08 décembre 2017

Zrathoustra monte en bateau

 

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Zarathoustra monte en bateau

 

- On ne me comprend pas se dit Zarathoustra ;

Mais sous ce soleil bas taché d’horreurs mystiques,

Je le sais maintenant, le Surhumain naîtra -

De fleuves impassibles, ou de drames antiques.

 

Et le danseur de corde, sublime et solennel,

Aux trombes aux ressacs rythme son lent délire.

Il sait le bien, il sait le mal, tantôt sage ou charnel,

Tel un noyé pensif qui pleurerait sa lyre.

 

- Ayant vu quelquefois ce que l’homme a cru voir,

Je planterai le germe d’un tout nouveau savoir,

Car sous le gouvernail des éveils maritimes,

Mon aigle et mon serpent reconnaissent l’abîme.

 

Dans les clapotements de furieuses marées,

Le vieil arbre noueux, qu’embrasse un cep de vigne,

Au poème des mers qui ne connaît d’arrêt

Voit le monde parfait qui de loin lui fait signe.

 

Ainsi Zarathoustra, en son âme éveillée,

Et par le Surhumain qui lui fut révélé,

Au pied des azurs verts dont il souffrit les trombes,

Connut l’aube exaltée que peuplent les colombes.

 

 

Arthur - Friedrich-Wilhelm

 

JCP 08 12 2017, adaptation libre de deux oeuvres majeures*, inspirée par V.

 

(* Ainsi parlait Zarathoustra et le Bateau ivre)

 

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22 novembre 2017

(832) Vieilles choses

 

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Vieilles choses

 

Par une guerre ouverte aux toiles d'araignée

C'est enfin décidé, on vide son grenier.

La porte vermoulue se refuse grinçante

Mais finit par céder, et nous voici coiffé

De poussière et de toiles. Dans cette longue attente

D'un renouveau futur, se craint l'autodafé,

Et les larmes de rouille et le bois qui gémit

Disent l'espoir perdu des objets qu'on délaisse,

Et qui l'un après l'autre voient partir leurs amis,

Sous l'atteinte brutale du temps qui griffe et blesse.

 

Mais vers la vie nouvelle c'est sous la brosse agile,

Un chiffon de la cire et quelques gouttes d'huile

Que l'on porte au grand air ces objets reniés :

Sur la place au soleil, c'est le vide-greniers.

 

 

JCP 22 11 17 Pour les Impromptus Littéraires

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13 novembre 2017

(829) La porte des hivers

 

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La porte des hivers

 

Mille serpents légers gravent dans la poussière

Chacun leur voie étroite où paraît la lumière ;

De brèves fulgurances, tempérées de lenteur,

A l'approche du froid y laissent voir la peur.

 

Tout au pied des grands arbres que défeuille l'automne,

S'élève tristement la rumeur monotone

De cette mort infime qui mourra du printemps ;

Et le ver assoupi que repousse le temps

Accepte le répit, sachant que viendra l'heure

Où le bois sous sa dent devient poussière et meurt.

 

Mais la Force implacable qui ne s'émeut jamais

Anime la Nature dans son élan parfait,

Et tirant sa substance où toutes formes dorment,

Saura de cette mort grandir l'érable ou l'orme.

 

 

JCP 13 11 17

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30 mars 2017

0791 La porte des visions

 

La porte des visions

 

 

Le venin du serpent comme coulent des larmes

Emplit le vide ami où se rendent les armes,

Et de l'élan brutal qu'instille le poison

Éclot la déraison d'inouïes floraisons.

 

Sous l'état de torpeur qui succède au désordre,

Les couleurs désunies suivent un nouvel ordre,

Et le corps qui se prête au voyage parfait

Distingue au seuil des brumes un monde qui se fait.

 

Les valeurs opposées de gravités soudaines

Meurent sur le chemin de valeurs souveraines,

Et la raison nouvelle, indicible trépas,

Voit naître une vision qui change à chaque pas.

 

Mais si le risque est là, il n'est de pluie qui dure :

Le nuage où fourmille une lumière pure

Éclaire enfin la route qui renaît de la nuit,

Car d'un éclair soudain le serpent s'est enfui.

 

Et dissipant le doute malgré la peur qui germe,

La porte des visions lentement se referme.

 

JCP 01 2017

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25 mars 2017

0788 Nuage d'été

 

Nuage d'été

 

Derrière la fenêtre un visage se cache,

Et sur le grand plafond se dessine une tache

Qui s'étale et noircit sous le soleil d'été :

Une part de l'azur vient de nous être ôtée.

 

La muraille asséchée ne porte plus de mousse.

Du bétail famélique, qui broute ou rien ne pousse

Et gémit pitoyable, il n'est plus d'avenir,

Et dans le ciel blanchi on ne voit rien venir.

 

Du murmure des mots la sombre litanie

A rejoint le néant, et la branche du saule

Qui balaie l'escalier n'abolit pas le rôle

Des grands oiseaux de mer que le vent réunit.

