25 avril 2016

0022 - Garçon, un "Perrier-tronch"

 

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Garçon, un "Perrier-tronch"*

 

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                                  Le "Perrier-tranche" ne se boit pas, et se savoure moins encore, tant il est avare d'arôme et d'enthousiasme buccal : le prestige est ailleurs.

Son buveur oppose une signification déclarée, discrète et silencieuse mais affirmée, aux partisans de boissons plus colorées - bière ou soda. Il signale aux premiers une claire abstinence, aux seconds l'incolore pureté de ses propres ingestions, aux deux réunis la préoccupation sanitaire d'un corps sans tache enfermant l'esprit pur.

Car la consommation raisonnée du "Perrier-tranche" se mérite : le plaisir seul de la papille - passée l'acide chatouille carbonique au palais - y étant mince, une machine toute autre est à mettre en route au plus profond du buveur. Tout est là.

Que faire en premier de cette paille de plastique, si lointaine aujourd'hui du chaume porte-blé que nul, corps et mental rivé au rectangle lumineux que caresse sans fin la main valide, ne songe à la céréale blonde, portant la longue tige en bouche. Tube aspirant dont on délibère un peu de l'usage opportun, et qu'on préfèrera délaisser, engagée dans le ventre vert de la bouteille vide, se préservant ainsi des stridulations honteuses de fond de verre.

Alors, le geste délicat, la longue cuillère immerge, accule et presse au fond du verre la rondelle ensoleillée, sans qui de mornes fadeurs attristeraient une cavité buccale uniquement soumise aux remous pétillants de la bulle éclatée.

Mais la boisson n'est pas encore prête : dans le fin torrent des globes argentés qu'appelle la surface, le buveur ne manque pas de considérer l'intrusion, puis l'émersion inopinée de quelque graine échappée de la pulpe. Alors, le regard bas et la cuillère circonspecte, il rejette - discrètement - la semence ovale et claire au pied du guéridon. Le moment de gêne est passé : il n'a pas été aperçu.

Et c'est alors que le liquide, où se répand le trouble citronné, s'ingère enfin à gorgées mesurées en veillant toutefois, à l'image du verre où s'est tue la tempête, que d'inconvenants borborygmes ne viennent ternir, si durement établie, la prestance du buveur de "Perrier-tronch*".

 

* Comme on dit à Paris - mais si, mais si.

 

JCP 23 04 2016  A la terrasse du Florida, à Toulouse.

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18 avril 2016

0021 Une naissance

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Une naissance

                                 C'était à Bethléem, cité de l'Orient, au sein des vastes faubourgs extérieurs. La ville était frappée cette nuit-là des vents chauds venus du désert qui l'entourait, et, dans les airs ignorants des pollutions futures, la plupart des étoiles de renom étaient visibles - excepté l'étoile polaire, que l'Ourse Mineure un peu lasse avait délaissée.

Tout au fond d'une sombre étable, un bœuf, un âne et quelques poules discouraient bruyamment :

- Vous le verrez, ce sera un garçon déclarait le bœuf placide, tout en mâchonnant une langoureuse paille.

- Supposition est mère du mensonge, et je vous dis en vérité que ce qui sera doit être accueilli, contesta l'âne, que certains élans de sagesse traversaient parfois.

- Yapadeuf, yapadeuf !

  Pas d'œuf pas d'enfant neuf !

psalmodiaient sans se lasser les poules, dont la modeste cervelle n'associait de naissance qu'à l'œuf.

Soudain le maître de maison, homme de forte laideur, l'os aigu, le cheveu hirsute tout parsemé de sciure mais le visage bon entre les rides noires, interrompant l'animale controverse, parut courbé sur un vagissant fardeau. Il déposa sans ménagements l'enfant enveloppé d'un tissu grossier sur la paille, ses yeux crevant le plafond rustique d'une indicible haine :

- Nom de Dieu, c'est une fille !... que vont dire les Rois Mages...

