La Chanson Grise

 

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07 juillet 2019

Altri progetti ("Monde Neuf", 1018)

 

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Altri progetti

 

Il a haussé le ton et son geste s’anime.

Il insuffle au néant sa vision d’outre-monde,

instance manifeste au creuset de la Vie :

le cours de l’existence a tremblé sous son doigt.

 

Il rassemble, prend et presse entre ses mains

l’argile crue du vide cosmique,

unit toute étincelle en un creuset unique,

mais son vouloir s’érode et son geste prend fin.

Il sait alors que le Monde Neuf se fera sans lui.

 

Les jours s’enfuient, rejetant leur durée ;

toute trace effacée, objet-sujet fusionnent,

le permanent se meurt au pied de toute cause,

et seul le temps muet sait l’avenir des roses.

 

 

Jyssépé 04-06 19

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26 juin 2019

Construire un shoggi

Rencontrant un intérêt renouvelé, cet article déjà ancien a été enrichi, et "remonté" vers l'instant plus proche d'un présent déjà passé pour ces mots, mais qui sera le vôtre dès que vous les lirez. :

Dernières mises à jour : 17 décembre 2018, 15 février 2019

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Construire un shoggi démontable

pour la méditation en voyage, dans la nature, au jardin,

ou simplement chez soi

 

           Le shoggi est le tabouret de méditation utilisé en remplacement du coussin traditionnel, le zafu, lorsque le méditant ne peut l'utiliser pour des raisons personnelles (douleurs articulaires excessives, arthrose, âge, séquelles d'interventions chirurgicales ou simple préférence) :

 

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MÉDITER TOUT DE SUITE

                     N'exigeant pas d'initiation et ne provocant pas de douleurs articulaires, le shoggi permet de méditer quasi-immédiatement dans une posture stable.

Ainsi les gens pressés, si nombreux aujourd'hui, peuvent-ils commencer à méditer sans "perte de temps". Et qui sait s'ils ne reconnaîtront pas bientôt que, comme le dit le proverbe patagon "Quien se apura pierde su tiempo" - Qui se presse perd son temps.

 

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                                        Cependant, les shoggis du commerce rencontrés, souvent à taille unique et trop bas, ne règlent pas le problème des douleurs articulaires dues aux membres inférieurs trop fortement repliés. Fait aggravant, à l'opposé du zafu, ils ne sont aucunement rembourrés.

D'où l'intérêt d'en construire un adapté à sa morphologie, tout en y apportant plus de confort. Le cintrage de l'assise ne paraît pas vraiment utile. (Autrement qu'à compresser le nerf sciatique - certaines/certains comprendront.)

Et pourquoi ne pas le construire le plus léger possible et facilement démontable pour le voyage et la méditation dans la nature (valise, sac à dos).

Pour une personne de poids moyen, on peut oser le contreplaqué de 10 mm., qui s'avère suffisamment rigide et résistant, même sur sol inégal. Les trous et la forme trapézoïdale de l'assise n'ont d'autre objet qu'un poids optimisé, ici 844 grammes. Si l'on a des craintes, passer à 12 mm. comme décrit en second, bien qu'en cas de rupture on ne puisse guère tomber de haut.

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Un peu de géométrie, un soupçon de mécanique (les lois du plan incliné) :

P étant le poids du méditant, les efforts se décomposent en F1 (effort sur l'assise du shoggi) et F2 (effort vers l'avant se transmettant aux genoux). On voit que, si l'angle augmente, l'effort sur les genoux augmente. Un shoggi horizontal (tabouret banal) ne transmettrait aucun effort aux genoux. Un angle d'assise proche de la verticale transmettrait au contraire une grande part du poids du corps sur les genoux.

Or, un léger effort sur les genoux s'avérant indispensable à la bonne stabilité en méditation, un équilibre, en accord avec la morphologie du méditant, est donc à trouver.

 

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 Critères à prendre en compte :

- La hauteur : selon la souplesse des membres inférieurs (genoux, chevilles), le volume des mollets et la taille de la personne. Ici 213 mm. hors tout pour une taille de 1m. 75.

- L'angle d'inclinaison de l'assise, qui fait basculer le bassin vers l'avant et cintrer légèrement le dos. De 7 à 10°, ici 7,5°.

