La Chanson Grise

 

ACCÉDER AU CONTENU DU BLOG PAR CATÉGORIES : clic / icones 

po_sie_3_150_copie   haikus_3_150_copie   poésie 3 150 copie   contes_3_150_copiepo_sie_3_150_copie2   mot_3_150_copie   nouvelles3_150_copie   Lrctures150_copie

Posté par J Claude à 09:08 - Commentaires [4] - Permalien [#]

30 mars 2017

0791 La porte des visions

 

La porte des visions

 

 

Le venin du serpent comme coulent des larmes

Emplit le vide ami où se rendent les armes,

Et de l'élan brutal qu'instille le poison

Éclot la déraison d'inouïes floraisons.

 

Sous l'état de torpeur qui succède au désordre,

Les couleurs désunies suivent un nouvel ordre,

Et le corps qui se prête au voyage parfait

Distingue au seuil des brumes un monde qui se fait.

 

Les valeurs opposées de gravités soudaines

Meurent sur le chemin de valeurs souveraines,

Et la raison nouvelle, indicible trépas,

Voit naître une vision qui change à chaque pas.

 

Mais si le risque est là, il n'est de pluie qui dure :

Le nuage où fourmille une lumière pure

Éclaire enfin la route qui renaît de la nuit,

Car d'un éclair soudain le serpent s'est enfui.

 

Et dissipant le doute malgré la peur qui germe,

La porte des visions lentement se referme.

 

JCP 01 2017

Posté par J Claude à 11:17 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
25 mars 2017

0788 Nuage d'été

 

Nuage d'été

 

Derrière la fenêtre un visage se cache,

Et sur le grand plafond se dessine une tache

Qui s'étale et noircit sous le soleil d'été :

Une part de l'azur vient de nous être ôtée.

 

La muraille asséchée ne porte plus de mousse.

Du bétail famélique, qui broute ou rien ne pousse

Et gémit pitoyable, il n'est plus d'avenir,

Et dans le ciel blanchi on ne voit rien venir.

 

Du murmure des mots la sombre litanie

A rejoint le néant, et la branche du saule

Qui balaie l'escalier n'abolit pas le rôle

Des grands oiseaux de mer que le vent réunit.

 

JCP 01 17

Posté par J Claude à 10:42 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
20 mars 2017

0786 Après le chaos

 

Après le chaos

 

Sous le vieil arbre nu, un rayon de lumière

Montre la route vague des destinées précaires.

Les anciens murs s'effondrent sous la poussée du temps,

On voit au sol la trace de lourds pressentiments.

 

Il n'est plus de fenêtres mais au bas de la pente

La terre se soulève d'une poussée vivante,

Et des bras décharnés, dans un signe d'adieu,

Annoncent aux humains la vacuité des cieux.

 

La Terre courroucée, qui se fissure et tremble

Reforme ses montagnes, retrouve et puis rassemble

La pierre des murailles, construit un monde neuf

En oiseau qui se rit de sa coquille d'œuf ;

Et l'on voit les décombres, vestiges d'anciens mondes

Qu'ensanglanta la griffe des cyclopes immondes.

 

L'animal s'est uni au règne végétal ;

En l'absence d'humains on ignore le mal,

Et dans ce monde obscur des péninsules meurent,

Des continents dérivent et des étoiles pleurent.

 

Le temps n'existe plus, les mers sont désunies

Et l'on voit sur les grèves des ossements blanchis.

Aux villes dévastées il n'est plus que silence :

La Terre enfin sereine se rit de la science.

 

 

JCP 01-02 2017

Posté par J Claude à 09:52 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
13 mars 2017

0812 Mariage à l'aveuglette

 

Mariage à l'aveuglette

 

Sous la lumière lasse du crépuscule lourd,

Le temps égrène l'heure aux sillons des labours.

Le voile de la nuit appelle le silence,

Mais l'on croit ressentir une indicible transe

Dans les masses d'air froid venues de la forêt,

Qui portent avec elles des craquements feutrés.

 

Et dans l'obscurité qui se fait plus épaisse,

Un homme a emprunté le chemin de traverse,

Avance titubant au souffle de l'autan,

Aveuglé de poussière, se cogne au contrevent.

Un rayon de lumière à la porte entrouverte,

Les mots d'une voix douce, le noir, la rue déserte.

 

Retirée la poussière à son pauvre œil meurtri,

C'est au petit matin que l'homme est reparti.

