02 avril 2018

La tectonique des tablettes (0884)

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La tectonique des tablettes

 

Insidieuse saveur, enthousiasme infini,

Tous ses doigts entachés et tablette finie,

Seul le papier d’alu, qu’elle roule et déroule,

Reste du chocolat, incomestible boule.

 

Et déjà monte en elle, indicibles aigreurs,

Le symptôme hépatique ; elle sait son malheur

Et connaît ses faiblesses : pas plus de trois tablettes,

Ou c’est la maladie qui la tient aux toilettes.

 

Elle le sait pourtant, le chocolat chez soi

C’est se vouloir du mal, l’abîme devant soi ;

Elle avait tout jeté, et voilà qu’on lui offre,

Impossibles amants, de quoi s’emplir le coffre !

 

- Le plaisir maintenant, la douleur au tournant,

L’amour le chocolat, on le voit sont complices :

Souffrance de l’absence ou le foie qui se plisse* ;

C’est dit jusqu’à demain, je n’aurai plus d’amant !

 

 

* Ça fait très mal.

 

JCP 02 04 18 Pour Les Impromptus Littéraires : « Du chocolat ».

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01 avril 2018

(0882)

 

Première nuit d’avril

 

Dans la nuit étoilée, bruit sourd dans le jardin

et feu follet sur la pelouse...

- Éclat tombé d’un de ces astres,

ou simple ver luisant ?

 

Encore chaud dans la main : « … in China ».

- Lassé de ces débris : au container bleu !

Objet de métal froissé,

satellite désorbité ;

Jardins poubellisés !

 

 

 

JCP 31 03 18

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27 mars 2018

Le grillon sous la lune (0870)

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Le grillon sous la lune

 

Un enfant du soleil, qu’il eut avec la lune,

est tombé dans le pré.

- Que fais-tu là grillon, toi qui ne chantes-pas ?

 

Dans la nuit qui blanchit, tout un peuple est en fête

et célèbre la vie au champ des étincelles !

- Tu ne chantes donc pas ?

 

Le grand voile de riz qui poudre toute feuille

a réveillé la chouette, le rossignol compose :

- Qu’attends-tu pour chanter ?

 

- Je laisse à leurs passions

tous ces fous dans la nuit,

moi seul lève les yeux

et regarde la lune.

 

 

 

JCP 21 03 18 (pour concours annuel RATP)

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25 mars 2018

Au donjon des libations (0876)

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Au donjon des libations

ou : « Sur le Toit onze Biches - On the beach sur le Toit »*

 

Plus haut que le nuage et tutoyant le ciel,

Cathédrale à Bacchus, autel d’autres prières,

En ces lieux où résonnent le verre et la cuillère,

Se laissent pour un temps les tracas du réel.

 

Au prix de quelques pièces se puise le bien-être,

Nectar servi sans verre. Chorégraphe des bars,

Un artiste parfois vient s’offrir aux regards,

Pour nouer la dentelle de ses gestes de maître.

 

Invisible fumée, un bonheur se répand,

Et le verre levé éclaire les visages

De ses reflets dorés ; et de nouveaux rivages

S’invitent aux marins d’un avenir béant.

 

Toute chose a sa fin, mais l’adresse était bonne,

Et l’on y reviendra ranimer ses émois :

Terrasse au bord du monde, où l’océan des toits

Laisse entendre au buveur qu’il n’est besoin d’un trône.

 

 

* Le lieu, 3 bars dont deux en terrasse avec vue, restaurant et cabaret, se nomme « Ma biche sur le toit », et ce genre de slogan - hors celui-ci - figure sur les dessous de verres.

(Toit des Galeries Lafayette, Toulouse).

Autre article consacré :  clic sur l'image ci-dessous.

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JCP 24 03 18

20 mars 2018

Putains de mots (0865)

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Putains de mots

 

La source qui tarit ne laisse plus les mots

S’écouler sur la page, et le temple du beau

Qui vient de s’écrouler n’est plus que ruine et cendre,

Quand de cet interrègne on ne peut rien attendre.

 

Où sont les mots aimés, font-ils le tour du monde ?

Sont-ils partis s’écrire chez plus aimés que moi,

Vers des pages plus blanches ont-ils porté leur choix ?

Ma jalousie s’étend et la colère gronde.

 

Connaît-on le refuge de ces mots qui se lassent,

Comment solliciter le retour d’exilés ?...

Pourtant je découvris qu’on pouvait acheter,

Prostitution des mots redevenus loquaces,

 

Des écrits tout écrits - cela coûtait un bras -

Chez un vieil antiquaire que je ne cite pas.

Ainsi je donne à lire, pour moi bien salutaires,

Quelques vers frelatés plutôt que de me taire.

 

JCP 03 18 Pour Les Impromptus Littéraires ("Ça m'a quand même coûté un bras")

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17 mars 2018

Au bord du souvenir (0868)

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                                                                                                                                                                          Un certain Noël 1965, non loin d'Albi

 

Au bord du souvenir

 

Du souvenir perdu s’élève une fumée :

On voit parmi la cendre des pantins animés

Dont les mains me font signe et qui crient à tue-tête.

Ce grand charivari ressemble à une fête,

Où mes amis d’alors, certains perdus de vue,

D’autres perdus de vie, crèvent le temps perdu.

 

Les vins blancs trafiqués, les fumées du tabac,

Les alcools bon marché aigrissaient l’estomac,

Qui d’humeur vengeresse exigeait les toilettes,

Sous l’œil trop indécis des futures conquêtes.

 

Le mental timoré aux volontés du corps,

Parfois la main, le pied, plutôt qu’un mot retors,

Exprimaient sous la table un geste qu’on repousse,

Cul de sac d’un langage que le penchant émousse,

Présumant d’un futur parfois passé présent,

Parfois dissuadé sur un retour violent.

