20 mai 2015

672 Impermanence

 

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Impermanence

 

Le blé croît

les arbres s'élèvent vers le ciel

la fleur s'épanouit l'enfant grandit

L'air se retire et leur cède la place

                                     un moment

Il sait bien qu'il la reprendra

                                            bientôt

 

 

JCP 05 15

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Fin de nuit sous la pluie

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                                    Toulouse, rue du May (im. JCP)

 

 

Fin de nuit sous la pluie

 

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1

 

                                                         Au terme de trois accidents de réverbère - mal disposés sur un trottoir onduleux -, je finis par trouver la rue.

Ma rue.

Et la porte vitrée du petit commun.

Celui où j'habite.

Pourtant de cuir noir, le toucher lisse et l'odeur familière, mon blouson ne contenait dans ses poches ni mes clés ni mon portefeuille, mais un mouchoir sale, un peu de monnaie, une boîte de cachous et quelques papiers. Je découvris alors qu'il pleuvait et que, manches trop longues et fermeture bloquant à mi-course, ce blouson était celui d'un autre.

Collé au mur, cheveux mouillés comme à la douche et visage ruisselant, la soirée tequila au Macambo tournait au vinaigre : au terme de ces chaudes retrouvailles, le désordre de fin de soirée avait glissé jusqu'au porte-manteau, au moins pour deux des anciens élèves de l'INSA - dont moi-même.

Misant sur l'honnêteté sans faille des gens de science, restait le manque d'abri à quatre heures du matin sous la pluie - et la perspective d'un immédiat plus qu'ennuyeux : voiture inutile sans clé, impossibilité de réveiller l'immeuble tout entier où je ne connais encore personne - d'ailleurs, qui descendrait m'ouvrir en pleine nuit à Toulouse ?

Bistrots métro fermés, gare lointaine, dessous du pont Neuf bourré de SDF cuvant leur pinard verbe haut et geste imprévisible, je fus heureux d'un abribus tout en haut de l'avenue Jean-Jaurès, et me blottis tremblant contre la vitre glaciale, fesses mouillées sur le banc de tôle perforée - inoxydable à point nommé.

- Brrr !...

La pluie ne cessait pas et, sortant progressivement de son anesthésie éthylique, mon mental charriait des nuages noirs.

 

 

2

Soudain une voix de femme, forte et assurée :

- Y aura plus de bus à cette heure tu sais ; mais t'es tout mouillé... viens chez moi, je te réchaufferai...

Une professionnelle des situations désespérées se tenait campée devant moi, sous son parapluie, la cuisse affirmative résillée de noir.

- Je voudrais que j'ai pas un rond - et puis c'est pas le sujet ! répondis-je avec animosité : j'ai paumé mes clés et j'attends le jour pour rentrer chez moi - encore qu'il me faudra un serrurier...

Toute disposée à m'entendre (ces femmes là sont compatissantes), je lui fis connaître mes déboires, ce qui l'anima beaucoup (ces femmes-là sont férues de fête et de fêtards).

- Bon, bon, t'as l'air sincère et je te vois bien triste mon Loulou, y sera pas dit que Clara elle a pas bon cœur, allez, viens quand même te mettre au chaud, je rentrais moi aussi tu vois, je crèche tout à côté, viens, il est tard... fit-elle d'une voix soudainement adoucie.

- Mmm...

- T'as pas confiance bien sûr...

- Si...

- Ah mais j'ai pigé, t'as la trouille que mon mac se pointe ; rassure-toi : il est à l'hostau pour un bon moment - règlement de comptes ; y croyait faire dans le gros trafic, il a pas les épaules le pauvre Chou, enfin...

- Euh, t'en parles comme si tu l'aimais, je sais que vous êtes bizarres, les femmes, mais...

- Hé, c'est mon mac mais c'est mon mec, il est super avec moi, je suis sa reine qu'il dit toujours, sûr que je l'aime beaucoup... Bon, tu viens ou tu prends racine ?

- Ouais, c'est d'accord. T'es sympa ; en plus t'étais pas obligée ; je te suis.

- Sympa pour une pute ?

- Non, non, j'ai pas dit ça, au contraire, y a plein de filles qui feraient pas ça, t'es chouette.

 

 

3

Vaste et luxueux mais sans tapage, l'appartement était très classe (même pour une pute).

