22 octobre 2015

Temps premier

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Temps Premier

 

Ou : "Les amants de la plage"

 

                                          L'ombre de la mer, dont on apercevait encore miroiter les scintillements bleutés sur le dos de la dune, était tout ce qui demeurait de la vaste étendue des eaux, dont témoignaient encore de pauvres flaques parmi les rochers.

Inexorable, le fluide nourricier avait fui sans pitié l'homme et ses embarcations, couchant celles-ci, désolant celui-là.

On offrit des sacrifices humains, on invoqua les dieux Puissants et, en effet, l'ombre de la mer s'en fut et des eaux bleues, plus belles encore, revinrent pour un temps - avant de se retirer encore et laisser place à l'ombre de la mer.

Un peu de sang versé pour tant d'eau poissonneuse, c'est sous le regard débonnaire des dieux que l'avantageux échange persista longtemps.

Mais hélas, la part des sacrifices humains excédant celle des naissances - et faute de penseurs à écouter -, la terre se dépeuplait chaque jour plus encore.

Et l'on vit bientôt, demeurés seuls au monde, un homme et une femme s'enlacer tendrement, à l'ombre douce d'un Pommier en fleurs* - auprès des flots marins accouru là tout exprès.

Alors que l'ombre de la mer retirée inondait le visage des amants de papillons bleus, on entendit la voix douce d'Ève susurrer à l'oreille attentive d'Adam :

"- Enfin seuls !..."

 

 

* "Chargé de fruits mûrs" selon d'anciens Écrits, dûs à d'improbables descendants des amants de la plage qui - pour cause - témoignent de ce qu'ils n'ont pas vu...

 

 

JCP 09 15 Pour les Impromptus Littéraires (sujet : "L'ombre de...")

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30 septembre 2015

Das Auto !

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Das Auto !*

 

 

5 Avril 1975, journal télévisé de 20 H., TF1 :

"- La crise est là, certes, les prix s'envolent, le prix du baril de pétrole flambe mais, heureusement, un nouveau type de moteur, jusqu'ici réservé aux poids lourds et aux navires de haute mer est enfin disponible sur nos automobiles : le moteur diesel.

Cette motorisation révolutionnaire, venue à point nommé en ces temps difficiles, réunit en effet d'immenses avantages : faible coût du carburant et consommation basse, puissance à bas régime pour une usure mécanique réduite, ajoutés au taux de pollution le plus bas jamais obtenu sur un moteur automobile.

L'avenir est dans le diesel : luttons tous contre la crise en roulant diesel !"

 

23 Septembre 2013, journal de 20 heures, France 2 :

"- La vérité sur le diesel nous est enfin révélée : ces moteurs affichent - les derniers tests sont accablants -, un taux de pollution inacceptable pour l'homme et l'environnement.

Mais, fort heureusement, les constructeurs l'affirment et c'est une excellente nouvelle, les filtres à particules qui équipent les nouveaux modèles réduisent à néant ce qui n'était qu'un défaut de conception : Nous pouvons continuer à rouler - économiquement et proprement - avec les nouveaux véhicules diesel !"

  

18 Avril 2015, info en continu, BFMTV :

"- La vérité sur le diesel nous est enfin révélée : les filtres à particules ne tiennent pas leurs promesses : des tests d'un type nouveau montrent clairement qu'ils sont inopérants.

Mais les constructeurs, qui ne sont pas restés inactifs, nous proposent de nouvelles motorisations essence qui, elles, offrent enfin toutes les garanties.

Il est donc de notre devoir envers la planète et les générations futures de rouler avec ces véhicules de dernière génération qui - on nous l'assure -, sont les plus économiques et les moins polluants jamais conçus !"

 

* "Das Auto" : slogan publicitaire adopté par "certain" constructeur allemand

 

  

JCP 09 15 Pour les Impromptus Littéraires (sujet : "Un beau salopard")

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24 septembre 2015

Un amour de vent

       Un amour de Vent           

 

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                                  Partout les eaux ralentissent, quittent leur lit, se répandent sur les basses plaines, franchissent les portes des villes ; des fleuves désemparés remontent leur cours, ruinent les canaux subtils de leurs sources sous de grands travaux tempétueux de roche et de boue, s'éreintent au creusement de lits nouveaux, emportant hommes et bêtes sur leur passage.

