleva du tour de table confirmait la présomption du pilote.

- Il nous est impossible d’engager des travaux pour ces fluctuations incessantes, les chantiers seraient permanents. Nous parons au plus pressé, ajouta John Escart.

- Nous voici donc dans le vif du sujet, fit Ed Richardson, chef de la délégation scientifique antorhienne, homme mince et de grande taille à la chevelure grise assez peu soignée.  Nous sommes prêts, poursuivit-il, à effectuer des relevés topographiques à grande échelle durant une année exomarienne sur l’ensemble de la planète ; le matériel attend dans les soutes. Et sont réservés, conformément à votre demande, les créneaux horaires d’accès à notre télescope du mont Gorhis, où l’on est prêt à programmer les observations complémentaires à distance.

- Quand pouvez-vous commencer ? fit John.

- Sous quelques jours, à peine.

- Parfait, vous pourrez disposer d’un vaisseau léger, et d’un pilote rompu aux approches délicates.

Les questions de local d’entrepôt, de bureaux d’opérations et de personnel d’assistance étant réglées, la réunion s’étirait, chacune, chacun y allait de son hypothèse quant aux mouvements du sol, et les arguments devenaient fantaisistes. Ce fut Ed Richardson qui, voyant que l’on s’égarait, coupa court :

- Eh bien, je crois qu’il est inutile de pousser plus loin, nous nous mettrons au travail après cette visite aérienne de la planète, que j’ai hâte de voir, si nous devons toujours l’effectuer demain, John ?

- Certainement, rendez-vous demain à sept heures, salle d’embarquement 3A. Vos grandes vacances sur Exomar commencent !

Malgré la gravité du sujet discuté, on se quitta dans la bonne humeur.

 

 

FIN DE L'ÊPISODE 1/3

À suivre... si vous le voulez.

Épisode 2 : parution le 23 septembre.

JCP

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09 septembre 2019

La Porte du vent

 

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La Porte du vent                                                       

                                                                                  

                                                                  Impassible voyageur du rêve, il voulut savoir le vent. Voir quelle béance inouïe donne le jour à cet enfant de la couche éphémère qu’en toute saison la froidure, lasse de ses hivers, ouvre à la chaleur des étés.

                                Imprévisible nourrisson de croissance prodigieuse, adulte en un éclair ou vieillard sénile à la pyramide des heures écroulée, il le voulut pétrir de ses membres frêles, il désira le voir de ses yeux aveuglés.

                                                           Il le vit à l’aile de l’oiseau, le vit à la feuille, le vit à la ride des eaux, crut saisir à la voile sa forme impénétrable, remonta son flot des journées entières ; il connut son reflux auprès du flanc des monts, son silence au plus profond des forêts, son hurlement aux cols et aux cimes, il le vit abattre des arbres, écrouler des villes entières et sombrer des navires ;

il crut enfin mourir dans le désert profond sous l’aiguillon des sables,

                                                                                         Mais il ne put trouver la Porte du vent.

 

 

 Jyssépé 08-09 2019

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22 août 2019

Si seulement...

 

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Station de métro "Arènes", Toulouse, 2012.       

 

Si seulement…

                          

Dans le grand ver de métal qui se tord sous la cité,

deux regards furtifs se sont croisés,

se sentant fautifs se sont abaissés

aux motifs du plancher crasseux ;

puis de concert se sont retrouvés

le temps d’un sourire esquissé.

 

Mais déjà le Temps, ce tortionnaire,

a séparé l’homme et la femme :

emporté par la machine inhumaine il l’a vue,

lentement dévorée par l’escalator,

quitter sa vie à jamais.

Les portes se referment, tout s’enfuit.

 

Ils auraient pu s’aimer.

Si seulement…

 

 

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JCP 08 2019

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18 août 2019

Alice au pays des Merveilles

NOTE : Second article le plus consulté de ce blog, "Alice au pays des merveilles" a été remonté du fond du puits de l'oubli (30 janvier 2018) vers la lumière du jour présent (18 sept. 2019).

 

Walt Disney

ALICE AU PAYS DES MERVEILLES

Dessin animé réalisé en 1951, inspiré du conte écrit par Lewis Carroll en 1865

Quelques répliques

 

1

Soeur d’Alice : Dans son monde ? En voilà des divagations, allons.
Alice : Des divagations ?
Soeur d’Alice : Recommençons depuis le début.
Alice : Oui c’est ça Dinah, c’est bien ça, dans mon monde à moi, il n’y aura que des divagations. Comme disent les grands, les choses ne seraient pas ce qu’elles sont, au contraire, elles seraient ce qu’elles ne sont pas. Je suis sûr que ce serait mieux. Hein Dinah ? Qu’en dis-tu ?
Dinah : Miaou.
Alice : Dans mon monde, tu ne dirais pas miaou, tu dirais “Oui mademoiselle Alice”.
Dinah : Miaou.
Alice : Naturellement tu parlerais comme les personnes, Dinah, et les autres animaux aussi.

