17 août 2021

Bois flotté (0234)

 

            Ce sonnet, qui s'est vu attribuer le troisième prix du concours de poésie 2021 "POETIKA"  (13 pays participants), valait peut-être une brève remontée en "tête de gondole".

Ceci malgré qu'une certaine modestie s'y oppose - modestie insuffisante pour s'y opposer vraiment... tout arrangeur de mots cherche à être lu.

Par égard envers les mots, l'image d'illustration de la première édition n'a pas été jointe.

 

http://www.poetika17.com/listelaureats.html

 

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Bois flotté

 

Aux sables en repos que la marée délaisse,

Vient mourir sur la grève une pièce de bois,

Venue peut-être là de la nef d’un grand roi,

Comme d’un frêle esquif accablé de vieillesse.

 

- Que tu sois d’un vaisseau de tant et tant de pièces

Ou du pauvre canot d’un vieux pêcheur d’anchois,

Que la poudre ou l’écueil aient eu raison de toi,

Qui saura les émois de ta prime jeunesse ?

 

Déjà le flot grondeur, sous les vents revenus,

Ramenait la marée aux grands espaces nus,

Lorsqu’une faible voix déclarait en substance :

 

- Sachez que je ne fus coque d’aucun vaisseau,

Mais qu’à ces reliquats jadis pendaient des os,

Dit le morceau de bois, - ainsi, je fus potence.

 

 

 

 

 

JCP Août 2010, revu et corrigé Décembre 2019

JCP, Novembre 2015, pour Les Impromptus Littéraires :

 http://impromptuslitteraires.blogspot.fr/2015/10/jcp-une-photographie.html 

 Ce poème a été inspiré par la côte sauvage d'Oléron.

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21 juillet 2021

Vacuité (Quatrains, 1351)

 

 

 

Vacuité

 

Fêlure dans le temps ou prodige indicible,

Mon miroir ce matin était vide de moi.

C’est dans un grand frisson de l’orteil au cheveu

Que je me retournai. Il n’y avait personne.

 

 

 

JCP, 07/2021

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27 juin 2021

Qui ? (Quatrains, 1346)

 

 

 

Qui ?

 

Celui que tu vois, là, au bord de la falaise,

Le regard dans le vide et qui n’est autre que toi,

Ne l’interpelle pas, car tu disparaîtrais

Par la route invisible échappée de son front !

 

 

JCP, 05/2021

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20 juin 2021

Toujours vient la mer (1050)

 

 

 

Toujours vient la mer

                             À Walt Whitman

 

Élargi par le temps,

L’estuaire du fleuve

Qui se jette à la mer

Ressemble à la vieillesse,

Élargie par les ans,

Qui se jette à la mort.

 

 

 

JCP, 06/2021

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13 juin 2021

Mutation (Quatrains, 1347)

 

 

 

Mutation

 

La barque a bu la mer. Affalée sur le sable,

Ses avirons au sec, elle semble promise

À une vie nouvelle où les eaux n’ont pas cours.

Quatre roues lentement émergent de sa coque.

 

 

JCP, 05/2021

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31 mai 2021

PICASSO (1348)

 

 

 

PICASSO

 

Péninsule accostée aux laves enflammées,

Nébuleuse de blanc de la conscience pure,

Qui du crayon jaillie débâtit la prison

D’une âme qui s’enivre à son tout premier bal !

 

De l’effrayant fouillis aux couleurs surannées

Où rien ne transparaît, la puissance d’esprit

Qui déblaie le chemin réunit un à un

Mille et un sentiments et les fond au creuset.

 

Paysage éclaté, où l’essentiel demeure

Plus fort en vérités que la vie que la mort,

Visages déchirés par la joie par la peur

Où toute une émotion se chiffre en un seul trait !

 

D’un halo invisible, où l’œuvre disparaît,

S’exhale l’expression de la toile achevée,

Sensation épurée où la pensée se tait,

Et la conscience boit au seul dire du peintre.

 

 

JCP, 05/2021

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26 mai 2021

C'est plus comme avant (Quatrains, 1345)

 

 

 

 

C’est plus comme avant

 

Dans l'âge et ses tourments est un signal morose

Voulant que retirer ses plus beaux vêtements,

De prélude à l’amour, passe un peu trop souvent

À palpation de médecin. On le regrette.

 

 

JCP, 05/2021

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22 mai 2021

Baudelaire : Les Hiboux

Datée du 18 Mars 2020, cette modeste analyse du poème de Baudelaire étant devenue l'article le plus consulté du bog, son auteur a cru bon d'en augmenter la visibilité.

Grands poètes : Baudelaire

 

hiboux

 

 

Charles Baudelaire (1821-1867)

 

Les Hiboux (Les Fleurs du Mal, 1857)

 

Sous les ifs noirs qui les abritent,

Les hiboux se tiennent rangés,

Ainsi que des dieux étrangers,

Dardant leur œil rouge. Ils méditent.

 

Sans remuer ils se tiendront

Jusqu’à l’heure mélancolique

Où, poussant le soleil oblique,

Les ténèbres s’établiront.

 

Leur attitude au sage enseigne

Qu’il faut avant tout qu’il craigne

Le tumulte et le mouvement.

 

L’homme ivre d’une ombre qui passe

Porte toujours le châtiment

D’avoir voulu changer de place.

