16 septembre 2015

729 Tout le monde

Tout le monde  

 

Tout le monde observe et pourtant nul ne voit.

Moi seul laisse ouverte la fenêtre sur la vie.

 

Tout le monde écoute et personne n'entend.

Moi seul sais qu'il y a des oiseaux.

 

Tout le monde s'oublie à l'objet de lumière,

Assourdis tous aux tampons du mépris.

Moi seul dirait-on suis conscient d'exister.

 

Tout le monde s'abreuve au passé au futur ;

Moi seul ai conscience d'un moment présent.

 

Tout le monde est en ce monde qui n'est pas le monde ;

Moi seul en ce jour réside ici.

 

Tout le monde le porte fébrile à la main.

Moi seul le laisse inerte au fond du tiroir.

 

 

JCP 09 15 Pour les Impromptus Littéraires (mots en gras imposés)

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12 septembre 2015

Maudite parure

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Maudite parure

 

1

                                          Tout au fond de la vaste remise au sol de terre battue, une moue à la lèvre, l'antiquaire évaluait le mobilier qu'il venait d'acquérir pour un coup de chapeau, meubles misérables pour la plupart, d'où se détachait pourtant la commode aux poignées argentées, sans style, mais qui avait motivé son obole à des héritiers ignoblement pressés.

Il en retira les deux tiroirs supérieurs alors que celui du bas, demeurant bloqué, montrait par les ouvertures un empilage de vieux linge jauni, qu'il extirpa pour découvrir trois banals portraits de femmes montés en sous-verre, les deux premiers notablement anciens, le troisième plutôt récent. Il les déposa verticalement sur le dessus de la commode, adossés au mur, les observa un moment et s'en fut porter la brassée de sous-vêtements féminins - dont le contact soyeux l'émut un moment et ralentit son pas - au container des déchets du fond de la pièce.

 

 

2

A peine l'homme en eut-il laissé retomber le grand couvercle, qu'il crut discerner des chuchotements paraissant venir de l'autre bout de la remise déserte.

Suspectant des indésirables à cette heure tardive, voire des cambrioleurs, celui-ci s'avança de quelques pas silencieux pour se dissimuler derrière une armoire. On ne voyait rien ni personne mais on pouvait entendre, tout à fait distinctement maintenant, les voix de plusieurs femmes en grande conversation sur la mode, la parure et la beauté, alors que la source de ces voix semblait se confondre avec la nouvelle commode - auprès de laquelle on ne constatait aucune présence...

Peu porté sur les croyances et les voix tombées du ciel, l'antiquaire s'approcha sans bruit du meuble où trônaient les trois portraits, et ce qu'il entendit fit chanceler ses incrédulités comme ses jambes :

- Pour moi, amies très chères, déclarait la voix jaillie du premier portrait sans doute plus que séculaire, tout est dans le chapeau - où l'artiste amoncelle pour nous mille mignardises -, et que l'on élève en miroir aux alouettes, que dis-je, en phare rayonnant sur l'océan des hommes, phare qui retourne autant la jalousie des rivales que l'œil échauffé du galant : rien ne vaut croyez-moi le chapeau, qui flatte notre image à l'esprit masculin - si facile à tromper comme vous le savez.

Et, il me faut le dire, mariée contre mon gré à un gros imbécile rougeaud bien que fortuné, je ne dénombre plus les hommages rendus à mes chapeaux, prétexte pour en faire sans tarder de plus intimes à ma propre personne.

Je tire voyez-vous mes amants - pour ainsi dire - du chapeau.

Le chapeau c'est épatant ! 

- Ho la mémé, fit la seconde, blonde vaporeuse hollywoodienne, un chapeau, douze jupons enfilés l'un sur l'autre et ta triste chemise boutonnée ras du cou, c'est les cagots que tu vas piéger - et encore si ces tartuffes-là s'en vont pas après la messe retrouver quelque danseuse incognito !