 

 

2

Dinah : Miaou Miaou Miaou.
Alice : Mais enfin Dinah, ce n’est qu’un lapin avec une veste… Et une montre !
Lapin Blanc : Oh par mes moustaches, je suis en retard, en retard, en retard.
Alice : C’est très curieux, ce lapin est en retard, pourquoi faire ? Eh monsieur !
Lapin Blanc : En retard, en retard, j’ai rendez-vous quelque part, je n’ai pas le temps de dire au revoir, je suis en retard, en retard.
Alice : Il faut que ce soit très important, une fête ou quelque chose de ce genre. Monsieur lapin, attendez-moi.
Lapin Blanc : Non, non, non, non, non, non, non, quelqu’un m’attend, vraiment c’est important, je n’ai pas le temps de dire au revoir, je suis en retard, en retard.

 

 

3

Alice : Au revoir Dinah, au revoir !

 

 

4

Alice : Je suis à la poursuite d’un lapin blanc, alors si vous voulez bien… Il est là, il est là, laissez-moi passer, soyez gentil.
La poignée de porte : Désolé, voyez la porte est trop petite, elle est tout à fait impassable.
Alice : Vous voulez dire impossible ?
La poignée de porte : Non impassable, rien n’est impossible.

 

 

5

Alice : Oh, voilà vraiment de curieux petits personnages… Tweedle Dee et Tweedle Dum.
Tweedle Dee et Tweedle Dum : Si vous nous croyez en cire, payez votre entrée. Et si vous nous croyez vivants, vous devez nous parler, c’est plus correct.

 

 

6

Alice : Oh non, non, j’en ai assez !
Lapin Blanc : Marianne ? Mais qu’est-ce qu’elle peut bien faire ? Marianne si jamais… Au secours ! Au secours, un monstre, un monstre chez moi, au secours, un monstre!

 

7

Le Dodo : On n’est pas aidé ici, on n’est pas aidé.

 

 

8

Les Fleurs : Croyez vous que ce soit une fleur sauvage ?
Alice : Oh non, je ne suis pas une fleur sauvage.
Les Fleurs : Alors de quelle variété, de quelle branche, de quel genre êtes-vous ma chère ?
Alice : Disons, si vous voulez, que j’appartiens au genre humain, variété Alice.

 

 

9

Les Fleurs : Ahaha, regardez-moi ces drôles de tiges.

 

 

10

La Chenille Bleue : Oh quel air étrange.
Alice : Ma foi je, enfin ça ne m’étonne pas, j’ai changé si souvent depuis ce matin que je ne sais plus qui je suis.

 

 

11

Alice : Je voudrais être un peu plus grande.
La Chenille Bleue : Pourquoi ?
Alice : Ca tombe sous le sens, avouez que dix centimètres, c’est une taille ridicule.
La Chenille Bleue : J’ai dix centimètre de la tête à la queue jeune fille et j’estime que c’est une bonne taille, sans aucun doute !

 

 

12

Alice : Mais, mais vous êtes un chat.
Le Chat du Cheshire : Oui, un chafouin.

 

 

13

Le Chat du Cheshire : Oh, à propos, si vous tenez vraiment à le savoir, c’est là qu’il est passé.
Alice : Mais qui donc ?
Le Chat du Cheshire : Un certain lapin.
Alice : Vous en êtes sûr ?
Le Chat du Cheshire : Sûr de quoi ?
Alice : Qu’il est allé par là.
Le Chat du Cheshire : Qui donc ?
Alice : Et bien le lapin.
Le Chat du Cheshire :Quel lapin ?
Alice : Oh mais vous venez de le dire il y a peine une minute, oh c’est agaçant.

 

 

14

Alice : Oh je vous remercie, je vais aller voir le lièvre.
Le Chat du Cheshire : Naturellement il est fou lui aussi.
Alice : Mais je n’ai aucune envie de voir des gens complètement fous.
Le Chat du Cheshire : Oh mais il n’y a rien à faire, parce que tout le monde est fou ici.

 

 

15

Lièvre de Mars : Un joyeux non-anniversaire.
Alice : A moi ?
Le Chapelier Fou : A vous !
Lièvre de Mars : Un joyeux non-anniversaire.
Alice : A moi ?
Le Chapelier Fou : A vous!

 

 

16

Lièvre de Mars : Mais qui est Dinah ?
Alice : Mais Dinah, c’est mon chat.
Loir : Chat ? Chat, chat, chat, chat, chat !

 

 

 

17

Le Chapelier Fou : Pourquoi un corbeau ressemble-t-il à un grain de sel ?
Alice : Une devinette, attendez un petit instant, pourquoi est-ce qu’un corbeau ressemble à un grain de sel ?
Le Chapelier Fou : Je vous demande pardon.
Alice : Pourquoi un corbeau ressemble-t-il à un grain de sel ?
Le Chapelier Fou : Qu’est-ce qu’elle raconte ?
Lièvre de Mars : Mais c’est elle qui a un grain.

