La Chanson Grise

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19 janvier 2020

La Machine (seconde & dernière partie, 2/2)

 

Machine 2

 

 

 La Machine (suite & fin)

 PREMIÈRE PARTIE :

http://chansongrise.canalblog.com/archives/2020/01/13/37913800.html

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4 - Mise à jour

                               Cependant, une étape décisive avait été franchie car la regauchisseuse, qui désormais fonctionnait à merveille, amollissait les surfaces d'un rayon bleu enfin domestiqué, et les rendait poisseuses à la demande, par le truchement d'un rayon adventif pré-discipliné en usine. Immédiatement contrôlé par le Professeur au poissomètre à percussion décise, le poisseux affichait un taux remarquable. Et ceci sur les matériaux les plus délicats, tels les alliages complexes de turcite lamellaire.

C'était en tout point remarquable.

Un patient débursinage à la mineuse centrifuge avait pu rendre en effet le rayon bleu caressant, alors que son œil de repli avait pris des airs radieux. Ce fut Roméo, connaisseur des Arts Futiles de l'Intérieur Net (AFIN) et ami du Professeur qui, sur le site du Grand Livre Visageur (GLV) avait pu s'emparer des Logiques Appliquées (LA) utiles à l'opération salvatrice (OS).

Pour les initiés : "AFIN + GLV + LA = OS" - telle est la formule scientifique établie par l’ami du Professeur.

Il avait cependant fallu maintenir le bras fouailleur tout au long de la douloureuse opération qui, pour de logicielles raisons, ne put se faire sous anesthésie générale. Alors que Roméo, le geste sûr, procédait à la cruelle mise à jour, le Professeur susurrait nombre de mots apaisants, alignés tous en vers rimés, au creux de l'aisselle du malheureux bras. De temps à autre celui-ci, qui s'animait de vifs soubresauts, lançait des cris déchirants qui se répercutaient contre les murs de l'atelier, fort heureusement construits dans cette éventualité.

Une convalescence stricte de dix-neuf jours fut observée à volets tirés, sous la responsabilité de Juliette qui évacuait d'heure en heure les excrétions numériques, auxquelles se mêlaient parfois quelques oxydations résiduelles, épanchées de l'orifice suppurant qu'elle pansait d'une main douce et consolatrice.

Ce fut elle qui, dès l'aube du vingtième jour, ayant réglé sur "progressif pour convalescents" l'ouverture automatique des volets, constata peu après combien était remis l'opéré. Celui-ci, rayon bleu radieux et compassion retrouvée, liait déjà des liens d'amitié avec un jeune rayon du soleil levant qui, bien que jaune, passait par là. Ne voulant troubler ce bonheur naissant qui faisait suite à tant de souffrance, celle-ci se retira alors que, venus sans doute aussi en visite auprès du convalescent, d'autres rayons s'établissaient contre les murs de l'atelier.

 

5 - La création

                                                    Les matériaux et les pièces que le Professeur avait commandés étant tous arrivés, l'atelier était encombré d'un incroyable empilage de caisses de toutes dimensions et proportions ; tout fut déballé et disposé à discrétion de la regauchisseuse sur des supports adéquats, dont on lui communiqua les coordonnées géodésiques avec la précision requise. Le comportement créateur avait été programmé par Roméo, en relation directe avec les plans et les calculs du Professeur que celui-ci, pour plus de sûreté, avait vérifiés trente-deux fois.

Après contrôle précis des courants, fluides et connections nécessaires, ils laissèrent la regauchisseuse monter en température, puis se retirèrent discrètement : les grandes créations ne voient le jour que dans la sérénité - tous les dieux vous le diront.

Mêlée d'impatience, l'angoisse était palpable dans la salle à manger du Professeur Anatole Cirebois, où Amélia servait le kourouliri à demi-verres, car le breuvage le nécessite. Venant de la cuisine, on entendait un remuement lointain d'objets culinaires, dont les tons mêlés, métalliques, verriers, papetiers, porcelainés ou boisés tour à tour produisaient une agréable symphonie ménagère que Juliette, consciencieuse, répétait chaque jour à la perfection.

- Un fond de verre seulement, fit Roméo par courtoisie, satisfait de voir la semi-plénitude servie.

Le fil de la conversation avait du mal à se nouer, et l'on en voyait les bribes disparates rejoindre la table et le sol en pelotes désordonnées, amas de mots perdus ou avortés que Juliette accourue balayait déjà.

- Hmmm-mmm... fit le Professeur.

- Mmmm ; ouiii... surenchérit Roméo.

- Que de déchets verbaux dans cette maison, soupirait tout bas Juliette, dont le balai trop sollicité gémissait de toute sa fibre.

- Pas bon mon kourouliri ? fit Amélia, alarmée à la vue des verres délaissés.

- Si, si, excellent ma douce Amélia, tu le fais comme personne (ce qui était vrai), mais vois-tu, aujourd'hui, le cœur n'y est pas, fit Anatole.

- En effet..., reprit Roméo sur le ton professionnel qu'il ne quittait plus, qui nous dit que la gestation, mission assignée à la conceptrice responsable, se passe bien ? Nous sommes plus inquiets qu'un futur père au couloir de la maternité - d'autant que la double paternité qui nous affecte en temps réel rehausse nos appréhensions du coefficient multiplicateur équivalent, et...

- Mais voyez-les comme ils sont tracassés tous les deux, à attendre leur bébé, c'est-y pas charmant tout ça ?... l'interrompit Amélia - esquivant la venue de formulations plus complexes.