Jailli de l'étable le rouge au front, on le vit alors enfui vers une improbable traversée du désert brûlant - alors qu'un certain sourire illuminait la face du baudet.

 

JCP 04 2016  pour Les Impromptus Littéraires (sujet : refaire l'histoire ou : uchronie)

 

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17 avril 2016

Le capitalisme remis en cause par l'algèbre !

 

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Suivant une prétendue réforme de l'orthographe, voici enfin, longtemps attendue, la réforme de l'algèbre dont le principe majeur, qui s'affiche déjà partout dans la métropole toulousaine, serait le suivant :

: 9  > 18 ,

: Alors divisée par 9 de part et d'autre,  la proposition restant juste, nous pouvons poser :

1 > 2

 

3° : Toute inégalité à laquelle on soustrait deux quantités égales étant conservée, posons :

1-1 > 2-1, soit 0 > 1.

 

4° : 0 > 1 , Zéro plus grand que 1, loi remarquable entre toutes qui ouvre d'incroyables possibilités, remet directement en cause l'arithmétique - et donc le capitalisme : une révolution à l'échelle planétaire !

 

JCP

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05 avril 2016

0755 Au salon

 

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Au salon

 

Le salon dormait dans la pénombre ;

Et, des persiennes entrebâillées,

Un friselis de soleil et d'ombre

Courait ses entrechats débraillés.

 

Sous le regard d'un très vieux portrait,

Sans cesse un gros frigo ronronnait,

Et l'on sentait à sa pompe lasse

Qu'il peinait à faire de la glace.

 

Les piaillements de quelques moineaux,

Venus des platanes de la place,

Troublaient à peine ce grand repos,

Où languissaient quelques plantes grasses ;

 

En  cette journée aux heures lentes,

Les espaces de silence lourd

Ne révélaient pas de vaine attente

Dans la pièce chaude comme un four.

 

Des relents de tabac, de cuisine,

Et de l'eau laissée dans la bassine

Montraient que l'on vivait en ces lieux,

Mais rien ne s'agitait sous les yeux.

 

Seul le mince filet de fumée

Qui du large fauteuil s'élevait

Trahissait sa présence, et prouvait

Que l'Homme Invisible aimait fumer.

 

JCP  04 2016, pour Les Impromptus Littéraires (utiliser la première ligne comme incipit)

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15 mars 2016

451 Dictatorat

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Dictatorat

 

Seigneur du vaste égout dans sa livrée coquette,

Un rat de poil brillant et de mine replète

Arpentait ses couloirs, et d’un air suffisant

Reniflait les effluves de ces flots odorants.

 

- Me voici parvenu au faîte de ma gloire,

Se disait-il radieux ; le manger et le boire

Servis à satiété par des sujets soumis,

Et ma couche habitée de gentilles amies.

Bienheureux comme moi, sans mentir il n’est guère :

J’ai bien fait c’est certain de mener cette guerre.

Car malgré la souffrance et la dévastation,

Mon peuple je le crois, est en admiration

Devant le personnage auguste et vénérable,

Qui mérite en effet ce sort des plus enviables.

 

- Le sang versé s’oublie, demeure le pouvoir.

Mon peuple policé reste sous l’étouffoir,

Et devra pour toujours veiller à mon bien-être,

Acclamant mes discours courbé sous ma fenêtre.

 

Mais porté par les eaux, un murmure lointain

Que grandissaient les murs parvint à son oreille...

- C’est aujourd’hui ma fête, se dit le souverain :

Mon peuple réuni, d’une humeur sans pareille,

N’attend que mon retour pour les grandes agapes,

Et il pressa le pas plus heureux que le Pape,

Riant de ses sujets, qu’il se félicitait

D’avoir comme baudets assujettis à souhait.