 

 

18

Le Chapelier Fou : Si vous croyez que ça m’étonne, votre horloge est détraquée, elle retarde de deux jours.
Lapin Blanc : De deux jours ?
Le Chapelier Fou : Deux jours et dix secondes, oh malheur, mais nous allons arranger ça. Rien d’étonnant, cette mécanique est pleine de mauvaises dents.
Lapin Blanc : Oh ma pauvre montre.
Le Chapelier Fou : Et de vis.

 

Lapin Blanc : Oh mes roues, mes ressorts, non mais attendez, attendez.
Le Chapelier Fou : Bien sûr, c’est évident, il faut du beurre. Du beurre !
Lièvre de Mars : Du beurre !
Lapin Blanc : Du beu… Oh non.
Le Chapelier Fou : Du beurre, oh il n’y a rien de meilleur pour les rouages.

 

Lapin Blanc : Du beurre, ah non, non, non, vous allez faire des miettes.
Le Chapelier Fou : Oh celui-là est garanti sans miette ! Qu’est-ce que vous disiez mon cher ?
Lièvre de Mars : Thé !
Le Chapelier Fou : Du thé, je n’y avais pas songé, bien sûr, il faut du thé.
Lapin Blanc : Ah non, ah non, ah non, pas de thé.

 

Lièvre de Mars : Du sucre ?
Le Chapelier Fou : Du sucre ? Deux cuillerées, deux cuillerées seulement je vous remercie.
Lapin Blanc : Écoutez, faites attention à ma montre je vous en supplie.
Lièvre de Mars : Confiture ?
Le Chapelier Fou : J’oubliais la confiture, un oubli regrettable, c’est comme ça qu’arrivent les accidents.

 

Lièvre de Mars : Moutarde ?
Le Chapelier Fou : Moutarde ! Oui… Moutarde ? Ne soyez pas ridicule. Un peu de citron c’est différent. Maintenant elle doit marcher. Regarder ça !
Lièvre de Mars : Elle devient folle.
Alice : Oh miséricorde.
Lapin Blanc : Oh seigneur.
Lièvre de Mars : Montre folle, montre folle, montre folle !

 

Le Chapelier Fou : Oh le thé ? Vous croyez que c’est le thé ? Je parie qu’il était trop fort.
Lièvre de Mars : Il n’y a qu’un moyen d’arrêter une montre folle ! BAM !
Le Chapelier Fou : Deux jours de retard, c’est inguérissable.

 

 

19

 

La Reine de Coeur : Qui ose peindre mes roses en rouge ? Qui ose peindre mes roses en rouges? Qui a souillé d’un rouge épais mes plus jolis rosiers ? Il faut qu’on punisse ces traites, on leur coupera la tête !

 

 

20

La Reine de Coeur : Qu’on leur coupe la tête !

 

 

21

La Reine de Coeur : Est-ce que l’accusée est prête à entendre la sentence ?
Alice : La sentence ? Oh mais auparavant je dois être jugée.
La Reine de Coeur : La sentence d’abord ! On vous jugera après, effrontée !
Alice : Mais c’est contraire à la loi.
La Reine de Coeur : La loi c’est moi, jeune péronnelle.
Alice : Oh c’est une belle loi votre majesté.
La Reine de Coeur : Vous avez compris mon enfant… Argh, coupez lui la tête !

 

 

22

 

Alice : Et quant à vous, votre majesté, votre majesté, c’est trop drôle, vous n’êtes pas une reine, vous n’êtes qu’une vieille pompeuse tyrannique, méchante, grossière et laide.
La Reine de Coeur : Qu’étiez-vous en train de dire ma chère ?
Le Chat du Cheshire : Elle disait que vous étiez une vieille pompeuse tyrannique, méchante, grossière, laide.

 

 

23

 

La Poignée de Porte : Toujours verrouillée vous savez.
Alice : Mais la reine, je dois absolument sortir.
La Poignée de Porte : Mais voyons, vous êtes là.
Alice : Quoi ?
La Poignée de Porte : Voyez vous même.
Alice : Mais c’est moi, et je suis endormie.

 

 FIN

16 août 2019

L’Autrefois

 

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                                                                                                                  Sur la plage d'Étel, rive gauche, face au phare.

                   

                                                                                                                      À François Cheng

 

Géant des poussières si doux sous mon pied

et fuyant à mes doigts,

me parleras-tu de cet Autrefois si vaste

qu’il ne tient complet en la pensée humaine ?

 

As-tu connu dis-moi

la fureur de la flamme où naissent les étoiles,

explosion d’éternités au creuset de la vie,

forge d’univers qui, au sac et au ressac,

                                                         Ainsi t’abandonna ?

 

Dis-moi vite ta vie car il faut que l’on meure,

dis-moi ton lent voyage qui de si long temps

                                               Te déposa sur cette plage.