Ceux-ci baissèrent la tête sans répondre, les yeux dans leur verre pris en main sans conviction, imprimant une lente et languide rotation au liquide doré.

Ce fut Roméo qui se décida le premier à réjouir son système gustatif. La liqueur s'épandit alors dans sa bouche en nappes légères, dont les saveurs nuancées rassérénaient son palais de sensations bienvenues. Du rude et du doux, du suave, de l'acide et du sucré, plus une qu'il ne savait nommer, toutes les succulences s'étalaient sur la palette généreuse du kourouliri d'Amélia, et sa cavité buccale s'en trouvait satisfaite ; comme le cours de son esprit qui, amorçant la décrue du flot boueux de la pensée, s'apaisait lentement. Et, débordantes d'arômes, de puissantes vapeurs investissaient ses régions pariétales, dans l'attente enfin sereine de la gestation qui se nouait au sein bienveillant de l'atelier, où l'on avait un peu poussé le chauffage (sur le huit).

 

6 - Autre loi

                              Aveugle jusqu'alors et soudainement libéré par la puissante liqueur, l'esprit de Roméo lui montra Juliette qui balayait avec une grâce infinie. Ignorant la fleur, son tablier n'était ni de noir ni de bistre, alors que sa bretelle soutenait à peine un carré de même couleur dont la forme, sous-tendue d'une poitrine amplement devinée, s'animait de troublantes visions. Fondu par la pensée à l'acte balayeur, Roméo y vit alors la chorégraphie d'une parade amoureuse ; abaissant ravi le regard vers les régions plus basses, le mouvement s'y animait de courbes merveilleuses dans le glissement soyeux du fin textile synthétique, alors que son trouble grandissait encore.

Rassasié de ces formes-là son regard, déjà réglé sur "pleine acuité", s'éleva vers le visage.

Ce fut un ravissement : en apparence négligées, des vagues d'or ruisselaient sur ses joues au teint parfait, alors que ses deux yeux d'émeraude dispensaient un océan de douceur ; enfin, la bouche et le nez étaient tout à fait assortis.

Du fond de son esprit retentit alors la clochette claire du culte d'autrefois, celle qu'il agitait enfant sur les degrés de marbre, agenouillé près d'un ecclésiaste qui s'éreintait à colmater les fuites de croyance d'un village assemblé là. C'était un signal fort, d'autant que le sourire que lui adressait alors Juliette le plongea dans une foi plus grande encore, religion d'amour pure et décisive - où il incluait cependant le sexe.

- Je vous trouve un peu pâle Roméo...l'inquiétude, n'est-ce pas..., fit Amélia, qui le tirait de son nuage.

- Sans doute, probablement...enfin...oui, bredouilla-t-il.

- Un autre verre de chasse-souci, allez, et il n'y paraîtra plus, fit-elle bouteille tendue.

- Volontiers, un fond de verre alors, pas plus, n'est-ce pas ?

Emplissant derechef les trois verres, qu'elle laissa pour varier à demi vides :

- Vous pouvez nous laisser, Juliette, il est d'ailleurs l'heure je crois.

- Bien madame fit celle-ci, qui s'éclipsait d'une hanche langoureuse.

Ce fut alors que le mental de Roméo, qui avait en catimini consulté les tables internes de sa loi, lui fit savoir qu'elles portaient déjà, gravées en lettres d'or, en effet ce prénom-là : Juliette ! Alors, la tempête qui couvait aux profondeurs de son âme éclata en ouragan silencieux.

Cachant mal son émoi, il demeurait coi. Anatole, qui n'était pas dupe, leva ostensiblement les yeux vers la pendule, dont le tic-tac lancinant se rappelait à eux dans le silence pesant de la pièce.

- Allons voir, fit-il, je ne tiens plus.

- Crois-tu ?... fit Roméo dubitatif, car perdu dans la pensée nouvelle.

 

7 - La Machine à Rien-faire

                                             Ils allèrent voir - et virent en effet. Leur premier élan fut une immense déception car la regauchisseuse qui, par précaution craintive avait abaissé son capot tel le garnement dans l'attente punitive lève le coude au front, n'en avait fait qu'à sa tête. Le spectacle était affligeant.

Roméo coupa sans ménagements l'alimentation de l'engin fautif, le condamnant au jeûne pour une durée indéterminée. Par pure compassion la Machine à Rien-faire, assemblage informe, fut laissée provisoirement sous tension.

Certes, épaulé par une efficience et un savoir-faire inouïs, le délai avait été respecté à la seconde, comme on pouvait le lire au chronomètre que consultait Roméo machinal. Cependant, pour des raisons encore inconnues, la regauchisseuse avait pris ses aises, s'écartant sans ambages des plans du Professeur dépité qui fit :

- Qu'allons-nous faire de ça ?...

- Parc à ferraille, fit Roméo d'une voix neutre.

Cependant la Machine à Rien-faire conçue de frais qui, elle, s'éveillait à la vie, n'était pas sourde :

- Le parc à ferraille… c'est trop cruel, accordez-moi une seconde chance, fit-elle de sa voix cyberneuse, qu'elle s'efforçait de rendre suppliante.

- Qui a parlé ? fit Roméo.

- Je n'ai rien dit, c'est donc toi.

- Du tout, puisque je demande.

- Alors tu te moques, et je n'aime pas ça !

- Diable non, puisque je te dis que...