On dit qu'il épousa la femme à la voix douce

Qui l'aimait en secret - voyez où le vent pousse...

 

 

JCP 03 2017 Pour Les Impromptus Littéraires : "comme une poussière dans l'œil"

Posté par J Claude à 10:34 - Commentaires [4] - Permalien [#]

06 mars 2017

0803 Jeux de dieux

 

11Sans titre-1 copie 680 pix

                                                                                                                                                                          Image : comp. JCP

 

Jeux de dieux

 

Les tempêtes venues de la lointaine Orion,

Et le sable amassé par les grands vents solaires

Ont laissé sur la Terre de grandes confusions,

Annonçant à l'humain l'extinction de son ère.

 

Le soleil repoussé aux confins de Saturne

S'est réduit à la taille de l'une de ses lunes,

Et la Terre entraînée par l'astre incandescent

Autour de Jupiter gravite lentement.

 

Le sable sur la Terre a remplacé les eaux,

Et de traces de vie ne restent que des os.

Un ultime arc-en-ciel s'élève sur les dunes,

Et ses couleurs qui saignent ont des pâleurs de lune.

 

Mais au fond de l'espace des rires retentissent,

Et l'on croit percevoir comme un parfum de vice :

Au mépris des mortels, les Dieux qui font la fête,

Au grand jeu de la mort pétanquent les planètes.

 

 

JCP 02 2017 

Posté par J Claude à 10:14 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
17 février 2017

0781 Avis de néant

 

Avis de néant

 

Au bord du miroir vide, rien ne paraît encore,

Mais le poids du désir d'une nouvelle aurore

Éveille les contours du spectre de l'ennui,

Où va sombrer le jour aux gouffres de la nuit.

 

Dans la paix qui combat aux guerres sans victoire,

Le malaise a grandi, qui nous pousse à tout croire :

L'esprit court la tempête, et sous de vains efforts

Ne voit plus de refuge - les horizons sont morts.

 

Alors comme un aimant réunissant ses pôles,

Au fond du grand miroir se fondent tous les rôles ;

On voit sous des éclairs les étoiles périr,

Et l'homme qui se mire voit son reflet mourir. 

 

 

JCP 26-28 12 2016,  01-02 2017

Posté par J Claude à 11:16 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
10 février 2017

0776 A la survie des vents

 

A la survie des vents

 

Ombre lente au soleil que son corps délimite,

Alors que sous les arbres la pluie chante au rocher,

Un accroc dans le temps repousse les limites,

Et personne n'écoute l'homme venu prêcher.

 

Dans l'épaisseur du livre la vérité se cache

Où l'encre répandue a déposé sa tache,

Mais à l'abri des vents, une part de survie

Ne suffit pas toujours à surpasser l'envie.

 

Alors sous la douceur d'une marche sans pas,

Des routes foisonnantes celle qu'on ne voit pas

Tant le soleil est bas mène aux cités sans ombre ;

Et, crevant les nuages, montent des cris sans nombre.

 

La fuite du soleil, que partout l'on déplore,

Annonce le trépas des mouvantes aurores,

Et l'oiseau précurseur - avalanche au rocher -

Nous montre enfin des traces que l'on croyait cachées.

 

 

JCP 24 12 2016

Posté par J Claude à 10:56 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
27 janvier 2017

0780 Évolution

 

Évolution

 

 

Au damier délaissé l'insecte noir se cache,

Et l'homme n'a pas vu se résorber la tache.

La frontière impossible qui se nourrit d'espoir

Se devine pourtant sous la torpeur du soir.

 

Mais jamais ne s'écroule la fragile barrière,

Personne n'en repousse les murs dans la poussière

Et le fleuve grossi des pleurs de l'univers,

Rougi d'un sang épais, disparait dans la mer.

 

L'absolution des uns est le malheur des autres,

Aux feux clarifiés brûlons les faux apôtres,

Retournons le damier sous la nouvelle loi :

Ce n'est qu'à table rase que le vrai se déploie.

 

 

 

JCP 26-28 12 16

Posté par J Claude à 11:43 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
20 janvier 2017

778 Le souffle retenu

 

Le souffle retenu

 

 

A la porte du vent, un implacable rite

Retient le voyageur sous l'arbre qui s'agite.

Il sait que ce plafond ne lui survivra pas :

Le regard du silence a profané ses pas.