 

 

JCP 08 19

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18 juillet 2019

Construire un shoggi

Article le plus consulté de ce blog devant "Alice au pays des merveilles" et "Les Tontons flingueurs", cet article déjà ancien a été enrichi, et "remonté" vers l'instant plus proche d'un présent déjà passé pour ces mots, mais qui sera le vôtre dès que vous les lirez. :

Dernières mises à jour : 17 décembre 2018, 15 février 2019, 18 septembre 2019

◄►

Construire un shoggi démontable

pour la méditation en voyage, dans la nature, au jardin,

au dojo, ou simplement chez soi

 

           Le shoggi est le tabouret de méditation utilisé en remplacement du coussin traditionnel, le zafu, lorsque le méditant ne peut l'utiliser pour des raisons personnelles (douleurs articulaires excessives, arthrose, âge, séquelles d'interventions chirurgicales ou simple préférence) :

 

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MÉDITER TOUT DE SUITE

                     N'exigeant pas d'initiation et ne provocant pas de douleurs articulaires, le shoggi permet de méditer quasi-immédiatement dans une posture stable.

Ainsi les gens pressés, si nombreux aujourd'hui, peuvent-ils commencer à méditer sans "perte de temps". Et qui sait s'ils ne reconnaîtront pas bientôt que, comme le dit le proverbe patagon "Quien se apura pierde su tiempo" - Qui se presse perd son temps.

 

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                                        Cependant, les shoggis du commerce rencontrés, souvent à taille unique et généralement trop bas, peuvent provoquer des douleurs articulaires ou des crampes dues aux membres inférieurs trop fortement repliés (selon morpholgie). Fait aggravant, à l'opposé du zafu, ils ne sont aucunement rembourrés.

D'où l'intérêt d'en construire un adapté à sa morphologie, tout en y apportant plus de confort. Le cintrage de l'assise ne paraît pas vraiment utile. (Autrement qu'à compresser le nerf sciatique - certaines/certains comprendront.)

Et pourquoi ne pas le construire le plus léger possible et facilement démontable pour le voyage et la méditation dans la nature (valise, sac à dos).

Pour une personne de poids moyen, on peut oser le contreplaqué de 10 mm., qui s'avère suffisamment rigide et résistant, même sur sol inégal. Les trous et la forme trapézoïdale de l'assise n'ont d'autre objet qu'un poids optimisé, ici 844 grammes. Si l'on a des craintes, passer à 12 mm. comme décrit en second, bien qu'en cas de rupture on ne puisse guère tomber de haut.

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Un peu de géométrie, un soupçon de mécanique (les lois du plan incliné) :

P étant le poids du méditant, les efforts se décomposent en F1 (effort sur l'assise du shoggi) et F2 (effort vers l'avant se transmettant aux genoux). On voit que, si l'angle augmente, l'effort sur les genoux augmente. Un shoggi horizontal (tabouret banal) ne transmettrait aucun effort aux genoux. Un angle d'assise proche de la verticale transmettrait au contraire une grande part du poids du corps sur les genoux.

Or, un léger effort sur les genoux s'avérant indispensable à la bonne stabilité en méditation, un équilibre, en accord avec la morphologie du méditant, est donc à trouver.

 

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 Critères à prendre en compte :

- La hauteur : selon la souplesse des membres inférieurs (genoux, chevilles), le volume des mollets et la taille de la personne. Ici 213 mm. hors tout pour une taille de 1m. 75.

- L'angle d'inclinaison de l'assise, qui fait basculer le bassin vers l'avant et cintrer légèrement le dos. De 7 à 10°, ici 7,5°.

Noter que le shoggi démontable permet de remplacer les pieds dans d'autres hauteurs et avec un angle différent, pour arriver à la bonne ergonomie après tâtonnements. (Le contreplaqué est une denrée bon marché).

 

FOURNITURES :

- Contreplaqué 10 mm. du shoggi présenté en premier pour un poids total de 844 grammes (utilisateur poids 70 KG et taille 1m75) :

Assise : 160 mm. X 420 mm.

Pied : 160 mm. X 183 mm. Petite hauteur : 162 mm. (angle 7,5 degrés). Prévoir dès l'achat du prédécoupé (rectangulaire à recouper pour l'inclinaison) plusieurs jeux de pieds.

- Profilé de bois léger raboté plus ou moins carré 22 mm. X 25 mm. ou 23 X27 selon provenance.

- 8 Vis à bois tête fraisée 90° Ø 5 X 30 mm. pour assembler les 4 "carrés" sur l'assise.

- 2 Boulons à bois tête ronde collet carré M6 X 60 mm.

- 2 Écrous papillon M6.

- 2 Rondelles plates Ø 6 mm (facultatif).

- Plaque caoutchouc mousse haute densité épr. 10 mm. à découper au cutter (ici 2 épaisseurs) ; coller à la colle néoprène. La mousse basse densité s'affaisse rapidement.

- Papier verre

- Lasure, peinture, vernis, finition au choix ou pas de finition.

 

OUTILLAGE :

Courant : perceuse, foret Ø 5, Ø 6, scie égoïne, vrille, tournevis...