Par respect pour le lecteur, nous abrégeons ici une conversation qui se poursuivit longuement sans présenter d'intérêt jusqu'à :

- Je vous assure, monsieur le Professeur et monsieur Roméo, d'une part que vous n'avez point parlé, mais d'autre part que je désire m'adresser à vous, si vous voulez bien m'accorder un peu de votre attention.

- ...  fit Roméo.

- ...  fit Anatole.

- Acceptez donc, si cela vous convient, que je subisse devant vous la première série de tests qui, je l'espère, vous convaincra de m'accorder une certaine utilité, et peut-être même de me conserver près de vous pour la tâche que vous m’avez assignée.

- Des tests... firent-ils de concert.

- Certes, les tests de mise en route pour lesquels je suis programmée, n'êtes-vous pas mes concepteurs ?

- Concepteurs oui, fit le Professeur, mais le concept original était tout autre et, sauf votre respect (le Professeur demeurait prudent), vous m'en paraissez un peu éloignée...

- C'est possible à vos yeux, fit la créature cybernée, mais attachez-vous tant de foi à la forme, que vous vous désintéressiez de l'esprit ? Pour me placer à portée humaine, savez-vous que des femmes sans beauté sont parfois les plus dignes d'être aimées ?

Ce dernier trait ne convainquit pas Roméo, habité déjà d'un concept décisif en la matière, alors que le Professeur y reconnaissait quelque vérité.

Et la Machine se fit elle-même subir, sans qu'ils eussent à intervenir et convenablement assis, une série de tests que le Professeur Anatole Cirebois, déçu, déclara "plutôt concluants" par respect envers elle, alors que Roméo, dont la pensée unique avait oblitéré la séance, n'en ayant rien retenu, opinait silencieux sans opinion.

 

8 - Horizons neufs

                                        Il fallait en convenir, malgré ses capacités de réflexion et d'expression vocale hors du commun, la Machine à Rien-faire enfantée par la traîtresse regauchisseuse ne répondait pas aux attentes du Professeur Cirebois, alors que Roméo, dont l'esprit affichait toujours complet, se rappelait bien d'une certaine machine, mais son image se brouillait à peine évoquée : locataire sans gêne, l'amour est un puissant psychotrope. L'atelier demeurait désespérément clos, et l'on y avait même coupé alimentation générale et chauffage.

Rompu aux échecs, le Professeur ne perdait pas l'espoir : ne rien faire de quelque temps favorisait toujours la naissance des idées nouvelles. Cependant ce rien-faire-là, étonnamment, se faisait tout à fait bien sans machine... au bout du compte, il n'était peut-être pas nécessaire de posséder un quelconque appareillage spécialisé dans cette discipline : si la machine allège la tâche humaine, il n'en est peut-être pas de même du point de vue des activités sans acte.

Le Rien-faire pouvait aisément se faire à la main.

Cette constatation-là fut dure aux deux amis.

Le service Recherches et Développement des Médecines Nouvelles des Hôpitaux du Grand Toulouse (RDMNHGT), qui avait fondé quelque espoir en le Professeur, appela, et raccrocha déçu.

Sous l'œil hilare de son voisin René, le Professeur déclara la tête basse "Ne savoir que faire de la machine à Rien-faire", obtenant dans le rictus moqueur qui caractérisait l'homme un "- Je me disais aussi..."

Mais le Professeur Anatole Cirebois se déclara bientôt investi d'un projet plus vaste encore, ultime parcours vers l'absolu, synthèse quintessentielle enfin de l'œuvre humaine dans son entier : la Machine à Tout-faire ; celle par qui l'humanité allait enfin atteindre à la désuétude du faire - qu’elle n’aurait plus à faire !

Et, tel Gutenberg qui rendit la plume aux oies, le Professeur se posait en nouveau bienfaiteur universel. Rouvert et aéré, l'atelier retentissait à nouveau de ses cris joyeux, et l'on pouvait entendre son stylo acéré crisser sur un papier impatient de recevoir la création nouvelle. Alors que s'élevait dans la pièce une voix claire et monocorde qui paraissait, d'une intonation lente et appliquée, lire au Professeur un long texte ponctué de formules scientifiques inouïes : réconcilié avec la Machine à Rien-faire dont le logiciel ignorait la rancune, le Professeur prenait note des tournures de conception nouvelles, et des résultats de calculs sans précédent que celle-ci lui dictait, en maîtresse docte, omnisciente et généreuse.

Ce fut alors que Roméo, dont les visites étaient quotidiennes pour une raison qu'il n'avouait pas, mais qui faisaient dire à Amélia un tonitruant "Tu crois qu'ils vont enfin y arriver tous les deux ?!" au terme de chacune d'entre elles, vint rejoindre le Professeur dans son atelier, où il n'avait plus pénétré depuis de longs mois. Ils eurent la discussion calme des amis sincères que la vie doit séparer un temps pour d'irrépressibles raisons, se promettant les retrouvailles d’une amitié que le temps ne saurait atteindre.

On vit alors Roméo passer le bras autour de la taille mince de Juliette qui, consentante car la valise à la main, voulait bien accepter de l'accompagner - d'abord jusqu'à l'horizon, pour voir -, et ils disparurent tous deux, dans les airs vibrants de chaleur d'un lointain prometteur qui se refermait sur eux.

