03 janvier 2016

Lettres de mon sapin (P0009)

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Lettres de mon Sapin

 

                                                 Une vis à bois plantée dans le cœur, un pauvre sapin de Noël agonisait lentement. Arraché aux siens, soustrait aux pentes fraîches des montagnes racines tranchées, une larme épaisse à son tronc, sa fibre asséchée nourrissait mille rancœurs.

Car disait-il enfin de sa langue de bois, pourquoi nous jeter aux enfers de vos fêtes, et y perdre la vie au nom de celui qui naquit au désert, et jamais ne sut rien des vertes vallées - comme des neiges alpines où nous vivons ?

Est-on certain qu'un des envoyés de votre dieu n'a pas dénaturé le message - la communication est-elle bien passée ?

Et que sont aux sables d'Israël ces pères Noël vêtus pour le froid, ces traîneaux - et ces rennes qui mourraient d'un seul des rayons du soleil de Bethléem  ?!

En vérité, nous autres conifères ne voyons goutte à ces lubies, et ne savons déceler lequel est le plus fou, de l'homme ou de dieu.

Aussi dites-lui pour nous combien souffre ici bas la gent sapinière et d'y remédier bien vite car, si vous le dites si bon, il se peut alors qu'il soit aveugle.

 

JCP 30-12 2015

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01 janvier 2016

2016

Quel que soit le millésime, levons nos verres à la nouvelle année !

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Jean-Claude

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09 décembre 2015

Dans le bleu

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Dans le bleu

 

                            L'escalier du rêve (s'agit-il d'un rêve, est-ce bien un escalier ?) est bleu et, par un curieux prodige, on ne peut que le gravir : une invisible cloison, dont seuls les reflets bleutés semblent suivre nos pas, nous talonne et nous interdit la descente.

Il faut monter sans cesse alors que des marches s'élève, seul éclairage en ces lieux confinés, une douce lumière bleue qui cascade à flots lents d'une marche à l'autre, en épais tapis lumineux qu'aucune barrette dorée ne retiendrait plus.

Et le pied enfonce dans la molle substance photogène, n'y trouvant d'autre que le contact silencieux des marches soutenant le pas. Inégale et gélatineuse, la matière s'amoncelle parfois en surépaisseurs de sang bleu alors que le pied, invisible sous l'épaisseur, poursuit seul la montée sans faillir, de sa propre volonté.

Pourtant, aucune inquiétude ne nous gagne, et nous poursuivons l'ascension : la force inconnue qui nous guide nous insuffle l'énergie des grands découvreurs, certains de trouver l'indicible bonheur tout en haut de l'escalier bleu.

Le ciel, que nous croyions absent, se découvre soudain - bleu - et laisse entrevoir l'incroyable faisceau d'une myriade d'escaliers semblables au nôtre, concourant tous au sommet d'une immense pyramide, unique cristal translucide, source enfin découverte du bleu qui s'épanche des pores de ses multiples faces. Peu nombreux, des corps nus, irréels sous les scintillements bleutés de la lumière ascendante, gravissent comme nous les degrés rejoignant le monocristal, puis disparaissent un à un dans les jaillissements vaporeux des nuées bleues qui prennent naissance à son sommet - est-ce là une Fin ?

Nous réalisons soudain que nous aussi sommes nus, et courons malgré nous inexorablement vers le même sort : est-ce vers la mort ? est-ce vers une autre vie - faite uniquement de bleu ? une vie bleue vaut-elle d'être vécue ?

Trêve à la montée, des paliers se présentent, étroites pièces cylindriques où s'écoulent des murs les nappes susurrantes de phosphores d'azur qui, emplissant lentement la pièce nous submergent de leur flot caressant, et instillent en nous un rêve inconnu où toutes les couleurs, celles que nous connaissions, sont présentes en un kaléidoscope où se mêlent leurs plus infimes nuances... puis soudain, comme emporté d'un coup de vent, tout s'efface et l'on replonge en immersion bleue.

Cependant il faut poursuivre : déjà le passé se referme derrière nous sur un présent de marches nouvelles. Notre futur en construction ne sera t'il fait que de marches baignées de ces écoulements azurés ? Conçu d'un arc en ciel bien défleuri, cet univers, unicolore et déliquescent, ne nous offrira t'il jamais rien d'autre que ces visions bleutées ?

Certes l'azur fut de tous temps prisé des poètes, des rêveurs, des amoureux, mais peut-on seulement vivre du bleu - et s'en nourrir* ?

Mais soudain, une sonnerie stridente nous laisse, nu, au contact de tissus souples et blancs qui nous enveloppent : est-ce le linceul où nous sommes couchés, est-ce déjà la Fin pressentie ?

Mais c'est bientôt, sous nos yeux, des rues qui s'éveillent, un parking, des lumières vives, un escalier qui n'est pas celui du rêve ; nous poussons une porte familière ; des mains connues se tendent vers nous.

Il y a dit-on ce matin une réunion de travail dans la salle bleue.

 

* Certains Auvergnats prétendent le faire...

