29 janvier 2016

Citation

Nietzsche

La connaissance est pour l'humanité un magnifique moyen de s'anéantir elle-même.

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24 janvier 2016

0739 Des penchants et des pentes

 

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Entre pente et penchant

 

Les penchants et les pentes - travers de tout humain -

Sont ce qu'il tait le mieux, et cache au fond de lui.

Pourtant de temps à autre, le penchant prend la main,

L'entraînant sur la pente de ce qui dort en lui.

 

Par la digue rompue s'écoulent ses passions,

Et qui le côtoyait ne sait le reconnaître ;

La folie la colère dirigent ses actions :

L'alcool, grand fourvoyeur, en fait un nouvel être.

 

Tel un navire pris dans la brise légère,

Le penchant se redresse et porte joie au cœur ;

Alors que de ses pentes, l'homme n'a que malheurs

S'il s'y laisse conduire aussi bas que la terre. 

 

Aussi buvons léger - une main sur le frein ;

Car au coude levé s'ouvre une pente raide

- Dont jouit le gosier -, mais jamais ne nous aide

A trouver au matin des lendemains sereins.

 

 

JCP 01 2016  Pour Les Impromptus Littéraires : pentes.

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19 janvier 2016

Disparition de Michel Tournier le 18 janvier 2016

Avec Michel Tournier disparaît un de mes écrivains favoris, rejoignant le Panthéon des derniers géants de la littérature, ceux qu'on ne saura pas remplacer, tels, dans un autre registre, Julien Gracq, disparu un peu plus tôt, lui, le 22 décembre 2007.

Merci Michel Tournier, pour toutes ces heures de lecture d'un enrichissement enthousiaste que tu m'as si généreusement dispensées.

Je ne pourrai désormais que te relire.

- Tiens le coup, Jean...

JCP

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17 janvier 2016

0738 Nous aurait-on menti ?

 

Nous aurait-on menti ?

 

Mais quel est ce vent frais qui passe à ma paupière -

La nuit m'aurait conduit aux jardins de Saint Pierre ?...

Le Paradis promis s'étalerait ici,

Parmi ces galaxies - et ces trous noirs aussi...

 

C'est pas c'qu'on avait dit : de sa grande truelle

Le divin Créateur négligea la ruelle,

Et répandit aux champs un bien triste gazon ;

C'est laid, c'est triste ici : rendez-moi ma maison !

 

Fichu froid sidéral, ici rien n'est chauffé ;

Les puanteurs d'étoile sont les seules bouffées

Qu'avale ma narine : l'Au-delà non merci,

Piteuse vie future que celle que voici !

 

Pas de fleurs pas de fruits, pas même un rouge-gorge :

Œuvre déplorable, qui dans les Cieux se forge

A l'insu des humains - passagers d'un steamer

Qui saurait tout du ciel sans connaître la mer...

 

 

JCP 01 2016  Pour Les Impromptus Littéraires : rimes du poème de Victor Hugo "Fenêtres ouvertes". N°2

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11 janvier 2016

0738 Lendemains

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0737  Lendemains

 

Impossible d'ouvrir, tout colle à ma paupière.

Ô liqueur mes amis, des chartreux de Saint Pierre -

Aux rudes lendemains, je le sens bien ici :

Le crâne douloureux et l'estomac aussi !

 

Voici dans le miroir, coiffés à la truelle,

Tous mes pauvres cheveux : envolée la ruelle

Qui faisait tout mon chic, séparant mon gazon.

Rapide coup de peigne, et quittons la maison...

 

On frappe à mon oreille et mes joues sont chauffées,

De la verte liqueur remonte une bouffée.

Dès lors régime sec : "- Un verre, non merci  !"

Mais c'est mon ami Jean, c'est bien lui, le voici...

 

..."- Un verre, non merci !" - j'en ai la rouge-gorge

Et ma face enflammée exhale un vent de forge ;

A mon crâne en furie un sifflet de steamer

M'invite pernicieux à plonger à la mer !

 

 

JCP 01 2016  Pour Les Impromptus Littéraires : rimes du poème de Victor Hugo "Fenêtres ouvertes".

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03 janvier 2016

Lettres de mon sapin (P0009)

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Lettres de mon Sapin

 

                                                 Une vis à bois plantée dans le cœur, un pauvre sapin de Noël agonisait lentement. Arraché aux siens, soustrait aux pentes fraîches des montagnes racines tranchées, une larme épaisse à son tronc, sa fibre asséchée nourrissait mille rancœurs.

