29 juillet 2020

Place de la Bourse (1064)

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                                                                                Image : X

 

Place de la Bourse

                                                                     À Michel Houellebecq

 

La haute cheminée vient de couler son ombre

Sur le balcon fleuri, et ne subsiste plus

Qu’un éclair étoilé luttant dans la pénombre.

Ô temps sois mon ami, libère ton reclus !

 

Atlantide à l’amarre en l’océan de pierre,

Une île existe là, que la foule célèbre

Aux saveurs dégustées d’un heureux temps perdu,

Succulentes lenteurs de longtemps attendues.

Et l’hôte de mon corps, où viennent de s’éteindre

Parole et mouvement, y savoure la paix.

 

Mais, gâcheur sans pareil, le temps qui reparaît

Pousse la cheminée, qui couvre de son ombre

La fenêtre et le toit - et me pousse à rentrer.

 

Ô fondre dès demain temps neuf et temps passé,

Retrouver les saveurs de l’île au bord du temps

Que la cheminée fige et puis qu’elle reprend !

 

 

JCP 09/2019 - 07/2020. Fin d’après-midi à « L’Alimentation », place de la Bourse à Toulouse. Regrets de n’y pouvoir retourner en 2020.

 

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Comme de nombreux lieux de Toulouse, la place de la Bourse jouit aujourd'hui d'un important regain d'activité. (Ce qui n'est pas du goût de tous les résidents, privés de calme nocturne les fins de semaine...) Image 2019.

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  Image : X,

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19 juin 2020

Garçon, un "Perrier-tranche"

Cette prose, datée du 23 Avril 2016, écrite pour partie devant guéridon à la terrasse du très regretté Florida (bientôt...), haut lieu toulousain s'il en est en la matière, a pris un caractère d'actualité qu'on ne soupçonnait pas alors...et mérite peut-être réactualisation en ces temps qui sont...ce qu'ils sont.

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Garçon, un "Perrier-tranche"

 À Philippe Delerm

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                                  Le Perrier-tranche ne se boit pas, et se savoure moins encore, tant il est avare d'arôme et d'enthousiasme buccal : le prestige est ailleurs.

Son buveur oppose une signification déclarée, discrète et silencieuse mais affirmée, aux partisans de boissons plus colorées - bière ou soda. Il signale aux premiers une claire abstinence, aux seconds l'incolore pureté de ses propres ingestions, aux deux réunis la préoccupation sanitaire d'un corps sans tache enfermant l'esprit pur.

Car la consommation raisonnée du Perrier-tranche se mérite : le plaisir seul de la papille - passée l'acide chatouille carbonique au palais - y étant mince, une machine toute autre est à mettre en route au plus profond du buveur. Tout est là.

Que faire en premier de cette paille de plastique, si lointaine aujourd'hui du chaume porte-blé que nul aujourd"hui, corps et mental rivé au rectangle lumineux que caresse sans fin la main valide, ne songe à la céréale blonde, portant la longue tige en bouche. Tube aspirant dont on délibère un peu de l'usage opportun, et qu'on préfèrera délaisser, engagée dans le ventre vert de la bouteille vide, se préservant ainsi des stridulations honteuses de fond de verre.

Alors, le geste délicat, la longue cuillère immerge, accule et presse au fond du verre la rondelle ensoleillée, sans qui de mornes fadeurs attristeraient une cavité buccale uniquement soumise aux remous pétillants de la bulle éclatée.

Mais la boisson n'est pas encore prête : dans le fin torrent des globes argentés qu'appelle la surface, le buveur ne manque pas de considérer l'intrusion, puis l'émersion inopinée de quelque graine échappée de la pulpe. Alors, le regard bas et la cuillère circonspecte, il rejette - discrètement - la semence ovale et claire au pied du guéridon. Le moment de gêne est passé : il n'a pas été aperçu.

Et c'est alors que le liquide, où se répand le trouble citronné, s'ingère enfin à gorgées mesurées en veillant toutefois, à l'image du verre où s'est tue la tempête, à ce que d'inconvenants borborygmes ne viennent ternir, si durement établie, la prestance du buveur de Perrier-tranche.

 

 

JCP 23 04 2016  À la terrasse du Florida, Toulouse.

16 mars 2020

D'un virus à l'autre

 

Toulouse, place du Capitole, virus : COVID-19

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                                                                                            (Image La Dépêche, 15/03/20)

 

Toulouse, place du Capitole, virus : RUGBY-15

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                                                                                         (Image JCP,  10/2015)

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15 février 2020

Au Père Léon* (1089)

 

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                                                                                             Image : X

 

 

Au Père Léon*

 

Messagers du temps au noir regard que la poussière voile,

des siècles prisonniers observent, silencieux,

chaque jour qui se meurt et s’ajoute à leur âge.

 

Éclos du sillage empourpré des veinules de pierre,

de hauts champignons de lumière couvrent, de leur blancheur sage,

la litanie du faire aux tables parées.

 

Des vapeurs sonores, animant de reflets la longue voie de marbre,

répandent dans les airs l’arôme des bonheurs paisibles ;

pétrissant son journal, le vieil homme sourit.

 

L’éternelle continuité, qui toujours s’écoule au dehors,

perce de toutes parts le vaste écran des murs de verre,

où la vie se répète et ne meurt pas.

 

La brise aux effluves de rue laisse entrer de nouveaux captifs,

conserve du dehors un œil sur eux puis,

soumise à leur vouloir, les libère débonnaire.

 

Et la porte de verre s’ouvre et se referme

entre deux longues bouffées de silence.

 

 

 

* Grande brasserie toulousaine de la place Esquirol :

http://chansongrise.canalblog.com/archives/00_toulouse___la_tournee_des_bistrots/index.html

 

 

 

JCP 12/2019 - 02/2020 écrit en grande partie sur place.

24 décembre 2019

Toulouse : la tournée des bistrots

 

ou : Chez les marchands de bien-être

(La consommation abusive de boissons alcoolisées nuit à la santé.)

Mises à jour : 20/12/19, 21/12/19, 22/12/2019

 

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INTRODUCTION

 

                         À l’image de toute métropole ou chef-lieu de département, Toulouse a ses bars, ses cafés, ses brasseries, ses restaurants, ses buvettes et ses guinguettes en bord de fleuve ou sur le fleuve, établissements saisonniers pour les derniers ; ainsi que quelques péniches-restaurant.

Beaucoup se limitent à la fonction simple, celle d’offrir café, rafraîchissement et prise de nourriture selon un horaire établi, placés ou non près de lieux passagers (théâtres, cinémas, boutiques, lieux de promenade prisés, musées, universités, grandes écoles, rues commerçantes, parcs et jardins…). Ces établissements-là ne sont pas à proprement parler « marchands de bien-être », mais simplement de boisson et de nourriture prises le plus souvent sans s’attarder (avant de reprendre le travail) : la fonction utilitaire prédomine.