  

JCP 11-12 2015  Pour Les Impromptus Littéraires : "Monochrome"

 

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07 décembre 2015

En el pecho

 

En el pecho

ou : héros d'un jour 

 

                            Né bilingue (occitan-français), j'ai toujours aimé les langues, mais c'est en espagnol où je brillais le plus, le pratiquant à toute occasion (Midi-Pyrénées oblige).

Remplaçante jeune, belle et pulpeuse de notre vieil encravaté-chapeauté-chauve de prof d'espagnol, dès son premier cours sa vue nous plongea tous dans l'émoi le plus vif, à un âge où les énergies tendent à se focaliser...

Désigné pour le jeu des questions-réponses celle-ci me demanda :

- ¿ Cuantas bombillas hay en el techo ? - "Combien d'ampoules y a-t-il au plafond ?".

Incapable hélas du moindre regard vers le plafond, tant il était figé sur sa poitrine idéale sise dans le déraisonnable moulé de son pull, c'est l'instinct qui me dicta :

- En el pecho hay dos bombillas. - "Sur la poitrine il y a deux ampoules" - immanquable facétie (en outre le plafond en comptait quatre) provoquant - cancres exceptés - l'hilarité générale.

Une seule lettre pour autant d'effet, je me sentis rougir jusqu'à la pointe des cheveux, et vis que l'on pouvait remarquer de même une certaine coloration cutanée sur le joli visage de la jeune professeur, dont la voix se troublait.

Je fus vivement réprimandé pour le chahut et, n'osant répondre à mon allusion, celle-ci passa d'emblée à la question suivante, alors que les rires et les pouces levés vers moi s'apaisaient difficilement.

  

JCP 11-12 2015 Pour Les Impromptus Littéraires (Un enseignant qui vous a marqué)

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02 décembre 2015

Les fesses du professeur

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Im. JCP

 

Les fesses du professeur

ou : (x² + y² - ax)² = a²(x² + y²)

 

                                 D'un physique inspirant le respect, l'homme était sévère et l'on se tenait tranquille au cours de mathématiques de Mr Pierre Delmas, dit cependant "Pierrot". Le cancre et le chahuteur, ignorant la voix du professeur ou y cherchant facétie demeuraient pareillement silencieux, et c'est à peine si l'on remarquait, ici où là, l'œil mi-clos ou l'esquisse de quelque grimace sur des visages prudents : on savait l'homme d'humeur prompte à punir. Égaré dans la projection spatiale comme dans l'intégrale, qui ne voulait écouter se tenait coi.

Mais qui, animé du désir de suivre pas à pas cette voix lente, grave et engageante pouvait voir, ébahi, se dresser lentement devant lui tout un monde neuf en construction, dont l'image grandissait autant à la surface du tableau noir, qu'elle emplissait l'esprit des merveilles d'exactitude froide - et pourtant grisantes - de la géométrie, qu'elle fût plane ou dans l'espace.

Le discours prenait alors un tour lyrique. Sans jamais s'essouffler, la voix montait mille échafaudages de droites infinies, de segments définis, de coniques aux courbes avantageuses appelant de caressantes voluptés, d'incroyables points de concours où l'angle aigu tolérait la répugnante promiscuité de plus obtus que lui, dans la paix sans bornes des espaces tridimensionnels.

Nées de foyers si chauds qu'elles devaient les fuir, hyperboles, spirales et paraboles tendaient leurs bras sans fin vers les lointains indicibles alors que, de plus modeste condition, cercles, ellipses et ovoïdes, parallélépipèdes ou sphères se laissaient mieux appréhender par le regard - comme par l'imaginaire.

Mais il fallait voir comme les "fesses du lait" (telles qu'on les voit paraître à la surface du lait dans la casserole), et que de pudiques mathématiciens nommèrent "cardioïde" déclenchait, - instant trivial autorisé -, une déferlante de rire éveillant jusqu'au cancre qui, regrettant de n'avoir pas suivi, consentait à s'instruire de la réjouissante courbe auprès de camarades plus studieux, Pierrot ajoutant alors que, - nom de dieu ! -, il fallait bien nommer un cul un cul !

Et c'est à regret qu'une sonnerie assassine ramenait à son monde, celui du Temps, un moment oublié alors que les restes du rêve tracé s'évanouissaient sous les coups du tampon effaceur - quand à notre insu nous étions déjà investis d'une part supplémentaire de ce merveilleux savoir qu'avait su nous insuffler Mr. Delmas, dit "Pierrot".

 

JCP 11-12 2015 Pour Les Impromptus Littéraires (Un enseignant qui vous a marqué)

 

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19 novembre 2015

A Toulouse

Dimanche 15 novembre, place du Capitole, Toulouse.

Insuffisants hier comme aujourd'hui, les mots ne suffiront pas demain - il faut pourtant les dire et essayer d'y croire.

 

...Imagine there's no countries,

Imagine qu'il n'y a aucun pays,

It isn't hard to do,

Ce n'est pas dur à faire,

Nothing to kill or die for,

Aucune cause pour laquelle tuer ou mourir,

No religion too,

Aucune religion non plus,

Imagine all the people,

Imagine tous les gens,

Living life in peace...