 

DÉTAIL D'ASSEMBLAGE IMPORTANT :

Assembler chaque pied et ses 2 bouts de "carrés" de 22 X 25 mm avec le boulon à bois écrou papillon bien serré avant de visser les 8 vis à bois (2 par carré) depuis le haut de l'assise. (Afin de permettre le serrage efficace et sans jeu du pied entre les deux carrés par la suite).

 

SUGGESTION : qui osera la fibre de carbone pour moins de 400 grammes ?...

 

 Shoggi de voyage 844 grammes

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Aucune difficulté pour le moindre des bricoleurs (trous d'allègement et assise trapézoïdale en option). Le chanfreinage des deux carrés d'extrêmité permet de ne pas gêner les talons.

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Esthétique et finitions n'ont pas été privilégiées (mais on le peut).

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***

 Construction plus simple avec du CP de 12 mm au lieu de 10 (poids 1.044 grammes)

Pieds et assise vue de dessous

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Pieds et assise vue de dessus montrant les 8 vis Ø 5 X30 F/90° de fixation des 4 taquets avant le collage du revêtement mousse.

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Croquis rapides pour le shoggi ci-dessus réalisé en contreplaqué de 12 mm. 1 Clic pour récupérer l'image à la taille réelle.

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 Cotes entre parenthèses données pour une personne de taille moyenne

 

Plaque de mousse utilisée (vendue dans les grandes surfaces de bricolage)

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 Fabrication en petite série

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Nouvelle série (collection d'automne)

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***

 

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Plus simple de construction et plus "civilisé", un shoggi "de salon" taillé dans un profilé de bois courant (140 mm X 27mm).

Assemblage par 6 vis à tête fraisée et rembourrage identique au précédent. La baguette sur le pourtour retient le tissu élastique (jersey fluide type jambe de pantalon féminin) qui recouvre la plaque de caoutchouc mousse haute densité.

Poids : 1.500 grammes.

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DANS LA NATURE

                                                

                    Construire des pieds de shoggi pour méditer dans la nature (ou dans son jardin) nécessitant une surface d'appui au sol plus importante qu'en intérieur (ça s'enfonce, tiens !), on peut élargir les pieds à la base par simple collage, ou collage-chevillage comme ici, d'un profilé de bois léger de 25 mm X 20 mm par exemple. Prévoir aussi ces pieds-là un peu plus hauts pour les mêmes raison d'enfoncement et de sol irrégulier (+2 cm. par exemple).

Prévoir plus large en cas de sol marécageux ou de pratiquant(e) corpulent(e)...ou plus encore si les deux conditions sont réunies !

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 Détail des pieds.

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Shoggi utilisé ici en simple tabouret avec des pieds élevés pour contemplation, lectures édifiantes, affût de photo animalière, pêche (no kill please), chasse au Snark, grattage archéologique, repiquage de salade ou cueillette scientifique de pâquerettes...

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PLAIDOYER POUR UN SHOGGI

               Il est à noter que le shoggi n'est pas toujours le bienvenu dans certains dojos, les puristes ne jurant que par le zafu. Si la posture sur shoggi peut rivaliser en stabilité avec le zafu, elle présente en effet une moindre ouverture des membres inférieurs (peu notable cependant si on écarte suffisamment les genoux), ce que certains maîtres hindous considèrent comme néfaste, notamment, à la circulation des énergies. Il est bon cependant de considérer l'état physique, comme l'âge et le manque de souplesse de celle ou celui à qui le zafu est impossible : méditer sur shoggi ou ne pas méditer, telle est la question.

La position sur shoggi peut paraître en tout cas préférable à celle d'un lotus approximatif ou, pire, à celle sur chaise.

              Certain dojo parisien interdirait même (de nos jours) la pratique sur shoggi - et donc exclurait par là le pratiquant aux prestations physiques réduites par l'âge ou les accidents de la vie, au mépris de sa sincérité : où est, si chère au bouddhisme, la compassion ? - Noyée dans l'oubli de ceux qui souffrent (physiquement) au profit d'une élite jeune et sportive capable d'un lotus flamboyant ?

 

JCP  Février-Décembre 2018, février 2019

07 juillet 2019

Altri progetti ("Monde Neuf", 1018)

 

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Altri progetti

 

Il a haussé le ton et son geste s’anime.

Il insuffle au néant sa vision d’outre-monde,

instance manifeste au creuset de la Vie :

le cours de l’existence a tremblé sous son doigt.

 

Il rassemble, prend et presse entre ses mains

l’argile crue du vide cosmique,

unit toute étincelle en un creuset unique,

mais son vouloir s’érode et son geste prend fin.

Il sait alors que le Monde Neuf se fera sans lui.

 

Les jours s’enfuient, rejetant leur durée ;

toute trace effacée, objet-sujet fusionnent,

le permanent se meurt au pied de toute cause,

et seul le temps muet sait l’avenir des roses.

 

 

Jyssépé 04-06 19

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13 juin 2019

Calligraphie (1025)

 

                          

Laisse de haute-mer,

longue ligne tracée haut sur le sable,

débris asséchés repris des eaux futures

et reconduits tant de fois encore…

 

Voyage au gré de la vague et des vents

de feuillages lointains,

herbages surgis des profondeurs,

squelettes rompus d’êtres marins ;

âcres fumets de décompositions

séchant au soleil.