Noter que le shoggi démontable permet de remplacer les pieds dans d'autres hauteurs et avec un angle différent, pour arriver à la bonne ergonomie après tâtonnements. (Le contreplaqué est une denrée bon marché).

FOURNITURES :

- Contreplaqué 10 mm. du shoggi présenté en premier pour un poids total de 844 grammes (utilisateur poids 70 KG et taille 1m75) :

Assise : 160 mm. X 420 mm.

Pied : 160 mm. X 183 mm. Petite hauteur : 162 mm. (angle 7,5 degrés). Prévoir dès l'achat du prédécoupé (rectangulaire à recouper pour l'inclinaison) plusieurs jeux de pieds.

- Profilé de bois léger raboté plus ou moins carré 22 mm. X 25 mm. ou 23 X27 selon provenance.

- 8 Vis à bois tête fraisée 90° Ø 5 X 30 mm. pour assembler les 4 "carrés" sur l'assise.

- 2 Boulons à bois tête ronde collet carré M6 X 60 mm.

- 2 Écrous papillon M6.

- 2 Rondelles plates Ø 6 mm (facultatif).

- Plaque caoutchouc mousse haute densité épr. 10 mm. à découper au cutter (ici 2 épaisseurs) ; coller à la colle néoprène. La mousse basse densité s'affaisse rapidement.

- Lasure, peinture, vernis, finition au choix ou pas de finition.

 

DÉTAIL D'ASSEMBLAGE IMPORTANT :

Assembler chaque pied et ses 2 bouts de "carrés" de 22 X 25 mm avec le boulon à bois écrou papillon bien serré avant de visser les 8 vis à bois (2 par carré) depuis le haut de l'assise. (Afin de permettre le serrage efficace et sans jeu du pied entre les deux carrés par la suite).

 

SUGGESTION : qui osera la fibre de carbone pour moins de 400 grammes ?...

 

 Shoggi de voyage 844 grammes

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Aucune difficulté pour le moindre des bricoleurs (trous d'allègement et assise trapézoïdale en option). Le chanfreinage des deux carrés d'extrêmité permet de ne pas gêner les talons.

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Esthétique et finitions n'ont pas été privilégiées (mais on le peut).

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***

 Construction plus simple avec du CP de 12 mm au lieu de 10 (poids 1.044 grammes)

Pieds et assise vue de dessous

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Pieds et assise vue de dessus montrant les 8 vis Ø 5 X30 F/90° de fixation des 4 taquets avant le collage du revêtement mousse.

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Croquis rapides pour le shoggi ci-dessus réalisé en contreplaqué de 12 mm. 1 Clic pour récupérer l'image à la taille réelle.

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 Cotes entre parenthèses données pour une personne de taille moyenne

 

Plaque de mousse utilisée (vendue dans les grandes surfaces de bricolage)

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 Fabrication en petite série

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Nouvelle série (collection d'automne)

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***

 

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Plus simple de construction et plus "civilisé", un shoggi "de salon" taillé dans un profilé de bois courant (140 mm X 27mm).

Assemblage par 6 vis à tête fraisée et rembourrage identique au précédent. La baguette sur le pourtour retient le tissu élastique (jersey fluide type jambe de pantalon féminin) qui recouvre la plaque de caoutchouc mousse haute densité.

Poids : 1.500 grammes.

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DANS LA NATURE

                                                

                    Construire des pieds de shoggi pour méditer dans la nature (ou dans son jardin) nécessitant une surface d'appui au sol plus importante qu'en intérieur (ça s'enfonce, tiens !), on peut élargir les pieds à la base par simple collage, ou collage-chevillage comme ici, d'un profilé de bois léger de 25 mm X 20 mm par exemple. Prévoir aussi ces pieds-là un peu plus hauts pour les mêmes raison d'enfoncement et de sol irrégulier (+2 cm. par exemple).

Prévoir plus large en cas de sol marécageux ou de pratiquant(e) corpulent(e)...ou plus encore si les deux conditions sont réunies !

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 Détail des pieds.

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Shoggi utilisé ici en simple tabouret avec des pieds élevés pour contemplation, lectures édifiantes, affût de photo animalière, pêche (no kill please), chasse au Snark, grattage archéologique, repiquage de salade ou cueillette scientifique de pâquerettes...