 

Sous le règne évincé des dynasties trop brèves,

Des bouleversements ont dispersé le rêve :

Sur la route élargie vers les clameurs du soir

Il n'est de pierre plate où l'on pourrait s'asseoir.

 

Quelque chose a roulé sur ces rumeurs de fête,

Et la foule éphémère de ces mondes hurlants

Jamais ne ralentit le cours de la comète,

Car nul n'a su frapper à la porte du vent.

 

 

JCP  25 12 16

Posté par J Claude à 11:38 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
07 janvier 2017

0775 Inquiétude du soir

 

Inquiétude du soir

 

Alors que la lumière en tous lieux s'abolit,

Est-ce d'eau ou de vide que le vase s'emplit,

Est-ce le chant des eaux ou celui de la pierre,

Enfin quels sont ces sons dont on ne sait le taire ?

 

Du nouveau crépuscule échappe un souffle long,

Les cris sont apaisés sous l'arbre solitaire ;

Un homme s'est penché sur le creux du sillon,

Et son front rajeuni s'est posé sur la terre.

 

Au cœur de ce silence où l'homme seul avance,

Le temps s'est arrêté  quand nous parvient la transe

Au nuage mourant d'une onde passagère :

On pressent au lointain l'approche d'une guerre.

 

 

 

JCP 23 12 2016

Posté par J Claude à 03:55 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
02 janvier 2017

0774 Dubitatif du Tout

 

Dubitatif du Tout

 

Le carton déplié ne montre rien de plus :

On voit l'ombre grandir sous la divine feuille,

Et le cuir déchiré où l'homme n'a pas lu

Montre sous les écailles que l'ancien temps s'effeuille.

 

Alors grandit la peur et le ciel qui noircit

Ne dit rien du passé que l'oiseau noir tourmente ;

Du nuage si fin que l'espoir a grossi

S'écoule une pluie fine qui ravine la pente.

 

Lassé des lois des dieux, le lac se mire aux cieux ;

Et l'étoile brisée, qui n'est plus que poussière,

Offre son éclat mort à des regards sans yeux.

Le temps reprend ses heures, et coule sa rivière.

 

 

JCP 23 12 2016

Posté par J Claude à 04:45 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
26 décembre 2016

0773 Dubitatif du Rien

 

Dubitatif du Rien

 

La pierre du chemin qu'un crépuscule dore,

Écroule les senteurs de l'eau régénérée,

Et le bourgeon grossi ne pourra pas éclore,

Alors que d'un pas lourd résonnent les forêts.

 

Sous le silence épais des murs de pierre grise

Que la ruse en écho des lutins reverdit,

Les diamants du lac scintillent sous la brise.

Mais l'ombre a régressé - il est déjà midi.

 

Or sous le soleil clair aucune fleur ne dure,

Et le mur renversé connaît soudain le froid ;

Car tout doit retourner au noir des flammes pures :

Sous la ferveur des glaces on lit un front d'effroi.

 

Mais l'on peut voir enfin la peur qui se condense,

La flamme meurt des eaux, et l'homme rassuré

Prend la main de la femme pour une sainte danse ;

La vie reprend son cours - il ne s'est rien passé.

 

JCP 23 12 2016

Posté par J Claude à 01:23 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
22 décembre 2016

Lui aussi (koan)

Essai de Koans* Zen...

 

 

1

 

Étant né de mère stérile,

il n'avait d'autre existence

que fourrure au dos des tortues ;

et bien qu'on l'appelât Non-Né,

un jour il mourut.

 

 

 

 

----------------------------------------------------------------

 

2

 

Sa mère n'ayant pas connu son père,

il ne put voir le jour

- et le déplora toute sa vie.

 

 

JCP 12 07 16

 

* KOAN : texte bref en apparence insoluble ou absurde, proposé par le maître au disciple Zen dans le but de l'interpeller tout en le poussant à la réflexion. (Propres au bouddhisme zen, il en existe un très grand nombre, cette pratique étant largement incomprise des non-initiés occidentaux).

Posté par J Claude à 12:44 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
16 décembre 2016

0770 Guerre végétale

IMG_208rrrCOMP

 

Le vieil orme, le lierre et le promeneur

 

Suivant le cours de tant et tant d'aurores,

Entre deux eaux son destin s'élabore,

Voyant pâlir de fabuleux soleils

Et des hivers de langoureux sommeils.