 

À l’encre venue d’outre-rive se trace,

sinueuse sur le sable des grèves,

la fugitive calligraphie des mers.

 

 

 

JCP 06/2019

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06 juin 2019

Méprise (0897, "Monde Neuf")

              

          Le grand miroir des ombres vertes a capturé monture et cavalier, mais l’embellie d’image à foison de galop laisse au silence intime une place inchangée. La balance, on le voit, penche du bruire et de l’agir vers un plus grand repos.

         Impropres à la pierre, des frissons de surface augurent d’un grand déséquilibre, car si l’herbe du chemin n’est pas encore née, les eaux noires du lac se parent des diamants que lui offre le vent, signes flagrants d’un autre devenir.

          Les voix se sont tues. Une fin plane ici, mais nul n'a vu le début. Et l’on redoute un effet orbital que l’inversion des gravités pourrait compenser mais les altitudes, trahies par le vent, doivent s’y refuser.

           Présage funeste, barrières brisées, murets de pierre sèche renversés, le bétail des estives a rejoint la vallée.

          Ce monde, qui vient de reprendre une gestation laissée inachevée, n’était pas pour l’homme.

 

 

JCP 04/18 - 06/19

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26 mai 2019

Souffles (1015, "Monde Neuf")

Souffles

 

                                                                   À St John Perse

 

C’étaient des vents immenses,

de vastes vents de continents qui repoussaient tous sables,

ailleurs de terres pures aux frontières coureuses d’un ouest sans ses mers.

 

Comblés les sillons de la terre, repoussées les rivières,

se découvrait à nu l’espace vierge, hypothétique promesse de vie,

page blanche offerte à toute création.

 

Mouvements innés de grands siècles cosmiques,

bouleversements des plus grandes eaux,

vacuité des grèves au ressac invisible

où jaillit l’inéquitable aux alarmes d’interrègne…

 

Du plus loin des terres désolées

s’unissent aux sables des mers accourues,

et le hurlement des vents qui s’apaise

voit la renaissance lente des herbes tendres de la vie.

 

 

Jyssépé 04-05 / 2019, inspiré par le recueil de poésie « Amers » de St John Perse

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08 mai 2019

Dernier acte (1006, "Monde Neuf")

 

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Longtemps caché sous l’herbe un destin se fait jour.

Et, par l’aube initié, l’indicible parcours

Tisse sa trame et court, saluant l’ancien rôle

D’une vie consumée dès la fusion des pôles.

 

À l’armée des nuées qui veille à ce destin,

Échappe un arc-en-ciel qui lentement déteint,

Et l’animal qui court sait le prix de sa fuite,

Sous un ciel déchiré où le soleil s’effrite.

 

Aux terres en fureur, l’horizon égaré

Se soumet pour un temps aux puissantes marées,

Et de grands oiseaux noirs, éreintés de leur pondre,

Fuient les balcons du ciel qui lentement s’effondrent.

 

Vaste galette brune aux vers désemparés,

Racines vers le ciel, l’arbre déraciné

Implore la nature, mais sa sève s’écoule

Aux grands embrasements terrorisant les foules.

 

Exécrable contour aux chaînes délaissées,

Serpent d’acier luisant que la foudre laboure,

Délaisse ton assise au profond des forêts,

Et soumets ton corps pur à sa seule bravoure !

 

Sous la coulée du sang, la blessure dorée

S’évapore et les dieux, autrefois adorés,

Succombent sous les coups d’une foule compacte :

L’ancienne création a vu son dernier acte.

 

 

Jyssépé 03-04 2019

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21 avril 2019

Appareillage (1017, "Monde Neuf")

 

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Que la barre en ce jour tourne seule à nos mains

et toi, destinée, offre l’aile promise :

- Est-il destin sans aile, est-il avenir sans inconnu ?

 

Et nous voguerons, toutes voiles offertes

aux longs vents du large,

souffles délicieux au parfum de péril.

 

Rêve incréé,

de tes vaisseaux étranges

aborde-nous aux vastes terres bleues !

Tout nuage aux étables du ciel,

couche le soleil sur son grand lit de palme

et sous la brise, exquise à l’arbre musicien,

laisse nos sens ravis au chant de la feuillée

s’emplir du songe doux…

Et nous retournerons, lourds des senteurs du large,

heureux jusqu’au prochain partir.

 

Jyssépé 04 19

 

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14 avril 2019

L'ombre de Sisyphe (0980, "Monde Neuf")

 

Comme apparue du fond des âges,

la pierre toujours dévalée qu’un même effort remonte

brûle son lent volume d’une érosion de parade,

et rien ne paraît vouloir changer.

Le rocher redescend et les pôles demeurent :

Impérieuse gravité que l’homme laborieux apprend encore à vaincre.