Au souvenir de la tragédie shakespearienne le Professeur Anatole Cirebois, n'osant troubler leur bonheur, ne rappela pas Roméo & Juliette mais dut, dans des lenteurs que la tristesse alourdissait, sortir son automobile en vue d'une visite à l'Agence pour l'Emploi des Gens de Maison (AEGM).

Mais Amélia, qui avait déjà d'autres idées en tête (elle en avait elle aussi !), le rappela :

- Partons aussi mon Doudou, partons comme eux, veux-tu !?, lui criait-elle les mains en porte-voix, un peu triste elle aussi sur le pas de la porte, laisse l'agence et reviens donc !

Transfiguré par des propos tant attendus, Anatole opéra une marche arrière un peu vive, et l’auto emporta deux magnifiques hortensias en pleine floraison. On entendit alors les pneus, horrifiés par l'attentat végétal, émettre sur l'allée un cri de gravier fin que l'amour, qui passait silencieux, oblitéra aux oreilles du conducteur enfiévré qui courait déjà se jeter dans les bras de celle qui était tant pour lui :

- Oui mon Amélia, la peste soit des machines, partons, partons veux-tu bien, partons pour Qitala ! criait Anatole.

Et l'on pouvait voir que les trois marches du perron cimenté, inondées de leurs larmes de joie, ne restaient pas insensibles à leur bonheur.

 

Le bagage et le cœur plus léger qu'à leurs vingt ans, ils partirent pour Qitala.

 

 

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JCP 01/2015 - 01/2020

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18 janvier 2020

Antipodes (haïku, 1132)

 

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                                                   Image : Pixers

 

                                                À Denis L.

 

 

Le marin ne sait pas

à quel moment précis

la proue fend l’horizon

 

 

 

JCP 01/2020

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Mortelle religion (1131)

 

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Mortelle religion

 

Esclaves consentants

à leurs chaînes fragiles,

ils vont partout marchant,

aveugle et lente file

des forçats embarqués,

amoureux du néant,

craintifs des libertés.

 

Le Grand Dieu qui les guide

a volé leur esprit.

Et la Croyance est telle,

que sourire à la lèvre

et smartphone à la main

on passe sous le train.

 

                          ►◄

 

 

UNE VIDÉO ÉDIFIANTE (très) :

Sans t1 copie

https://www.youtube.com/watch?v=k8c2hjiTDPo

01/2020.  Le 16/01, regardant passer sur le pont Neuf* depuis les quais une longue file de manifestants coléreux - mais pas au point de quitter leur smartphone des yeux un seul instant. Suscité hélas, quant à la chute, par un évènement réel.

* (De Toulouse)

 

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17 janvier 2020

Le Dictionnaire éventuel : 99, paquebot

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Paquebot : Permet aussi de voyager

 

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 QU'EST-CE QUE LE DICTIONNAIRE ÉVENTUEL ? :

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Le Dictionnaire éventuel : 98, idéologie

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Idéologie : Somme des idées exprimées uniquement chez soi

 

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16 janvier 2020

Le Dictionnaire éventuel : 97, portail

 

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Portail : Porteur d’ail. Ce métier étant tombé très tôt en désuétude, le mot a été réemployé.

 

 

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15 janvier 2020

Le Dictionnaire éventuel : 96, plinthe

 

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Plinthe : Encaisse les coups bas sans déposer de plainte

 

 

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Le dictionnaire éventuel : 95 délire

 

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Délire : Effacement progressif de la mémoire humaine de ce qui a été lu.

 

 

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Le dictionnaire éventuel : 94 professeur

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Professeur : Professionnel de la fessée. Cette pratique est aujourd’hui très décriée.

 

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13 janvier 2020

Haïku escargot

 

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                                                                                                   Image : Perrin Langda

 

 

 

Il trace sa route

d’une encre d’argent

GPS d’escargot

 

 

JCP 01/2011-01/2020

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La Machine (première partie, 1/2)

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 Image : Thierry Birkenstock

 

La Machine

 

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"- Vous avez trouvé des momies ?

- Nous en mangeons à tous les repas. Ce n'est pas mauvais.

Elles sont, en général, bien préparées, mais il y a souvent trop d'aromates.

- J'en ai goûté autrefois, dans la Vallée des Rois, dit l'abbé.

C'est la spécialité de la région.

- Ils les fabriquent. Les nôtres sont authentiques."

 

Boris Vian, L'Automne à Pékin.

 

 

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1 - Humeur machinale                                       

                      Le Professeur Anatole Cirebois n'était pas peu fier de sa dernière acquisition, sous la forme d'une regauchisseuse universelle à dépression compulsive, seule machine capable de produire des surfaces poisseuses par impulsions photorasantes autocontrôlées. Rejoignant l’imposant cheptel de machines d’usinage, de robots et d’appareillages électroniques qui peuplaient déjà son atelier, celle-ci allait enfin pouvoir l’aider à concrétiser son dernier projet, fruit de tant d’années d’études et de recherches. Outre sa prestation surfacique innovante, la machine était capable de diriger et finaliser à elle seule toute réalisation, pourvu qu’on lui disposât les éléments nécessaires à portée de bras, et qu’on instruisît de la tâche son intelligence sans artifice.

« - Gestation électro-mécanique autofertile asexuée », comme Anatole aimait à le dire dans un sourire fin.

