19 novembre 2015

A Toulouse

Dimanche 15 novembre, place du Capitole, Toulouse.

Insuffisants hier comme aujourd'hui, les mots ne suffiront pas demain - il faut pourtant les dire et essayer d'y croire.

 

...Imagine there's no countries,

Imagine qu'il n'y a aucun pays,

It isn't hard to do,

Ce n'est pas dur à faire,

Nothing to kill or die for,

Aucune cause pour laquelle tuer ou mourir,

No religion too,

Aucune religion non plus,

Imagine all the people,

Imagine tous les gens,

Living life in peace...

Vivant leurs vies en paix...

 

John Lennon
_________________________________________________________
L'enfant
Les Turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil.
Chio, l'île des vins, n'est plus qu'un sombre écueil,
Chio, qu'ombrageaient les charmilles,
Chio, qui dans les flots reflétait ses grands bois,
Ses coteaux, ses palais, et le soir quelquefois
Un choeur dansant de jeunes filles.

.................................................................................

Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois,
Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois,
Plus éclatant que les cymbales ?
Que veux-tu ? fleur, beau fruit, ou l'oiseau merveilleux ?
- Ami, dit l'enfant grec, dit l'enfant aux yeux bleus,
Je veux de la poudre et des balles.
Victor Hugo, Les Orientales, 1829 (1ère et dernière strophe)

 

Un soir tarnquille, avant les "évènements" :

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Le 15 novembre

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JCP

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18 novembre 2015

L'art du Rien (1)

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L'art du Rien (1)

ou : Des difficultés du non-penser dans le rien-faire

 

De plume ou bien d'archet, de pinceau, de burin,

Admirables soient-ils, ces arts là ne sont rien

Auprès des vacuités de cet art salutaire -

Hélas bien mal aimé - : celui de ne rien faire.

 

Banni d'Occitanie, risée des Amériques,

Cet art des plus abstraits, où rien ne se pratique,

Exige un esprit fort et des talents certains ;

Et qui veut s'y risquer doit se lever matin.

 

Rien faire et le bien faire se gagne à rude école,

Car sous l'acte proscrit, l'esprit qui caracole

S'en vient troubler la paix du rien faire absolu,

Qui meurt sous le boutoir des pensées superflues.

 

Voyez s'il est ardu le chemin du rien faire :

Qui apaise son corps croit bien y parvenir ;

Or, calmer du mental jusqu'au moindre soupir -

Faisant le vide en lui - voici la grande affaire !

 

On comprend là combien l'art fragile se perd ;

Qui tient son corps en paix sous un mental rétif

Est dompteur d'étalons et n'a rien d'un oisif :

Le rien faire bien fait est affaire d'expert...

 

 

JCP pour Les Impromptus Littéraires :

http://impromptuslitteraires.blogspot.fr/2015/11/lartdu-rien-ou-des-difficultes-du-non.html

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11 novembre 2015

Paix des profondeurs

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Paix des profondeurs

 

Les blessures lentes de la mer,

que les vents ramènent de lointains horizons,

écument en longues larmes blanches

sur le sable des grèves.

 

Mais, dans la paix de l'eau profonde où rien ne bouge,

on ignore le tourment des surfaces,

et le sillage du bateau n'y laisse pas de plaie.

 

Tout comme au fond des flots

notre mental peut trouver la paix,

délaissant ses rides de surface qui,

telle une houle assombrie

attristent notre vie.

 

Il suffit pour cela,

corps apaisé, souffle veillé

aux lumières du non-agir,

de puiser au bonheur de la pensée abolie,

sur les rives calmes d'un mental en repos.

 

Étrangère à nos contrées fébriles,

cette approche d'un bonheur sans cause par le non-penser

est la porte étroite et sans décor

d'aussi précieux domaines que tous paradis promis.

 

 

JCP,  avril 2015 - novembre 2015 revu nov. pour Les Impromptus Littéraires , sujet "Comment ne pas penser" :

http://impromptuslitteraires.blogspot.fr/2015/11/jcp-comment-ne-penser-rien.html

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08 novembre 2015

Les yeux fermés

 

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Les yeux fermés 

 

Comme une houle sonore à l'invisible flot

dont le flux et le reflux

semblent porter tour à tour

l'oreille et le corps vers de vagues lointains,

la terrasse du grand café

respire au vent du large

des grèves citadines.