La houle et la vague apaisées, les océans aplanis quittent les plages, effondrent les dunes, baignent les roches, rejoignent les rivières nouvelles, colonisant au passage les grands lacs de leurs eaux bleues.

Les arbres en tous lieux, comme chargés d'invisible fruit lourd, abaissent piteux leurs bras vaincus jusqu'au sol et les oiseaux, qui n'ont plus que de courtes envolées, se couchent à terre, les pattes repliées sous leur ventre tremblant.

Alors, la surface des terres et des mers s'obscurcit d'un soleil toujours caché : par un pur prodige, brumes et nuages s'abattent sur le sol, y demeurent figés en couche épaisse et compacte, humide et froide.

La Vie semble-t-il touche à sa fin.

Au mépris de leur corps baigné des éléments, des femmes, des hommes à genoux croient sauver leur âme, alors que circulent sans cesse d'étranges airs, qui n'envolent ni chapeaux des têtes ni linges des cordes tendues, mais désunissent et couchent les herbes, comme foulées toutes du pas des géants.

 

                                   Cependant, au sein des cieux lointains règne un silence pesant : Éole, affligé, se meurt d'amour pour la jolie Ventoline, qui lui refuse encore et toujours l'étreinte de ses douces vapeurs. Repoussé sans ménagements, bafoué depuis tant de séculies celui-ci, la tête piquée de mille étoiles et coiffé de la lune, les sens perdus dans un nord déglacé, un sud oxydé de ses larmes amères, ne sait plus l'orient ne sait plus l'occident, et dirige son souffle d'irrépressible chagrin - erreur plus qu'humaine car direction connue seule des venteux fous d'amour -, du haut vers le bas, frappant de stupeur des points cardinaux délaissés.

Et, par la pression sans retenue d'un fluide au sens erroné, Éole compresse, écrase et dévaste partout la terre à son insu, aveuglé de courroux par le refus persistant de la trop jolie Ventoline.

 

 

JCP 09 2015 Pour Les Impromptus Littéraires (sujet : l'erreur)

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22 septembre 2015

730 Portrait de rue

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Portrait de rue

  

Sous le pinceau des lumières mouvantes,

le ciel dépose ses grains de couleur

et grave de fin diamant

le portrait de l'éphémère miroir du cosmos.

 

Alors, pour un temps,

s'allume et brille à l'œil du passant

l'inconcevable paix des étoiles.

 

 

JCP 09 15 (Toulouse, place de la Trinité, Terrasse du salon de thé "L'Entracte",18 09 15)

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17 septembre 2015

728 Au fond du panier

 

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Au fond du panier  

 

Au panier de crabes des mots qui se contredisent

entre lune et l'autre,

clair envers l'autre le poète choisit lune.

Et du clair ou de l'obscur,

plutôt qu'au clair de l'autre,

il sourit au clair de lune.

 

JCP 09 15

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16 septembre 2015

729 Tout le monde

Tout le monde  

 

Tout le monde observe et pourtant nul ne voit.

Moi seul laisse ouverte la fenêtre sur la vie.

 

Tout le monde écoute et personne n'entend.

Moi seul sais qu'il y a des oiseaux.

 

Tout le monde s'oublie à l'objet de lumière,

Assourdis tous aux tampons du mépris.

Moi seul dirait-on suis conscient d'exister.

 

Tout le monde s'abreuve au passé au futur ;

Moi seul ai conscience d'un moment présent.

 

Tout le monde est en ce monde qui n'est pas le monde ;

Moi seul en ce jour réside ici.

 

Tout le monde le porte fébrile à la main.

Moi seul le laisse inerte au fond du tiroir.

 

 

JCP 09 15 Pour les Impromptus Littéraires (mots en gras imposés)

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12 septembre 2015

Maudite parure

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Maudite parure

 

1

                                          Tout au fond de la vaste remise au sol de terre battue, une moue à la lèvre, l'antiquaire évaluait le mobilier qu'il venait d'acquérir pour un coup de chapeau, meubles misérables pour la plupart, d'où se détachait pourtant la commode aux poignées argentées, sans style, mais qui avait motivé son obole à des héritiers ignoblement pressés.

