18 mars 2020

Vent de désastre (1194)

 

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                                          Toulouse centre-ville : rue Alsace-Lorraine, place du Donjon, Capitole

 

 

 

Vent de désastre

 

C’étaient des vents sans loi, c’étaient des vents sans terre

Qui s’étendaient grandis sur la face du monde,

Subjuguant la pensée, jetant le corps à bas,

Ne gonflant pas de voile et laissant l’arbre droit.

 

Et les souffles unis de cette triste ronde

Où qui ne suit le pas embrasse le trépas,

Allant par la montagne et volant sur la mer,

Faisaient de tous logis des prisons sans geôlier.

 

Or la terreur chez l’homme éveille en lui la bête :

Le mauvais le demeure, et l’on peut voir le bon

Esquiver la menace en tigre sanguinaire.

Instillée par la peur on vit toute bassesse ;

Invité par l’orgueil on vit nourrir le mal.

 

Toute crue se retire, et naît de chaque épreuve

La sagesse nouvelle. Jaillit de ces décombres

Un être de raison, disant vouloir tirer

Les leçons du passé.

 

- Jusqu’au prochain virus.

 

 

 

JCP 03/2020

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Baudelaire : Les Hiboux

 

Grands poètes : Baudelaire

 

hiboux

 

 

Charles Baudelaire (1821-1867)

 

Les Hiboux (Les Fleurs du Mal, 1857)

 

Sous les ifs noirs qui les abritent,

Les hiboux se tiennent rangés,

Ainsi que des dieux étrangers,

Dardant leur œil rouge. Ils méditent.

 

Sans remuer ils se tiendront

Jusqu’à l’heure mélancolique

Où, poussant le soleil oblique,

Les ténèbres s’établiront.

 

Leur attitude au sage enseigne

Qu’il faut avant tout qu’il craigne

Le tumulte et le mouvement.

 

L’homme ivre d’une ombre qui passe

Porte toujours le châtiment

D’avoir voulu changer de place.

 

 

 

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Petite analyse hypothétique du poème

 

Les poètes ne chantent guère le hibou, et connaissant Baudelaire on est plutôt sur ses gardes.

Le premier quatrain nous plonge en effet dans une atmosphère sombre et inquiétante : « les ifs noirs » (est-on dans un cimetière ?). « Dardant leur œil rouge » : la couleur des yeux grandit la menace que représente cet oiseau de malheur que l’on clouait alors, victime de la superstition des hommes, sur le portail des granges.

Mais ces hiboux, de redoutables, se complexifient de « dieux étrangers » et de méditants.

On pense au Bouddha en posture de méditation mais, est-ce vraiment à lui que Baudelaire fait allusion ? Ou à de « mauvais » dieux, païens redoutables au culte barbare ?

On peut penser aussi au vers 77 du Voyage (Les Fleurs du mal) : « Nous avons salué des idoles à trompe », s’agissant probablement du dieu hindou à tête d'éléphant, Ganesh.

En sus de la crainte il y a donc là, bonne ou mauvaise on ne sait, une composante spirituelle : ces oiseaux méditent, pratique largement méconnue qui grandit le mystère.

 

Le second quatrain nous les montre toujours plus immobiles, attendant les ténèbres « sans remuer ». D’un logique désamour pour la lumière, ils attendent que la nuit « pousse le soleil oblique » sans ménagements pour que soit enfin restauré leur domaine de prédilection, ceci en méditant. Nuit mélancolique et ténébreuse à souhait, critères baudelairiens par excellence.

 

Le premier tercet nous fait l’éloge de la sédentarité, présentée comme sagesse : les hiboux, sages eux-mêmes, enseignent à qui veut l’être qu’il ne doit pas bouger. Encore vague, une menace se fait jour pour qui enfreindrait la règle : le sage doit « craindre le tumulte et le mouvement ».

De dieux, étrangers et suspects, voire redoutables, les hiboux sont désormais qualifiés de sages.

 

Le dernier tercet confirme le bien-fondé de l’immobilité, et la menace est là : on doit ignorer jusqu’à  l’« ombre qui passe » sous peine de « châtiment ». Qui ne semble pas être celui que le christianisme lie au péché.

Ce respect absolu de l’immobilité conduirait à la sagesse.