Tu te goures, le gugus, qu'est-ce qu'y veut ? - De la blonde à cheveux longs, de la cuisse résillée, un bon petit joufflu à la fesse et du mammaire en expo ; tout ça noyé au patchouli. Je vais te dire, t'y connais que dalle aux mecs, y a pas de sexe au chapeau, ça se saurait ; ouais ! 

- Ben... fit la troisième, brunette effrontée dégraissée jusqu'à l'os aux régimes minceur, moi, j'ai pas de recette comme vous, là... avec les hommes je reste nature : pantalon de cuir noir bien moulant (ça les rend fous, ça), bustier juste assez décolleté pour pas faire pute, cheveu ni trop long ni trop blond, coiffure soignée mais décontract', le bijou sobre, un peu de trompe-couillon aux yeux - c'est tout !

Et pour moi, ça marche tout à fait bien, je les secoue un peu de la parole et du geste, ils aiment ça je vous le dis, pas besoin d'artifices - si, d'accord, un parfum plutôt classe mais discret - moi c'est Chanel - voilà tout.

 

  

3

Soufflé par le prodige, Édouard l'antiquaire voulut s'approcher, mais le seul bruit de ses pas mit fin à l'incroyable entretien : il n'était pas vu, mais on l'entendait.

Il avait tout capté sans perdre un mot, et avait même cru voir bouger tour à tour les lèvres de carton glacé sur chacun des trois portraits. Quel était ce prodige ? cela laissait rêveur... allait-il à terme, en se faisant discret, apprendre tous les secrets de la femme ?...

Le monde vertigineux d'un savoir neuf - et tellement précieux ! - s'ouvrait à lui.

Ce fut un tonitruant : "- A ce soir chéri, ne m'attends pas pour te coucher !" qui le tira de ses spéculations.

Comme tous les jeudis, Henriette rejoignait ses amies pour une soirée "Entre femmes" qui lui laissait, il faut le dire, l'opportunité d'aller "Refaire le monde devant quelques bières" avec ses propres amis au très chaleureux pub "Le Dublin" du centre ville.

  

4

Mais ce soir, bizarrement, ce n'était pas tout à fait la même Henriette qui s'éloignait en faisant tinter à la main les clés de son auto :

Visiblement jaillie du coiffeur avec une teinture blonde-platine inusitée celle-ci, pour la première fois, portait un superbe chapeau rouge à faveurs noires retombantes - qu'elle avait dû sans doute lui cacher. Sa tenue se complétait d'un tout nouveau bustier décolleté à provoquer l'émeute, d'un pantalon de cuir noir moulant fesse et jambe dans un galbe jamais vu de lui, et, alors qu'elle s'éloignait dans le nuage d'un parfum capiteux qu'Édouard ne reconnaissait pas, son visage, complètement transfiguré, était outrancièrement maquillé !...

 

 

JCP 09 2015 Pour Les Impromptus Littéraires (trois portraits de femme)

 

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07 septembre 2015

718 Temps contraires

The_Awakening_Of_Apocalypse

 

Temps contraires

 

                                                     Un à un la rose reprend ses pétales fanés tombés à terre, se recoiffe, ravive ses couleurs et lentement se referme en bouton alors que le feuillage, qui décroît, rougit et se contracte en bourgeons minuscules.

Dans un tourbillon, le vent ramène les feuilles sèches qu'il a dispersées, les rend au peuplier satisfait qui les replace coquet, les ranime et les reverdit ; son tronc a minci, et le bois mort retrouve son écorce. Le feu qui ravageait la pinède quitte lentement la ramure, caresse les troncs plein de regrets, et disparaît dans l'herbe noire qui verdit à vue d'œil.

Sous l'orage qui menace il n'y a plus un souffle de vent, alors que le jour et la nuit alternent à une vitesse folle. L'épais rideau de pluie aspire maintenant ses flaques, s'élève et disparaît avec elles ; les nuages courent en tous sens, et se heurtent dans le froissement des dessous de satin.