Car disait-il enfin de sa langue de bois, pourquoi nous jeter aux enfers de vos fêtes, et y perdre la vie au nom de celui qui naquit au désert, et jamais ne sut rien des vertes vallées - comme des neiges alpines où nous vivons ?

Est-on certain qu'un des envoyés de votre dieu n'a pas dénaturé le message - la communication est-elle bien passée ?

Et que sont aux sables d'Israël ces pères Noël vêtus pour le froid, ces traîneaux - et ces rennes qui mourraient d'un seul des rayons du soleil de Bethléem  ?!

En vérité, nous autres conifères ne voyons goutte à ces lubies, et ne savons déceler lequel est le plus fou, de l'homme ou de dieu.

Aussi dites-lui pour nous combien souffre ici bas la gent sapinière et d'y remédier bien vite car, si vous le dites si bon, il se peut alors qu'il soit aveugle.

 

JCP 30-12 2015

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01 janvier 2016

2016

Quel que soit le millésime, levons nos verres à la nouvelle année !

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Jean-Claude

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09 décembre 2015

Dans le bleu

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Dans le bleu

 

                            L'escalier du rêve (s'agit-il d'un rêve, est-ce bien un escalier ?) est bleu et, par un curieux prodige, on ne peut que le gravir : une invisible cloison, dont seuls les reflets bleutés semblent suivre nos pas, nous talonne et nous interdit la descente.

Il faut monter sans cesse alors que des marches s'élève, seul éclairage en ces lieux confinés, une douce lumière bleue qui cascade à flots lents d'une marche à l'autre, en épais tapis lumineux qu'aucune barrette dorée ne retiendrait plus.

Et le pied enfonce dans la molle substance photogène, n'y trouvant d'autre que le contact silencieux des marches soutenant le pas. Inégale et gélatineuse, la matière s'amoncelle parfois en surépaisseurs de sang bleu alors que le pied, invisible sous l'épaisseur, poursuit seul la montée sans faillir, de sa propre volonté.

Pourtant, aucune inquiétude ne nous gagne, et nous poursuivons l'ascension : la force inconnue qui nous guide nous insuffle l'énergie des grands découvreurs, certains de trouver l'indicible bonheur tout en haut de l'escalier bleu.

Le ciel, que nous croyions absent, se découvre soudain - bleu - et laisse entrevoir l'incroyable faisceau d'une myriade d'escaliers semblables au nôtre, concourant tous au sommet d'une immense pyramide, unique cristal translucide, source enfin découverte du bleu qui s'épanche des pores de ses multiples faces. Peu nombreux, des corps nus, irréels sous les scintillements bleutés de la lumière ascendante, gravissent comme nous les degrés rejoignant le monocristal, puis disparaissent un à un dans les jaillissements vaporeux des nuées bleues qui prennent naissance à son sommet - est-ce là une Fin ?

Nous réalisons soudain que nous aussi sommes nus, et courons malgré nous inexorablement vers le même sort : est-ce vers la mort ? est-ce vers une autre vie - faite uniquement de bleu ? une vie bleue vaut-elle d'être vécue ?

Trêve à la montée, des paliers se présentent, étroites pièces cylindriques où s'écoulent des murs les nappes susurrantes de phosphores d'azur qui, emplissant lentement la pièce nous submergent de leur flot caressant, et instillent en nous un rêve inconnu où toutes les couleurs, celles que nous connaissions, sont présentes en un kaléidoscope où se mêlent leurs plus infimes nuances... puis soudain, comme emporté d'un coup de vent, tout s'efface et l'on replonge en immersion bleue.

Cependant il faut poursuivre : déjà le passé se referme derrière nous sur un présent de marches nouvelles. Notre futur en construction ne sera t'il fait que de marches baignées de ces écoulements azurés ? Conçu d'un arc en ciel bien défleuri, cet univers, unicolore et déliquescent, ne nous offrira t'il jamais rien d'autre que ces visions bleutées ?

Certes l'azur fut de tous temps prisé des poètes, des rêveurs, des amoureux, mais peut-on seulement vivre du bleu - et s'en nourrir* ?

Mais soudain, une sonnerie stridente nous laisse, nu, au contact de tissus souples et blancs qui nous enveloppent : est-ce le linceul où nous sommes couchés, est-ce déjà la Fin pressentie ?

Mais c'est bientôt, sous nos yeux, des rues qui s'éveillent, un parking, des lumières vives, un escalier qui n'est pas celui du rêve ; nous poussons une porte familière ; des mains connues se tendent vers nous.

Il y a dit-on ce matin une réunion de travail dans la salle bleue.

 

* Certains Auvergnats prétendent le faire...