 

Mais la rumeur pourtant, qui grandissait sans cesse

En clameur menaçante, n'avait rien de joyeux ;

Sans affoler pourtant ce Sire prétentieux,

Qui restait convaincu d’un élan de liesse.

 

Il n’eut le temps de fuir qu’il était piétiné,

Roué de coups percé et mille fois tué.

Grand nombre de despotes souvent ainsi finissent,

Croyant de leur pouvoir toujours boire au calice.

 

 

27 07 11 - revu 03 2016

Et sur Les Impromptus Littéraires :

http://impromptuslitteraires.blogspot.fr/2016/03/jcp-animal.html

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12 mars 2016

0017 Rupture à la sauce anglaise

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Rupture à la sauce anglaise

 

Un sang de glace nappe mes veines et blanchit mon visage :

Lié à Julienne depuis tant d'années, la crème des ménagères qui toujours sut cuire et assaisonner à perfection, la voici qu'aujourd'hui, barda valise en mains, elle me quitte à jamais - pour d'obscures raisons !

Et me voici ce soir, accoudé à la rambarde du vieux pont, le regard éteint figé sur l'écoulement sans fin des eaux de la Tamise...

Prêt à plonger pour l'éternité dans les eaux grises, où miasmes et excrétions de millions de personnes à l'incertain microbe infusent, la triste vérité soudain me saute aux yeux : je nage à perfection - et ne peux désapprendre !

Alors, la rage au cœur et l'insulte à l'aquatique mort qui se refuse à mon envie, je retrouve ma pauvre mansarde ; et tout soudain, d'un rire clair se brise la maussade adversité :

Je barde et je cuis, je tamise et j'assaisonne une méchante crème, je touille aussi - ça c'est nouveau - et, sur la nappe blanche où déjà baigne à la glace un joyeux "Single malt", je lève mon verre aux liens brisés avec une Julienne qui, je vous le dis tout net : laissait bien trop de pierres aux lentilles - et ma dentition s'en réjouit !

 

 

JCP 03 2016 Pour "Les Impromptus Littéraires" : 10 mots imposés (bis). 

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09 mars 2016

0744 Marathon grognon

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Marathon grognon

 

Telle une mer de muscle et les lauriers en tête,

On vit partir la course aux deux-cent-mille athlètes.

Sous l'appel de la cloche à la compétition,

Un œil sur le podium de la transpiration,

On s'élance en souplesse. Le peloton s'étire ;

On souffle ; on souffre. Commence le martyre.

 

Mais dans la foule en course, un cri soudain s'élève :

"- Si grande est la fatigue, la renommée est brève,

Objet de cette course aux douleurs de la marche ;

Courons tous au podium et renversons ses marches,

Mausolée des médias !... Cruelle randonnée

A fort dénivelé - pour un peu de monnaie !"

 

Dans la foule à l'arrêt un grand frisson s'élève,

On parle on se concerte, le dossard on enlève.

"- Gagner la course est offenser les autres,

Soyons tous des amis, et laissons ces apôtres

Au culte mercantile où triomphe l'argent !"

Poursuivait l'orateur, affichant le talent

Du vendeur de bateaux aux peuples du désert.

La course est oubliée, on respire les airs

De bouffées bien plus douces ; des groupes sympathisent,

On s'allonge sur l'herbe, on sourit à la brise.

 

Et l'arrivée franchie par ces milliers de pieds

Le fut d'un même pas - sur le large sentier.

 

 

JCP 03 2016,  Pour Les Impromptus Littéraires (10 mots imposés) 

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02 mars 2016

A la poupe

           

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A la poupe

 

                                  Un grand déséquilibre, je devais le reconnaître, régnait en mon esprit troublé par les étranges manifestations de la nuit.