D’autres établissements, fréquentés par une clientèle appartenant à la société toulousaine et environnante, sont pour leur part devenus au fil du temps des lieux de vie passagers, de rencontre et de bien-être d’étudiants, de commerciaux devant leur ordinateur portable, d’artistes, d’écrivains, de jeunes de classes diverses joyeusement mêlés, de supporters en « avant ou après- match », de personnes âgées simplement heureuses d’être là, d’ouvriers sur chantiers voisins, d’employées et d’employés d’établissements proches ou de passage, de buveurs bruyants, voire de respectables trafiquants.

On s’assoit là pour passer un bon moment, on dispose d’un temps que l’on compte bien utiliser à satiété, sans retenue, seul ou entre amis. C’est plutôt à ce dernier esprit, impalpable substance recherchée de tout épicurienne ou épicurien, qu’ont tenu à s’attacher ces lignes : le rien-faire des journées de liberté, où, lassée de lisser le pavé des rues, la semelle, poussiéreuse ou gorgée de pluie exige, autoritaire, l’abri du guéridon.

Ayant fréquenté nombre de ces lieux de bien-être où parfois la convivialité s’invite, l’auteur de ce texte en dresse un panorama conforme à ses préférences personnelles, susceptibles cependant d’offrir un premier aperçu à quiconque. Ceci compte tenu qu’il ne peut s’agir là que d’un instantané de ces établissements, dont configuration et prestations peuvent varier au gré des changements de propriétaire, comme au déplacement de la clientèle vers d’autres lieux - pour des raisons parfois obscures.

C’est ainsi qu’autrefois le centre nerveux de Toulouse s’étendait, depuis les allées Roosevelt (alors nommées Lafayette), vers la place Wilson (nommée de même Lafayette) d’un côté, et vers les deux boulevards, Strasbourg et Carnot, qui prennent naissance en ce lieu précis de l’autre côté. Les grands cafés et brasseries qui y triomphaient alors face à face se nommaient « L’Albrighi » (aujourd’hui « Quick »), et « Les Américains », toujours en place sous le même nom. Ce dernier était considéré comme le plus grand café d’Europe au début du 20ième siècle ! La « FNAC » en a laissé ce qu’il en reste aujourd’hui. Et la fréquentation du lieu, de crinoline, canne et chapeau melon, a plutôt évolué ici vers le populaire et le cosmopolite.

 

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Quant à la place du Capitole, aujourd’hui centre affectif de la ville où « tout » se passe et où il « faut être » pour ne rien perdre de la vie toulousaine, elle n’était alors que croisement de rails, parcage de tramways, d’omnibus, de charrettes, de voitures à chevaux ou à bras de toute sorte, et lieu de foire. Un, ou deux cafés n’y tenaient que quelques tables pour forains et voyageurs, et le lieu fut sans doute un des plus nauséabonds de la ville par la concentration de chevaux qui, passant ou stationnant, y déposaient leurs libéralités. Sous nos préceptes maladifs de propreté, d’hygiène et de sécurité (qui n’ont pour autant pas aboli la guerre), on imagine assez mal cela aujourd’hui.

 

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Par ailleurs, on assiste depuis quelques années déjà à une croissance notable de la clientèle café-brasserie à Toulouse, comme à une fréquentation piétonne grandissante de ses rues. Et la zone piétonne du centre-ville se voit à cet effet agrandie d’année en année. Le spectacle du petit café « quatre-guéridons-huit-chaises-toutes-occupées » sur le trottoir, façade de trois mètres de large brillamment rénovée, nappes à carreaux en pleine rue et senteurs épicées, a de quoi réjouir le flâneur, s’il ne le happe pas au passage. La croissance notable de la ville et de sa périphérie en est certes en bonne part la cause, mais certains croient y voir des relents d’« années folles » en « ces temps d’approche de crise »… bien que parfois débattue en terrasse, la politique est ici hors sujet. Mais, offert à une ville déjà très vivante, ce supplément de fréquentation n’est pas pour déplaire, tant au promeneur qu’au cafetier et au restaurateur.

Ainsi, lisant ces lignes et au terme de quelques tâtonnements (la consommation abusive de boissons alcoolisées nuit à la santé comme il est dit), flâneurs, oisifs comme employés pressés - pour ne citer qu’eux* ! - trouveront le ou les lieux conformes à leurs attentes, et s’y fidéliseront ou non, selon le caractère de la fréquentation, les boissons et les plats proposés, au fil des saisons comme des envies.

Des habitudes des consommatrices* et des consommateurs : depuis quelques années déjà, on peut noter aux terrasses, été comme hiver, le retour surprenant d’une boisson alcoolisée, autrefois honteusement cachée bas derrière tout bar et réservée en journée à l’ivrogne de quartier : le blanc sec. Celui-ci, désormais du dernier chic, est servi en verre dégustation à haut pied lui conférant le prestige perdu hors repas (le rosé n’est pas en reste, et parfois même le rouge). Ceci aussi bien pour le buveur adulte confirmé que l’adolescente jaillie du lycée voisin. De tonitruantes campagnes contre l’alcool n’en sont pas venues à bout : cela rassure un peu sur l’esprit de résistance, que l’on croyait perdu dans notre pays - mais questionne aussi.

Certes, le vigneron ne se plaint pas de la demande nouvelle, heureux de supplanter, satisfaisant ce geste inconsciemment patriotique, le géant Coca-Cola sur un territoire trop longtemps acquis, même si la consommation abusive de boissons alcoolisées demeure et demeurera toujours dommageable à la santé.

* Au-delà de l’écriture dite inclusive exigée des néo-féministes, la domination féminine est aujourd’hui écrasante dans de nombreux cafés toulousains. Nul ne saurait s’en plaindre, et on peut voir là un heureux rehaussement de respectabilité auquel aspiraient tant d’établissements dits « mal fréquentés » par une clientèle quasi-exclusivement masculine, oubliant parfois son savoir-vivre et par trop buveuse. Ceci étant, l’alcoolisme n’est pas seulement l’apanage du « mâle » en question.

 

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                             Souffrant d’un incurable mal le poussant à ces assemblages de mots, peu prisés de nos jours et nommés poésie, l’auteur s’obstine encore à quelques-uns de ces textes brefs, inspirés par ces lieux et ce qu’il y vit - ou crut y voir à travers son pauvre talent.

Écrits à l’adresse des poétophobes en écriture bleutée, ces mots pourront ainsi, aisément repérables, être évités avec un mépris salutaire.

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Au café

 

Guéridon bien placé,

                          de quoi écrire

 et des livres fermés.

 

- Garçon, un seau de virgules,

                       quelques points de suspension

et une grande carafe d’Instant-présent*.

 

 

JCP 12/2019

*À l’eau gazeuse ou bien sur glace,

l’Instant-présent se savoure

accompagné d’un bon rien-faire attentionné.

 

 

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L’ordre est alphabétique. L’appréciation - subjective - va de 1 à 5 verres

Le nombre des visites commentées a été réduit à huit des adresses les plus fréquentées et les plus significatives de la ville.

 

 

 

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1 – L’Alimentation, place de la Bourse (métro Esquirol)

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                        Restaurant, café et bar à vins au style original, plus, à deux pas sur la place, une véritable « épicerie » orientée vins. Ouvert depuis 2015.