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PLAIDOYER POUR UN SHOGGI

               Il est à noter que le shoggi n'est pas toujours le bienvenu dans certains dojos, les puristes ne jurant que par le zafu. Si la posture sur shoggi peut rivaliser en stabilité avec le zafu, elle présente en effet une moindre ouverture des membres inférieurs, ce que certains maîtres hindous considèrent comme néfaste, notamment, à la circulation des énergies. Il est bon cependant de considérer l'état physique, comme l'âge et le manque de souplesse de celle ou celui à qui le zafu est impossible : méditer sur shoggi ou ne pas méditer du tout, telle est la question.

La position sur shoggi peut paraître en tout cas préférable à celle d'un lotus approximatif ou, pire, à celle sur chaise.

              Certain dojo parisien interdirait même (de nos jours) la pratique sur shoggi - et donc exclurait par là le pratiquant aux prestations physiques réduites par l'âge ou les accidents de la vie, au mépris de sa sincérité : où est, si chère au bouddhisme, la compassion ? - Noyée dans l'oubli de ceux qui souffrent (physiquement) au profit d'une élite jeune et sportive capable d'un lotus flamboyant ?

 

JCP  Février-Décembre 2018, février 2019

13 juin 2019

Calligraphie (1025)

 

                          

Laisse de haute-mer,

longue ligne tracée haut sur le sable,

débris asséchés repris des eaux futures

et reconduits tant de fois encore…

 

Voyage au gré de la vague et des vents

de feuillages lointains,

herbages surgis des profondeurs,

squelettes rompus d’êtres marins ;

âcres fumets de décompositions

séchant au soleil.

 

À l’encre venue d’outre-rive se trace,

sinueuse sur le sable des grèves,

la fugitive calligraphie des mers.

 

 

 

JCP 06/2019

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06 juin 2019

Méprise (0897, "Monde Neuf")

              

          Le grand miroir des ombres vertes a capturé monture et cavalier, mais l’embellie d’image à foison de galop laisse au silence intime une place inchangée. La balance, on le voit, penche du bruire et de l’agir vers un plus grand repos.

         Impropres à la pierre, des frissons de surface augurent d’un grand déséquilibre, car si l’herbe du chemin n’est pas encore née, les eaux noires du lac se parent des diamants que lui offre le vent, signes flagrants d’un autre devenir.

          Les voix se sont tues. Une fin plane ici, mais nul n'a vu le début. Et l’on redoute un effet orbital que l’inversion des gravités pourrait compenser mais les altitudes, trahies par le vent, doivent s’y refuser.

           Présage funeste, barrières brisées, murets de pierre sèche renversés, le bétail des estives a rejoint la vallée.

          Ce monde, qui vient de reprendre une gestation laissée inachevée, n’était pas pour l’homme.

 

 

JCP 04/18 - 06/19

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26 mai 2019

Souffles (1015, "Monde Neuf")

Souffles

 

                                                                   À St John Perse

 

C’étaient des vents immenses,

de vastes vents de continents qui repoussaient tous sables,

ailleurs de terres pures aux frontières coureuses d’un ouest sans ses mers.

 

Comblés les sillons de la terre, repoussées les rivières,

se découvrait à nu l’espace vierge, hypothétique promesse de vie,

page blanche offerte à toute création.

 

Mouvements innés de grands siècles cosmiques,

bouleversements des plus grandes eaux,

vacuité des grèves au ressac invisible

où jaillit l’inéquitable aux alarmes d’interrègne…

 

Du plus loin des terres désolées

s’unissent aux sables des mers accourues,

et le hurlement des vents qui s’apaise

voit la renaissance lente des herbes tendres de la vie.

 

 

Jyssépé 04-05 / 2019, inspiré par le recueil de poésie « Amers » de St John Perse

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08 mai 2019

Dernier acte (1006, "Monde Neuf")

 

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Longtemps caché sous l’herbe un destin se fait jour.

Et, par l’aube initié, l’indicible parcours

Tisse sa trame et court, saluant l’ancien rôle

D’une vie consumée dès la fusion des pôles.