 

JCP 01 17

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20 mars 2017

0786 Après le chaos

 

Après le chaos

 

Sous le vieil arbre nu, un rayon de lumière

Montre la route vague des destinées précaires.

Les anciens murs s'effondrent sous la poussée du temps,

On voit au sol la trace de lourds pressentiments.

 

Il n'est plus de fenêtres mais au bas de la pente

La terre se soulève d'une poussée vivante,

Et des bras décharnés, dans un signe d'adieu,

Annoncent aux humains la vacuité des cieux.

 

La Terre courroucée, qui se fissure et tremble

Reforme ses montagnes, retrouve et puis rassemble

La pierre des murailles, construit un monde neuf

En oiseau qui se rit de sa coquille d'œuf ;

Et l'on voit les décombres, vestiges d'anciens mondes

Qu'ensanglanta la griffe des cyclopes immondes.

 

L'animal s'est uni au règne végétal ;

En l'absence d'humains on ignore le mal,

Et dans ce monde obscur des péninsules meurent,

Des continents dérivent et des étoiles pleurent.

 

Le temps n'existe plus, les mers sont désunies

Et l'on voit sur les grèves des ossements blanchis.

Aux villes dévastées il n'est plus que silence :

La Terre enfin sereine se rit de la science.

 

 

JCP 01-02 2017

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06 mars 2017

0803 Jeux de dieux

 

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                                                                                                                                                                          Image : comp. JCP

 

Jeux de dieux

 

Les tempêtes venues de la lointaine Orion,

Et le sable amassé par les grands vents solaires

Ont laissé sur la Terre de grandes confusions,

Annonçant à l'humain l'extinction de son ère.

 

Le soleil repoussé aux confins de Saturne

S'est réduit à la taille de l'une de ses lunes,

Et la Terre entraînée par l'astre incandescent

Autour de Jupiter gravite lentement.

 

Le sable sur la Terre a remplacé les eaux,

Et de traces de vie ne restent que des os.

Un ultime arc-en-ciel s'élève sur les dunes,

Et ses couleurs qui saignent ont des pâleurs de lune.

 

Mais au fond de l'espace des rires retentissent,

Et l'on croit percevoir comme un parfum de vice :

Au mépris des mortels, les Dieux qui font la fête,

Au grand jeu de la mort pétanquent les planètes.

 

 

JCP 02 2017 

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17 février 2017

0781 Avis de néant

 

Avis de néant

 

Au bord du miroir vide, rien ne paraît encore,

Mais le poids du désir d'une nouvelle aurore

Éveille les contours du spectre de l'ennui,

Où va sombrer le jour aux gouffres de la nuit.

 

Dans la paix qui combat aux guerres sans victoire,

Le malaise a grandi, qui nous pousse à tout croire :

L'esprit court la tempête, et sous de vains efforts

Ne voit plus de refuge - les horizons sont morts.

 

Alors comme un aimant réunissant ses pôles,

Au fond du grand miroir se fondent tous les rôles ;

On voit sous des éclairs les étoiles périr,

Et l'homme qui se mire voit son reflet mourir. 

 

 

JCP 26-28 12 2016,  01-02 2017

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10 février 2017

0776 A la survie des vents

 

A la survie des vents

 

Ombre lente au soleil que son corps délimite,

Alors que sous les arbres la pluie chante au rocher,

Un accroc dans le temps repousse les limites,

Et personne n'écoute l'homme venu prêcher.

 

Dans l'épaisseur du livre la vérité se cache

Où l'encre répandue a déposé sa tache,

Mais à l'abri des vents, une part de survie

Ne suffit pas toujours à surpasser l'envie.

 

Alors sous la douceur d'une marche sans pas,

Des routes foisonnantes celle qu'on ne voit pas

Tant le soleil est bas mène aux cités sans ombre ;

Et, crevant les nuages, montent des cris sans nombre.

 

La fuite du soleil, que partout l'on déplore,

Annonce le trépas des mouvantes aurores,

Et l'oiseau précurseur - avalanche au rocher -

Nous montre enfin des traces que l'on croyait cachées.

 

 

JCP 24 12 2016

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27 janvier 2017

0780 Évolution

 

Évolution

 

 

Au damier délaissé l'insecte noir se cache,

Et l'homme n'a pas vu se résorber la tache.

La frontière impossible qui se nourrit d'espoir

Se devine pourtant sous la torpeur du soir.

 

Mais jamais ne s'écroule la fragile barrière,

Personne n'en repousse les murs dans la poussière

Et le fleuve grossi des pleurs de l'univers,

Rougi d'un sang épais, disparait dans la mer.

 

L'absolution des uns est le malheur des autres,

Aux feux clarifiés brûlons les faux apôtres,

Retournons le damier sous la nouvelle loi :

Ce n'est qu'à table rase que le vrai se déploie.

 

 

 

JCP 26-28 12 16

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