Il en retira les deux tiroirs supérieurs alors que celui du bas, demeurant bloqué, montrait par les ouvertures un empilage de vieux linge jauni, qu'il extirpa pour découvrir trois banals portraits de femmes montés en sous-verre, les deux premiers notablement anciens, le troisième plutôt récent. Il les déposa verticalement sur le dessus de la commode, adossés au mur, les observa un moment et s'en fut porter la brassée de sous-vêtements féminins - dont le contact soyeux l'émut un moment et ralentit son pas - au container des déchets du fond de la pièce.

 

 

2

A peine l'homme en eut-il laissé retomber le grand couvercle, qu'il crut discerner des chuchotements paraissant venir de l'autre bout de la remise déserte.

Suspectant des indésirables à cette heure tardive, voire des cambrioleurs, celui-ci s'avança de quelques pas silencieux pour se dissimuler derrière une armoire. On ne voyait rien ni personne mais on pouvait entendre, tout à fait distinctement maintenant, les voix de plusieurs femmes en grande conversation sur la mode, la parure et la beauté, alors que la source de ces voix semblait se confondre avec la nouvelle commode - auprès de laquelle on ne constatait aucune présence...

Peu porté sur les croyances et les voix tombées du ciel, l'antiquaire s'approcha sans bruit du meuble où trônaient les trois portraits, et ce qu'il entendit fit chanceler ses incrédulités comme ses jambes :

- Pour moi, amies très chères, déclarait la voix jaillie du premier portrait sans doute plus que séculaire, tout est dans le chapeau - où l'artiste amoncelle pour nous mille mignardises -, et que l'on élève en miroir aux alouettes, que dis-je, en phare rayonnant sur l'océan des hommes, phare qui retourne autant la jalousie des rivales que l'œil échauffé du galant : rien ne vaut croyez-moi le chapeau, qui flatte notre image à l'esprit masculin - si facile à tromper comme vous le savez.

Et, il me faut le dire, mariée contre mon gré à un gros imbécile rougeaud bien que fortuné, je ne dénombre plus les hommages rendus à mes chapeaux, prétexte pour en faire sans tarder de plus intimes à ma propre personne.

Je tire voyez-vous mes amants - pour ainsi dire - du chapeau.

Le chapeau c'est épatant ! 

- Ho la mémé, fit la seconde, blonde vaporeuse hollywoodienne, un chapeau, douze jupons enfilés l'un sur l'autre et ta triste chemise boutonnée ras du cou, c'est les cagots que tu vas piéger - et encore si ces tartuffes-là s'en vont pas après la messe retrouver quelque danseuse incognito !

Tu te goures, le gugus, qu'est-ce qu'y veut ? - De la blonde à cheveux longs, de la cuisse résillée, un bon petit joufflu à la fesse et du mammaire en expo ; tout ça noyé au patchouli. Je vais te dire, t'y connais que dalle aux mecs, y a pas de sexe au chapeau, ça se saurait ; ouais ! 

- Ben... fit la troisième, brunette effrontée dégraissée jusqu'à l'os aux régimes minceur, moi, j'ai pas de recette comme vous, là... avec les hommes je reste nature : pantalon de cuir noir bien moulant (ça les rend fous, ça), bustier juste assez décolleté pour pas faire pute, cheveu ni trop long ni trop blond, coiffure soignée mais décontract', le bijou sobre, un peu de trompe-couillon aux yeux - c'est tout !

Et pour moi, ça marche tout à fait bien, je les secoue un peu de la parole et du geste, ils aiment ça je vous le dis, pas besoin d'artifices - si, d'accord, un parfum plutôt classe mais discret - moi c'est Chanel - voilà tout.

 

  

3

Soufflé par le prodige, Édouard l'antiquaire voulut s'approcher, mais le seul bruit de ses pas mit fin à l'incroyable entretien : il n'était pas vu, mais on l'entendait.