- Belle piaule, fis-je admiratif.

- Mon Robert m'en laisse assez, ça va pour moi. Quitte ces fringues et mets-toi à l'aise. Tu peux te désaper devant moi, je te sauterai pas dessus ; décontracte-toi, allez, t'es bien ; là... donne aussi ton slip, on va sécher tout ça.

J'eus le sentiment de me déshabiller - asexué - en consultation chez quelque toubib des chagrins, et le fait est que je sentais monter à ma lèvre un sourire sans cause apparente.

Bain à bulles dans la baignoire monumentale, peignoir de soie, canapé plus confortable qu'un lit, petit déjeuner royal en tête à tête avec cette jeune femme dont l'étrange beauté gommait la face connue, amabilité souriante... Je pris congé tout confondu vers neuf heures, incapable de retenir un "naturel" :

- Je peux repasser te voir à l'occasion ?

- Mais bien sûr mon Chou, viens boire le café quand tu veux ; tiens, appelle-moi d'abord à ce numéro là :

Elle glissa une carte dans la poche de mon blouson trop grand, puis m'embrassa bruyamment sur les deux joues comme le ferait une vieille amie, et je me retirai, vêtements séchés par des soins de mère, complètement déboussolé.

Il ne pleuvait plus et les réverbères, en ordre parfait sur le trottoir rectiligne, resplendissaient sous un soleil déjà haut.

 

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JCP  05 15 Pour Les Impromptus Littéraires, sujet proposé : "Quatre heures du mat', sans clés, sans bagnole, sans toit, il pleut" :

http://impromptuslitteraires.blogspot.fr/2015/05/jcp-4h-du-mat.html

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13 mai 2015

665 Autoroute

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Autoroute

 

Les deux côtés égaux

de ce triangle long

qui par devant l'écran de verre

défilent à mes côtés

maintenant je le vois

ne se rencontrent pas

 

JCP  04 15  

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12 mai 2015

673 Le voyage du rayon de soleil

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673  Le voyage du rayon de soleil

 

Aux confins des grandes vacuités,

Là où le jour jamais ne s'endort,

Un rayon de soleil attristé

Se lamentait de son pauvre sort.

 

- On ne fait rien que rayonner,

Morne destin d'une vie bornée

Disait-il, à produire lumière

Sans connaître ce qu'on en peut faire.

 

Un beau jour de ces jours sans fin,

Il s'échappa de la chaude étreinte

Pour aller courir le monde enfin,

Et voir de plus près toutes ses teintes.

 

C'est ainsi qu'il se porta sur terre.

Mais la parcourant de ses grands pas

Ce qu'il y vit ne le ravit pas,

Car on y faisait partout la guerre.

 

Certes on pouvait voir des montagnes

Reflétées dans des lacs aux eaux bleues,

Ou les arbres des vertes campagnes

Montrer le soir des reflets de feu.

 

Et pourtant ce décor trompeur

Abritait la mort comme la peur.

 

Le rayon tête basse

Laissa les terriens,

Et d'humeur lasse

Rejoignit les siens.

 

 

JCP 05 15  Pour Les Impromptus Littéraires (thème : reflets) :

http://impromptuslitteraires.blogspot.fr/2015/05/jcp-reflets.html

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06 mai 2015

671 La soif de l'or

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La soif de l'or

 

Li-Wang le vieux marchand

Aimait beaucoup l'argent

Qui remplissait ses coffres.

Mais de la soif des ogres

Il voulait tant et trop

Qu'il ne trouvait repos.

 

Par les dieux implorés

Dix mille pièces d'or

Adoucirent son sort -

Et son rêve doré.

 

- Est-ce bien suffisant

Que ces quelques centimes ?

Disait le richissime

Aux grands dieux se plaignant.

 

Ce qu'il toucha dès lors

Se transformait en or

Mais il vit tôt sa fin

Car il mourut de faim.

 

Un tiens dit-on vaut mieux

Que deux promis des dieux.

 

(Adaptation libre d'un conte Zen).

