Première partie : http://chansongrise.canalblog.com/archives/2019/10/02/37679962.html

Seconde partie : http://chansongrise.canalblog.com/archives/2019/12/17/37680094.html

Troisième partie : http://chansongrise.canalblog.com/archives/2019/12/24/37680111.html

 

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QUATRIÈME & DERNIÈRE PARTIE : 0,7 mm X 3 = 2,1 mm*

 *  Voir en fin de texte

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10

                   Sur scène dès la nuit tombée, Mungo Jerry fit danser la mer des chevelures dans des rythmes fous, emmenant le public, levé d’un bloc par sa voix tempétueuse, dans une houle à donner le tournis, et dans l’écume vive des bras levés blanchis par les projecteurs, qui de temps à autre incendiaient la foule en délire. Ce fut un très beau succès populaire, incontestable moment fort du festival.

Le bluesman blanc Johnny Winter fut de même très acclamé, dans cette musique universelle, comprise de tous, émaillée des longs solos de ce talentueux guitariste américain au cheveu d’albinos.

Léonard Cohen, qui ne fit pas l'unanimité par son comportement, sut se racheter par sa musique et sa voix qui - un peu monocorde -, parvenait cependant à faire sombrer certains spectateurs dans un demi-sommeil, harassés par la rude journée au plein soleil et l'heure tardive. Ses interventions parlées, sur la paix dans le monde et l'utopique amour universel, furent applaudies, malgré la persistance de quelques sifflets.

"Titanic", groupe sans grande originalité venu des pays nordiques, proposait quant à lui un hard-rock traditionnel des plus chaleureux qui, s’il ne nécessitait pas vraiment l’écoute attentive par la richesse de sa musique, fit lever et danser le public durant la prestation entière. En tournée française, Titanic se produisit près d'Albi en 1973.

L’inénarrable Pete Brown, avec son groupe « Piblokto !», capable de longs solos inspirés et ses percussions, connu comme poète et compositeur, et à qui certains artistes de la scène Rock (Eric Clapton notamment) doivent quelques-uns de leurs meilleurs succès, fut également très applaudi. Pete Brown se produisit en 1972 au théâtre du Taur à Toulouse.

Cruellement juxtaposés à ces artistes, les groupes français souffrirent quelque peu de la comparaison : le rock, qui ne naquit pas chez nous, n’y trouvait pas encore ses meilleurs interprètes, et s’y enracinait difficilement. Ils se firent cependant connaitre et certains, comme Triangle, connurent une vraie notoriété des années durant (Pour mémoire, le tonitruant concert de la Halle aux Grains de Toulouse en 1971, qui laissa l'auteur de ces lignes dans une surdité notable jusqu'au lendemain). On ne proposait pas encore de bouchons d'oreille aux concerts de hard-rock, dont le niveau sonore atteint aujourd'hui l'intolérable...

Ce fut "Colosseum", talentueux groupe anglais de jazz-rock, aux solos de saxophone très attendus et applaudis de Dick Heckstall-Smith qui, la dernière nuit, clôtura pour ainsi dire le festival ; les groupes français qui le suivirent firent moins l’unanimité, desservis par la relative somnolence du public aux heures tardives.

Ci-dessous : Colosseum (Dick Heckstall-Smith au saxo, à droite)

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"Catherine Ribeiro + Alpes", à l’heure où les têtes émergeaient encore des duvets, put cependant étendre ici son auditoire et affermir sa jeune notoriété.

Alors, de lassitude, les musiciens ayant tous exprimé la quintessence de leur art, public et orateurs épuisés, il fallut bien débrancher amplis et projecteurs.

 

Un grand silence se fit alors dans la fraîcheur de cette fin de nuit, laissant scintiller un temps encore et s'éteindre insensiblement un dernier murmure au fond des oreilles comblées.

  

 

11

                              Malgré la chaleur de la veille, une fraîche rosée s'était posée sur l'herbe au cours de cette dernière nuit ; et s'extraire au petit matin de sa couverture ou de son duvet, à même le sol jonché de papiers, d'affaires oubliées, se faisait dans le regret des plus beaux rêves écourtés. Certains allumaient des feux de camp, auxquels les plus transis, moins prévoyants sur le vêtement emporté, venaient un moment se réchauffer. La musique s’était tue, mais de nombreux irréductibles n’entendaient pas se retirer encore ; alors que certains dormaient, abrutis pour une bonne part des excès de la nuit.

Et ces flammes paisibles qui s’élevaient couronnées de fumeroles, dressées de loin en loin parmi les corps étendus aux pieds des rares marcheurs silencieux, donnaient à la prairie dévastée, où la nuit s'attardait encore, des airs mornes de champ de bataille.

 

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Dernière fin de nuit, peu après la clôture du festival par "Catherine Ribeiro + Alpes". Des discussions animées ont encore lieu sur la scène au lever du jour. À gauche : cabane de feuillages. Qui en a une reste enveloppé dans sa couverture.

Puissant remède à l'amnésie, cette image de la fin du festival, prise tête et appareil photo émergeant seuls de mon duvet dans la fraîcheur matinale, restera pour toujours à mes yeux une des plus chargées de souvenir de mon existence.


 

La musique avait cessé. Pourtant le soleil revint.

Il paraissait frapper plus fort encore et dire à tous que le moment des adieux était venu, dans un silence troublé lourd à l'oreille : on démontait les tours, et seul parvenait le piétinement sourd des road-managers sur le vaste plancher de la scène que, progressivement, l’on déshabillait, dans un terrible striptease de squelette. On parlait peu, on parlait bas. On eût dit que la foule, assombrie, désemparée, avait perdu sa voix, abattue par la fin de l'évènement - si grand qu'elle n'avait encore les mots pour évoquer la moindre de ses minutes. On s’attardait encore, roulant son duvet, bourrant son sac la tête ailleurs, espérant - qui sait - un dernier riff de guitare.