 

Lorsque sa peau nourrit l'écaille verte,

Dessous son bras, à la pénombre offerte,

Court le serpent d'une insidieuse mort,

Germe de vie où son espoir s'endort.

 

Mais sur l'abîme aux portes entrouvertes

Veille une main et le serpent déserte,

Laissant ce corps à ses vertes envies,

Ivre du temps où s'écoule la vie.

 

Par cet élan une nouvelle sève

Court sous la peau et ranime le rêve ;

Sous le soleil fuit un nuage gris,

L'arbre s'incline, le promeneur sourit.

 

 

JCP 12 16, entre Garonne et Aussonnelle, un orme était couvert de lierre (image).

Posté par J Claude à 19:21 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
27 octobre 2016

0035 Les tentacules du temps

 

Les tentacules du temps

 

                                                                 Venues de la pointe extrême de mes fondements intimes, en ces régions distantes de mon être - mais non de ma conscience -, régions à la fois douées de la meilleure part de ma sensibilité et soustraites à mon regard, diffuses sous le voile des fonds obscurs, me parviennent depuis quelque temps d'étranges sensations.

Un sentiment de crainte vient troubler le cours de ma vie, une vie que d'autres créatures disent longue, et dont je ne me soucie de tenir le compte, ignorant de la mesure d'un temps dont la substance même se dérobe à mon entendement.

Et c'est ainsi que, venue de ces appendices longs dont la forme, le nombre et la situation exactes m'échappe tant le maillage de leur multiplicité s'étire au fil du temps, l'idée d'une rupture possible dans le cours de mon existence, sereine jusqu'alors, s'empare insensiblement de moi. Une forme de panique lente qui impliquera, je le sens bien, certaines restrictions des présents que la vie m'a toujours offerts, et renouvelés ; en somme les effets de ce qui, dans le langage d'autres êtres vivants reliés tout comme moi à la Nature par des liens plus ou moins ténus, voire ignorés d'eux-mêmes, porte le nom de "vieillissement". Un terme qui, à l'image du temps et de ses enfantements de durée, n'éveille en moi rien de palpable.

Mais dans l'immédiat de ce présent qui semble me fuir - un présent mobile où de tout temps s'enracina le cours de mon existence -, la sensation se fait plus forte et, par trois fois, le flux nourricier sans lequel je ne serais pas s'est ralenti. On croirait que le réseau infini de mes capteurs vitaux, qui serait pareil à ce que d'autres espèces nomment poumons si on devait en inverser le relief, bute contre l'insurmontable, ou n'a plus la force de s'immiscer aux profondeurs, désorienté, oublieux de ces points cardinaux, mes guides de toujours.

Ah oui. Car il faut que je vous dise, je suis un chêne, un très vieux chêne - un arbre, savez-vous. Et mes vieilles, mes pauvres racines qui ne sont plus ce qu'elles étaient, vont je le crains m'instruire de la notion de ce temps que vous chérissez tant - vous autres humains.

 

JCP 26 10 16 Pour Les Impromptus Littéraires. Thème : vos racines.

Posté par J Claude à 18:26 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
19 octobre 2016

Le vent des âges (Proses diverses, 0034)

 

Le vent des âges

 

◄►

Ce matin là, trois cheveux blancs dans la glace en me levant !

Les cheveux d'un autre assurément, rendus là par la fantaisie du vent. A ce malornement rien d'inquiétant : le vent les déposa, le vent les reprendra.

Le lendemain, six cheveux blancs dans la glace en me levant.

Le vent se joue de moi, pour sûr il faiblira.

Mais il n'est pire traître que le vent, tous les marins vous le diront...

Et ce fut ainsi que chacun des matins de ce monde m'apporta son lot de cheveux blancs supplémentaire.

Le vent ne fléchissait pas. Tantôt calme tantôt courroucé, il n'a pas d'âge, lui, et se moque bien de mes cheveux !

M'étant jusqu'à ces tristes jours considéré comme étranger à tout vieillissement, voire immortel, un souffle intérieur fait de panique réflexive m'investit alors, assassin du sommeil et pourvoyeur de rêves mauvais.

Redoutable, la déprime du blanc de l'âge se ruait sur moi.

Il y avait erreur sur la personne, On s'était trompé. Cela rentrerait dans l'ordre...

D'autres miroirs pourtant montraient la même image : celle d'un homme atteint par l'irréparable.