 

À l’armée des nuées qui veille à ce destin,

Échappe un arc-en-ciel qui lentement déteint,

Et l’animal qui court sait le prix de sa fuite,

Sous un ciel déchiré où le soleil s’effrite.

 

Aux terres en fureur, l’horizon égaré

Se soumet pour un temps aux puissantes marées,

Et de grands oiseaux noirs, éreintés de leur pondre,

Fuient les balcons du ciel qui lentement s’effondrent.

 

Vaste galette brune aux vers désemparés,

Racines vers le ciel, l’arbre déraciné

Implore la nature, mais sa sève s’écoule

Aux grands embrasements terrorisant les foules.

 

Exécrable contour aux chaînes délaissées,

Serpent d’acier luisant que la foudre laboure,

Délaisse ton assise au profond des forêts,

Et soumets ton corps pur à sa seule bravoure !

 

Sous la coulée du sang, la blessure dorée

S’évapore et les dieux, autrefois adorés,

Succombent sous les coups d’une foule compacte :

L’ancienne création a vu son dernier acte.

 

 

Jyssépé 03-04 2019

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21 avril 2019

Appareillage (1017, "Monde Neuf")

 

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Que la barre en ce jour tourne seule à nos mains

et toi, destinée, offre l’aile promise :

- Est-il destin sans aile, est-il avenir sans inconnu ?

 

Et nous voguerons, toutes voiles offertes

aux longs vents du large,

souffles délicieux au parfum de péril.

 

Rêve incréé,

de tes vaisseaux étranges

aborde-nous aux vastes terres bleues !

Tout nuage aux étables du ciel,

couche le soleil sur son grand lit de palme

et sous la brise, exquise à l’arbre musicien,

laisse nos sens ravis au chant de la feuillée

s’emplir du songe doux…

Et nous retournerons, lourds des senteurs du large,

heureux jusqu’au prochain partir.

 

Jyssépé 04 19

 

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14 avril 2019

L'ombre de Sisyphe (0980, "Monde Neuf")

 

Comme apparue du fond des âges,

la pierre toujours dévalée qu’un même effort remonte

brûle son lent volume d’une érosion de parade,

et rien ne paraît vouloir changer.

Le rocher redescend et les pôles demeurent :

Impérieuse gravité que l’homme laborieux apprend encore à vaincre.

 

Avenir mal bâti d’une brique friable,

tu étais pourtant beau,

déposé sur la table à la lueur des lampes !

 

Mais tant d’écrits de l’homme s’érigent en vanité

qu’aux méandres de l’esprit la pensée peut grandir,

mais l’ombre de la main qui parcourt l’escalier

n’en balaiera jamais un seul grain de poussière.

 

 

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Jyssépé  01-03 / 2019

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06 avril 2019

Citation

 

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Talleyrand (1754-1838)

« La politique ce n'est qu'une certaine façon d'agiter le peuple avant de s'en servir. »

 

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02 avril 2019

Tsunami (P0051)

                                                   

                                      C’était en ces montagnes qui ferment tout au sud le beau pays de France et que d’aucuns, venus du nord, croient douces. Ici, une invisible ligne-frontière pourfend sans état d’âme lacs et sommets sans qu’ils en souffrent - autrement qu’à apprendre le parler du voisin.

Le périple était long, la charge pénible, et le risque était celui, banal, de la haute-montagne, incluant la chute, la blessure et la mort. Tout vrai montagnard sait. Au nord de ce sud-là, l’été, dans sa jeunesse, obéit encore au vieil hiver qui s’octroie dans l’ombre d’éternels territoires blancs.

Le sac lourdement chargé enfin déposé sur la paille d’hiver que la neige abandonne, tente montée sans empressement tout au bord du lac superbe, un repas généreux tiré du sac couronna la rude journée d’ascension. Dans la contemplation du vaste paysage, les sombres aiguilles le clôturant au sud étaient dominées toutes par le sommet longtemps rêvé, curieux pain de sucre à la cime tronquée de biais, but suprême d’un lendemain espéré beau. Et se dessine au loin une part du chemin à parcourir qui, vu du bas, parmi roche et névés, semble difficile.

Coucher de soleil étincelant mais bref reflété par les eaux du lac, la nuit tombe. Il faut dormir : le minuscule réveil à pile est sur cinq heures.