 

Alors, dans un dernier regard vers la vaste scène déshabillée qui avait tant donné, de partout, dans une marche lente et silencieuse, tête basse et dos courbé, l’on convergeait vers la sortie, piétinant à rebours le grillage inutile, l'esprit débordant du rêve, et les cheveux un peu plus longs*.

 

 

* Voir titre pour plus de précisions

 

THIS IS THE END

 

 

"This is the end,

my only friend,

the end"

 

(Jim Morrison, The Doors, titre "The end").

 

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On y était

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JCP    Jan. 2010 & Sept.- Oct. 2012 ; revu 2014, 2017, 2019

Image de première page première partie : prise en N&B et colorisée (original primé au concours FNAC-Canal+ pour les 40 ans du festival de Woodstock).

Images / pellicule N&B Kodak 125 ASA / 6X6 Rolleicord (non équipé de mesure lumière). Agrandisseur Meopta 6X6 / objectif Belar. Papier photo Agfa 13X18 cm. blanc brillant, glaceuse-sécheuse. Scanner Epson.

 

Scènes de tournage du film "À cause du pop" sur le site du festival avec François Jouffa et... (?)


 

 

 

 

 

 

 

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Davantage d'images rock sur ce même festival et sur le début des années 70 :

http://paroledemusique.canalblog.com/archives/2012/10/04/16542405.html

 

Une des rares images trouvées sur le net, issue d'un article dans "La Provence" :

https://www.laprovence.com/article/sorties-loisirs/4061550/saint-pons-le-premier-woodstock-a-la-francaise-qui-eut-lieu-aux-milles.html

henry-ely-aix-festival-pop-de-saint-pons-1970-17

 Ci-dessus : peut-être "Triangle" démarrant le festival le premier jour...

 

Une fan reprend mes images et me montre tenant l'affiche... :

http://www.lucyintheweb.net/lucy/forum/viewtopic.php?t=7169

 

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VIDÉO DU FESTIVAL (merci à l'I.N.A.):

 

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Lien plus bas (sous ce texte) : vidéo sur les moeurs conservatrices-castratrices-fascisantes et anti-jeunes de l'époque (interview des Aixois) : édifiant !, voire impensable, et pourtant il y a 50 ans seulement !

On peut comprendre l'ampleur et l'âpreté du combat mené par toute (du moins une bonne partie) de la jeunesse contre le dangereux esprit "adulte" incroyablement rétrograde. L'auteur de ces lignes dut mener ce combat, figurant lui-même parmi les premiers à vouloir mener sa vie à sa guise, simplement LIBRE et HEUREUX, deux mots qui n'entraient pas (y entrent-ils aujourd'hui ?) dans le vocabulaire de notre société où le consumérisme qui allait ravager la planète pointait déjà.

John Lennon :

 

"Quand je suis allé à l'école, ils m'ont demandé ce que je voulais être quand je serais grand.

 

J'ai répondu "Heureux".

 

Ils m'ont dit que je n'avais pas compris la question ;

j'ai répondu qu'ils n'avaient pas compris la vie."

 

 

LA VIDÉO DE LA HONTE :

https://www.ina.fr/video/CAF91056470

 

 

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REMERCIEMENTS

 

 aux personnes qui, de près, de loin, ou même sans le savoir, ont contribué à la rédaction du texte final :

 

Lisak, Sonia, Imago, Morata, Edmée de Xhavée, Denis Chollet (qui inséra trois de mes images dans son ouvrage "Nos années de poudre ça n'a pas traîné"),, Cold Blue, Daria, Martine (pour ses mots), Old Nut, Johanna Amar (pour nos échanges lors de la rédaction de son mémoire), Didier Thibault (Bassiste et leader de MGP pour son aide), Arthur Cerf (rédacteur à « Snatch Magazine »), Philippe Andrieu (pour son aide et la transmission gracieuse de l’enregistrement original de Léonard Cohen), Popallthedays, Wilfrid (pour ses infos), Ronan, Pat, MGP, Ditibo, Les Cafards, Logan31, Chantsongs.

Remerciements à Gilles Pidard (Cinéma et Musiques, université Paris Diderot-Paris 7).

 

Site Philippe Andrieu :

 

http://philippe.andrieu.free.fr/concerts/19700801/002-19700801-colosseum-johnny-winter-pete-brown.php

 

Remerciements à « Lucyintheweb » qui récupéra mes images pour en faire un article sur son blog personnel, affichant même, sans le savoir, mon propre portrait plein écran :

 

http://www.lucyintheweb.net/lucy/forum/viewtopic.php?t=7169

 

Autre utilisation des mêmes images sur facebook :

 

https://www.facebook.com/lesinstantsdete/posts/2701936169840092?comment_id=2709122655788110

 

Moving Gelatine Plates :

 

http://rock6070.e-monsite.com/pages/blues-et-rock-en-france/moving-gelatine-plates.html

 

Johanna Amar est diplômée d’un master de recherche en histoire culturelle et sociale à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. Elle est rattachée au laboratoire du Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines. Son mémoire porte sur les « Premiers festivals de musique pop en France en 1970 » sous la direction d’Anaïs Fléchet :

 

https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-01872518/document

 

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Joseph Kessel était présent au festival de Biot dit "Popanalia" quelques jours plus tard (nous y étions aussi). Ce fut un échec retentissant, la foule ayant brisé toute barricade. Seule Joan Baez s'y produisit (image suivante)

 

 

 

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Aspect de notre campement à Biot, où nous pûmes voir Joan Baez

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JCP, 11/2019

 

 

 

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