Accueil : 8/10

Accueil agréable, service sympathique.

Bien-être extérieur : 7/10

Guéridons classiques, fauteuils métal sur sol un peu inégal (racines d’arbres affleurant). Ombragée, la place est calme et agréable. Passage automobile : bien qu’assez proche, modeste, respectueux et peu gênant. Terrasse couverte et cernée de toile en hiver, avec chauffage au gaz.

Passage piétonnier : continu mais discret. Bonne impression de calme chaleureux, on s’y sent bien.

Bien-être intérieur : 8/10.

Belle salle, cadre agréable et très original : une cuisine dans la salle même. Un pan de mur occupé par des casiers à bouteilles. Hautes tables et tabourets hauts en bonne part.

Clientèle : variée, plutôt jeune et féminine en journée. Diverse à l’heure des repas. Généralement paisible.

Prestations : café toute la journée, restaurant (menu, carte, plats du jour…), soirées dégustation.

Voir et savoir :

https://www.lalimentation.fr/

 

 

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2 - Le Black Lion, allées Paul Feuga (métro et tram « Palais de justice »)

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Image : X

 

Comme son nom le suggère, il s’agit d’un pub de tradition anglaise.

Accueil : non noté.

Pas d’accueil au sens du terme : les boissons ne sont pas servies à table, le client se rend au bar, commande, paie sur le champ et se retire boisson en main vers la table de son choix. Du fait, le pourboire ne semble pas être d’usage. Les personnes (jeunes) affectées aux tireuses de bière sont tout à fait agréables.

Seuls les repas sont servis à table.

Bien-être extérieur : 9/10

Dans l’absence probable d’autorisation à construire en dur, vaste terrasse de type « barnum » à parasols jointifs (chauffants en hiver) et cloisons de toile noire (black) partiellement transparente excluant les courants d’air excessifs. Guéridons et chaises classiques, quelques tables et chaises hautes seulement. La terrasse est divisée en deux parties distinctes par une allée bordée de toile.

Bien-être intérieur : 9/10 côté droit, 8/10 côté gauche

L’intérieur est également divisé en deux parties par, curieusement, l’entrée d’un cabinet d’avocats incluse dans sa superficie. Il y a un bar de chaque côté, le bar côté gauche, plus long (15 tireuses à bière), étant généralement le seul en fonction dans la journée, et le plus fréquenté.

Côté droit : banquettes confortables avec séparations. Ambiance « cosy » agréable.

Côté gauche : guéridons et chaises (quelques tables et tabourets hauts assez peu confortables). Bois sombre, lumière douce.

Aspect général et décoration très attrayante dans un authentique style pub anglais (étagères emplies de vieux objets, livres et bibelots…). Un écran rediffuse en silence et en boucle des évènements sportifs (matches de rugby ou de football en direct à l’occasion). Diffusion d’une musique de fond à volume réduit qui peut passer pour superflue (selon goûts).

Remarque : l’accès aux toilettes en sous-sol, raide et sans main courante, peut présenter un réel danger pour des personnes peu assurées sur leurs jambes, que ce soit de déficience naturelle ou d’ivresse - l’abus d’alcool est… Il existe des toilettes pour handicapés au rez-de-chaussée.

Clientèle : plutôt jeune, joviale et festive, voire parfois bruyante (le soda se consomme peu) mais sympathique : étudiants, employés d’établissements et de commerces voisins, etc… à l’intérieur comme à l’extérieur. Fréquentation soutenue pour cet établissement, auquel s’oppose peu de concurrence significative aux alentours.

Prestations : bar (happy hour), carte brasserie, burgers, cuisine irlandaise et anglaise, plat du jour, tapas, soirées sport en direct, fléchettes…

Voir et savoir :

https://www.theblacklion.fr/

 

 

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3 - Le Cardinal, place Wilson (métro Jean-Jaurès)

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                                 Image : X                               

                        Malgré ses dimensions plutôt modestes, ce café est l’un des plus fréquentés de la place, qui en comptait huit en 2019. Il est tenu depuis 1954 par la famille Ladevèze.

Accueil : 9/10

Personnel en place depuis de nombreuses années, toujours professionnel et agréable.

Bien-être extérieur : 7,5/10

Ludiques sièges de toile noire type « metteur en scène » en terrasse (avec noms d’actrices & acteurs sur le dosseret). Store et cloisons toile et plexiglass, chauffage hivernal au-dessus des places près du mur. De l’incontestable agrément du lieu, la terrasse est très fréquentée, et les sièges sont parfois très rapprochés (accoudoirs jointifs à certains moments). Exposition plein soleil l’après-midi très appréciable en hiver.

Bien-être intérieur : 8/10

Banquettes confortables, chaises un peu plus fermes. Tables hautes et tabourets hauts apparus en 2018 d’un confort discutable, plutôt orientés clientèle jeune.

Quelques places, exigües mais « royales » (guéridons pour 2 personnes maximum) tout contre les panneaux vitrés, très agréables en hiver, offrent, nez contre la vitre, l’impression d’être à l’extérieur avec une large vue sur la très passagère place Wilson, et son immortel manège pour enfants.

Chauffage : pulsé, très suffisant mais assez inégal (se tenir loin de la porte d’entrée incessamment ouverte et refermée desservant la terrasse en hiver).

Atmosphère agréable, et certains jours de pluie d’une joyeuse animation.

Deux grands écrans, volume en sourdine, montrent en permanence des images sélectionnées (sports, nature…).

Clientèle : diversifiée et cosmopolite en terrasse, plutôt âgée et habituée à l’intérieur en journée. Sorties de cinéma.

Prestations : bar, carte brasserie, tapas (à partir de 18h.), cocktails, coupes glacées.

Voir, savoir :

https://www.barlecardinal.fr/

 

 

La Voix du silence

« Le silence est l’élément dans lequel se forment les grandes choses » Maeterlinck

 

Deux silhouettes de hasard

tout près de la vitre embuée.

Gestes timides, voix retenues,

parole sublimée qui veut frôler le cœur

et dit si peu.

Et voudrait dire tant.

 

L’échange des regards,

qui soudain se fait trouble,

tout au fond du silence

relègue l’éloquence.

L’attente se fait doute.

 

Imprudente et tremblante,

la main s’élève et brise la réserve :

quelques gouttes de thé,

qu’un rayon clair traverse,

ont coulé sur le bois verni.

Et deux regards illuminés s’y croisent.

 

Entremetteuses délicates,

les perles qu’on ne boira pas

se font interprètes.

La retenue s’effrite, le geste prend naissance,

mais la tempête des mots qui grondait sourdement

s’en remet encore au silence :

 

Sur le bois clair, lisse et poli,

- rencontre un jour de pluie -

deux mains se sont unies.

 

 

Un jeudi de janvier 2018.

 

 

 

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4 - Le Cyrano, rue St Antoine du Touch (métro Jean-Jaurès)

 

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                            Petit bar-restaurant sympathique proche de la place Wilson et du quartier St Georges, aux tarifs raisonnables.

