28 janvier 2015

Le dictionnaire éventuel : Sournois, sournoise

 

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Sournois, sournoise : De Sournie, pays émergent dont la main d'œuvre à coût bas porte ici ou là, comme à Cuba, de fâcheux coups bas.

 

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25 janvier 2015

Nouvelle 52 : La bête

 

La bête

 

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1

 

                                                                  De larges étendues d'obscurité, projections du relief environnant sous la pleine lune qui baignait l'immense cirque de montagne donnaient aux lieux une apparence sinistre ; le silence nocturne était à peine troublé par le souffle continu d'un vent léger, et ses lugubres vocalises dans la ramure des pins rabougris ; un grondement assourdi s'échappait du ravin tout proche où, de ressaut en cascade, jaillissaient des eaux que l'hiver finissant laissait encore bordées de glace. Des vapeurs glaciales s'élevaient de ce torrent sinueux, que le vent jetait sur les pelouses rases, les buissons, les arbres, les rochers, et, sous la clarté lunaire, le panorama inondé de rosée semblait parsemé d'éclats de cristal aux reflets bleutés. Une herbe rude parvenait ainsi à croître parmi ce chaos de roches dévalées des reliefs avoisinants ; pins et feuillus, écrasés par la neige et l'avalanche, s'élevaient péniblement, étêtés ou couchés à même le sol, où ils poursuivaient vaillamment une croissance incertaine.

Dans la lumière uniforme et pâle de cette fin de nuit, ce monde inhospitalier où régnait plus la pierre que le végétal paraissait pourtant habité : quelques  appentis grossiers, de troncs et de branchages, mettaient à profit un long renfoncement rocheux autrefois creusé par les eaux ; alors que, non loin, le maigre filet de fumée d'un feu mourant s'élevait de ce qui paraissait être l'âtre d'une peuplade primitive, assoupie à cette heure de la nuit. Sous la pureté de l'atmosphère, la voûte céleste resplendissait tant qu'on l'eût jugée compacte, et bâtie d'étoiles du bras géant de quelque couvreur - résident des galaxies lointaines.

 

 

 

2

                                              En sus de leur aspect sauvage, ces lieux étaient affligés d'un isolement à nul autre pareil : lors de la formation de ces montagnes, qualifiées aujourd'hui de "jeunes" par les géologues, un effondrement de la roche en formation sur plusieurs centaines de mètres produisit un cirque immense, entièrement cerclé d'une haute paroi rocheuse lui donnant l'aspect d'un fond de boite au bord soudé. La vie parvint pourtant à se développer au sein de cet espace unique en ces montagnes, dont la frontière était infranchissable pour les civilisations qui y virent le jour. Cette falaise, refermée sur elle-même en un cercle grossier, lisse, élevée, n'offrait aucune prise propre au franchissement par les hordes primitives, ignorantes de la corde et craintives ; franchissement dont elles écartèrent d'elles-mêmes toute volonté, étant affligées de croyances terrifiantes qui les en éloignaient.

En effet, outre son aspect peu engageant, la roche, compacte et lisse, se trouvant haute en teneur d'un oxyde ferreux particulièrement dense, attirait systématiquement la foudre qui gravait à chaque orage - puissants en ces montagnes élevées -, ses sillons dans la paroi. Ce ciselage fréquent de la pierre par les Cieux eux-mêmes qui, au gré de la foudre des dieux, offrait un aspect changeant au vaste enclos rocheux, fut dès les temps premiers élevé au niveau du sacré. Témoins de l'expression divine par le doigt armé, nulle créature humaine ne s'aventurait à l'approche de ces lieux, où s'étalait l'écriture céleste bien avant certain mont des Oliviers ; on n'osait même y porter seulement ses yeux par crainte d'être atteint de cécité sous la vindicte divine. Si les activités vitales devaient porter certains hommes en vue de la falaise sacrée, ceux-ci ralentissaient le pas, baissant la tête, et longeaient la muraille infranchissable à bonne distance. Le chasseur cessait de poursuivre le gibier qui s'en approchait, respectant la volonté divine de protéger la bête.

Au fil des siècles, seuls les prêtres, désignés par les diverses communautés qui se succédèrent là, furent investis de l'immunité nécessaire à l'approche de la paroi sans danger pour leur personne. Évoluant au cours des ères, des rites imposants relatifs à la roche sacrée furent mis sur pied, pour atteindre enfin un culte exigeant jusqu'au sacrifice humain - nécessaire à conjurer les famines persistantes, comme les intempéries. Ainsi, les hommes de culte étaient seuls capables d'interpréter les signes gravés à la roche par la foudre, manifestation évidente du langage divin. Langage très vite développé et utilisé par ces hommes-là pour rassembler dans l'obéissance religieuse et la vénération naïve, s'assurant ainsi pour la première fois de l'histoire humaine un pouvoir sans limites, épaulé par la crainte, le maintien dans l'ignorance et la menace du sacrifice humain.

