16 août 2019

L’Autrefois

 

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                                                                                                                  Sur la plage d'Étel, rive gauche, face au phare.

                   

                                                                                                                      À François Cheng

 

Géant des poussières si doux sous mon pied

et fuyant à mes doigts,

me parleras-tu de cet Autrefois si vaste

qu’il ne tient complet en la pensée humaine ?

 

As-tu connu dis-moi

la fureur de la flamme où naissent les étoiles,

explosion d’éternités au creuset de la vie,

forge d’univers qui, au sac et au ressac,

                                                         Ainsi t’abandonna ?

 

Dis-moi vite ta vie car il faut que l’on meure,

dis-moi ton lent voyage qui de si long temps

                                               Te déposa sur cette plage.

 

 

JCP 08 19

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07 juillet 2019

Altri progetti ("Monde Neuf", 1018)

 

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Altri progetti

 

Il a haussé le ton et son geste s’anime.

Il insuffle au néant sa vision d’outre-monde,

instance manifeste au creuset de la Vie :

le cours de l’existence a tremblé sous son doigt.

 

Il rassemble, prend et presse entre ses mains

l’argile crue du vide cosmique,

unit toute étincelle en un creuset unique,

mais son vouloir s’érode et son geste prend fin.

Il sait alors que le Monde Neuf se fera sans lui.

 

Les jours s’enfuient, rejetant leur durée ;

toute trace effacée, objet-sujet fusionnent,

le permanent se meurt au pied de toute cause,

et seul le temps muet sait l’avenir des roses.

 

 

Jyssépé 04-06 19

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13 juin 2019

Calligraphie (1025)

 

                          

Laisse de haute-mer,

longue ligne tracée haut sur le sable,

débris asséchés repris des eaux futures

et reconduits tant de fois encore…

 

Voyage au gré de la vague et des vents

de feuillages lointains,

herbages surgis des profondeurs,

squelettes rompus d’êtres marins ;

âcres fumets de décompositions

séchant au soleil.

 

À l’encre venue d’outre-rive se trace,

sinueuse sur le sable des grèves,

la fugitive calligraphie des mers.

 

 

 

JCP 06/2019

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06 juin 2019

Méprise (0897, "Monde Neuf")

              

          Le grand miroir des ombres vertes a capturé monture et cavalier, mais l’embellie d’image à foison de galop laisse au silence intime une place inchangée. La balance, on le voit, penche du bruire et de l’agir vers un plus grand repos.

         Impropres à la pierre, des frissons de surface augurent d’un grand déséquilibre, car si l’herbe du chemin n’est pas encore née, les eaux noires du lac se parent des diamants que lui offre le vent, signes flagrants d’un autre devenir.

          Les voix se sont tues. Une fin plane ici, mais nul n'a vu le début. Et l’on redoute un effet orbital que l’inversion des gravités pourrait compenser mais les altitudes, trahies par le vent, doivent s’y refuser.

           Présage funeste, barrières brisées, murets de pierre sèche renversés, le bétail des estives a rejoint la vallée.

          Ce monde, qui vient de reprendre une gestation laissée inachevée, n’était pas pour l’homme.

 

 

JCP 04/18 - 06/19

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26 mai 2019

Souffles (1015, "Monde Neuf")

Souffles

 

                                                                   À St John Perse

 

C’étaient des vents immenses,

de vastes vents de continents qui repoussaient tous sables,

ailleurs de terres pures aux frontières coureuses d’un ouest sans ses mers.

 

Comblés les sillons de la terre, repoussées les rivières,

se découvrait à nu l’espace vierge, hypothétique promesse de vie,

page blanche offerte à toute création.

 

Mouvements innés de grands siècles cosmiques,

bouleversements des plus grandes eaux,

vacuité des grèves au ressac invisible

où jaillit l’inéquitable aux alarmes d’interrègne…

 

Du plus loin des terres désolées

s’unissent aux sables des mers accourues,

et le hurlement des vents qui s’apaise

voit la renaissance lente des herbes tendres de la vie.