Mais au creux du sommeil un rêve se précise :

Cascades et rochers, neiges croûteuses et glacées, tout coule et s’écroule à mon passage et me poursuit ! J'esquive et reste sauf, mais pour combien de temps ? Des torrents débordés me pourchassent, et je cours à toutes jambes devant ces eaux grondeuses, qui déjà m’atteignent aux jambes et me renversent : je suis dans l’eau glacée, je suffoque, le froid me réveille.

- Et me réveille vraiment, car ce n'est plus un rêve : duvet noyé, l’eau est dans la tente ! Je tire la fermeture et malgré le noir où je suis plongé, je vois mes souliers, aspirés par le ressac bouillonnant, s’échapper sous la toile. Assis dans l’eau, tous vêtements noyés, le lac déborde par vagues !

Une fermeture éclair plus tard, grelottant dans la nuit, à quatre pattes sur la pelouse où l’eau se retire peu à peu, une muraille blanche oscille lentement devant moi, tel un navire à quai me cachant la vue. Une faible lueur à l’est annonce le lever du jour.

Alors je sus :

L’énorme pont de neige et de glace qui enjambe le torrent alimentant tout lac de montagne et subsistant tard en saison, sollicité par les premières chaleurs, avait basculé tout entier dans les eaux du lac en pleine nuit, créé un raz de marée et inondé tente et occupant endormi : quel réveil ! Tente qui, de bonne conception, résista*.

Stupide : camper à deux mètres du bord !

Soleil d’été enfin levé haut et fort (une chance), je pus courir me sécher tant bien que mal devant le poêle du refuge le plus proche où je passai la nuit suivante (duvet mouillé…) - non sans avoir escaladé sans dommage le Maupas malgré son final délicat, but de ce périple qui faillit tourner court au bord d’un « paisible » lac de montagne.

Le prestige - rare - de mourir noyé en altitude sous les marées lacustres d’un improbable mont Saint-Michel des montagnes m’ayant été refusé, je dus bien retourner, sauf mais heureux, vers les plates campagnes au vert imbécile et sans panache, des banlieues toulousaines.

Et ce fut avec verve et faconde plus que marseillaises que je me plus à conter cette histoire, plus rare pour l’humain que pour le lac de montagne en début d’été.

Ce modeste vécu, au fil des ans, finit même par se dire aventure de haute bravoure, dont la rhétorique de dithyrambe alambiqué sut transporter son auditoire plus haut que les sommets pyrénéens ! Car, qu’est-ce à la fin que conter sans embellir, sinon manquer de respect pour qui écoute, et risquer de lasser - rose sans parfum - d’un dire sans saveur.

 

 

 

 ◄►

 * Non, c'était pas du "Quechua" .

Jyssépé 02-04 2019

 

---

 

En images (mi-Juillet 1992)

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                                                                                                             Toit des Pyrénées, l'Aneto (3.404 m., Espagne)

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Pics du Luchonnais, supérieurs à 3.000 m. pour la plupart.

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Flèche : la tente

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                                                                                         Le Maupas (3.109 m.)

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Jyssépé

 

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25 mars 2019

More (Film de Barbet Schroeder)

 

 

More* ou : Chemins obliques

 

Par l’éclat de lumière qui partout se répand,

Il n’est plus en tous lieux que milliers d’éclairs blancs.

- Faudra-t-il vivre aveugle ou coudre ses paupières ?

- Où se cache la mort, est-ce la fin des temps ?

 

Un bouillonnement sourd partout se fait entendre,

l’horizon s’est courbé en arc tendu à rompre,

et les ombres les plus sombres

s’éclairent de lents éclairs violets.

 

Mais la crainte se retire

sous un déferlement de beautés indicibles.

Et, les yeux débordants d’étoiles,

on court à pleine haleine

aux flaques spiralées

d’un arc-en-ciel déliquescent

qui se répand sur les rochers,

dégoutte en larmes irisées,

coule dans la mer,

et s’y fond en fumées rousses.

 

Le silence se fait sur ce prodige,

à peine troublé d’un sifflement très doux

rythmé des battements plus lents

d’un cœur qui s’apaise.

 

Accrochées au ciel,

des ailes de géant

ferment soudainement

l’accès à la mer :

il faut combattre.