Le berceau se vide et se fond au gravillon du grand parc, alors que celle qui fut sa mère repart en sautillant, sa poupée retrouvée dans les bras. L'homme assis sur le banc au bois neuf est tombé : il n'y a plus de banc.

Dans la rue sombre, en un éclair le poignard quitte la plaie qui se referme, et disparaît ; l'homme se relève et ferme son blouson devenu trop grand ; sa calvitie fait place à son ancienne chevelure.

Et, si ce n'était le soleil assombri, où s'élargissent jour après jour de larges taches noires sous un grondement lointain, tout aurait pu continuer ainsi.

Peut-être.

 

 

JCP 07-09 2015

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03 septembre 2015

725 Voyage à Bergame

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Voyage à Bergame

 

Quel renoncement que d'avoir choisi...

Et sous mes yeux les belles Bergamasques

Sont mille regrets sont mille quasi-

Blessures à ma pauvre âme fantasque.

 

Hymen ne sait de l'amour que mineur

Sait du charbon sans son pic, opportune

Vie bien fade et privée de son bonheur,

Hurlant comme loup à la pleine lune !

 

Objets non possédés, vous êtes beaux...

Et comme à Bergame l'ombre des arbres

Veloute la peau, et comme ses eaux

Confèrent au sein la tenue du marbre...

 

 

JCP 09 15  Pour les Impromptus Littéraires (reprendre les derniers mots de chaque vers de "Clair de lune" de Verlaine)

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08 août 2015

Au mur

 

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A qui sait son langage

le soleil couchant

calligraphie de précieuses paroles

 

  

JCP

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29 juillet 2015

714 Vite le futur

Vite le futur

 

Bouteille de coca d'une main

                             de l'autre mon téléphone

impatient j'attends demain

qui déjà sonne à ma main

 

JCP 07 15

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21 juillet 2015

La machine à rien-faire (nouvelle)

 

La machine à rien-faire

 ◄► 

le cékoidon comp

                

                                                  ◄►

 

                           C'est à l'Inquet*, grand fouille-tout de la ville que je la vis, à même le pavé, pitoyable et poussiéreuse. Oh, ce n'était rien qu'un vieil assemblage de laiton, de fonte et d'acier, présenté sur le socle lourd des instruments anciens, imaginés aux mains de savants très ignorants, doctes déducteurs de lois passées de mode, et dont on rit aujourd'hui.

A son comportement empressé, on eût dit que le vieil homme trouvait en moi le client longtemps attendu, le seul en accord parfait avec l'objet qu'il n'aurait voulu vendre à nul autre : mon prix fut le sien, et les recommandations interminables. Comme qui, déchiré, vous cède son enfant qu'il ne peut plus nourrir - et je crus voir une larme à sa paupière lorsqu'il me tendit la machine lourde, emballée dans plusieurs épaisseurs de papier journal :

- Prenez-en grand soin jeune homme, le meilleur du génie mécanique du dix-neuvième siècle - celui que nul n'a su voir ! -, réside en ce bel objet ; je ne vous en dis pas plus ; vous me remercierez plus tard...

Je pris congé courtois, le volumineux paquet sous le bras.

Éreinté par la course et le poids, rendu dans mon modeste meublé j'opérai un nettoyage-lustrage en règle de la mystérieuse acquisition où parut, gravé sur sa base :

 

Maquina de pas-res fa **

 

Je dus m'asseoir : "Machine à rien-faire" dans l'occitan toulousain d'alors !

Surprise et déconvenue passées, la chose vint à me plaire : elle était si belle sous le grain de sa peau noire et le poli de ses commandes... "à rien-faire"... : inutile comme l'art véritable, œuvre sans doute unique de quelque visionnaire, impressionniste des mécaniques, Picasso méconnu des automates !

Fasciné-médusé sourire large, je passai le reste de ma journée à rien-faire à la machine ; alors que d'ordinaire cela se fait aussi bien sans aide - tous les oisifs vous le diront. Paisible et silencieux je demeurai là, caressant, manipulant sans cesse ses leviers, ses gâchettes ses cadrans, tournant ses molettes, repoussant ses boutons dorés, buvant goulûment la musique de ses rouages, m'enivrant des senteurs de sa matière patinée, où ne paraissait que la marque infime d'un usage respectueux.

