Au bord du souvenir (0868)

Un certain Noël 1965, non loin d'Albi
Au bord du souvenir
Du souvenir perdu s’élève une fumée :
On voit parmi la cendre des pantins animés 7-6 corriger
Dont les mains me font signe et qui crient à tue-tête.
Ce grand charivari ressemble à une fête,
Où mes amis d’alors, certains perdus de vue,
D’autres perdus de vie, crèvent le temps perdu.
Les vins blancs trafiqués, les fumées du tabac,
Les alcools bon marché aigrissaient l’estomac,
Qui d’humeur vengeresse exigeait les toilettes,
Sous l’œil trop indécis des futures conquêtes.
Le mental timoré aux volontés du corps,
Parfois la main, le pied, plutôt qu’un mot retors,
Exprimaient sous la table un geste qu’on repousse,
Cul de sac d’un langage que le penchant émousse, 7-6
Présumant d’un futur parfois passé présent,
Parfois dissuadé sur un retour violent.
Des sens qui s’éveillaient, auteurs du léger crime,
Nulle ne se plaignait, flattée plus que blessée :
Une main repoussée, une main acceptée ;
Il n’était là qu’un jeu aux atteintes minimes,
Le grand jeu de la vie, qui dit-on rend heureux,
Passe par ces épreuves et s’aventure à deux.
La vie qui joue aux dés éloigne ou bien rapproche,
Laisse en vie longuement ou dit à la mort : fauche !
Sentence du hasard qui nous fait ressentir
Ce qu’il faut de présent pour faire un avenir.
JCP 16-17 03 18