 

 

Jyssépé 04-05 / 2019, inspiré par le recueil de poésie « Amers » de St John Perse

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08 mai 2019

Dernier acte (1006, "Monde Neuf")

 

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Longtemps caché sous l’herbe un destin se fait jour.

Et, par l’aube initié, l’indicible parcours

Tisse sa trame et court, saluant l’ancien rôle

D’une vie consumée dès la fusion des pôles.

 

À l’armée des nuées qui veille à ce destin,

Échappe un arc-en-ciel qui lentement déteint,

Et l’animal qui court sait le prix de sa fuite,

Sous un ciel déchiré où le soleil s’effrite.

 

Aux terres en fureur, l’horizon égaré

Se soumet pour un temps aux puissantes marées,

Et de grands oiseaux noirs, éreintés de leur pondre,

Fuient les balcons du ciel qui lentement s’effondrent.

 

Vaste galette brune aux vers désemparés,

Racines vers le ciel, l’arbre déraciné

Implore la nature, mais sa sève s’écoule

Aux grands embrasements terrorisant les foules.

 

Exécrable contour aux chaînes délaissées,

Serpent d’acier luisant que la foudre laboure,

Délaisse ton assise au profond des forêts,

Et soumets ton corps pur à sa seule bravoure !

 

Sous la coulée du sang, la blessure dorée

S’évapore et les dieux, autrefois adorés,

Succombent sous les coups d’une foule compacte :

L’ancienne création a vu son dernier acte.

 

 

Jyssépé 03-04 2019

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21 avril 2019

Appareillage (1017, "Monde Neuf")

 

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Que la barre en ce jour tourne seule à nos mains

et toi, destinée, offre l’aile promise :

- Est-il destin sans aile, est-il avenir sans inconnu ?

 

Et nous voguerons, toutes voiles offertes

aux longs vents du large,

souffles délicieux au parfum de péril.

 

Rêve incréé,

de tes vaisseaux étranges

aborde-nous aux vastes terres bleues !

Tout nuage aux étables du ciel,

couche le soleil sur son grand lit de palme

et sous la brise, exquise à l’arbre musicien,

laisse nos sens ravis au chant de la feuillée

s’emplir du songe doux…

Et nous retournerons, lourds des senteurs du large,

heureux jusqu’au prochain partir.

 

Jyssépé 04 19

 

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14 avril 2019

L'ombre de Sisyphe (0980, "Monde Neuf")

 

Comme apparue du fond des âges,

la pierre toujours dévalée qu’un même effort remonte

brûle son lent volume d’une érosion de parade,

et rien ne paraît vouloir changer.

Le rocher redescend et les pôles demeurent :

Impérieuse gravité que l’homme laborieux apprend encore à vaincre.

 

Avenir mal bâti d’une brique friable,

tu étais pourtant beau,

déposé sur la table à la lueur des lampes !

 

Mais tant d’écrits de l’homme s’érigent en vanité

qu’aux méandres de l’esprit la pensée peut grandir,

mais l’ombre de la main qui parcourt l’escalier

n’en balaiera jamais un seul grain de poussière.

 

 

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Jyssépé  01-03 / 2019

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25 mars 2019

More (Film de Barbet Schroeder)

 

 

More* ou : Chemins obliques

 

Par l’éclat de lumière qui partout se répand,

Il n’est plus en tous lieux que milliers d’éclairs blancs.

- Faudra-t-il vivre aveugle ou coudre ses paupières ?

- Où se cache la mort, est-ce la fin des temps ?

 

Un bouillonnement sourd partout se fait entendre,

l’horizon s’est courbé en arc tendu à rompre,

et les ombres les plus sombres

s’éclairent de lents éclairs violets.

 

Mais la crainte se retire

sous un déferlement de beautés indicibles.

Et, les yeux débordants d’étoiles,

on court à pleine haleine

aux flaques spiralées

d’un arc-en-ciel déliquescent

qui se répand sur les rochers,

dégoutte en larmes irisées,

coule dans la mer,

et s’y fond en fumées rousses.

 

Le silence se fait sur ce prodige,

à peine troublé d’un sifflement très doux

rythmé des battements plus lents

d’un cœur qui s’apaise.