Ainsi nourri jusqu'au soir de l'inutile, c'est dévorant les pauvres restes d'un poulet froid que la lumière enfin m'apparut :

- Le vieil homme avait raison : l'esprit le plus fin, le plus subtil, le plus méconnu du dix-neuvième siècle, à contre-courant de l'avancée technologique, de l'industrie, de l'entreprise et du capital réunis était bien là, sous l'aspect de cet objet d'un art absolu tombé dans l'oubli : le concepteur de génie, trop longtemps prisonnier de l'utile, martyr de l'efficace et du rentable - message probable à la postérité -, en poète de l'hermétisme des formes avait imaginé cet appareillage, dans l'espoir qu'une élite future en saurait extraire la portée sublime.

Mon ego me dicta : "- Pour toi seul qui es élite et génie réunis !", mais je déclinai modeste.

 

De nos jours, autre époque autres machines, le rien-faire se pratique en général devant des écrans colorés.

 

 

* Prononcer Inquet avec le "in" anglais et le "t" marqué.

("Hameçon" en français, marché aux puces toulousain qui parle de pêche aux affaires - comme d'arnaque et de pick-pockets).

** Le "A" de "maquina" se prononce "O" (intonation grave bouche ouverte) ;

"fa" se prononce fa.

Les "S" se prononcent.

 

 

JCP 07 15 Pour Les Impromptus Littéraires ; thème : le "Céquoidon" suivant image

(texte ajouté sur embase).

http://impromptuslitteraires.blogspot.fr/ 

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17 juillet 2015

709 Aux rivages de lumière

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La Garonne aux Quinze Sols (nord de Toulouse)

 

Aux rivages de lumière

 

L'aube des faucheurs

jette par les champs mille étincelles lentes

que le soleil allume à la lame qui court,

à l'herbe qui ploie et se couche ;

et sous l'azur du ciel où se fond...

- Assez !, foin de la moisson qui prend son temps sous la plume des poètes romantiques vêtus de frac, canne et chapeau dans la poussière des champs !

Qui pourrait, aujourd'hui encore, anachronique désuétude s'extasier ainsi - béat -, sur les soi-disant beautés de la nature ?... me déclarait convaincu mon voisin René. Il s'agit bien de perdre son temps à ça !

La coque brillante et noire de ma nouvelle auto, ma vaste piscine couverte et chauffée, mon habitation automatisée télécommandée isolée sécurisée ecologisée, ma pelouse toujours verte et rase exempte de l'arbre à la feuille odieuse, mes enfants ma femme vêtus de prestige, la voici la contemplation du bonheur du monde, la joie de vivre et de posséder conquise de ma vaillance et de mon labeur : chaque minute de vie est un combat, le savez-vous ?

Je laissai là mon voisin, persuadé de son bonheur par les médias mercantiles, et je lui tus que je ne saurais être heureux sur le champ de sa bataille - ne me sachant d'ailleurs pas en guerre.

Alors, le vêtement et l'auto démodés mais tellement confortables, je fus en secret observer puissamment l'écoulement du fleuve, à l'ombre des grands arbres où chante la fauvette, où bondit l'écureuil où plane le milan noir, un ouvrage de poésie et un peu d'eau dans mon sac.

Et je m'en retournai le soleil bas, taché d'horreurs mystiques*, la brise du soir éparpillant mon cheveu négligé, peut-être plus enchanté de vivre encore que mon voisin René.

 

* Que Rimbaud me pardonne.

 

JCP 07 15  Pour Les Impromptus Littéraires

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11 juillet 2015

706 Au parc

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Au parc

 

Libre et pourtant captive,

jaillie d'un rocher de hasard

l'eau qui ruisselle emplit la mare des ans.