 

Et le guerrier,

blessé mais victorieux,

reçoit dans l’herbe douce le baiser sans fin,

celui que la Femme-serpent

doit au héros de légende.

 

Sur la roche brûlante de soleil,

c’est dans ce plat de terre

que tout un monde fascinant,

sans cesse à la poursuite de son ombre,

trouve la lumière et la décompose

aux rapides éclats du vif-argent.

 

Creuset unique où se fond toute perception,

le monde neuf qui vient de naître

se ramifie sans cesse,

et fait corps avec un mental

qui se réjouit de ces beautés uniques :

il faut vivre cette vie sans limites.

 

Sur la colline embaumée de fleurs,

offertes toutes au soleil qui se lève,

l’éternelle syllabe d’un Orient de mystère

se répand sur la mer, qui brasse ses diamants

sous un ciel aux couleurs prodigieuses :

- Ooommm…

- Ooommm…

Quitter cet univers se verrait déchirement -

et la mort vaudrait mieux !

 

Mais l’irréel comme le rêve

ne sont que fleurs fragiles,

y graviter confiant pèse à la vie future…

 

Toujours un présent neuf

vient détrôner l’ancien :

les sons, les couleurs et les sensations

au vent de cette fête n’étaient que rêverie,

et ce souffle si doux s’apaise tristement.

 

Tout s’écroule.

Le temps reprend ses jouets.

Tout disparaît.

Morne et banale, la vie aux saveurs fades reparaît.

- Sans rémission ?

- Le vécu, le connu ne peuvent-ils se revivre ?

 

L’irrésistible désir d’un nouveau périple

fait alors son chemin,

germe dans le terreau fertile d’un corps déjà soumis,

que l’esprit entraîne puissamment…

 

Trop puissamment.

 

Jusqu’au bout.

Jusqu’à la fin.

Jusqu’au grand silence de la fin.

 

La fin.

 

 

Images en diaporama du film de Barbet Schroeder

 

MORE animé anigif

 

 

* « More », de l’anglais « plus, davantage, toujours plus loin », film de Barbet Shroeder (1969), où le personnage principal, entraîné par la passion amoureuse, connaît la descente aux enfers de la drogue jusqu’à la mort. Musique : Pink Floyd.

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18 mars 2019

3, 4, 5 ; Trinité !

 

                                                                                    À Montesquieu

 

Connu des pharaons, prodige de rigueur

Où l’angle droit s’impose à l’œil du bâtisseur,

Triangle 3-4-5, c’est ainsi qu’on t’appelle,

Et tu guides toujours la pioche ou bien la pelle.

 

Pythagore dit-on, sans boire et sans manger,

Te contempla dix jours nourri de ta beauté !

Triangle 3-4-5, il est tant de merveilles

Enfouies dans nos cœurs que ton tracé réveille…

Poésie de la forme, ô triangle parfait,

Sois pour toujours mon Dieu, je serai ton sujet !

 

Ainsi je te vénère, ô Trinité Unique,

Et t’offre ces versets, où la mathématique,

Chant pur, accent divin, exprime clairement

Que toi, Plus Grand des Dieux, vis seul au firmament :

c = √ (a² + b²)

5 = √ (3²  + 4²)

5 = √ (9 + 16)

5 = √ 25

5 = 5 : Plénitude de l’exact, beauté parfaite,

Donnerons-nous un jour la majuscule au chiffre ?

 

Toi, Vertige Divin, Ange de complétude,

Toujours, du haut des Cieux, sois ma béatitude !

 

◄►

 

(- On peut bien adorer le Coq ou la Pendule, mais soyons vigilants :)

http://chansongrise.canalblog.com/archives/2018/03/20/36246470.html

 

 

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Jyssépé 03 2019, Thème proposé aux Impromptus Littéraires : "Si les triangles faisaient dieu, ils lui donneraient trois côtés" (Diderot, Lettres persanes).

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13 mars 2019

Un ami discret (1005)

 

 

Ce plus petit que rien se dit en toute langue ;

Mais timide et fragile, au seul dit de son nom,

Soit-il de langue morte, il s’effondre et se meurt.

 

Jamais nul ne l’a vu, certains ont cru l’entendre,

D’autres l’ont poursuivi, repoussant l’horizon

Plus loin que terre et mer, et ne l’ont pas trouvé.