Sagesse atteignable à travers une certaine pratique spirituelle, dans la pénombre, se tenant parfaitement immobile sous peine d’échec (le châtiment ?).

Le poème qui s’achève nous incite, plus résolument encore, à la sédentarité, voire à nous retirer du monde. Baudelaire lui-même, citons encore "Le Voyage", n'était pas un grand voyageur et détestait la campagne ("Rêve parisien"). Voir ces deux poèmes ci-dessous).

https://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/charles_baudelaire/le_voyage

https://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/Poemes/charles_baudelaire/reve_parisien

On peut encore, avec ou sans conviction, comparer la silhouette, massive et figée, yeux mi-clos (bien que rouges) du hibou à celle du Bouddha en posture de méditation…

Qu’en est-il réellement ?...

On peut imaginer que, suite au mauvais souvenir du voyage de jeunesse qu’il dut écourter, Baudelaire écrivit ces trois poèmes qui ne sont pas sans lien : « Les Hiboux », « Le Voyage », et « Rêve parisien ». Les trois semblent en effet dénigrer voyage et nature.

Cependant, si la bonne poésie est celle qui se déchiffre incomplètement, laisse sa part obscure et se prête à diverses interprétations (et même à écrire à sa suite), ce court sonnet octosyllabique en fait éminemment partie.

 

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CONFINEMENT

 

Quant au lien qui semble unir ces trois poèmes, "Les Hiboux", "Le voyage" et "Rêve parisien", une remarque vient à l'esprit : dénigrant le voyage (« Le Voyage »), la nature (« Rêve parisien ») et louant sédentarité et immobilité (« Les Hiboux »), on pourrait tirer de ces trois poèmes une merveilleuse consolation au confinement qui nous frappe !

Ces trois poèmes nous disent, il suffit de le lire :

- Tu ne peux voyager, tu te sens prisonnier dans ta propre maison, la nature te manque : fort bien, réjouis-toi ! Demeure donc chez toi, tu es un sage et tu ne le savais pas !

 

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J'ai bien cru entendre dire, par-dessus mon épaule : "Sagesse forcée ne fait pas long chemin" ...?...

 

JCP 03/2020

16 mars 2020

D'un virus à l'autre

 

Toulouse, place du Capitole, virus : COVID-19

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                                                                                            (Image La Dépêche, 15/03/20)

 

Toulouse, place du Capitole, virus : RUGBY-15

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                                                                                         (Image JCP,  10/2015)

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01 mars 2020

Le capitalisme mène l'homme à sa perte : un avertissement devenu affirmation

 

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Virus riant

 

Le mot du jour

 

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                  La stupidité humaine, que l'on savait grande, vient d'atteindre des sommets que l'on aurait crus inaccessibles, tant les hauteurs suprêmes de leur absurdité suicidaire laissaient croire que nul ne s'y risquerait.

La planète entière étant sous la menace d'une épidémie virale sans précédent, et susceptible de se dépeupler dans de vastes proportions, au nom de la survie de l'humanité certains rassemblements sont désormais interdits. C'est raisonné - et raisonnable.

Excepté les rassemblements qui, de toute évidence (même pour les pauvres d'esprit) présentent le plus de danger par le nombre, la concentration cosmopolite venue de loin, la proximité, le contact et le fabuleux concours des airs vociférés. Trop heureux, le virus n'espérait pas des conditions aussi favorables :

Les grands rassemblements du football !

 

Le plus surprenant est que des supporters puissent accepter de risquer ainsi leur vie : seraient-ce là de nouveaux jeux du cirque où la mort plane autant sur les 22 gladiateurs que dans le public ? La mort serait-elle du dernier chic ?

Notre planète malaimée pourra très bientôt jouir d'une paix éternelle, en compagnie de quelques insectes - peut-être.

Grâce aux humains préférant le capital pour les uns et le plaisir fugitif pour les autres - à la vie.

 

"Étonnant, non ?" n'aurait pas manqué de dire le regretté Pierre Desproges.

 

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Jyssépé, 01/03/2020

24 février 2020

Mort couronnée (Quatrains, 1178)

 

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Mort couronnée

 

L’horizon d’où venait un invisible mal

Ne cache plus son jeu, et porte à notre vue

Le nuage de mort navigant sans fanal

Qui terrifie la Terre au désert de ses rues.

 

 

JCP 02/2020

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