Sous les ramures ennemies

qu'emmêle au soleil une guerre lente,

la feuille des eaux sourit au gibier d'ignorance ;

et, venu des âges lointains,

Apollon sous la mousse a souri

aux verseuses qu'un rayon incendie.

Jeunes cris, parlers plus anciens

mêlés dans l'air un moment

sont bus par le souffle du vent,

et la paix diffuse retombe sur le grand parc.

 

 

JCP 07 15

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07 juillet 2015

AIDONS LES NÉPALAIS

BLOG AF

 ACCÈS AU BLOG : CLIC / IMAGE CI-DESSUS

Aidons les Népalais

                                                     Oublié le cataclysme qui frappa le Népal, malgré l'aide qu'il nécessite toujours : tellement plus préoccupants pour les médias sont la météo, le lit des présidents ou le dernier nichon-chantant !

Ami d'enfance, Alain Fabre, résidant à St Juéry (Tarn), grand parcoureur des montagnes de ce pays, offre depuis trois ans déjà son aide bénévole à un orphelinat de Kathmandou.

Bouleversé par le séisme du mois d'avril - et par la perte de ceux qui étaient devenus ses amis -, celui-ci résolut d'ajuster son aide à l'ampleur du besoin, fondant l'association : "Solu Child Orphanage", tant venir en aide aux orphelins, certains estropiés, était urgent.

Ceci lui a permis l'achat d'un terrain et le démarrage des travaux pour un nouvel orphelinat à Kathmandou même.

Seuls 8.000 € font défaut aujourd'hui à l'association pour mener le projet à terme.

Si un peu de compassion vous anime, vous pouvez participer en déposant aussi votre don, ou en faisant connaître "Solu Child Orphanage" au plus grand nombre :

 

Virement au Crédit Agricole : Assos Solu Child Orphanage
IBAN: FR76 1120 6200 2490 0132 9389 372
Ou envoyer un chèque à : Solu Child Orphanage , 6 rue du Bac 
81160 Saint-Juéry

0563 451453, 0676 766685              


soluchild@orange.fr 

http://soluchild.wix.com/kathmandu

 

 https://www.facebook.com/pages/Solu-Schild-Orphanage/2418...

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Ci-dessous :

- L'appel lancé par Alain Fabre.

- Son compte-rendu

 

JCP

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Bonjour , Pour info

Le 25 avril, le Népal subit un terrible tremblement de terre. Très attaché à ce pays où je me suis rendu 5 fois pour effectuer des treks  en montagne et depuis 3 ans aider un orphelinat de Kathmmandu, je suis traumatisé par ce qui arrive à ce pays si pauvre avec ses habitants d'une si grande gentillesse

Nous rentrons avec mon épouse de Kathmandu

compte rendu de notre périple  à Kathmandu sur mon Blog:

 

http://tremblementdeterrenepal2015.blogs.nouvelobs.com/

 faites suivre 

merci

Alain Fabre, 6 rue du Bac, 81160 Saint-Juéry, 0563 451453, 0676 766685

Correspondant bénévole pour l'hebdomadaire le Tarn Libre.

Il y a ceux qui possédent sans travailler et ceux qui travaillent sans posséder (Ferdinad Buisson Prix Nobel de la Paix 1927)

Quand le sage montre la lune, le sot regarde le bout du doigt

Choisis le travail qui te plait et tu seras en vacances toute ta vie (Confucius)

 