  

JCP 11-12 2015  Pour Les Impromptus Littéraires : "Monochrome"

 

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07 décembre 2015

En el pecho

 

En el pecho

ou : héros d'un jour 

 

                            Né bilingue (occitan-français), j'ai toujours aimé les langues, mais c'est en espagnol où je brillais le plus, le pratiquant à toute occasion (Midi-Pyrénées oblige).

Remplaçante jeune, belle et pulpeuse de notre vieil encravaté-chapeauté-chauve de prof d'espagnol, dès son premier cours sa vue nous plongea tous dans l'émoi le plus vif, à un âge où les énergies tendent à se focaliser...

Désigné pour le jeu des questions-réponses celle-ci me demanda :

- ¿ Cuantas bombillas hay en el techo ? - "Combien d'ampoules y a-t-il au plafond ?".

Incapable hélas du moindre regard vers le plafond, tant il était figé sur sa poitrine idéale sise dans le déraisonnable moulé de son pull, c'est l'instinct qui me dicta :

- En el pecho hay dos bombillas. - "Sur la poitrine il y a deux ampoules" - immanquable facétie (en outre le plafond en comptait quatre) provoquant - cancres exceptés - l'hilarité générale.

Une seule lettre pour autant d'effet, je me sentis rougir jusqu'à la pointe des cheveux, et vis que l'on pouvait remarquer de même une certaine coloration cutanée sur le joli visage de la jeune professeur, dont la voix se troublait.

Je fus vivement réprimandé pour le chahut et, n'osant répondre à mon allusion, celle-ci passa d'emblée à la question suivante, alors que les rires et les pouces levés vers moi s'apaisaient difficilement.

  

JCP 11-12 2015 Pour Les Impromptus Littéraires (Un enseignant qui vous a marqué)

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02 décembre 2015

Les fesses du professeur

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Im. JCP

 

Les fesses du professeur

ou : (x² + y² - ax)² = a²(x² + y²)

 

                                 D'un physique inspirant le respect, l'homme était sévère et l'on se tenait tranquille au cours de mathématiques de Mr Pierre Delmas, dit cependant "Pierrot". Le cancre et le chahuteur, ignorant la voix du professeur ou y cherchant facétie demeuraient pareillement silencieux, et c'est à peine si l'on remarquait, ici où là, l'œil mi-clos ou l'esquisse de quelque grimace sur des visages prudents : on savait l'homme d'humeur prompte à punir. Égaré dans la projection spatiale comme dans l'intégrale, qui ne voulait écouter se tenait coi.

Mais qui, animé du désir de suivre pas à pas cette voix lente, grave et engageante pouvait voir, ébahi, se dresser lentement devant lui tout un monde neuf en construction, dont l'image grandissait autant à la surface du tableau noir, qu'elle emplissait l'esprit des merveilles d'exactitude froide - et pourtant grisantes - de la géométrie, qu'elle fût plane ou dans l'espace.

Le discours prenait alors un tour lyrique. Sans jamais s'essouffler, la voix montait mille échafaudages de droites infinies, de segments définis, de coniques aux courbes avantageuses appelant de caressantes voluptés, d'incroyables points de concours où l'angle aigu tolérait la répugnante promiscuité de plus obtus que lui, dans la paix sans bornes des espaces tridimensionnels.

Nées de foyers si chauds qu'elles devaient les fuir, hyperboles, spirales et paraboles tendaient leurs bras sans fin vers les lointains indicibles alors que, de plus modeste condition, cercles, ellipses et ovoïdes, parallélépipèdes ou sphères se laissaient mieux appréhender par le regard - comme par l'imaginaire.

Mais il fallait voir comme les "fesses du lait" (telles qu'on les voit paraître à la surface du lait dans la casserole), et que de pudiques mathématiciens nommèrent "cardioïde" déclenchait, - instant trivial autorisé -, une déferlante de rire éveillant jusqu'au cancre qui, regrettant de n'avoir pas suivi, consentait à s'instruire de la réjouissante courbe auprès de camarades plus studieux, Pierrot ajoutant alors que, - nom de dieu ! -, il fallait bien nommer un cul un cul !

Et c'est à regret qu'une sonnerie assassine ramenait à son monde, celui du Temps, un moment oublié alors que les restes du rêve tracé s'évanouissaient sous les coups du tampon effaceur - quand à notre insu nous étions déjà investis d'une part supplémentaire de ce merveilleux savoir qu'avait su nous insuffler Mr. Delmas, dit "Pierrot".

 

JCP 11-12 2015 Pour Les Impromptus Littéraires (Un enseignant qui vous a marqué)

 

Posté par J Claude à 11:43 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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