Accueil : 9/10

Personnel très agréable.

Bien-être extérieur : 7/10

Une rangée de tables sur le trottoir, accolées au mur. Piétons et voitures proches, dans une rue assez calme toutefois. Terrasse plutôt occupée par clients s’attardant peu.

Bien-être intérieur : 9/10

Décor agréable et de bon goût, banquettes confortables.

Le cadre est calme, plaisant (éclairage tamisé), et on s’y sent bien.

Clientèle : diversifiée en terrasse, plutôt âgée et habituée à l’intérieur en journée. Sorties de cinéma.

Prestations : bar, petite restauration.

Voir, savoir :

Pas de site internet connu pour le moment, quelques avis :

https://www.yelp.fr/biz/le-cyrano-toulouse

 

 

Au « Cyrano »

 

                                         À une belle inconnue

 

Les deux pieds sous la table et devant un demi,

(Rêver du Monde Neuf pour lui c’est le jeudi)

Vint à passer, senteurs de cuir et talons secs,

Une beauté de rêve : « - Ce sera un blanc sec. »

 

Frôlant son guéridon, une hanche parfaite

Jeta son livre au sol. « - Pardon, je suis distraite,

Vous lisiez je le vois. Mais je crois préférable,

Si vous le vouliez bien, autour de cette table,

 

De la conversation goûter le vrai plaisir :

Voyez du magasin dont je viens de sortir

Ce très joli bustier dont je suis assez fière… »

- L’objet à lui tout seul eût attendri la pierre !

 

De grands cheminements se font dans sa pensée,

Il n’exclut pas le sexe et semble intéressé…

Mais se lève courtois, disant incontournable

Un horaire évoqué, paie et quitte la table.

 

 

Jyssépé, Sepembre 2019


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5 - Le Grand Café Florida, place du Capitole (métro Capitole)

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                               On ne présente pas le Florida aux Toulousains : pour beaucoup, sa seule évocation ranime, dans un sourire, des souvenirs joyeux, des anecdotes. Grande brasserie historique située face à l’entrée principale du Capitole (siège de la mairie de Toulouse) ; lieu tenu dans un premier temps par un chocolatier, ses débuts en tant que café datent de 1874. Le Florida figure parmi les plus grandes brasseries de France par le volume des boissons débitées. La plus grande d’Occitanie. Le « Flo » pour les intimes, estudiantins notamment.

On peut se trouver enthousiasmé par ce lieu tellement vivant au point de le fréquenter assidûment - comme le fuir : s’il ne l’a déjà, chacun se fera son opinion (ou pourra, à l’occasion, en changer).

Accueil : 9/10

Personnel en place de longue date pour certains, à la fois stylé, courtois, attentionné et de contact agréable, voire chaleureux, toujours très professionnel malgré l’imposant volume de clientèle. En deux postes et plusieurs échelons, l’établissement emploie une cinquantaine de personnes, voire plus en saison touristique où saisonniers, étudiants, stagiaires d’écoles culinaires, travaillent là, tous conscients d’avoir la chance de se trouver à la bonne adresse toulousaine.

Bien-être extérieur : 8,5/10

La terrasse de 300 places est, dit-on parfois, le centre nerveux de Toulouse. L’espace est divisé en deux par l’allée centrale : café à gauche restauration à droite, la limite fluctuant à la demande.

Les tables carrées au format unique permettent tous les assemblages côté restauration (nappes blanches), le côté café dispose de guéridons ronds traditionnels (pied fonte).

Tout affront sévère au pavé historique étant prohibé, tables et fauteuils (type canné) y sont directement posés. Ainsi, les jours d’affluence (très nombreux ici), l’atmosphère se fait un peu bruyante, chacun cherchant sur le pavé inégal la bonne position pour les quatre pieds de son fauteuil. Ce bruit de fond, vite oublié, est une des marques du Florida, dont jusqu’aux défauts sont appréciés. Le pied caoutchouc, trop vite usé par l’imposante fréquentation, fut tenté sans succès.

Bien-être intérieur : 9/10

Décor agréable et de bon goût, banquettes confortables. Style « belle époque » : fresques murales 19ième siècle, miroirs monumentaux peints au plomb par L. Bordieu datés de 1874.

Le cadre est calme et plaisant, et l’on s’y sent bien. Un piano droit à demeure offre parfois, au gré des pianistes de passage, quelque mélodie en sourdine.

Clientèle : très diversifiée et cosmopolite, plutôt jeune et féminine certains jours, d’autres plus masculine et âgée ; pas de règle véritable. Étrangère en saison touristique (pays voisins et asiatiques représentés) ; employés et hommes d’affaire en visite chez Airbus, représentants ; on y voit également les autorités locales (mairie), des artistes locaux ou de plus grand renom (le Théâtre du Capitole est en face) ; des étudiants, des écrivains ou des joueurs de rugby du « Stade ». Claude Nougaro ne manquait pas, lui non plus, de venir reposer ses pieds sous le guéridon au Florida.

Prestations : service café, tapas et restaurant 7 jours / 7 de 12 heures à 1 heure du matin, jours fériés inclus. Cuisine traditionnelle de qualité constante, poissons, fruits de mer, desserts maison. Les établissements Philippe FAUR de Foix (distingué « Meilleur glacier » par le Gault & Millau), ont une succursale sous le même toit et y préparent les coupes glacées ; ceux-ci vendent également crêpes et glaces en cornet (produits naturels) aux passants, qui ne manquent pas sous les arcades.

Voir, savoir :

http://www.leflorida-capitole.fr/fr/

 

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 Jour de rugby

 

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6 - Les Pêcheurs de Sable, port de la Daurade (métro Esquirol)

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Im. JCP

 

                                             Idéalement situé au port de la Daurade (départ de bateaux-mouches), lieu rénové et réhabilité (nouvelle plantation d’arbres, extension des jeux d’enfants existants, sièges et bancs, etc…), ce bar-petite restauration-guinguette est un des lieux de Toulouse où, les yeux sur le fleuve, sur les enfants qui jouent, sur quelques musiciens faisant cercle assis dans l’herbe, ou sur quelques saltimbanques des temps modernes, on se sent le moins en ville. Et, à la nuit tombée, on y danse.

Inondable et exclusivement terrasse, le lieu est saisonnier (mai-octobre).

Accueil : non noté.

Pas d’accueil : le client se rend au tout petit bar (de la taille d’une large fenêtre), y est servi, paie sur le champ et se retire boisson en main ou sur plateau vers la table de son choix. S’il y a des plats en commande (chauds ou non), un prénom est requis et l’on doit s’attendre à être hélée ou hélé par le serveur qui porte les plats à table.

Le personnel est d’un naturel agréable et jovial (jeunes saisonniers souvent étudiants). File d’attente parfois imposante aux beaux jours. Petite boîte à pourboires sur le comptoir.