 

 

JCP 08 11 15  07 11 15 par une chaude soirée de novembre, au Florida (Toulouse)

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30 octobre 2015

Bois flotté (sonnet)

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Oléron, côte ouest

 

 

Bois flotté

 

Aux sables en repos que la marée délaisse

Vient mourir sur la grève une pièce de bois,

Venue peut-être là de la nef d’un grand roi

Comme d’un frêle esquif accablé de vieillesse.

 

Que tu soies d’un vaisseau de tant et tant de pièces

Ou du pauvre canot d’un vieux pêcheur d’anchois,

Que la poudre ou l’écueil aient eu raison de toi,

Nous diras-tu les émois de ta prime jeunesse ?

 

Déjà le flot grondeur sous les vents revenus

Recouvrait les sables des grands espaces nus

Lorsqu’une faible voix déclarait en substance :

 

- Sachez que je ne fus coque d’aucun vaisseau,

Mais qu’à ces tristes restes jadis pendaient des os,

Dit le morceau de bois, - ainsi, je fus potence.

 

 

JCP, pour Les Impromptus Littéraires :

 

http://impromptuslitteraires.blogspot.fr/2015/10/jcp-une-photographie.html 

 

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22 octobre 2015

Temps premier

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Temps Premier

 

Ou : "Les amants de la plage"

 

                                          L'ombre de la mer, dont on apercevait encore miroiter les scintillements bleutés sur le dos de la dune, était tout ce qui demeurait de la vaste étendue des eaux, dont témoignaient encore de pauvres flaques parmi les rochers.

Inexorable, le fluide nourricier avait fui sans pitié l'homme et ses embarcations, couchant celles-ci, désolant celui-là.

On offrit des sacrifices humains, on invoqua les dieux Puissants et, en effet, l'ombre de la mer s'en fut et des eaux bleues, plus belles encore, revinrent pour un temps - avant de se retirer encore et laisser place à l'ombre de la mer.

Un peu de sang versé pour tant d'eau poissonneuse, c'est sous le regard débonnaire des dieux que l'avantageux échange persista longtemps.

Mais hélas, la part des sacrifices humains excédant celle des naissances - et faute de penseurs à écouter -, la terre se dépeuplait chaque jour plus encore.

Et l'on vit bientôt, demeurés seuls au monde, un homme et une femme s'enlacer tendrement, à l'ombre douce d'un Pommier en fleurs* - auprès des flots marins accouru là tout exprès.

Alors que l'ombre de la mer retirée inondait le visage des amants de papillons bleus, on entendit la voix douce d'Ève susurrer à l'oreille attentive d'Adam :

"- Enfin seuls !..."

 

 

* "Chargé de fruits mûrs" selon d'anciens Écrits, dûs à d'improbables descendants des amants de la plage qui - pour cause - témoignent de ce qu'ils n'ont pas vu...

 

 

JCP 09 15 Pour les Impromptus Littéraires (sujet : "L'ombre de...")

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30 septembre 2015

Das Auto !

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Das Auto !*

 

 

5 Avril 1975, journal télévisé de 20 H., TF1 :

"- La crise est là, certes, les prix s'envolent, le prix du baril de pétrole flambe mais, heureusement, un nouveau type de moteur, jusqu'ici réservé aux poids lourds et aux navires de haute mer est enfin disponible sur nos automobiles : le moteur diesel.

Cette motorisation révolutionnaire, venue à point nommé en ces temps difficiles, réunit en effet d'immenses avantages : faible coût du carburant et consommation basse, puissance à bas régime pour une usure mécanique réduite, ajoutés au taux de pollution le plus bas jamais obtenu sur un moteur automobile.

L'avenir est dans le diesel : luttons tous contre la crise en roulant diesel !"

 

23 Septembre 2013, journal de 20 heures, France 2 :

"- La vérité sur le diesel nous est enfin révélée : ces moteurs affichent - les derniers tests sont accablants -, un taux de pollution inacceptable pour l'homme et l'environnement.