Dans une impatience mal contenue, il releva le lourd capot de protection de la machine équilibré par deux vérins siffleurs, et le verrouilla en position chargement. Les senteurs grisantes du métal neuf envahirent la pièce. Un soleil ardent, tombé silencieux de la verrière, plaquait d'or fin les organes chromés de la machine, qui s’en trouvait flattée dans sa froideur métallique, et le montrait par les nombreux éclats de métal précieux qui jaillissaient de ses pores, et ponctuaient les murs du vaste atelier de brillantes projections.

C'était très beau.

D’un index résolu, Anatole apposa une percussion parfaitement centrée sur le gros bouton de mise en route qui rougit ; un flûtement s'éleva, puis retomba dans une vibration plus douce : la machine tournait !

Approchant le vaste pupitre, il le vit peuplé d'organes commandeurs qui le dévisageaient méchamment. Méfiant, le Professeur actionna par surprise un des moins attentifs et, dans le cliquetis d'un pont levis qu'on eût équipé de roulements à billes, le bras fouailleur s'abaissa lentement, pour enfin s'arrêter au ras de la table graduée, laissant échapper un léger grondement.

Un silence incomplet s'établit.

Puis, venu d'un orifice approprié, le rayon bleu jaillit de la sphère porteuse, que le bras portait à bout de bras. Par impulsions successives le faisceau égaliseur, qui cherchait à regauchir, inspecta successivement chaque molécule des airs qui, s'y croyant en sécurité, s'étaient glissés dans le vaste atelier ; puis il se dirigea insensiblement vers le Professeur, qu'il paraissait avoir localisé. Percevant la menace, celui-ci préféra couper court aux essais, qu'il déclara concluants pour ne pas offenser la machine, alors que celle-ci flûtait à l'envers avant l'arrêt complet qui, à l'image des organes cybernétiques d'ultime génération, exigeait un temps notable.

Association de techniques de pointe encore jamais réunies, dont certaines ne bénéficiaient pas encore de l'indispensable mise à jour, la regauchisseuse dans sa version actuelle (MK III), était d'un usage à vide incertain ; aussi, mieux valait-il lui proposer matière à regauchir, ce dont le Professeur ne disposait pas encore.

Dans un ronronnement sournois, le rayon bleu se ramassa sur lui-même, achevant sa course en plis festonnés agréables ; mais on pouvait lire la haine et le mépris au fond de l'œil de verre poli où il s'était réfugié. Logeant la sphère porteuse sous l'aisselle, le bras fouailleur put abaisser lui-même le capot de sa main libre ; on entendit alors le duo des vérins, qui sifflotaient un air huileux. Une goutte vint perler à la lèvre téflonnée du gauche, enfla puis éclata en fines projections sur les pantoufles du Professeur, qui burent goulues le liquide équilibrant.

- Hyper-sous-traitance en pays d’incompétence, grommela-t-il de la fuite incongrue et par l’offense faite au monde du chaussant.

Les réalisations personnelles du Professeur Anatole Cirebois, chercheur et enseignant à la Faculté des Recherches, étaient hélas connues pour leurs échecs retentissants ; aussi, son entourage ne lui accordait guère qu'une attention courtoise à chacune de ses tentatives, tant ses prototypes ne franchissaient guère le stade de l'avortement salutaire, garant de suites plus sévères qu'égratignures ou débuts d'incendie, que ne manquait pas de provoquer le savant à l'humeur impatiente et téméraire.

 

 

2 - Anatole et Amélia

                 Le pavillon de banlieue, confortable mais sans luxe, que le Professeur Anatole Cirebois occupait au 27 Rue des Industrieux comportait, vaste et nécessaire dépendance, un atelier suréquipé relié au corps d'habitation par un tunnel extérieur aux surfaces vitrées, où l'homme s'adonnait aussi à la culture en pot, qu'il préférait vernis. La part habitable était vaste, et la portion résiduelle consacrée au jardin l'était plus encore. Ensemencée de l'herbe des Blue Ridge Mountains prélevée à basse altitude, les tons bleus de la pelouse incitaient en effet à la nostalgie, surtout les soirées de pleine lune. Arbres, plantes à fleurs et végétaux arbustifs, tous horticolement disposées et portant la feuille du vert règlementaire en saison, montraient un branchage harmonieux ; alors que, par un procédé de culture ingénieux, le substrat transparent laissait voir un système racinaire aux ramifications souriantes.

Anatole Cirebois avait épousé Amélia, vigoureuse et corpulente Camerounaise aux élans rieurs embauchée pour le ménage, et dont l'enthousiasme à la besogne outrepassa vite le contrat strict, pour remplir des tâches plus intimes avec le même bonheur. Bien que notablement plus jeune, celle-ci devint pour le Professeur la mère qu'il ne connut pas, morte hélas en couches, en sus d'une épouse aimante et attentionnée. En sa personne il avait trouvé, en bloc, tous les manques affectifs de sa vie et, à le voir, on pouvait le croire heureux.

Le chercheur passionné d'aujourd'hui, élevé dès son plus jeune âge par la propre mère d'un père navigateur courant les mers lointaines, n'avait connu pour seule affection que celle de cette mauvaise femme dont l'intérêt pour le malheureux enfant se chiffrait au chèque de fin de mois que son marin de fils, enfui, lui prodiguait d'une régularité coupable. Chèque qui emplissait plus le compte en banque de la mégère que l'estomac du jeune Anatole.