Il avait tout capté sans perdre un mot, et avait même cru voir bouger tour à tour les lèvres de carton glacé sur chacun des trois portraits. Quel était ce prodige ? cela laissait rêveur... allait-il à terme, en se faisant discret, apprendre tous les secrets de la femme ?...

Le monde vertigineux d'un savoir neuf - et tellement précieux ! - s'ouvrait à lui.

Ce fut un tonitruant : "- A ce soir chéri, ne m'attends pas pour te coucher !" qui le tira de ses spéculations.

Comme tous les jeudis, Henriette rejoignait ses amies pour une soirée "Entre femmes" qui lui laissait, il faut le dire, l'opportunité d'aller "Refaire le monde devant quelques bières" avec ses propres amis au très chaleureux pub "Le Dublin" du centre ville.

  

4

Mais ce soir, bizarrement, ce n'était pas tout à fait la même Henriette qui s'éloignait en faisant tinter à la main les clés de son auto :

Visiblement jaillie du coiffeur avec une teinture blonde-platine inusitée celle-ci, pour la première fois, portait un superbe chapeau rouge à faveurs noires retombantes - qu'elle avait dû sans doute lui cacher. Sa tenue se complétait d'un tout nouveau bustier décolleté à provoquer l'émeute, d'un pantalon de cuir noir moulant fesse et jambe dans un galbe jamais vu de lui, et, alors qu'elle s'éloignait dans le nuage d'un parfum capiteux qu'Édouard ne reconnaissait pas, son visage, complètement transfiguré, était outrancièrement maquillé !...

 

 

JCP 09 2015 Pour Les Impromptus Littéraires (trois portraits de femme)

 

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07 septembre 2015

718 Temps contraires

The_Awakening_Of_Apocalypse

 

Temps contraires

 

                                                     Un à un la rose reprend ses pétales fanés tombés à terre, se recoiffe, ravive ses couleurs et lentement se referme en bouton alors que le feuillage, qui décroît, rougit et se contracte en bourgeons minuscules.

Dans un tourbillon, le vent ramène les feuilles sèches qu'il a dispersées, les rend au peuplier satisfait qui les replace coquet, les ranime et les reverdit ; son tronc a minci, et le bois mort retrouve son écorce. Le feu qui ravageait la pinède quitte lentement la ramure, caresse les troncs plein de regrets, et disparaît dans l'herbe noire qui verdit à vue d'œil.

Sous l'orage qui menace il n'y a plus un souffle de vent, alors que le jour et la nuit alternent à une vitesse folle. L'épais rideau de pluie aspire maintenant ses flaques, s'élève et disparaît avec elles ; les nuages courent en tous sens, et se heurtent dans le froissement des dessous de satin.

Le berceau se vide et se fond au gravillon du grand parc, alors que celle qui fut sa mère repart en sautillant, sa poupée retrouvée dans les bras. L'homme assis sur le banc au bois neuf est tombé : il n'y a plus de banc.

Dans la rue sombre, en un éclair le poignard quitte la plaie qui se referme, et disparaît ; l'homme se relève et ferme son blouson devenu trop grand ; sa calvitie fait place à son ancienne chevelure.

Et, si ce n'était le soleil assombri, où s'élargissent jour après jour de larges taches noires sous un grondement lointain, tout aurait pu continuer ainsi.

Peut-être.

 

 

JCP 07-09 2015

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03 septembre 2015

725 Voyage à Bergame

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Voyage à Bergame

 

Quel renoncement que d'avoir choisi...

Et sous mes yeux les belles Bergamasques

Sont mille regrets sont mille quasi-

Blessures à ma pauvre âme fantasque.

 

Hymen ne sait de l'amour que mineur

Sait du charbon sans son pic, opportune

Vie bien fade et privée de son bonheur,

Hurlant comme loup à la pleine lune !

 

Objets non possédés, vous êtes beaux...

Et comme à Bergame l'ombre des arbres

Veloute la peau, et comme ses eaux

Confèrent au sein la tenue du marbre...

 

 

JCP 09 15  Pour les Impromptus Littéraires (reprendre les derniers mots de chaque vers de "Clair de lune" de Verlaine)

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08 août 2015

Au mur

 

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A qui sait son langage

le soleil couchant

calligraphie de précieuses paroles

 

  

JCP

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