Bien-être extérieur : 7/10

Comme dit plus haut, l’établissement se limite à la terrasse (dalle béton-piste de danse). Guéridons métalliques pliants et grandes tables conviviales, chaises pliantes bois-métal et bancs. Confort plutôt modeste donc, mais nul n’est là pour le moelleux. Vue sur le fleuve. Ombre de grands platanes complétée par quatre hauts et grands parasols, refermés vers 17 heures afin d’y accrocher les guirlandes lumineuses pour la soirée.

Le client débarrasse sa table, moyennant quoi les tarifs demeurent attractifs. Poubelles de tri sélectif près des toilettes.

Clientèle : diversifiée, plutôt jeune, et parfois conviviale malgré une smartphonomanie aussi aigüe ici qu’ailleurs.

Prestations : bar, petite restauration imaginative, tapas. Démarche écologique en restauration comme en boisson (bières, cidre et jus de fruits bio). Le demi « La Bise » le moins cher de la ville (avec ceux des parcs et jardins).

Guinguette par beau temps dès la nuit tombée. Ambiance sympathique et bon-enfant.

Fermeture 22 heures.

Voir, savoir :

Pas de site internet spécifique pour le moment, aperçu rapide :

https://www.toulouscope.fr/lieux/bars/pecheurs-de-sable/

 

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  Im. JCP

 

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Images : X

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Aux « Pêcheurs de Sable »

            

Tranquillement assis tout en bout de travée,

Cahier crayon en main et d’humeur concentrée,

Il composait des vers, ce jour-là fort mauvais.

- À ce jeu mal aimé personne n’est parfait.

 

Perdu dans la pensée, il sent soudain trembler

Le sol autour de lui, banc et table vibrer :

Quatre sœurs approchaient, et le plus délectable

Fut qu’elles le priaient de partager sa table.

 

La surprise passée, il se montra courtois,

Pour elles se levant du petit banc de bois.

De l’âge un peu lassé jusqu’au joyeux délire,

Sur les quatre minois il se pouvait tout lire.

 

Réunies dans la joie par l’avion par le train,

De bière en jus de fruit il sut tout* de ces femmes,

Mais vit, brûlant pour lui, un regard tout de flamme

- Au moment du départ : le Temps est assassin.

 

Des deux regards croisés par-dessus cette table,

L’un à l’autre attachés, seuls au monde un moment,

- Qui dans une autre vie auraient pu être amants* -,

Il voulut mettre en vers la rencontre improbable.

 

 

* Pour ma part j’en doute un peu. Ainsi sont les poètes…

JCP 13 Septembre 2019. Aux quatre inconnues des « Pêcheurs de Sable », quatre sœurs réunies là - d’humeur sympathique, joyeuse et vagabonde.

 

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7 - Le Père Léon, place Esquirol (métro Esquirol)

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                    Image : X            

                    Fondé en 1905 par Léon Sentenac sous le nom « Aux Caves du Père Léon », ce café-brasserie-hôtel, superbement rénové en 2012, demeure un des plus connus des Toulousains, dont le sourire à sa seule évocation en dit assez : une institution ancrée dans le temps. En tout huit débits de boisson sur la place en 2019.

Accueil : 9/10

Personnel à la fois stylé, courtois, attentionné, de contact agréable et très professionnel.

Bien-être extérieur : 6,5/10

La terrasse, qui comporte cinq grands parasols rectangulaires non liés (écoulements de pluie possibles) et non chauffés en hiver, se voit partagée en deux par un passage piétonnier incessant, et bordée par l’imposante circulation automobile traversant le carrefour en direction du pont Neuf ; gêne accrue d’un feu tricolore, d’un arrêt de bus et d’une bouche de métro. La rue St Rome voisine, commerçante et piétonne, est une des plus fréquentées de la ville. Indifférence au bruit, à la pollution et à la proximité de la foule requis en terrasse - ou passage fugitif. Celle-ci ne manque cependant pas de clientèle dès les beaux jours et jusqu’aux premiers froids.

Bien-être intérieur : 9/10

Banquettes et chaises confortables (skaï rouge), aménagement d’un luxe de très bon goût (chêne sombre et marbre rose recouvrant les radiateurs de chauffage central), éclairage doux d’imposants lampadaires de style (laqués blanc, grand abat-jour de verre blanc) parfaits pour la lecture et l’écriture, comme le travail sur ordinateur portable.

Probablement le lieu de la ville le mieux chauffé en hiver. On se sent bien au Père Léon, au point que le temps peut y devenir un ennemi.

Clientèle : diverse en terrasse, plutôt âgée et habituée à l’intérieur en journée.

Prestations : bar, carte brasserie traditionnelle, « Menu toulousain », « Menu gourmand ». Restauration uniquement le midi (fermeture 19h30), fermé le dimanche.

Divers : Ascenseur accès toilettes et restaurant à l’étage. Le bar est une très belle pièce d’ébénisterie, et la collection de vieilles bouteilles noircies contenant vins et spiritueux datant de 1905 est unique à Toulouse (sur grandes étagères au-dessus et à droite du bar).

Voir, savoir :

https://www.pere-leon.com/

 

 

Au « Père Léon »

 

Messagers du temps au noir regard que la poussière voile,

des siècles prisonniers observent, silencieux,

chaque jour qui se meurt et s’ajoute à leur âge.

 

Éclos du sillage empourpré des veinules de pierre,

de hauts champignons de lumière couvrent,

de leur blancheur sage, la litanie du faire aux tables parées.

Et des vapeurs sonores, animant à son terme la longue voie de marbre,

répandent dans les airs l’arôme des bonheurs apaisés.

 

L’éternelle continuité, qui toujours s’écoule au dehors,

perce de toutes parts le vaste écran des murs de verre,

où la vie se répète et ne meurt pas.

 

La brise aux effluves de rue

laisse entrer avec elle de nouveaux captifs,

conserve du dehors un œil sur eux puis,

soumise à leur vouloir, les libère débonnaire.

 

Et la porte de verre s’ouvre et se referme

entre deux longues bouffées de silence.

 

 

Novembre 2019

 

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8 - Le Wallace, place St Georges (métro Jean-Jaurès)

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            Image : X                  

                Ce café-brasserie, autrefois club privé (et renommé) sous le simple nom de « St Georges », et dont le gérant fut surnommé en son temps « Plus-Belles-Bretelles de Toulouse » - ce qui était la stricte vérité -, est aujourd’hui parvenu à attirer à lui la plus grande partie de la clientèle de la place, qui comptait en 2019 une dizaine de débits de boissons. Ceci grâce à sa vaste terrasse débordant sur la place, de prime abord timide et peu confortable à la réouverture sous le nouveau nom de Wallace, aujourd’hui couverte de parasols chauffés en hiver, et bondée par beau temps.

Accueil : 7,5/10

Personnel agréable, parfois un peu dépassé par la fréquentation en haute saison.

Bien-être extérieur : 9/10

Sous le vaste ombrage aéré d’un micocoulier plus que séculaire, le lieu est sans doute un des plus agréables de Toulouse. Pour qui goûte le calme et la verdure, la place St Georges, arborée, avec son jardin d’enfants miniature et ses forains fleuristes-légumiers, a des allures de quartier paisible. La circulation automobile, modeste et au ralenti, ne représente pas une gêne notable. Les piétons eux-mêmes y adoptent le pas du flâneur. Sièges cannés et guéridons ronds au plateau ornementé de publicités en sous-verre remplacées périodiquement.