Quant à la chose de l'affect, elle-même abandonnée peu après son mariage, la terrible femme s'employait à faire payer l'immonde trahison à tout ce qui portait moustache et pantalon à la surface de la terre. C'est ainsi qu'elle refoulait patiemment chez le jeune garçon tout élan créatif, toute passion susceptible d'épanouir en lui l'homme en devenir ; comme les sciences ou encore la musique, pour laquelle l'enfant se montra doué, mais privé d'instrument. Celui-ci dut alors se contenter de percuter la panoplie culinaire les rares jours d'absence de l'aïeule acariâtre, panoplie dont celle-ci s'interrogeait quant à l'usure prématurée. Les frustes sonorités de ces instruments de fortune marquèrent à jamais le futur musicien dont les compositions, comme on le sait, témoignent d’un goût prononcé pour le métal.

Longtemps réfugié dans une enfance dont il savait se construire l'univers onirique salvateur, de brillantes études que son père finança de loin sans discuter - une fortune considérable amassée dans l'agrume piriforme le lui autorisant - lui permirent d'échapper à la tyrannie de l'aïeule qui se débarrassait de l'enfant pour une autre : celle de la pension.

N'étant pas en effet d'une constitution physique supérieure, ses premières années d'internat, où force de pugilat fait loi, furent difficiles. Jusqu'à ce jour où, s'accusant par bêtise ou par jeu - il ne sut pas - à la place de l'omnipotent fils du concierge d'un départ de chahut de réfectoire au lancer de fromage mou, ce dernier, innocenté bien que vu de tous, lui accorda sa protection "à vie", et put non seulement obtenir un raccourcissement de la peine, mais encore une amélioration considérable de sa vie quotidienne, ainsi que de son rang dans l'établissement. Désormais, plus de brimades ni de croc-en jambes : le jeune Anatole pouvait traverser la cour de récréation de long en large, le pas tranquille et assuré, la tête haute, et coiffé d'un béret qui désormais ne connaissait plus la flaque. Georges, personnage robuste, fort en gueule mais le cœur tendre, lui offrit aussi son amitié, et les deux garçons, devenus vite inséparables, furent bientôt le noyau d'un groupe turbulent mais studieux.

 

 

3 - Le goût de la chèvre

                  - Que préparez-vous Anatole, lui fit un jour son voisin René, toujours curieux des travaux qui se réalisaient à huis clos dans l'atelier du chercheur, et dont il n'avait guère connaissance qu'à travers l'imaginaire de bruits incongrus, de fumées de couleur et d'odeur insolites, ou de sirènes de pompiers et d'ambulances suivant de peu quelque explosion.

Anatole, qui ne faisait jamais que des réponses évasives à ces questions-là, lui répondit pourtant :

- La "Machine à Rien-faire" voyez-vous, un projet de longue date, que je n'ai encore su mettre en œuvre tant sa réalisation me paraissait complexe et délicate.

- Ha ha ha ! vous êtes un farceur monsieur Anatole, la machine à rien-faire, c'est donc ça ! et René partit d'un rire honnête qui paraissait ne pas vouloir cesser.

Homme capable de puiser très vite en lui les forces calmes nécessaires, Anatole opéra, à la racine même, une coupure précise du mouvement naissant de la colère qui allait l'enflammer, car il ne plaisantait pas.

Il put répondre apaisé :

- Rien faire et le bien faire, voyez-vous, exige des facultés de concentration très élevées, ainsi qu'une somme de temps considérable, ce qui n'est pas à la portée de tous dans ce monde où la rapidité est de mise ; aussi je suis certain qu'une machine - bien conçue - serait d'une aide précieuse à ce type d'occupation transcendantale, dont le monde moderne nous a tant éloignés que nul ne sait aujourd'hui même en parler. Et ceci d’autant plus que le Rien-faire est encore mal perçu du monde bien-pensant, comme des kinésithérapeutes.

- En outre, reprit-il, les grands hôpitaux de la ville se montrent très intéressés par mon procédé qui, selon leurs dires, serait à même d'apporter une aide précieuse au traitement si délicat de ce mal sournois, l'hyperactivité, qui frappe aujourd'hui une part croissante de nos populations occidentales surmenées. Vous pouvez ainsi mesurer la valeur d’un tel enjeu, non seulement pour moi-même, qui ne suis que poussière du cosmos, mais pour l'humanité toute entière. Ces paroles lui parurent bonnes.

Elles l'étaient car le voisin René, suffoqué, ne savait répondre et demeurait bouche bée. Puis, ne sachant s'il devait s'adonner au rire encore, certains mots plus percutants que d'autres l'en ayant détourné, il déclara :

- Certes, je suis impatient de rien-faire à la machine, cela serait sans doute très bien fait, puis il se tut, car déjà le Professeur lui tournait le dos, gravissait les trois marches de son perron sans lui répondre, poussait sa porte dans un haussement d'épaules et rentrait chez lui.

Cette déclaration, que son voisin ne manquerait pas de répandre, déformée sans doute, lui apporterait bien plus que le mensonge ordinaire : incomprise dans ses implications profondes, elle couperait court à toute spéculation. Quitte à passer pour dérangé, Anatole pourrait travailler en paix.

Amélia, dont il avait soulagé les tâches en lui octroyant une aide à son tour en la personne de Juliette, douce blondinette mince de corps mais le nez rieur, avait mijoté un cuissot de chèvre en sauce poudreuse. Cette spécialité exotique avait le don de transporter le Professeur ému dans les faubourgs surpeuplés de Qitala, où il vécut ses débuts de jeune chercheur.