 

Accrochées au ciel,

des ailes de géant

ferment soudainement

l’accès à la mer :

il faut combattre.

 

Et le guerrier,

blessé mais victorieux,

reçoit dans l’herbe douce le baiser sans fin,

celui que la Femme-serpent

doit au héros de légende.

 

Sur la roche brûlante de soleil,

c’est dans ce plat de terre

que tout un monde fascinant,

sans cesse à la poursuite de son ombre,

trouve la lumière et la décompose

aux rapides éclats du vif-argent.

 

Creuset unique où se fond toute perception,

le monde neuf qui vient de naître

se ramifie sans cesse,

et fait corps avec un mental

qui se réjouit de ces beautés uniques :

il faut vivre cette vie sans limites.

 

Sur la colline embaumée de fleurs,

offertes toutes au soleil qui se lève,

l’éternelle syllabe d’un Orient de mystère

se répand sur la mer, qui brasse ses diamants

sous un ciel aux couleurs prodigieuses :

- Ooommm…

- Ooommm…

Quitter cet univers se verrait déchirement -

et la mort vaudrait mieux !

 

Mais l’irréel comme le rêve

ne sont que fleurs fragiles,

y graviter confiant pèse à la vie future…

 

Toujours un présent neuf

vient détrôner l’ancien :

les sons, les couleurs et les sensations

au vent de cette fête n’étaient que rêverie,

et ce souffle si doux s’apaise tristement.

 

Tout s’écroule.

Le temps reprend ses jouets.

Tout disparaît.

Morne et banale, la vie aux saveurs fades reparaît.

- Sans rémission ?

- Le vécu, le connu ne peuvent-ils se revivre ?

 

L’irrésistible désir d’un nouveau périple

fait alors son chemin,

germe dans le terreau fertile d’un corps déjà soumis,

que l’esprit entraîne puissamment…

 

Trop puissamment.

 

Jusqu’au bout.

Jusqu’à la fin.

Jusqu’au grand silence de la fin.

 

La fin.

 

 

Images en diaporama du film de Barbet Schroeder

 

MORE animé anigif

 

 

* « More », de l’anglais « plus, davantage, toujours plus loin », film de Barbet Shroeder (1969), où le personnage principal, entraîné par la passion amoureuse, connaît la descente aux enfers de la drogue jusqu’à la mort. Musique : Pink Floyd.

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18 mars 2019

3, 4, 5 ; Trinité !

 

                                                                                    À Montesquieu

 

Connu des pharaons, prodige de rigueur

Où l’angle droit s’impose à l’œil du bâtisseur,

Triangle 3-4-5, c’est ainsi qu’on t’appelle,

Et tu guides toujours la pioche ou bien la pelle.

 

Pythagore dit-on, sans boire et sans manger,

Te contempla dix jours nourri de ta beauté !

Triangle 3-4-5, il est tant de merveilles

Enfouies dans nos cœurs que ton tracé réveille…

Poésie de la forme, ô triangle parfait,

Sois pour toujours mon Dieu, je serai ton sujet !

 

Ainsi je te vénère, ô Trinité Unique,

Et t’offre ces versets, où la mathématique,

Chant pur, accent divin, exprime clairement

Que toi, Plus Grand des Dieux, vis seul au firmament :

c = √ (a² + b²)

5 = √ (3²  + 4²)

5 = √ (9 + 16)

5 = √ 25

5 = 5 : Plénitude de l’exact, beauté parfaite,

Donnerons-nous un jour la majuscule au chiffre ?

 

Toi, Vertige Divin, Ange de complétude,

Toujours, du haut des Cieux, sois ma béatitude !

 

◄►

 

(- On peut bien adorer le Coq ou la Pendule, mais soyons vigilants :)

http://chansongrise.canalblog.com/archives/2018/03/20/36246470.html

 

 

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Jyssépé 03 2019, Thème proposé aux Impromptus Littéraires : "Si les triangles faisaient dieu, ils lui donneraient trois côtés" (Diderot, Lettres persanes).

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