 

Plus vaporeux que l’air, pourtant je le connais

Et l’invite parfois, en visiteur discret.

Minuscule plaisir, mais quelle joie immense

Que d’être ton ami, impalpable silence !

 

 

 

JCP 03 2019 Pour Les Impromptus Littéraires : D’après « Les Plaisirs minuscules » de Philippe Delerm (bis).

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11 mars 2019

Philippe Geluck

 

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09 mars 2019

2 Citations

 

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Alfred de Vigny (1797-1863)

« L'espérance est la plus grande de nos folies. » (Stello)

 

Albert Camus (1913-1960)

« Tout le malheur des hommes vient de l’espérance »

(L’homme révolté.)

 

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05 mars 2019

La saveur du rien (1000)

 
 

Si certains ont vanté les plaisirs minuscules

Et loué d’un demi jusqu’à la mince bulle,

Ou bien dans la poussière échappée du balai

Vu sans porter gilet la chute du Palais,

 

J’ai découvert pour vous, n’en déplaise au poète,

Ce qu’est le vrai bonheur sans décor ni paillettes :

Sur la toile de fond d’un silence parfait,

Délaissez tous les bruits soient-ils beaux soient-ils laids.

 

Sentez-vous respirer. Et posé sur coussin

Ne bougez plus les pieds ne bougez plus les mains.

Au penser non-pensé d’un attentif rien-faire,

Vous le verrez passer, petit grain de lumière :

 

L’atome de plaisir où perce le bonheur

Soudainement grandi adoucit le malheur,

Et le sourire doux qui fleurit à la lèvre

Vaut bien tous les bijoux faits des meilleurs orfèvres.

 

Et de ce premier pas sur le chemin sans pas,

Peut-être au fond de vous quelque chose naîtra.

 

 

 

JCP 03 2019 Pour Les Impromptus Littéraires : D’après « Les Plaisirs minuscules » de Philippe Delerm.

 

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26 février 2019

Citation

 

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Montesquieu (1689-1755)

"Si les triangles faisaient un Dieu, ils lui donneraient trois côtés." (Lettres persanes)

 

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18 février 2019

Himalaya (0966)

 

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Himalaya

 

À toute couleur de corde et de soie,

oriflammes qui battent au vent des cimes,

se lit l’essence indiscrète

des destinées qui se veulent plus belles.

 

Venus de lointains horizons

que peuple une herbe rase,

hommes et bêtes convergent lentement

vers ce lieu de fête célébrée par le vent,

et l’on entend le souffle lent de la montagne,

qui porte en lui le parfum rare des fleurs de mélancolie.

 

La lumière des hauteurs plisse les yeux,

mais les regards partout s’égarent

aux tourbillons de tissus colorés,

de perles aux cheveux tressés,

aux sourires timides qui ne disent pas tout.

 

Ce soir peut-être,

sur les hauteurs de ce monde que la lumière inonde,

verra-t-on fleurir de ces fleurs si belles,

que l’on dit éternelles,

et qui naissent au fond des cœurs.

 

 

 

Jyssépé  01-02 / 2019

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15 février 2019

La voix du silence (0968)

         

"Le silence est l’élément dans lequel se forment les grandes choses."

                                                                                Maeterlinck

Deux silhouettes de hasard

tout près de la vitre embuée.

Gestes timides, voix retenues,

parole sublimée qui veut frôler le cœur

et dit si peu.

Et voudrait dire tant.

 

L’échange des regards,

qui soudain se fait trouble,

tout au fond du silence

relègue l’éloquence.

L’attente se fait doute.

 

Imprudente et tremblante,

la main s’élève et brise la réserve :

quelques gouttes de thé,

qu’un rayon clair traverse,

ont coulé sur le bois verni.

Et deux regards illuminés s’y croisent.

 

Entremetteuses délicates,

les perles qu’on ne boira pas

se font interprètes.

La retenue s’effrite, le geste prend naissance,

mais la tempête des mots qui grondait sourdement

s’en remet encore au silence :

 

Sur le bois clair, lisse et poli,

- rencontre un jour de pluie -

deux mains se sont unies.

 

 

Jyssépé  01-02/2019, un jeudi de janvier au « Cardinal ».

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