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                                                       Le 25 avril, le Népal subit un terrible tremblement de terre. Très attaché à ce pays où je me suis rendu 5 fois pour effectuer des treks  en montagne et depuis 3 ans aider un orphelinat de Kathmmandu, je suis traumatisé par ce qui arrive à ce pays si pauvre avec ses habitants d'une si grande gentillesse. Après 3 jours d'appels infructueux, je réussi à joindre l'orphelinat. Kame Magar, son directeur me dit sa détresse. Pas de blessés mais des enfants traumatisés qui ne veulent et ne peuvent plus dormir dans cette maison qui a subit des dégâts suite au tremblement de terre; maison qu'ils vont devoir quitter car devenue dangereuse, mais aller où? A kathmandu, on ne trouve rien à louer. Je  constaterai sur place que la moitié des maisons ou immeubles sont à rénover ou à détruire avant reconstruction. Je dois aider l'orphelinat au travers de l'association que j'ai créé il y a 3 ans. Je lance un appel sur les réseaux sociaux, à plusieurs centaines de mes contacts et dans la presse locale. Je dis à mon épouse : "je rêve, mais si on a 5000€, je vais à kTM en payant moi même le billet d'avion". Il est bien sûr hors de question que l'argent récolté serve entre autre à payer l'avion ou quoi que ce soit. Quinze jours après, les résultats sont au delà de nos espérances 5000€;  mon épouse Yoyo me dit: "je viens avec toi". Elle a déjà partagé du temps avec les enfants à 2 reprises à KTM. Nous achetons les billets d'avion et le départ est fixé au 21 mai. Arrivés à KTM le 22 au matin, nous constatons que le tarmac de l'aéroport est encombré d'un grand nombre de containers de matériel et de nourriture pour l'humanitaire. Un nombre incalculable d'hélicoptères sont sur le tarmac et font des rotations ininterrompues. Quantité d'avions cargo sont présents et nous verrons durant nos 5 jours sur place un grand nombre d'avions cargo atterrir et décoller. Kamé nous attend à l'aéroport. Nous traversons la ville pour nous rendre à Jorpati, un quartier de KTM se trouvant à proximité de Bobnath. KTM vit à son rythme habituel, on ne dirait pas qu'il y a eu un tremblement de terre "hearquaque" en anglais, les népalais parlant en grande majorité anglais. Par moment des visions apocalyptiques, des immeubles par terre, d'autres qui sont tombés mais soutenus par celui d'à côté. Ce n'est plus du cinéma, ce n'est pas un film catastrophe et je peux vous dire que ça vous tord les tripes et vous donne envie de pleurer. C'est inimaginable, on se rendra compte plus tard que tout est à reconstruire. Nous arrivons à l'orphelinat et sommes accueillis en sauveurs. L'orphelinat n'est pas détruit mais fendu, il penche de quelques centimètres. Les enfants dorment sous la tente. La mousson arrive, le gouvernement népalais demande aux habitants de construire des maisons en bambou, comme au Japon, Laos, Thailande, etc.et veut construire un orphelinat en bambou, car il loue cet appartement sur 2 niveaux 220€ par mois. Nous devons aller voir un terrain l'après midi même.  Nous recevons le traditionnel Khata (foulard que kamé nous met autour du cou). Nous remettons aux enfants 20kg de vêtements que l'on nous a donné en France, ainsi que de nombreux stylos, trousses pour l'école et double décimètres offert par le Carrefour Market de Saint-Juéry. Au repas de midi où nous apprécions notre premier dal bath (riz avec une sauce au lentilles) kamé me dit : "Les enfants ont changé depuis votre arrivée, la joie illumine leurs yeux." Nous retrouvons Rozina 10 ans, elle est méconnaissable, si triste il y a 2 ans, elle rayonne de bonheur, il lui manque l'avant bras droit; il y aussi Passon, un petit garçon de 7 ans qui saute à mon cou et me fait de nombreux bisous.