Des soins multiples, régimes alimentaires et traitements réputés souverains furent sans effet : chaque matin dans la glace, la couche neigeuse s'étalait plus encore.

Des solutions radicales, chapeau, perruque, tonte à ras, furent pensées sans trouver asile en mon âme dépitée, qui répugnait à ces artifices d'esthétique incertaine.

Je le vis bien, je n'existais plus. Dans la rue, personne ne se souciait de moi, et les femmes me croisaient sans le moindre regard pour moi. Un mort vivant.

Des cheveux blancs. Moi...

Acculé, rendu aux extrémités, un ami m'indiqua certain vieil homme, aux pouvoirs comme à la sagesse réputés. Quelque charlatan me dis-je, sonnant à la porte d'un modeste appartement du centre de la ville, très fréquentée ce jour-là.

Le cheveu noir malgré l'âge visible, enveloppé d'un kimono de soie noire ceint d'une ceinture rouge, le visage rond, jovial et sans rides, l'œil vif et doux à la fois, l'homme parla peu, mais approcha un moment ses mains des attributs capillaires fautifs, déclarant tout net :

- Le mal est réparé. Vous ne me devez rien. Retournez chez vous en regardant - c'est essentiel ! insista-t-il - toujours droit devant vous ; évitez tout miroir - instrument des vanités ! -, sinon le charme, sachez-le bien, sera brisé à l'instant même ; enfin, affichez le sourire et vous connaîtrez la paix.

Écoutant l'homme (on ne sait jamais...), je figeai mon regard droit devant moi, ignorant les vitrines des magasins, affichai de mon mieux un visage avenant éclairé d'un léger sourire, et vis que des passants croisés me souriaient également ; alors qu'une femme, plutôt jolie, croisait mon regard avec insistance, souriante elle aussi...

Ça fonctionnait. De son fluide puissant, le vieil homme m'avait rendu ma vraie toison, j'existais à nouveau !

 

Rentré chez moi pourtant, le fléau neigeux était toujours là, dans la glace.

Mais désormais je savais m'en libérer.

 

◄►

 

JCP 19 10 16 Pour les Impromptus Littéraires (sujet proposé par moi-même à l'occasion de la foire aux thèmes) : utiliser l'incipit "Ce matin là, trois cheveux blancs dans la glace en me levant."

Posté par J Claude à 07:56 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
01 septembre 2016

Huître au rocher

DSC06695 REG RECCOMP

 

Huître au rocher

 

                                                           C'était sur la côte. La grande, l'admirable, celle des roches brunes et des sables longs, celle où la mer reprend ses eaux et laisse voir ses dessous intimes au gré d'un impudique reflux. Au soleil doux de Bretagne, tout semblait disposé ce matin-là pour un bonheur simple et paisible : sous les cris rauques des grands oiseaux blancs, la coque et le crabe, la moule et l'huître au rocher emplissaient déjà mon panier grillagé alors que les eaux, lentement, recouvraient ce qu'elles avaient pour un temps offert à ma convoitise. La récolte était belle, le sable grossier crissait sous mes pas : la journée commençait bien.

De retour à l'auto cependant, un téléphone à l'extinction omise glaça mon sang par sa sonnerie malvenue - pouvait-on sur la planète ronde trouver la paix une matinée seulement ?...

L'océanique et beau séjour hélas s'achevait là : d'une voix prudente, un voisin m'annonçait effraction et cambriolage au domicile - qui y mettaient fin à peine commencé.

A l'issue d'un pénible et long retour, nous ne pûmes que constater la dure réalité : la maison sens dessus dessous, et plusieurs disparitions.

A l'issue d'une nuit de sommeil approximatif je découvris cependant, non remarquée la veille, l'absence au mur de la chambre de l'horrible tableau qui hantait mes nuits, et dont mes rêves seuls avaient jusqu'alors osé l'autodafé : l'Angélus hideux que commit une Belle-mère au pinceau malhabile, œuvre sacrée entre toutes dont j'endurais la présence depuis tant d'années de mariage !

Longtemps, ardemment souhaitée, la disparition du sinistre barbouillage je dois le dire, eut l'effet d'adoucir considérablement les suites du forfait électrodomestique, dont les pertes financières valaient bien l'envol à jamais.

 

JCP 29 08 16 Pour Les Impromptus Littéraires ; sujet : souvenir insolite de vacances

Posté par J Claude à 17:03 - - Commentaires [6] - Permalien [#]