Celui-ci devait alors aboutir à la rédaction d’une thèse jamais entreprise par les têtes pensantes, par trop téléguidées. Jeune et libre de préjugés, il parcourut les continents, ombromètre en main, notant précisément les diverses densités ombreuses rencontrées pour les donner en pâture à un déductophone à fil de sa fabrication, préalablement soumis au jeûne pour plus d'efficacité. Au terme de longues années de recherche, certaines outrepassant les quatre-cent jours, le Professeur en devenir avait alors publié son "Traité Ombrodensiteux des Latitudes", ouvrage hélas peu remarqué tant le commun, qui ne sait pourtant se passer de son ombre, préfère obstinément le soleil.

- C'est de la bonne !, fit-il remarquer souriant, le doigt dans la sauce et le portant derechef à la bouche, dans le geste enfantin qui jadis lui valait une gifle de sa grand-marâtre.

- Oui mon Doudou (Amélia le nommait ainsi en privé), la poudre est toute fraîche, je l'ai reçue ce matin.

Anatole se délectait du crissement dentaire que lui procurait la poudre, sensation buccale à la musicalité unique. Il revoyait les trottoirs poussiéreux de Qitala, et les quartiers de viande à même le sol, saupoudrés du précieux condiment extrait de la terre nourricière même par les vents tropicaux, épice rude mais incomparable, et sans qui le cuissot attristerait une dentition privée de croustillance.

Aux anciens souvenirs, celui-ci pleurait à chaudes larmes, averse salée dans son assiette, d'où s'élevaient lentement les vapeurs aromatiques.

- Tu pleures mon Doudou, lui fit-elle, dans le savoureux parler rond des Afriques.

- C'est trop dur, je veux retourner là-bas !

- Achève donc ta sauce et pense d'abord à la machine mon Doudou, nous irons plus tard, c'est promis...

- Comme tu as raison, la machine, oui mon Amélia, ah, si je ne t'avais pas...

Comme elle s'était levée de table, et revenait avec un plat de rissoles posées sur un lit d'épaisses feuilles de côtinier roux, il embrassa bruyamment l'ébène de son avant-bras, partie de son corps qui passait à portée de ses lèvres, ce qui produisit un son boisé dont l'écho retournait des harmoniques vitreux, car la fenêtre au mastic craquelé était fermée.

Souriante, elle se rassit à la même place, c'est à dire exactement face à lui comme précédemment. Par routine.

- Tu ne me parles pas de ta nouvelle machine, fit-elle, prenant une rissole enveloppée de sa feuille épaisse, d'où s'échappaient des grains de sucre. Les lueurs extatiques du soleil bas - qui achevait de percer en silence les rideaux de la fenêtre - s'emparèrent alors de l'averse sucrée pour la changer en une poussière d'or, qui atteignit la nappe dans un fin cliquetis. D'une main au geste précis, Amélia souriante repoussa le précieux métal jaune vers le bord de table. Offertes par l'astre du jour à son déclin doré, ces infimes récoltes de lumière solide, mises bout à bout, offraient au ménage un revenu non négligeable - qu'ils taisaient par modestie naturelle.

- La nouvelle machine, oui,... je viens d'en achever les plans... Ils sont si beaux que je regrette de devoir passer à la réalisation, plutôt que de consacrer le reste de mes jours à les contempler ; il le faut pourtant. Cette machine je le sens bien, sera toute autre et les réunira, les contiendra toutes, exemptera pour toujours d'en penser de nouvelles dans la spécialité trop méconnue du rien-faire : la machine unique, la machine absolue, définitive, enfin, va voir le jour...

Son ego lui dicta l'additif "grâce à moi qui suis un génie", mais il déclina sagement.

- Sois prudent mon Doudou fit Amélia, sa vaste poitrine soumise à un spasme d'inquiétude.

- Ne crains rien, mon Amélia, tout se passera bien, je te l'assure !

Pliant sa serviette d'une façon scientifique, celui-ci se leva de table et courut rendre visite à l'atelier qui l'avait attendu.

En chemin, il s'attarda sous la verrière dont l'excroissance, entourée d'arbustes fins et de rosiers, avançait sur le jardin. Il avait disposé là, adossée à un support de roche volcanique sculptée de sa main la contrebasse de fer blanc, et son archet électrique logé, lui, dans un orifice spécial. L'outillage musical pouvait surprendre le néophyte, qui n'aurait vu là que tonneau de métal façonné, et taille-haie motorisé. C'eût été ignorer le passé musical du Professeur, comme son Orchestre Métallurgique, dont la troisième symphonie de sa composition, dite "Accidentelle", était alors très applaudie.

Assis sur le tabouret joueur au bois poli par l'usage, l'instrument dans ses bras, il connecta l'archet puis, lui ayant laissé le temps de chauffe nécessaire, frotta délicatement le cordage d'acier trempé au fort diamètre dont l'archet, à pleine vitesse déjà, tirait des sons inconcevables, éveillant à la surface de la véranda des harmoniques plus stridents venus du vitrage fissuré qui, par sympathie naturelle, vibrait à l'unisson.

Croyant répéter en paix son ode au soleil couchant, un merle, terrorisé par la puissance des musicalités humaines, dut s'enfuir si vite qu'on le vit heurter durement la descente pluviale et poursuivre au sol sa retraite, du pas mal assuré des choqués cérébraux.

Le Professeur reprit quelques passages de ses compositions, que l'on ne jouait plus guère aujourd'hui, mais dut stopper net, un des voyants indiquant la surchauffe. Il reposa la contrebasse fumante qui vibrait encore d'un ultime Ré Majeur, et réintroduisit l'archet à la denture rougie dans son orifice refroidisseur.