Vivant leurs vies en paix...

 

John Lennon
_________________________________________________________
L'enfant
Les Turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil.
Chio, l'île des vins, n'est plus qu'un sombre écueil,
Chio, qu'ombrageaient les charmilles,
Chio, qui dans les flots reflétait ses grands bois,
Ses coteaux, ses palais, et le soir quelquefois
Un choeur dansant de jeunes filles.

.................................................................................

Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois,
Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois,
Plus éclatant que les cymbales ?
Que veux-tu ? fleur, beau fruit, ou l'oiseau merveilleux ?
- Ami, dit l'enfant grec, dit l'enfant aux yeux bleus,
Je veux de la poudre et des balles.
Victor Hugo, Les Orientales, 1829 (1ère et dernière strophe)

 

Un soir tarnquille, avant les "évènements" :

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Le 15 novembre

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JCP

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18 novembre 2015

L'art du Rien (1)

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L'art du Rien (1)

ou : Des difficultés du non-penser dans le rien-faire

 

De plume ou bien d'archet, de pinceau, de burin,

Admirables soient-ils, ces arts là ne sont rien

Auprès des vacuités de cet art salutaire -

Hélas bien mal aimé - : celui de ne rien faire.

 

Banni d'Occitanie, risée des Amériques,

Cet art des plus abstraits, où rien ne se pratique,

Exige un esprit fort et des talents certains ;

Et qui veut s'y risquer doit se lever matin.

 

Rien faire et le bien faire se gagne à rude école,

Car sous l'acte proscrit, l'esprit qui caracole

S'en vient troubler la paix du rien faire absolu,

Qui meurt sous le boutoir des pensées superflues.

 

Voyez s'il est ardu le chemin du rien faire :

Qui apaise son corps croit bien y parvenir ;

Or, calmer du mental jusqu'au moindre soupir -

Faisant le vide en lui - voici la grande affaire !

 

On comprend là combien l'art fragile se perd ;

Qui tient son corps en paix sous un mental rétif

Est dompteur d'étalons et n'a rien d'un oisif :

Le rien faire bien fait est affaire d'expert...

 

 

JCP pour Les Impromptus Littéraires :

http://impromptuslitteraires.blogspot.fr/2015/11/lartdu-rien-ou-des-difficultes-du-non.html

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11 novembre 2015

Paix des profondeurs

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Paix des profondeurs

 

Les blessures lentes de la mer,

que les vents ramènent de lointains horizons,

écument en longues larmes blanches

sur le sable des grèves.

 

Mais, dans la paix de l'eau profonde où rien ne bouge,

on ignore le tourment des surfaces,

et le sillage du bateau n'y laisse pas de plaie.

 

Tout comme au fond des flots

notre mental peut trouver la paix,

délaissant ses rides de surface qui,

telle une houle assombrie

attristent notre vie.

 

Il suffit pour cela,

corps apaisé, souffle veillé

aux lumières du non-agir,

de puiser au bonheur de la pensée abolie,

sur les rives calmes d'un mental en repos.

 

Étrangère à nos contrées fébriles,

cette approche d'un bonheur sans cause par le non-penser

est la porte étroite et sans décor

d'aussi précieux domaines que tous paradis promis.

 

 

JCP,  avril 2015 - novembre 2015 revu nov. pour Les Impromptus Littéraires , sujet "Comment ne pas penser" :

http://impromptuslitteraires.blogspot.fr/2015/11/jcp-comment-ne-penser-rien.html

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08 novembre 2015

Les yeux fermés

 

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Les yeux fermés 

 

Comme une houle sonore à l'invisible flot

dont le flux et le reflux

semblent porter tour à tour

l'oreille et le corps vers de vagues lointains,

la terrasse du grand café

respire au vent du large

des grèves citadines.

 

 

JCP 08 11 15  07 11 15 par une chaude soirée de novembre, au Florida (Toulouse)

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30 octobre 2015

Bois flotté (sonnet)

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Oléron, côte ouest

 

 

Bois flotté

 

Aux sables en repos que la marée délaisse

Vient mourir sur la grève une pièce de bois,

Venue peut-être là de la nef d’un grand roi

Comme d’un frêle esquif accablé de vieillesse.

 

Que tu soies d’un vaisseau de tant et tant de pièces

Ou du pauvre canot d’un vieux pêcheur d’anchois,

Que la poudre ou l’écueil aient eu raison de toi,

Nous diras-tu les émois de ta prime jeunesse ?

 

Déjà le flot grondeur sous les vents revenus

Recouvrait les sables des grands espaces nus

Lorsqu’une faible voix déclarait en substance :

 

- Sachez que je ne fus coque d’aucun vaisseau,

Mais qu’à ces tristes restes jadis pendaient des os,

Dit le morceau de bois, - ainsi, je fus potence.

 

 

JCP, pour Les Impromptus Littéraires :

 

http://impromptuslitteraires.blogspot.fr/2015/10/jcp-une-photographie.html 

 

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