Bien-être intérieur : 8,5/10

L’intérieur est assez exigu, mais agréable et lumineux et, si hautes tables et hauts tabourets sévissent ici aussi, il est possible, côté gauche face au bar, de s’asseoir plus confortablement et de façon traditionnelle. Deux grands écrans, qui montrent sports et actualités en permanence volume en sourdine, ne présentent pas de gêne notable.

Clientèle : jeune et en majorité féminine en terrasse, généralement plus âgée à l’intérieur.

Prestations : bar, carte brasserie, pas de pâtisseries ni de coupes glacées hors repas.

Voir, savoir :

https://www.lewallace.com/

 

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Citons pour clôturer ce poème de Louis Aragon, faisant état d'une tournée des cafés parisiens où le poète aimait, lui aussi, à s'installer pour écrire, et ces vers :

 

LES MOTS M'ONT PRIS PAR LA MAIN

Je demeurai longtemps derrière un Vittel-menthe
L’histoire quelque part poursuivait sa tourmente
Ceux qui n’ont pas d’amour habitent les cafés
La boule de nickel est leur conte de fées
Si pauvre que l’on soit il y fait bon l’hiver
On y traîne sans fin par la vertu d’un verre
Moi j’aimais au Rocher boulevard Saint-Germain
Trouver le noir et or usagé des sous-mains
Garçon de quoi écrire Et sur la molesquine
J’oubliais l’hôpital les démarches mesquines
À raturer des vers sur papier quadrillé
Tant que le réverbère au-dehors vînt briller
Jaune et lilas de pluie au cœur du macadam
J’épongeais à mon tour sur le buvard-réclame
Mon rêve où l’encre des passants abandonna
Les secrets de leur âme entre deux quinquinas
J’aimais à Saint-Michel le Cluny pour l’équerre
Qu’il offre ombre et rayons à nos matins précaires
Sur le coin de la rue Bonaparte et du quai
J’aimais ce haut Tabac où le soleil manquait
Il y eut la saison de la Rotonde et celle
D’un quelconque bistrot du côté de Courcelles
Il y eut ce café du passage Jouffroy
L’Excelsior Porte-Maillot Ce bar étroit
Rue du Faubourg-Saint-Honoré mais bien plus tard
J’entends siffler le percolateur dans un Biard
C’est un lieu trop bruyant et nous nous en allons
Place du Théâtre-Français dans ce salon
Au fond d’un lac d’où l’on
                                            voit passer par les glaces
Entre les poissons-chats les voitures de place
Or d’autres profondeurs étaient notre souci
Nous étions trois ou quatre au bout du jour assis
À marier les sons pour rebâtir les choses
Sans cesse procédant à des métamorphoses
Et nous faisions surgir d’étranges animaux
Car l’un de nous avait inventé pour les mots
           Le piège à loup de la vitesse
Garçon de quoi écrire Et naissaient à nos pas
L’antilope-plaisir les mouettes compas
           Les tamanoirs de la tristesse
Images à l’envers comme on peint les plafonds
Hybrides du sommeil inconnus à Buffon
           Êtres de déraison Chimères
Vaste alphabet d’oiseaux tracé sur l’horizon
           De coraux sur le fond des mers
Hiéroglyphes aux murs cyniques des prisons
N’attendez pas de moi que je les énumère
Chasse à courre aux taillis épais Ténèbre-mère
Cargaison de rébus devant les victimaires
Louves de la rosée Élans des lunaisons
Floraisons à rebours où Mesmer mime Homère
Sur le marbre où les mots entre nos mains s’aimèrent
Voici le gibier mort voici la cargaison
Voici le bestiaire et voici le blason
Au soir on compte les têtes de venaison
           Nous nous grisons d’alcools amers
                      Ô saisons
Du langage ô conjugaison
                                            des éphémères
Nous traversons la toile et le toit des maisons
Serait-ce la fin de ce vieux monde brumaire
Les prodiges sont là qui frappent la cloison
Et déjà nos cahiers s’en firent le sommaire
Couverture illustrée où l’on voit Barbizon
La mort du Grand Ferré Jason et la Toison
Déjà le papier manque au temps mort du délire
 
Garçon de quoi écrire

 

Jyssépé 11-12 / 2019

02 décembre 2018

Vieux pavé (0949)

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                                                                                                                                       Vieux Toulouse : rue Bédelières (im. JCP)

 

 

Vieux pavé

 

Ô délices des senteurs oubliées,

effluves d’un passé révolu

que faux marbre, métal poli, béton immortel et verre fumé,

trop ruisselants de moussante lessive,

ont à jamais bannis de notre connu olfactif…

 

Où êtes-vous, arômes putrides des fonds de cave où prospère le rat,

êtes-vous à jamais enfuies, exhalaisons des poutres moisies

ou du salpêtre au crépi décollé ?

Et vous, bouquets fins des urines fermentées,

cadavre de boisson où se lit misère et splendeur :

perdus pour toujours ?...

 

Ainsi nous te célébrons, rue Bédelières,

mémoire du passé, biographie vivante de l’émanation retrouvée,

page émouvante d’archéologie

où se met à jour l’excrétion qui se cache,

et te décernons le Grand Prix du Patrimoine Odoriférant !

 

 

 

Jyssépé 11 2018

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24 février 2018

Quintessence cosmique (838)

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Quintessence cosmique

 

Ambiance feutrée, tapis de laine épaisse,

Le décor irréel des nuits enchanteresses

Pèse de tout son poids sur l’esprit vagabond,

Qui lentement s’apaise en un dernier rebond.

 

Sous la douce chaleur de ces airs parfumés,

Et dans l’essence pure du calme provisoire, 7-6

La mutation s’opère, invisible fumée

Repoussant d’un seul trait la nature illusoire.

 

Et dans ce monde clos que de fines parois

Protègent des humeurs, s’élève une musique

Aux notes silencieuses qui vibrent, bénéfiques, 7-6 sans diérèse

Et du fond de notre âme appellent à la joie.  7-6

 

JCP 12 2017  Pieds au tapis de « Ma Biche sur le Toit », toit des Galeries Lafayette, Toulouse.

Bar-cabaret-restaurant gastronomique de Michel Sarran

08 novembre 2015

Les yeux fermés

 

Les yeux fermés 

 

Comme une houle sonore à l'invisible flot

dont le flux et le reflux

semblent porter tour à tour

l'oreille et le corps vers de vagues lointains,

la terrasse du grand café

respire au vent du large

des grèves citadines.

 

 

JCP 08 11 15  07 11 15 par une chaude soirée de novembre, au Florida (Toulouse)

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01 janvier 2014

Lassitude Céleste

 

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                                                                                                                   Image : Église de la Daurade à Toulouse

 

Jean-Claude Paillous

 

Lassitude Céleste

 

À Dino Buzzati, maître de la nouvelle brève, et à son irrésistible "Casse-pieds".