 

Avenir mal bâti d’une brique friable,

tu étais pourtant beau,

déposé sur la table à la lueur des lampes !

 

Mais tant d’écrits de l’homme s’érigent en vanité

qu’aux méandres de l’esprit la pensée peut grandir,

mais l’ombre de la main qui parcourt l’escalier

n’en balaiera jamais un seul grain de poussière.

 

 

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Jyssépé  01-03 / 2019

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06 avril 2019

Citation

 

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Talleyrand (1754-1838)

« La politique ce n'est qu'une certaine façon d'agiter le peuple avant de s'en servir. »

 

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02 avril 2019

Tsunami (P0051)

                                                   

                                      C’était en ces montagnes qui ferment tout au sud le beau pays de France et que d’aucuns, venus du nord, croient douces. Ici, une invisible ligne-frontière pourfend sans état d’âme lacs et sommets sans qu’ils en souffrent - autrement qu’à apprendre le parler du voisin.

Le périple était long, la charge pénible, et le risque était celui, banal, de la haute-montagne, incluant la chute, la blessure et la mort. Tout vrai montagnard sait. Au nord de ce sud-là, l’été, dans sa jeunesse, obéit encore au vieil hiver qui s’octroie dans l’ombre d’éternels territoires blancs.

Le sac lourdement chargé enfin déposé sur la paille d’hiver que la neige abandonne, tente montée sans empressement tout au bord du lac superbe, un repas généreux tiré du sac couronna la rude journée d’ascension. Dans la contemplation du vaste paysage, les sombres aiguilles le clôturant au sud étaient dominées toutes par le sommet longtemps rêvé, curieux pain de sucre à la cime tronquée de biais, but suprême d’un lendemain espéré beau. Et se dessine au loin une part du chemin à parcourir qui, vu du bas, parmi roche et névés, semble difficile.

Coucher de soleil étincelant mais bref reflété par les eaux du lac, la nuit tombe. Il faut dormir : le minuscule réveil à pile est sur cinq heures.

Mais au creux du sommeil un rêve se précise :

Cascades et rochers, neiges croûteuses et glacées, tout coule et s’écroule à mon passage et me poursuit ! J'esquive et reste sauf, mais pour combien de temps ? Des torrents débordés me pourchassent, et je cours à toutes jambes devant ces eaux grondeuses, qui déjà m’atteignent aux jambes et me renversent : je suis dans l’eau glacée, je suffoque, le froid me réveille.

- Et me réveille vraiment, car ce n'est plus un rêve : duvet noyé, l’eau est dans la tente ! Je tire la fermeture et malgré le noir où je suis plongé, je vois mes souliers, aspirés par le ressac bouillonnant, s’échapper sous la toile. Assis dans l’eau, tous vêtements noyés, le lac déborde par vagues !

Une fermeture éclair plus tard, grelottant dans la nuit, à quatre pattes sur la pelouse où l’eau se retire peu à peu, une muraille blanche oscille lentement devant moi, tel un navire à quai me cachant la vue. Une faible lueur à l’est annonce le lever du jour.

Alors je sus :

L’énorme pont de neige et de glace qui enjambe le torrent alimentant tout lac de montagne et subsistant tard en saison, sollicité par les premières chaleurs, avait basculé tout entier dans les eaux du lac en pleine nuit, créé un raz de marée et inondé tente et occupant endormi : quel réveil ! Tente qui, de bonne conception, résista*.

Stupide : camper à deux mètres du bord !

Soleil d’été enfin levé haut et fort (une chance), je pus courir me sécher tant bien que mal devant le poêle du refuge le plus proche où je passai la nuit suivante (duvet mouillé…) - non sans avoir escaladé sans dommage le Maupas malgré son final délicat, but de ce périple qui faillit tourner court au bord d’un « paisible » lac de montagne.

Le prestige - rare - de mourir noyé en altitude sous les marées lacustres d’un improbable mont Saint-Michel des montagnes m’ayant été refusé, je dus bien retourner, sauf mais heureux, vers les plates campagnes au vert imbécile et sans panache, des banlieues toulousaines.

Et ce fut avec verve et faconde plus que marseillaises que je me plus à conter cette histoire, plus rare pour l’humain que pour le lac de montagne en début d’été.

Ce modeste vécu, au fil des ans, finit même par se dire aventure de haute bravoure, dont la rhétorique de dithyrambe alambiqué sut transporter son auditoire plus haut que les sommets pyrénéens ! Car, qu’est-ce à la fin que conter sans embellir, sinon manquer de respect pour qui écoute, et risquer de lasser - rose sans parfum - d’un dire sans saveur.

 

 

 

 ◄►

 * Non, c'était pas du "Quechua" .

Jyssépé 02-04 2019

 

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En images (mi-Juillet 1992)

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                                                                                                             Toit des Pyrénées, l'Aneto (3.404 m., Espagne)

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Pics du Luchonnais, supérieurs à 3.000 m. pour la plupart.

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Flèche : la tente

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                                                                                         Le Maupas (3.109 m.)