Après le repas, nous allons voir le terrain qui se trouve à coté d'une école construite entièrement en Bambou, une vingtaine de classes, crépies à l'intérieur. Nous partons en ville et là c'est l'apocalypse: Ce n'était pas un film catastrophe, mais la réalité qui dépasse l'entendement et cette réalité fait mal. A la télé nous en voyons tant de catastrophes!!! Mais là nous sommes dans le réel, le temps présent et c'est beaucoup plus que ce que l'on peut imaginer. Des rues entière dévastées. Aucune sécurité, on peut approcher les ruines. Des maisons qui s'appuient sur d'autres, des gens à l'intérieur récupèrent ce qu'ils peuvent, des meubles, des briques et des matériaux pour reconstruire. 
KTM est devenue une ville de tentes, des milliers poussent en ville. Des immenses terrains en sont recouverts installées par les ONG du monde entier. Tout est très bien cadré, les stocks de nourritures sont gardés par l'armée; la distribution étant organisée par les ONG. Sur les trottoirs, dans les ronds points, des bâches tendues par 4 bambous font office de tente.
En fin d'après midi, nous avons rencontré karma Lama le Directeur de l'agence de voyages de KTM avec qui nous effectuons nos treks et Chantal son épouse. Nous avons dialogué prés de 2 h; ils nous ont raconté le terrible moment. La maison qui bouge, ils vont vite dans la rue mais il leur est très difficile de marcher car la terre est en perpétuel mouvement. Depuis la 2e secousse du 12 mai les népalais sont traumatisés.
Chantal nous a confié que chez elle, elle voit encore sa maison qui bouge. Ils dorment à la maison depuis le 20 mai, mais sont sur le qui vive. Ils attendaient ce tremblement de terre depuis 10 ans, les étrangers le savaient. Les népalais ne s'en préoccupaient pas. Karma a prêté toutes ses tentes qu'il a installé sur un terrain pour ses voisins. Avec Chantal, ils aident un petit village à construire des abris avant la mousson. Les népalais, ce peuple si chaleureux est en train de vivre un grand moment de solidarité.

Les treks étant annulés, seule ressource pour Kamé avec très peu d'aide du gouvernement, il se demandait comment il allait pouvoir continuer:

Nous avions 7000€ de disponible, nous leur avons acheté:

Beaucoup de vaisselle, il leur manquait de tout: Verres, tasses, bols, assiettes, casseroles, plats, mixer, bouilloire, thermos, 40m2 de tapis qui fait fonction de matelas, etc. Des jouets pour les enfants, ils n'ont rien, Othelo, le monopoly, des voitures, des perles pour les filles, des légos etc. Pour 6 mois de nourriture avec entre autre: 25 sacs de riz de 30kg, 4 sacs de lentilles de 30kg, 5 sacs de sucre de 40 kg, 240 litres d'huile, 5 bouteilles de gaz, 300kg de pomme de terre, etc. La nourriture pour 1900€ environ. Cela représente 315 € par mois pour nourrir plus de 25 personnes, soit 10€ par jour pour 25 à 30 personnes. Pour l'école: nous avons acheté 175 pièces pour 975€ : Pantalons, chemises, robes, vestes, chaussures, cravates, ceintures et pour 700€ de livres et cahiers.

Samedi 22h40, tout le monde est couché. Je regarde un film sur ma tablette numérique, je n'ai rien entendu mais j'ai senti de fortes vibrations. Les enfants pour la 1er nuit depuis le tremblement de terre dormaient tous dans la maison entassés au Rdc, car il y avait eu un fort orage l'après midi. En 2 secondes, tout le monde était debout et sortait précipitamment. La secousse était faible, mais assez forte pour (panique à bord). Avec ce qu'ils ont subi on peut comprendre. Tout le voisinage est sorti simultanément. Nous sommes restés une vingtaine de minutes à l'extérieur avant de rentrer, les enfants retrouvant leurs tentes. Nous avons dormi tout habillés en prévision de nouvelles secousses, il n'en fut rien. Dimanche matin, 5h30 tout est calme, il fait beau.

Vers 8h un journaliste de la télévision népalaise vient m'interviewer ainsi qu'à mon épouse.

Ne pouvant pas rester dans le bâtiment actuel qui doit être réhabilité, quand? Impossible de trouver une location sur le secteur. La solution est d'acheter un terrain que Kamé après maintes recherches a trouvé. Lundi matin, 3h de discussions avec le propriétaire du terrain. Incroyable ! le terrain coûte 5 fois plus cher que le bâtiment. 16 000€ le terrain, 3 000€ le bâtiment.