JCP 05 15, pour "Les Impromptus Littéraires"

"Ce qui te manque, cherche-le dans ce que tu as" ( Koan zen)

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04 mai 2015

670 Semailles de peuplier

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 Semailles de peuplier

 

D'abord la chute

Parachutage aveugle

au feu vert du printemps

descente lente au souffle des vents

espoir de métamorphose

ou pauvre déchet sur le chemin

cadavre sur les eaux

que le poisson recrache

 

Parfois deux pages vertes

où se lit à feuille ouverte

un peu du Livre de la Vie

 

JCP 05 15 (Aux Quinze Sols)

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Jeune pousse de peuplier tremble

 

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02 mai 2015

659 Double page

DSC00995 RECA COMPRESS                                                                                                   Im.  JCP

 

Double page

 

Posées sur la fleur

deux pages ouvertes

laissent lire un moment

une histoire en images

puis se referment

et s'en vont au gré du vent

 

JCP  04 15

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01 mai 2015

Chez l'antique hère (669)

ANTIC

 

Chez l'antique hère

 

On voyait chez Li Wan

antique vieux forban

parmi tant de broutilles

un poêle et des lentilles,

un vieux croûton rongé

et des chevau-légers,

un bonheur commencé

des idées mal pensées,

deux dimanches-matin

et trois lundis éteints.

 

Un bon kilo d'oignons

parmi les porte-avions

et chose des plus rares :

un grand seau de curare.

 

Un peu d'air comprimé

qu'on avait libéré

un lit trois matelas

sur un chariot à bras,

un litre de virgules

et quelques pédoncules.

 

Le vieux trou d'une poupe

un peu de bonne soupe ;

devant l'armoire à glace

un mort de guerre lasse

et deux aviateurs

à voile et à vapeur.

 

Bric-à-brac infernal,

un thermomètre anal

un gros tuyau de gaz -

et même Yvon Gattaz.

 

Enfin les trois lutins

s'étaient levés matin

pour nous dire qu'on sorte

et refermer la porte.

 

JCP 05 15 Pour les Impromptus Littéraires : "Inventaire farfelu".

Dans son contexte :

http://impromptuslitteraires.blogspot.fr/2015/05/jcp-linventaire-farfelu.html

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30 avril 2015

652 Bambous

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Bambous

 

Tambourins et maracas

d'une Espagne lente au jardin

dernier chant des bambous

que la jeunesse, la sève et la feuille abandonnent

claquements d'une harmonie funèbre

au souffle de l'été

 

Mais sous  les cris du merle furibond

tout un peuple encore tendre

jaillit de terre et se dresse

 

 

JCP 04 15

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29 avril 2015

La perle manquante

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La perle manquante

                          

                                             Croulant sous l'injure incisive, et bien que forgée d'un métal aujourd'hui refroidi, la porte lourde dut s'effacer dans un silence rageur, montrant la vaste pièce où tout un peuple à la patte rude tissait toile et la disposait au séchage.

Moteur éteint capot béant, la machine poussiéreuse attendait l'offrande, alors que les flaques lactées où l'on voyait se baigner nues de scintillantes étoiles, disaient combien la voûte céleste était tombée bas.

Une douce pluie du sable fin qui réside aux chambranles portiers s'écoulait sous un murmure de cristal, alors que l'arc en ciel, mortellement blessé, s'effondrait dans un cri déchirant. Et, privé de son cycliste dont le squelette, accoudé à la grande table se délitait lentement un verre à la main, affligé d'oxyde un vélo pleurait au souvenir des huiles, et de la molécule gazeuse qui caressait jadis son guidon rapide.

Les sept perles étaient bien là, mais on pouvait voir qu'il en manquait une.

Cependant, tout au fond de la pièce immense, de moutonneuses masses noires déglutissaient lentement l'obscurité, dans le son mou des viscères de buffle mort que fouille aux savanes la hyène immonde.

Alors, impudique et frétillante, la lumière conquit la scène et montra la pénible vérité : on avait dérobé les dix-huit enclumes et le forgeron, en manque de frappe, assommait les mouches d'un marteau gracile.

C'est le moment que choisirent les sourds-muets pour répéter, obstinés, le cinquième acte du Barbier de Séville dans la langue des anciens Grecs ; et c'eût été un beau désordre si le rideau, abolissant la vieille horloge du temps, n'était alors tombé dans un claquement sec.

On entendait dans les lointains barrir un éléphant.

 

JCP  04 15   Pour Les Impromptus Littéraires

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