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Jyssépé

 

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25 mars 2019

More (Film de Barbet Schroeder)

 

 

More* ou : Chemins obliques

 

Par l’éclat de lumière qui partout se répand,

Il n’est plus en tous lieux que milliers d’éclairs blancs.

- Faudra-t-il vivre aveugle ou coudre ses paupières ?

- Où se cache la mort, est-ce la fin des temps ?

 

Un bouillonnement sourd partout se fait entendre,

l’horizon s’est courbé en arc tendu à rompre,

et les ombres les plus sombres

s’éclairent de lents éclairs violets.

 

Mais la crainte se retire

sous un déferlement de beautés indicibles.

Et, les yeux débordants d’étoiles,

on court à pleine haleine

aux flaques spiralées

d’un arc-en-ciel déliquescent

qui se répand sur les rochers,

dégoutte en larmes irisées,

coule dans la mer,

et s’y fond en fumées rousses.

 

Le silence se fait sur ce prodige,

à peine troublé d’un sifflement très doux

rythmé des battements plus lents

d’un cœur qui s’apaise.

 

Accrochées au ciel,

des ailes de géant

ferment soudainement

l’accès à la mer :

il faut combattre.

 

Et le guerrier,

blessé mais victorieux,

reçoit dans l’herbe douce le baiser sans fin,

celui que la Femme-serpent

doit au héros de légende.

 

Sur la roche brûlante de soleil,

c’est dans ce plat de terre

que tout un monde fascinant,

sans cesse à la poursuite de son ombre,

trouve la lumière et la décompose

aux rapides éclats du vif-argent.

 

Creuset unique où se fond toute perception,

le monde neuf qui vient de naître

se ramifie sans cesse,

et fait corps avec un mental

qui se réjouit de ces beautés uniques :

il faut vivre cette vie sans limites.

 

Sur la colline embaumée de fleurs,

offertes toutes au soleil qui se lève,

l’éternelle syllabe d’un Orient de mystère

se répand sur la mer, qui brasse ses diamants

sous un ciel aux couleurs prodigieuses :

- Ooommm…

- Ooommm…

Quitter cet univers se verrait déchirement -

et la mort vaudrait mieux !

 

Mais l’irréel comme le rêve

ne sont que fleurs fragiles,

y graviter confiant pèse à la vie future…

 

Toujours un présent neuf

vient détrôner l’ancien :

les sons, les couleurs et les sensations

au vent de cette fête n’étaient que rêverie,

et ce souffle si doux s’apaise tristement.

 

Tout s’écroule.

Le temps reprend ses jouets.

Tout disparaît.

Morne et banale, la vie aux saveurs fades reparaît.

- Sans rémission ?

- Le vécu, le connu ne peuvent-ils se revivre ?

 

L’irrésistible désir d’un nouveau périple

fait alors son chemin,

germe dans le terreau fertile d’un corps déjà soumis,

que l’esprit entraîne puissamment…

 

Trop puissamment.

 

Jusqu’au bout.

Jusqu’à la fin.

Jusqu’au grand silence de la fin.

 

La fin.

 

 

Images en diaporama du film de Barbet Schroeder

 

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* « More », de l’anglais « plus, davantage, toujours plus loin », film de Barbet Shroeder (1969), où le personnage principal, entraîné par la passion amoureuse, connaît la descente aux enfers de la drogue jusqu’à la mort. Musique : Pink Floyd.

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18 mars 2019

3, 4, 5 ; Trinité !

 

                                                                                    À Montesquieu

 

Connu des pharaons, prodige de rigueur

Où l’angle droit s’impose à l’œil du bâtisseur,

Triangle 3-4-5, c’est ainsi qu’on t’appelle,

Et tu guides toujours la pioche ou bien la pelle.

 

Pythagore dit-on, sans boire et sans manger,

Te contempla dix jours nourri de ta beauté !

Triangle 3-4-5, il est tant de merveilles

Enfouies dans nos cœurs que ton tracé réveille…

Poésie de la forme, ô triangle parfait,

Sois pour toujours mon Dieu, je serai ton sujet !

 

Ainsi je te vénère, ô Trinité Unique,

Et t’offre ces versets, où la mathématique,

Chant pur, accent divin, exprime clairement

Que toi, Plus Grand des Dieux, vis seul au firmament :

c = √ (a² + b²)

5 = √ (3²  + 4²)

5 = √ (9 + 16)

5 = √ 25

5 = 5 : Plénitude de l’exact, beauté parfaite,

Donnerons-nous un jour la majuscule au chiffre ?

 

Toi, Vertige Divin, Ange de complétude,

Toujours, du haut des Cieux, sois ma béatitude !

 

◄►

 

(- On peut bien adorer le Coq ou la Pendule, mais soyons vigilants :)

http://chansongrise.canalblog.com/archives/2018/03/20/36246470.html

 

 

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Jyssépé 03 2019, Thème proposé aux Impromptus Littéraires : "Si les triangles faisaient dieu, ils lui donneraient trois côtés" (Diderot, Lettres persanes).

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