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La Chanson Grise
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21 juillet 2018

Désaiguillage (0901)

 

Désaiguillage

                                                                                                          À Martine

 

                Le nombre infini des aiguilles que le Temps dépose ici n’est pas des pins, mais de toutes horloges du temps qui viennent mourir en ce sous-bois, et ne connaîtront plus le cadran.

                Le cycle qui vient de s’interrompre affecte les passagers du Temps, et tout se fige dans une chorégraphie de silence, que seul le vent anime encore dans les hauts branchages.

                   Dans un bien-être permanent, nul ne vieillit ni ne meurt mais, de jour en jour, le temps immobile se charge de lassitudes lourdes.

                  Le corps figé n’appelle plus aux plaisirs ni aux besoins de son ancien monde, soient-ils de boire, de contempler (la forêt de pins lasse le regard), de chère ou de chair. La vie ainsi réduite s’affuble d’indécises valeurs, et son intérêt s’érode à l’âme, où le néant s’insinue.

                  Sortir du bois se pense, mais l’idée de vieillir chasse sans cesse cette pensée qui s’obstine...

                 Pourtant, un par un et à pas lents, les passagers de ce voyage hors du Temps sortent du bois, préférant une mort annoncée à la vie sans vie de cette éternité-là.

                  Dans le cri rauque des carillons étouffés sous leurs cendres, le vent a dispersé les aiguilles.

 

 

 JCP 12  04 18

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Commentaires
L
une superbe écriture ! Par ailleurs je regrette que ton blog "parole de musique" ne soit plus alimenté. C'était une mine
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M
Merci Jean-Claude. Je suis touchée et flattée. Cela m'arrive aussi d'être inspirée par les écrits ou les photos des autres. C'est ça que j'aime avec les blogs. Tous ces échanges<br /> <br /> Bises
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H
A mon tour de reconnaître piteusement que j'ignorais que Voltaire fût poète... J'en étais resté au polémiste. Je n'ai pas le temps, là, de les imprimer, mais dans la même veine, "Les retraités" de Ferré (1964) et "Saturne" de Brassens (1965) sont à réécouter, les deux interprétations dans deux registres très différents peuvent faire mal... ou du bien pour celle de Brassens, magnifique chanson d'amour, ode à la femme de sa vie. Sans oublier "Sarah" par Reggiani, en 67. Il va de soi que la liste n'est pas exhaustive.
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H
Vieillir... Bien sûr...<br /> <br /> Pour tenter de rester fidèle à la proposition de liens avec des immarcescibles de la Chanson Française, celle qui mérite des majuscules, quelques extraits de "Vieillir", de Brel, sur son ultime opus, en 77, déjà...<br /> <br /> <br /> <br /> Mourir, cela n'est rien<br /> <br /> Mourir, la belle affaire<br /> <br /> Mais vieillir... ô vieillir !..<br /> <br /> <br /> <br /> Mourir sous le manteau<br /> <br /> Tellement anonyme<br /> <br /> Tellement incognito<br /> <br /> Que meurt un synonyme...<br /> <br /> <br /> <br /> Mourir insignifiant<br /> <br /> Au fond d'une tisane<br /> <br /> Entre un médicament<br /> <br /> Et un fruit qui se fane...<br /> <br /> <br /> <br /> Mourir, cela n'est rien,<br /> <br /> Mourir, la belle affaire,<br /> <br /> Mais vieillir... ô vieillir !<br /> <br /> <br /> <br /> Il faut (ré)écouter le disque, pour entendre toute la rage impuissante de Brel, qui n'en avait plus pour longtemps et qui le savait.
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J
C'est charmant mais un peu triste, c'est le temps des vacances réveillons nous et profitons un maximum du temps qui nous reste, c'est tellement éphémère tout ceci, évoquons nos meilleurs souvenirs impérissables qui resterons à jamais dans nos mémoires et qui nous feront revivre nos parfums oubliés.
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