Le terrain fait 4 Anna, un Anna = 31 m2, il faut 3 Anna minimum pour construire. J'ai téléphoné à 2 connaissances à KTM qui m'ont confirmé que les prix des terrains sont devenus fous depuis quelques années. 125m2 en ville 16 000€!!! quand un ouvrier gagne 70€ par mois!!! J'ai dis au vendeur que nous n'avions pas cette somme et qu'il nous était dans l'impossibilité de payer et nous n'avons que 4000 € . Il me répond qu'avec 4000 euros, il pouvait faire les travaux. Pour la suite ce n'était pas urgent. Après 3 heures de dialogue, j'ai négocié le prix à 15 000 euros tout compris avec le bâtiment; en lui spécifiant qu'il n'avait pas de promesse d'être payé. Il est ok, car pas facile de vendre des terrains à ce prix. On peut comprendre tous ces terrains en friche en ville.
90 personnes ont déjà donné et nous les remercions infiniment; il n'y a pas de petit don, nous en avons eu de 5 à 1000 euros par un lycée de Millau, Lycée qui  est en relation avec l'orphelinat au travers de l'association. Mardi matin nous devons aller payer une tente et en louer 4 autres; le temps passe. A midi, Kamé arrive tout heureux et nous annonce: "On a 2 tentes": Incroyable!!! Pascal et Oriana de SOS Attitude Grenoble accompagnés de Bayrik un népalais viennent d'installer 2 tentes de 12 places à côté de l'orphelinat. Nous n'aurons pas à en acheter. C'est une chance inouïe, les ONG font un formidable travail.

Nous ne savons pas la chance que nous avons de vivre dans les pays du nord à côté des pays du sud qui vivent dans la misère. Comme dit mon ami français Henri Sigayret qui vit depuis plus de 25 ans au Népal (vainqueur de l'Annapurna en 1978) et marié à une népalaise: "La misère au Népal n'a rien à voir avec la misère en occident; les nécessiteux en occident sont riches par rapport au Népal, ils sont aidés, nourris et soignés".

Nous venons de vivre 5 jours exceptionnels, nous avons vécu avec eux, mangé avec eux, dormi avec eux à même le sol sur un matelas de quelques centimètres, dur comme le ciment. Je sais qu'en allant faire les achats de vaisselle, ils se sont fait plaisir. Ils n'avaient rien, on leur a permis d'acheter ce dont ils avaient besoin, ce dont il rêvaient et qu'ils ne pouvaient se payer. Nous étions heureux pour eux, nous avons triplé leur vaisselle et matériel de cuisine. Ils manquaient de tout, ils n'avaient pas de verres etc. Pour la nourriture ils se sont fait plaisir aussi. Mais que c'est bon de pouvoir donner, de pouvoir faire du bien. Il fallait voir la joie des enfants petits et grands, que du bonheur!!!

Il nous manque prés de 12 000 euros pour que l'orphelinat continue à exister. Sans cette somme, l'orphelinat ne pourra survivre faute de local et ce serait dramatique. Je lance cet appel à  la France entière, si 200 personnes envoient 60€ à  l'association, elles auront une déduction fiscale de 39.6 euros et donneront en réalité 20.4 euros et notre pari sera gagné.

Merci pour les enfants.

Alain Fabre, Président de Solu Child Orphanage.

²Virement au Crédit Agricole: Assos Solu Child Orphanage
IBAN: FR76 1120 6200 2490 0132 9389 372
Ou envoyer un chèque à : Solu Child Orphanage , 6 rue du Bac 
81160 Saint-Juéry: 0563 451453, 0676 766685
soluchild@orange.frhttp://soluchild.wix.com/kathmandu

 

 https://www.facebook.com/pages/Solu-Schild-Orphanage/2418...

 

 

Alain Fabre, 6 rue du Bac, 81160 Saint-Juéry,

05 63 45 14 53, 06 76 76 66 85

Correspondant bénévole pour l'hebdomadaire le Tarn Libre

 

       

JCP 07 15 

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