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Brève préface de l’auteur (longue c’est chiant) :

                 Poussant, curieux et silencieux, par une froide journée de janvier 2013 la porte de la ténébreuse église de la Daurade à Toulouse (aujourd’hui objet d’interminables travaux de rénovation), il me fut donné d’assister bouche bée à la scène - inouïe comme on en pourra juger - décrite ici dans sa pure vérité.

JCP

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                                Déserte et silencieuse, la nef de la grande église était plongée dans le sommeil obscur de ses fins de nuit. Et, n'eût été les lointains réverbères de la grande avenue, d'où parvenaient de vagues lueurs pauvrement jetées sur les murs à la peinture sombre, on se serait cru tout au fond sinistre de quelque crypte abandonnée tant la nuit, qui signait sa reddition au jour à l’extérieur, opposait ici sa poche de résistance.

Soudain, brisant le silence, un choc se fit entendre à l'épaisse porte de bois, suivi du claquement lourd de l'énorme serrure dont on ne savait plus l'âge : le prêtre, qui ne célébrait pas la messe ce matin-là, ouvrait la maison de Dieu aux fidèles matinaux, avant de rejoindre à nouveau la cure où l’attendaient, cent fois reportées, des préoccupations d’intendance.

Il repoussa la lourde porte sans ménagement, qui se referma seule dans un remuement de ferraille indescriptible. Le silence, longuement troublé de l'écho métallique, ne revint que pour s'effacer à nouveau, sous le pas sonore du prêtre au carreau de l'allée centrale. D’une seule enjambée, celui-ci gravit les trois marches du chœur dans l'obscurité, s'engouffra dans la sacristie sous un nouveau claquement de loquet, que suivit la plainte de charnières ignorantes des plaisirs huileux.

De vifs déclics d'interrupteurs provoquèrent l'allumage d’une moitié des grands lustres de la nef, qui ne retrouva qu'un peu de clarté dans son impossible lutte contre les ténèbres, trop vaste pour l’étroitesse de ses vitraux.

Selon un rite où perçait plutôt la routine empressée, l'homme de Dieu visita successivement les chapelles latérales, y ralluma quelques cierges, sonna un tronc de l’index replié sans grande conviction, puis, ayant ranimé les batteries de courtes bougies colorées, à grands pas sonores que l'écho des lieux multipliait, il disparut à nouveau dans la sacristie. Sous le grincement des portes de l'antique armoire, il parut effectuer du rangement, puis on l'entendit grommeler contre un tiroir récalcitrant, dont l'ouverture saccadée provoquait toute une danse d'objets de culte sur le vieux bois.

Succédant à un nouveau silence et plus faible que les précédents, un nouveau déclic se fit entendre, puis le prêtre quitta la sacristie, dont il repoussa bruyamment la porte. Passant près de l'autel, il constata satisfait qu'à sa gauche, accrochée au mur, la petite veilleuse rouge indiquait bien la Présence Divine, désormais requise en ce lieu et en ce jour nouveau.

Puis, le ministre de Dieu se retira d'un pas si ferme et si rapide que l'écho des sons précipités, peinant à suivre le retour complexe des lieux, en fut un peu désordonné.

À nouveau désert, le vaste édifice renouait avec sa quiétude, à peine troublée par le ronronnement étouffé de la circulation qui, progressivement, animait la ville désormais soumise à l’éveil quotidien. Comme tant et tant d’autres jours, ici ou ailleurs, le jour se levait - par la volonté de Dieu pour certains.

 

2

Alors, comme à l'accoutumée, Dieu prit possession de sa maison, satisfait de son intimité - et de son aptitude à un repos qu'il espérait bien goûter sans partage aujourd'hui, dans la quiétude des épais murs de pierre. L'aube paraissait sur une journée d'hiver qui s'annonçait plutôt belle mais, même si Dieu était tenu de rester enfermé à écouter les désirs, prières et supplications de ses fidèles, il ne détestait pas l'atmosphère indéfinissable de cette vaste église toulousaine de la Daurade, et s'y rendait volontiers - si on l'appelait, comme aujourd'hui.

Obscure avec ses plâtres olivâtres, mais équipée de grandes orgues rénovées, elle était une des rares dans le pays, parmi celles qu'on avait au cours des siècles élevées pour soustraire Dieu aux intempéries, à disposer d'un large parvis carrelé de noir et de blanc s'élevant au-dessus du fleuve. Et le spectacle du soleil couchant, pénétrant par la porte vitrée monumentale qui laissait passer ses puissants rayons comme à travers la gueule ouverte d'un four de boulanger, réchauffait son Corps - comme son Esprit. Hélas brièvement, car le soleil disparaissait bien vite en ce quartier toulousain de hautes bâtisses, dont il éclairait les rues étroites à peine plus longuement que le fond d’un puits.

Ainsi les matinées, privées de la lumière naturelle, y étaient un peu sinistres car, bâtie en pleine agglomération, l’église, comme il a été dit, ne disposait que de modestes ouvertures, masquées encore par les immeubles proches.

Certes, dès l'aube, il s'abaissait de la voûte une féérie de couleurs venue du grand vitrail et dont la modulation changeante, qui s'étalait dans la nef au gré des rayons célestes, parvenait à l'égayer un peu. Mais ce matin, le cœur n'y était pas, et ce feu d'artifice lent, dont il reconnut encore l'éclatante beauté, ne le touchait pas : Dieu, il dut l’admettre, était atteint d’une sourde lassitude dont il ne connaissait que trop les raisons.

Il était las des hommes qui, il le voyait assez, lui échappaient de façon grandissante. Il n’était qu’à voir les bancs désertés à l’office du dimanche - encore que certains fidèles, il le savait, peu habités d’une foi sincère, croyaient monnayer leur salut de leur seule présence ici - vivant ailleurs dans le péché. Dieu devait faire avec.

Il avait mis tout son savoir-faire, toute son énergie, tout son cœur même, à les faire bons, et il avait bien cru un moment y être parvenu. Mais il convenait désormais, au terme de millénaires d'efforts incessants, qu'il avait bel et bien échoué : l'homme, tel qu'il avait cru l'avoir créé et façonné, était affublé de bien mauvaises valeurs, contraires pour la plupart à celles qu'il avait voulu lui insuffler.

Certes, et bien qu'il eût longuement hésité sur le nombre des membres moteurs - audacieusement porté à deux seulement -, la part physique semblait plutôt réussie. D’un désir ingénieusement dosé, la reproduction sexuée de même opérait à merveille, bien qu'il eut craint à certaines époques trop religieuses de regrettables limitations de ce côté-là... - On leur donne des lois débonnaires, se disait-il, mais il s'en trouve toujours pour les "interpréter"... quand ils n'en font pas prétexte à se massacrer avec un enthousiasme fou ; et tous en mon Nom - qu'ils salissent croyant l'honorer !

Aussi, certaines matinées d'hiver - comme celle-ci -, Dieu se trouvait quelque peu déprimé. Et la fraîcheur obscure du lieu, dont il ne souffrait guère d’habitude, ajoutait aujourd’hui à son humeur déjà sombre.