 

Des sens qui s’éveillaient, auteurs du léger crime,

Nulle ne se plaignait, flattée plus que blessée :

Une main repoussée, une main acceptée ;

Il n’était là qu’un jeu aux atteintes minimes,

Le grand jeu de la vie, qui dit-on rend heureux,

Passe par ces épreuves et s’aventure à deux.

 

La vie qui joue aux dés éloigne ou bien rapproche,

Laisse en vie longuement ou dit à la mort : fauche !

Sentence du hasard qui nous fait ressentir

Ce qu’il faut de présent pour faire un avenir.

 

 

JCP  16-17 03 18

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14 mars 2018

Interdépendance (0866)

 

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 Nature morte aux poires et raisins, Claude Monet

 

Interdépendance

 

Contempler un tableau se fait de sa surface,

Et l’idée ne vient pas d’y glaner d’autre trace

Que ce que l’œil perçoit, ou que l’esprit pressent

Des intentions du peintre telles qu’on les ressent.

 

Mais une vue plus large nous désigne l’orage

Et le soleil d’été qui fit croître le lin,

Les années de patience développant les pins,

Tisseur et menuisier achevant leur ouvrage ;

 

Ainsi du chevalet, pinceau toile et couleur,

Nourriture du peintre, verre et vin sur la table,

Un immense réseau, de ses liens innombrables,

Relie jusqu’au cosmos l’acte du créateur.

 

Le décompte infini des sujets enrôlés

Participant à l’œuvre donnerait le vertige,

Qui du tableau fini quel que soit le prestige,

En interdépendance sont présence obligée.

 

Qui sait si d’autres cadres, ou d’autres accessoires,

Ou bien si l’épicier n’avait pas eu de poires,

Ceci de ce tableau n’eût changé le destin,

Qui de nature morte pût finir Diane au bain…

 

 

JCP 13 03 18 Pour Les Impromptus Littéraires (Devant la nature morte de Monet ; inclure 5 mots ou plus tirés de ces lettres : A E E O R J G L N L)

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06 mars 2018

Des vertus du silence (0863)

 

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Des vertus du silence

 

Vaste toile éthérée de la fresque de vie,

Le silence incréé qui contient tous les bruits

Recèle aussi l’espace où dort la vraie quiétude,

Refuge dont l’humain a perdu l’habitude.

 

Toujours pied à l’étrier et forçant son allure,

Il ne sait apaiser l’élan de sa monture,

Qui montre sa faiblesse et finit par broncher.

Et crevant la surface, émerge un mal caché.

 

Ainsi pourquoi courir : nous sommes arrivés.

La lenteur méditée dépasse cette transe

Où le corps envolé délaisse la conscience :

Immobile un moment laissons l’esprit rêver,

 

Et par notre attention portons-le lentement

A la paix du silence. C’est de cet agrément

Qu’on veut nous séparer pour des raisons perverses :

Un moment sous abri laissons passer l’averse.

 

S’imprégner du silence, connaître la lenteur,

Et dompter l’impatience de l’étalon féroce -

Qui voudrait avant l’heure nous conduire à la fosse,

Aurait-on caché là l’essence du bonheur ?

 

 

JCP  03 18  Pour LES IMPROMPTUS LITTÉRAIRES : « le pied à l’étrier ».

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28 février 2018

La quête du brochet (2) (0861)

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La quête du brochet (2)

 

Tant de fois entendus - rumeur à son oreille -,

Les mérites de l'Eau, « merveille sans pareille »,

Poussèrent un brochet à consacrer sa vie

A rechercher partout le liquide de vie.

 

S’éreintant nuit et jour à son rêve ambitieux,

Il remonta des fleuves, aborda les mers bleues ;

Et parvenant au bout de sa passion maniaque,

Rampant sur les cailloux, il explora les flaques.

 

Ayant passé le monde au fil de son tamis,

Il retourna bredouille auprès de ses amis :

- Je n’ai pas trouvé l’Eau et dépose les armes,

Fit-il tout secoué par le flot de ses larmes.

 

Pourtant ses pleurs séchés, il décrit les splendeurs

Que tant de fonds dispensent en ces lointains ailleurs ;

Et tout à ces beautés, d’humeur plus satisfaite,

Il se rit à l’échec de l’improbable quête.

 

Un brochet des plus sages, autrefois voyageur,

Empli des nostalgies de son ancien bonheur,

Lui dit : - Ainsi tu vis le monde magnifique :

Fausse rumeur suivie est parfois bénéfique.

 

 

JCP 02 2018  Revu et complété pour Les Impromptus Littéraires

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24 février 2018

Quintessence cosmique (838)

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Quintessence cosmique

 

Ambiance feutrée, tapis de laine épaisse,

Le décor irréel des nuits enchanteresses

Pèse de tout son poids sur l’esprit vagabond,

Qui lentement s’apaise en un dernier rebond.

 

Sous la douce chaleur de ces airs parfumés,

Et dans l’essence pure du calme provisoire,

La mutation s’opère, invisible fumée

Repoussant d’un seul trait la nature illusoire.

 

Et dans ce monde clos que de fines parois

Protègent des humeurs, s’élève une musique

Aux notes silencieuses qui vibrent, bénéfiques,

Et du fond de notre âme appellent à la joie.

 

JCP 12 2017  Pieds au tapis de « Ma Biche sur le Toit », toit des Galeries Lafayette, Toulouse.

Bar-cabaret-restaurant gastronomique de Michel Sarran

 

Sur la plage onze biches

On the beach sur le sable

 

 

Sur le toit onze biches

On the beach sur le toit

 

JCP 22 03 18  Devises pour dessous de verre à bière