Mais, fort heureusement, les constructeurs l'affirment et c'est une excellente nouvelle, les filtres à particules qui équipent les nouveaux modèles réduisent à néant ce qui n'était qu'un défaut de conception : Nous pouvons continuer à rouler - économiquement et proprement - avec les nouveaux véhicules diesel !"

  

18 Avril 2015, info en continu, BFMTV :

"- La vérité sur le diesel nous est enfin révélée : les filtres à particules ne tiennent pas leurs promesses : des tests d'un type nouveau montrent clairement qu'ils sont inopérants.

Mais les constructeurs, qui ne sont pas restés inactifs, nous proposent de nouvelles motorisations essence qui, elles, offrent enfin toutes les garanties.

Il est donc de notre devoir envers la planète et les générations futures de rouler avec ces véhicules de dernière génération qui - on nous l'assure -, sont les plus économiques et les moins polluants jamais conçus !"

 

* "Das Auto" : slogan publicitaire adopté par "certain" constructeur allemand

 

  

JCP 09 15 Pour les Impromptus Littéraires (sujet : "Un beau salopard")

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24 septembre 2015

Un amour de vent

       Un amour de Vent           

 

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                                  Partout les eaux ralentissent, quittent leur lit, se répandent sur les basses plaines, franchissent les portes des villes ; des fleuves désemparés remontent leur cours, ruinent les canaux subtils de leurs sources sous de grands travaux tempétueux de roche et de boue, s'éreintent au creusement de lits nouveaux, emportant hommes et bêtes sur leur passage.

La houle et la vague apaisées, les océans aplanis quittent les plages, effondrent les dunes, baignent les roches, rejoignent les rivières nouvelles, colonisant au passage les grands lacs de leurs eaux bleues.

Les arbres en tous lieux, comme chargés d'invisible fruit lourd, abaissent piteux leurs bras vaincus jusqu'au sol et les oiseaux, qui n'ont plus que de courtes envolées, se couchent à terre, les pattes repliées sous leur ventre tremblant.

Alors, la surface des terres et des mers s'obscurcit d'un soleil toujours caché : par un pur prodige, brumes et nuages s'abattent sur le sol, y demeurent figés en couche épaisse et compacte, humide et froide.

La Vie semble-t-il touche à sa fin.

Au mépris de leur corps baigné des éléments, des femmes, des hommes à genoux croient sauver leur âme, alors que circulent sans cesse d'étranges airs, qui n'envolent ni chapeaux des têtes ni linges des cordes tendues, mais désunissent et couchent les herbes, comme foulées toutes du pas des géants.

 

                                   Cependant, au sein des cieux lointains règne un silence pesant : Éole, affligé, se meurt d'amour pour la jolie Ventoline, qui lui refuse encore et toujours l'étreinte de ses douces vapeurs. Repoussé sans ménagements, bafoué depuis tant de séculies celui-ci, la tête piquée de mille étoiles et coiffé de la lune, les sens perdus dans un nord déglacé, un sud oxydé de ses larmes amères, ne sait plus l'orient ne sait plus l'occident, et dirige son souffle d'irrépressible chagrin - erreur plus qu'humaine car direction connue seule des venteux fous d'amour -, du haut vers le bas, frappant de stupeur des points cardinaux délaissés.

Et, par la pression sans retenue d'un fluide au sens erroné, Éole compresse, écrase et dévaste partout la terre à son insu, aveuglé de courroux par le refus persistant de la trop jolie Ventoline.

 

 

JCP 09 2015 Pour Les Impromptus Littéraires (sujet : l'erreur)

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22 septembre 2015

730 Portrait de rue

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Portrait de rue

  

Sous le pinceau des lumières mouvantes,

le ciel dépose ses grains de couleur

et grave de fin diamant

le portrait de l'éphémère miroir du cosmos.

 

Alors, pour un temps,

s'allume et brille à l'œil du passant

l'inconcevable paix des étoiles.

 

 

JCP 09 15 (Toulouse, place de la Trinité, Terrasse du salon de thé "L'Entracte",18 09 15)

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17 septembre 2015

728 Au fond du panier

 

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Au fond du panier  

 

Au panier de crabes des mots qui se contredisent

entre lune et l'autre,

clair envers l'autre le poète choisit lune.

Et du clair ou de l'obscur,

plutôt qu'au clair de l'autre,

il sourit au clair de lune.

 

JCP 09 15

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