Mais à son insu, Dieu, hélas, n'était pas au bout de ses peines, car on percevait l'ouverture silencieuse de l'une des portes latérales de la grande église, recouverte du cuir matelassé qui la rendait insonore : le chignon masqué par un chapeau hors-mode, un visage compassé à la peau de parchemin où brillaient par places les excrétions de sueur des pensées aigries qui, depuis des temps immémoriaux avaient élu domicile au fond de cet esprit têtu, à pas secs et menus, Madame Léonie Lerussec, dévote des plus redoutables bien que d'âge avancé, connue de Dieu depuis près d'un siècle, opérait, hautaine et résolue, son entrée dans l'église.

Comme à son habitude celle-ci s’agenouilla, dos au troisième siège de la rangée quatre, travée de droite. Et un observateur attentif aurait pu remarquer avant son entrée combien la latte de bois, toujours dédiée à ses genoux assidus, était lisse et creusée.

Ses yeux brillaient déjà des larmes contenues qu’elle verserait, Dieu le savait, pour étayer ses prières au moment opportun.

Dieu faillit tomber en syncope :

- Non, pas elle, pas elle aujourd'hui, pas celle-là ! fit-il en lui-même, - je vais encore devoir entendre ses litanies, ressassées sans cesse et sans lassitude, ses requêtes impossibles, assorties la fois suivante des reproches de ne les avoir pas satisfaites... pas elle aujourd'hui, par pitié ! Il faillit dire tout haut "- Oh, Mon Dieu, pas elle, Seigneur, je vous en prie..." mais se reprit car, faiblesse de son état pourtant suprême, Dieu, contrairement à l'homme, ne peut s'en remettre qu'à lui-même et n'a qui prier.

Il se rappelait trop les suppliques de la dévote rébarbative, visant à la réussite d'une éducation ultra-vertueuse de ses trois filles (dont il ne put seulement freiner un échec retentissant sur ce registre difficile, comme tous les dieux vous le diront), l'obtention pour elles de « beaux » mariages, puis de « hautes » situations pour ses gendres, la cessation pure et simple des infidélités de son mari (Dieu, c'est rare en ce domaine, comprenait le pauvre homme...), la fortune au loto, la guérison de son arthrose dont souffraient tant ses genoux sur les bancs un peu rudes de l'église (si elle venait un peu moins me solliciter aussi, pensait Dieu...), etc... etc.

La liste des bienfaits, d'abord suggérés d'une voix doucereuse, puis demandés, enfin exigés à voix plus haute dans un verbiage torrentiel, aigu, que rien n'arrêtait, et dont s'était plaint le grand crucifix de bois, tant le repos de sa fibre s'en était trouvé perturbé, eh bien, cette liste de bienfaits était tout à fait interminable, car elle se voyait accrue à chaque visite, tel un fleuve qui, déjà vaste, se verrait grandi d'affluents nouveaux à chaque fin de semaine !

Par malheur, des circonstances fâcheuses avaient fait croire à la dévote que Dieu l'exauça dans le passé : ici ou là, quelques-unes de ses demandes se trouvèrent satisfaites - de façon tout à fait naturelle, comme cela se produit tant de fois sans l'intervention Divine (Dieu a tant à faire...).

Alors, l'église ne fut plus que cierges de calibre inusité, débordante de fleurs fraîches, d'offrandes et de napperons brodés déposés sur le grand autel, comme sur ceux des saints les plus subalternes qui, pour certains, se trouvaient remerciés sans avoir seulement été sollicités. Comme Saint Clément qui - outre la grandeur de ses vertus -, était connu pour détester les fleurs, et particulièrement les œillets blancs, dont le parfum révulsait ses vieux sinus. Il s'était fait à la poussière des vieux murs, jamais aux œillets blancs. De cela, Madame Léonie Lerussec n'eut cure, inondant les marches de son autel d'un océan de ces fleurs blanches : celui-ci en fut longuement affecté d'une allergique toux sèche, que Dieu lui-même eut une peine de tous les diables à endiguer. Aussi, à l'image de Dieu ce matin, Saint Clément tremblait-il sur son piédestal que quelque nouvelle coïncidence fâcheuse apportât son lot de fleurs coupées à ses pieds. Si seulement il avait pu s'extraire de ce socle de marbre, il eût offert toutes ces bottes d'œillets à Sainte Thérèse qui, elle, les adorait et n'en avait jamais ; la dévote semblait plutôt attachée aux Saints hommes, et ne remerciait pas les Saintes...

Dieu se lassait des œuvres de cette dévote exigeante et irascible qui, peut-être vieillissant encore (si cela se pouvait), allait, qui sait, lui demander un jour l'éternité sur terre !

 

3

Alors, au terme d'une décision qui lui coûta, Dieu, furtivement, tel le fantassin en mission-commando, mettant à profit les colonnes de marbre derrière lesquelles il disparaissait, progressant par bonds silencieux et discrets, réussit à rejoindre la sacristie sans être vu, au moment où la femme à la triste figure abaissait son œil torve vers le carreau, son recueillement avant la requête ayant - lui sembla-t-il - juste atteint la maturité nécessaire aux supplications.

- Il était temps..., se dit Dieu en lui-même.

Dieu fut tout droit au panneau électrique de la sacristie, un peu intimidé par le nombre et la forme complexe des commutateurs qui le peuplaient (Dieu se faisait mal à la technologie galopante de l’homme, dont il avait pourtant si peu gratifié Ève comme Adam), put y lire (il savait) : "COUPURE GÉNÉRALE", et abaissa vivement le court levier rouge y afférant.

Cela fit un grand : " CLAC !", et l'église tout entière fut plongée dans une profonde obscurité.

Madame Léonie Lerussec eut un vif sursaut, entrouvrit ses yeux dont la profonde méditation avait à peine affecté l'acuité, et constata, terrifiée, que, en sus des lieux plongés dans le noir, la petite veilleuse rouge avait été éteinte...

Elle patienta silencieuse, crut un moment à une panne technique ne dépendant pas du Ciel puis, lassée d'une trop longue attente, s'en fut précipitamment, le rouge au front et sans génuflexion !

 

                           Alors, le geste apaisé, Dieu ralluma un à un les grands lustres de la nef, et s'octroya un somme réparateur sur une des grandes stalles de bois sculpté du chœur - côté sud. Et, malgré le confort spartiate, il put retrouver ce calme intérieur qui toujours fut le sien, perdu dans un moment d’égarement que nul ne soupçonnerait jamais.

Corps et âme dispos, Dieu bâilla discrètement, fit quelques étirements et ranima, d'un geste indécis devant le tableau électrique :

La petite veilleuse rouge.

 

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JCP 16-17/01/2013 & 05/12/2014 – révision 11/2019

DROITS RÉSERVÉS JCP

 

Quelques images de l'église de la Daurade

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Depuis les quais (aujourd'hui entièrement rénovés)

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Au tout début du 20ième siècle (remarquer les platanes récemment plantés)

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