 

 

 

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Petite analyse hypothétique du poème

 

Les poètes ne chantent guère le hibou, et connaissant Baudelaire on est plutôt sur ses gardes.

Le premier quatrain nous plonge en effet dans une atmosphère sombre et inquiétante : « les ifs noirs » (est-on dans un cimetière ?). « Dardant leur œil rouge » : la couleur des yeux grandit la menace que représente cet oiseau de malheur que l’on clouait alors, victime de la superstition des hommes, sur le portail des granges.

Mais ces hiboux, de redoutables, se complexifient de « dieux étrangers » et de méditants.

On pense au Bouddha en posture de méditation mais, est-ce vraiment à lui que Baudelaire fait allusion ? Ou à de « mauvais » dieux, païens redoutables au culte barbare ?

On peut penser aussi au vers 77 du Voyage (Les Fleurs du mal) : « Nous avons salué des idoles à trompe », s’agissant probablement du dieu hindou à tête d'éléphant, Ganesh.

En sus de la crainte il y a donc là, bonne ou mauvaise on ne sait, une composante spirituelle : ces oiseaux méditent, pratique largement méconnue qui grandit le mystère.

 

Le second quatrain nous les montre toujours plus immobiles, attendant les ténèbres « sans remuer ». D’un logique désamour pour la lumière, ils attendent que la nuit « pousse le soleil oblique » sans ménagements pour que soit enfin restauré leur domaine de prédilection, ceci en méditant. Nuit mélancolique et ténébreuse à souhait, critères baudelairiens par excellence.

 

Le premier tercet nous fait l’éloge de la sédentarité, présentée comme sagesse : les hiboux, sages eux-mêmes, enseignent à qui veut l’être qu’il ne doit pas bouger. Encore vague, une menace se fait jour pour qui enfreindrait la règle : le sage doit « craindre le tumulte et le mouvement ».

De dieux, étrangers et suspects, voire redoutables, les hiboux sont désormais qualifiés de sages.

 

Le dernier tercet confirme le bien-fondé de l’immobilité, et la menace est là : on doit ignorer jusqu’à  l’« ombre qui passe » sous peine de « châtiment ». Qui ne semble pas être celui que le christianisme lie au péché.

Ce respect absolu de l’immobilité conduirait à la sagesse.

Sagesse atteignable à travers une certaine pratique spirituelle, dans la pénombre, se tenant parfaitement immobile sous peine d’échec (le châtiment ?).

Le poème qui s’achève nous incite, plus résolument encore, à la sédentarité, voire à nous retirer du monde. Baudelaire lui-même, citons encore "Le Voyage", n'était pas un grand voyageur et détestait la campagne ("Rêve parisien"). Voir ces deux poèmes ci-dessous).

https://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/charles_baudelaire/le_voyage

https://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/Poemes/charles_baudelaire/reve_parisien

On peut encore, avec ou sans conviction, comparer la silhouette, massive et figée, yeux mi-clos (bien que rouges) du hibou à celle du Bouddha en posture de méditation…

Qu’en est-il réellement ?...

On peut imaginer que, suite au mauvais souvenir du voyage de jeunesse qu’il dut écourter, Baudelaire écrivit ces trois poèmes qui ne sont pas sans lien : « Les Hiboux », « Le Voyage », et « Rêve parisien ». Les trois semblent en effet dénigrer voyage et nature.

Cependant, si la bonne poésie est celle qui se déchiffre incomplètement, laisse sa part obscure et se prête à diverses interprétations (et même à écrire à sa suite), ce court sonnet octosyllabique en fait éminemment partie.

 

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CONFINEMENT

 

Quant au lien qui semble unir ces trois poèmes, "Les Hiboux", "Le voyage" et "Rêve parisien", une remarque vient à l'esprit : dénigrant le voyage (« Le Voyage »), la nature (« Rêve parisien ») et louant sédentarité et immobilité (« Les Hiboux »), on pourrait tirer de ces trois poèmes une merveilleuse consolation au confinement qui nous frappe !

Ces trois poèmes nous disent, il suffit de le lire :

- Tu ne peux voyager, tu te sens prisonnier dans ta propre maison, la nature te manque : fort bien, réjouis-toi ! Demeure donc chez toi, tu es un sage et tu ne le savais pas !

 

 sépar 75 k copie

 

J'ai bien cru entendre dire, par-dessus mon épaule : "Sagesse forcée ne fait pas long chemin" ...?...

 

JCP 03/2020

21 mai 2021

Toilette terrestre (1335)

 

 

 

Toilette terrestre

 

Vastes comme le ciel, de grands bras de cristal

Retroussent l’horizon, et court l’onde invisible

Qui entrouvre les mers et libère les vents,

Et fissure le sol en de mortels élans.

 

De villages noyés en îles émergées,

La terre est en toilette, et, contemplant sa peau,

Ici de lave tiède ou là rasée de près,

- Libre de parasites - laisse éclater sa joie.

 

 

JCP, 04-05/2021

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20 avril 2021

Monde fragile (1326)

 

 

 

Monde fragile

 

Ne pose pas ton pied !

Tout un monde en son lit

Dort sous ce pissenlit.

 

 

JCP, 03/2021 Bois de Pinot

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