- C'était le bon temps, fit-il nostalgique pour lui-même, et il se remémorait le solo des dix-huit enclumes accordées par ses soins, percutées au marteau de bronze, point culminant de sa "Troisième" et qu'il avait confiées, heureuses de trouver une seconde jeunesse, au fameux compositeur d'opéras allemand qui avait donné à son tour des scènes de forge - avec le succès que l'on connaît.

 

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FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE (1/2)

SECONDE ET DERNIÈRE PARTIE :

http://chansongrise.canalblog.com/archives/2020/01/05/37916511.html

JCP 01/2015 - 01/2020

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La peur de la nuit (1120, haïku)

 

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 Jyssépé, Monochromes : "Portrait de la Nuit" (9.500 Dollars)

 

 

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Ayant vu le jour la nuit

la nuit toute sa vie

eut peur du noir la nuit

 

 

JCP 01/2020

12 janvier 2020

Haïku arbre

 

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                                                                                                                                                                                      Image : Hyung Soo Hoh

 

 

 

La calvitie de l'arbre

sans autre lotion que sève

guérit au printemps

 

 

JCP 05 08 2011

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11 janvier 2020

Capitanat (1112, tanka)

 

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Débris de flottaisons

poussés dans le courant

où l’insecte se pose

 

s’ignorant capitaine

à bord de son vaisseau

 

 

JCP 01/2020

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Haïku

 

 

La flaque sous la pluie

grandira bien assez

pour y loger la lune

 

 

JCP 01/2020

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08 janvier 2020

Bois flotté (0234)

Fréquemment lu selon les statistiques Canalblog, ce sonnet écrit en 2010 mérite peut-être une remontée plus proche de ce présent qui - tellement fugitif ! - sera le vôtre, mais déjà plus le mien lorsque vos yeux s'y poseront. (Merci à vous si vous deviez le faire).

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                                                                                             Oléron, côte ouest, après les tempêtes (image JCP)

 

 

Bois flotté

 

Aux sables en repos que la marée délaisse

Vient mourir sur la grève une pièce de bois,

Venue peut-être là de la nef d’un grand roi

Comme d’un frêle esquif accablé de vieillesse.

 

Que tu sois d’un vaisseau de tant et tant de pièces

Ou du pauvre canot d’un vieux pêcheur d’anchois,

Que la poudre ou l’écueil aient eu raison de toi,

Diras-tu les émois de ta prime jeunesse ?

 

Déjà le flot grondeur sous les vents revenus

Recouvrait les sables des grands espaces nus

Lorsqu’une faible voix déclarait en substance :

 

- Sachez que je ne fus coque d’aucun vaisseau,

Mais qu’à ces reliquats jadis pendaient des os,

Dit le morceau de bois, - ainsi, je fus potence.

 

 

JCP Août 2010, revu et corrigé Décembre 2019

JCP, Novembre 2015, pour Les Impromptus Littéraires :

 http://impromptuslitteraires.blogspot.fr/2015/10/jcp-une-photographie.html 

 

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06 janvier 2020

Langueurs hivernales (1087)

IMG_3309 co169pie copie                                                                                                                                      Toulouse, place du Capitole : Au Florida (im. JCP)

 

Langueurs hivernales                                                                                                                                                         

                                                                                                                                                                À Paul Verlaine

                                                                                                                                                                À Louis Aragon

 

À la terrasse du café,

libérant pour un temps

mes yeux lourds de mon livre,

d’autres yeux leur sourirent.

 

Insouciante jeune fille

qui ne sut la valeur de l’offrande,

rayon pris au soleil

qui réchauffe encore mon cœur

au souvenir des jours heureux.

 

Aux hivers les plus froids

veille toujours la flamme

des violons de l’été.

 

 

 

JCP 11/2019 – 01/2020 Au Père Léon, brasserie toulousaine

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03 janvier 2020

La rôdeuse (1110)

 

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La rôdeuse

 

De l’un à l’autre de ces mots,

auxquels mon stylo vieillissant perd encore de son encre,

la mort s’est rapprochée de moi de quelques minutes ;

- mais aussi (vous n’y pensiez pas) de vous-même qui lisiez ces lignes…

 

Et les lire à l’envers n’y changera rien.

(Voyez, le mot délire est pris ailleurs).

 

À peine nés, nous vieillissons*.

 

Embusquée en tout lieu,

l’impermanence est l’amie du temps qui passe,

et le temps fricote avec la mort.

 

Incontestablement.

Aucun arrangement n’est possible.

 

 

 

* Ici, une bonne nouvelle pour les affligés de l’âge :

Le nourrisson d’un an vieillit de 100% dès son second anniversaire,

là où le centenaire ne vieillit que de 1% !

 

 

 

►◄

 

 

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 This is the end.

 

JCP 12 19

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01 janvier 2020

Les pleurs de la pierre (1109)

 

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                                                                               Cascade d'Ars, Ariège, image : X

 

Les pleurs de la pierre

                                              ou : comment naissent les cascades

 

 

Au lever du soleil

où tout bouge chante et murmure,

la montagne, excédée de ses raideurs séculaires,

relève sa robe blanche,

s’étire un peu,

s’incline lentement vers la lumière et la salue,

et de tout son corps trop ému

pleure les longues larmes

de ses lacs renversés.

 

JCP 12/2019 - 01/2020

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