Tout a commencé lorsque, lassé du luxe tapageur et stérile d'une de ces innombrables soirées festives qui se donnaient à bord afin d'égayer la longue traversée, un profond désir de soulager ma respiration de la fumée du tabac, mon corps et mon esprit de l'alcool et de l'impérieuse musique de danse aux vaines gesticulations se fit ressentir. Je débouchai sur la coursive supérieure transfiguré par la douceur de la nuit, et par la sérénité du territoire sans fin où le puissant transatlantique creusait son écumeux sillage.

Je rejoignis la poupe au gaillard arrière et m'accoudai au bastingage, partie extrême de cette forteresse en mouvement, observatoire privilégié dominant l'immense plaine liquide sur laquelle une douce brise éveillait sans bruit de faibles sillons. A cette heure avancée de la nuit, seul un couple enlacé, indifférent au spectacle du ciel et des eaux, se tenait à l'écart, adossé contre la cloison du bâtiment.

La pleine lune, qui soulignait les reliefs du bâtiment de ses tons argentés, laissait pénétrer le regard au sein des ombres légères et la voûte céleste, d'une pureté inouïe, laissait paraître, méconnues dans notre hémisphère, la Croix du sud et la vaste constellation du Centaure. Les yeux mi-clos et l'esprit libéré de la pensée compulsive, perdu dans la contemplation, je goûtais ce présent du cosmos infini lorsque cela se produisit :

Spectacle renouvelé sous les rayons de la lune, ourlé de ses cordons d'écume, le sillage du paquebot qui s'élargissait apaisé au lointain parut soudainement éclaircir sa surface aplanie ; on eût dit qu'un astre, tombé tout au fond de ces eaux, en éclairait cette part infime et elle seule. La lumière venue des profondeurs s'intensifiait à chaque minute, et c'est bientôt que je pus voir, incrédule, à travers l'inouïe transparence des eaux monter des abysses une masse sombre, de forme allongée. Bientôt, un mât, puis deux, puis trois, équipés de leurs vergues et toutes voiles carguées crevèrent tour à tour la surface ; enfin, une longue nef de bois, ruisselante de toutes parts, émergea dans le sillage clair, alors que s'éteignait la lumière venue des eaux...

"Vaisseau fantôme" fut la première pensée qui me traversa l'esprit lorsque les voiles brunes se déployèrent d'un seul mouvement - sans présence humaine visible ! Le bateau, taillé pour la haute mer et qui prenait déjà le vent à toute toile plein largue, ne laissait aucun sillage et courait aussi vite que notre paquebot, alors que seule une légère brise murmurait à peine à mes oreilles.

Les yeux écarquillés, je demeurai un long moment figé, inerte, vidé de la pensée, puis me retournai lentement, en recherche d'autres témoins de la fantastique apparition : les amoureux avaient rejoint leur cabine, et le vieux monsieur qui m'avait salué tout à l'heure avait dû faire de même en cette fin de nuit.

Me retournant, je vis alors le trois mâts virer de bord, reprendre le vent et quitter notre sillage, faire route tribord amures, puis s'éloigner à une allure inconcevable sur le flot toujours vierge de sa trace. Il ne fut à mes yeux bientôt plus qu'un point à l'horizon, où paraissaient déjà les premières lueurs de l'aurore. J'étais donc le seul à l'avoir vu, et nul ne pourrait confirmer l'incroyable vision...

Effondré : jamais encore je n'avais ressenti le poids de telle solitude que celle de ne pouvoir partager le prodigieux, le  jamais vu avec aucun être vivant - et ceci à jamais.

Je rejoignis ma cabine les yeux hagards, tête basse et trébuchant, et ne retrouvai un certain équilibre que le lendemain soir, racontant par le menu mon aventure visuelle à un steward désabusé, qui ponctuait courtoisement mon récit de quelques "En effet monsieur" et de "Tout à fait monsieur", affairé derrière son bar - au delà du huitième whisky-glace, qui embrumait mon esprit de vapeurs salutaires.

De ce jour demeure au fond de moi une part de trouble et de confusion, qui s'éveille aux nuits calmes des bords de mer, lorsque la lune caresse le flot de ses reflets d'argent. C'est alors que, glissant sur les eaux sans les repousser, paraît encore à mes yeux le "Hollandais volant" aux voiles brunes, que manœuvre un équipage de spectres insaisissables et qui, dit-on, n'accoste que tous les sept ans, laissant alors son capitaine tenter de briser la malédiction qui le frappe pour l'éternité en recherchant, quête improbable, l'amour sans conditions de celle qui le suivrait sans espoir de retour.

 

 

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JCP 03 2016

Pour les Impromptus Littéraires

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16 février 2016

0742 Entre tic et tac

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Entre tic et tac

 

Le rouage inlassable en la vieille demeure,

Une pendule aimable au temps vouait ses heures.

"- On sait bien grâce à moi s'il est encore tôt

Ou bien s'il est trop tard, le temps voici mon lot,

Disait entre ses dents la pauvre créature,

Affligée du pouvoir offert à sa denture -

Qui d'un tic faisait naître et de l'autre mourir ;

D'un tac couler les pleurs - de l'autre offrant le rire.

 

"- Balancer d'un côté puis balancer de l'autre,

De mon Seigneur le Temps je suis la triste apôtre ;

Je n'y puis échapper, ce jour ou bien demain,

Il est de mon ressort, le pauvre sort humain."

 

"- Pourtant du tic au tac se disait-elle encore,

Comme du tac au tic, je crois bien voir éclore

Une part de silence, où le Temps qui s'oublie

Délaisse un peu son cours, et rien ne s'accomplit..."

 

...Aussi dès aujourd'hui puisons près des pendules

Cette leçon suprême : du tic-tac désormais

Où se pèse le temps, laissons un peu la paix

Réjouir notre vie entre ces deux virgules,

Car du temps sans aiguille où tout semble arrêté,

Il est bon par moments de se réconforter.

 

 

JCP 02 2016 Pour Les Impromptus Littéraires : « Sait-on ce qui réside entre le tic et le tac des pendules - et inversement ?» (Thème personnel proposé et retenu).

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05 février 2016

0740 Sous la cendre

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Sous la cendre

 

Alors que la lumière, accourue jusqu'à nous,

Dresse un mur embrasé où le destin se noue,

Se tordent vers les cieux des squelettes qui brûlent.

Aux contrées asséchés où tant de maux pullulent,

Combien de nos désirs, atteignant la moisson,

Survivront-ils du flot de la rouge mousson ?

 

Le vent se dore au feu, s'apaise et se réchauffe,

Brûle tout songe neuf et laboure le temps,

Alors que des forêts la foisonnante étoffe

Au sein de ma pensée se glisse lentement.

Où courait le chevreuil un souffle noir s'étire,

Au miroir des étangs le ciel en vain se mire.

 

Mais des portes brisées s'échappe un vent de glace

Pour que d'un pas pressé, parmi les ombres lasses,

Tant de brises fourbues venues des horizons,

Laissent au ciel d'été d'inouïes couvaisons.

Alors sous les forêts s'élève un léger râle,

Et de l'eau des marais de lourds parfums s'exhalent.

 

Car du lointain des cieux s'élève une fureur

Qui loin de l'effrayer, sait réjouir mon cœur,

Ivre d'être emmené aux pesanteurs infimes,

En voyageur ailé côtoyant les abîmes.

Et de ces profondeurs montent des cris d'horreur,

Enfers de la misère où pèse le malheur.

 

Pourtant de la fissure où courent des fourmis,

Un sable fin s'écoule et le temps ressurgit.

Un combat sans drapeau dans la paix des aurores

Réveille au miroir d'eau une vie qui s'ignore,

Et la pierre précieuse au soleil des étés

Souffle un vent de lumière où surgit la beauté.

 

Alors, après l'ondée, perçant les neiges grises,

Un éclat de couleur s'agite sous la brise.

 

JCP 02 2016

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