Des bois maigres, mais vastes et quelque peu giboyeux, ainsi que le torrent qui traversait le cirque pour se jeter en un gouffre sans fond, d'où s'élevaient en un grondement terrifiant la parole et les vapeurs redoutables que dispensait là le dieu des eaux, assuraient la suffisance vitale à une population peu nombreuse, sédentarisée à jamais par la crainte d'un nombre de dieux que le temps grandissait.

Cet enclos naturel infranchissable l'était pour les mêmes raisons depuis l'extérieur : nul autre clan voisin - rares en ces montagnes inhospitalières -, n'approchait ces lieux de malédiction d'où certains aventureux, frappés par la foudre, ne revenaient pas.

Il est dans l'histoire des peuples des invasions meurtrières qui, la paix venue, voient fleurir des populations nouvelles, plus fortes dans la fusion bénéfique du savoir et des cultures. Ce n'était pas le cas dans cette Arche, qu'un Noé déserteur eût abandonnée pour toujours à l'ancre, aux rigueurs des immensités océanes.

Conséquemment, la vie était rude dans l'autarcie de ce creuset où ne tombait aucun apport extérieur, figée dans un passé dont les connaissances et le savoir-faire suffisaient juste à la survie.

 

 

3

                                     Cependant, écartant les branchages qui la fermaient et les repoussant avec soin derrière lui, un homme s'extrayait de l'une des habitations, à l'heure matinale où les oiseaux dorment encore.

Celui-ci, qui s'avançait sur le terrain caillouteux à la végétation épineuse et rare, portait un énorme gourdin. Cette arme redoutable, qu'il tenait lourdement appuyée sur son épaule, et sous laquelle il courbait le dos, était hérissée de nombreux silex, dont le poli brillait d'éclats bleutés sous les rayons de l'astre de la nuit, nuit d'une semaine, d'un mois, d'une année qu'il ne pouvait nommer, car ni lui, ni personne de son espèce n'avait jamais imaginé devoir le faire.

Son vêtement de peaux de bêtes, qui laissait nus bras et jambes malgré la fraîcheur de l'air, sa chevelure longue et désordonnée, sa barbe hirsute et luisante de la graisse animale des viandes ingérées dénotaient les temps reculés.

Cependant, sous l'éclairage lunaire, l'homme progressait rapidement vers une épaisse lame rocheuse couronnée de maigres arbrisseaux. Celui-ci gravit sans hésiter ce premier obstacle, se laissant couler dans l'ombre du versant opposé d'un pas plus attentionné ; puis il reprit son rythme soutenu parmi quelques traces de sentier qui s'étendaient devant lui en montée lente, traces qui signalaient plus le passage des animaux sauvages que celui de l'homme.

Celui-ci marchait depuis plusieurs heures, alors que les premiers rayons du soleil paraissaient enfin au dessus de l'immense falaise, qui maintenant émergeait de la brume et se découpait à l'horizon. Perçant l'ombre au détour d'un rocher, il fut frappé de plein fouet par la lumière naissante, et, levant sa main libre vers ses yeux, il marqua un arrêt, adossant son arme contre le tronc d'un pin.

Figé dans une sorte de prière, il se prosterna trois fois face au soleil, lança dans sa direction une incantation répétitive à voix basse, enfin demeura prostré un long moment, les yeux fermés face au soleil.

Reprenant alors sa massue, l'homme leva furtivement les yeux vers la falaise redoutée, lointaine encore, et se remit en marche.

Il avança jusqu'au soleil faiblissant, et vint arrêter sa course à quelques centaines de pas de la grande muraille, vers laquelle il ne se hasardait pas encore à lever un regard prolongé.

Il le fallait pourtant :

La mission qu'il avait à remplir, la mission qui lui avait été confiée à l'issue de la cérémonie, hier au soir, était d'importance : la survie même du clan, frappé de famine tout au long de l'hiver long et rigoureux qu'il venait d'endurer, tenait à la réussite de son expédition. Des enfants moururent, des vieillards affaiblis succombèrent ; le gibier raréfié, la cueillette inopérante en hiver, le poisson sous une épaisseur de glace jamais vue les avait contraints à la consommation de racines, d'écorces et d'herbes bouillies, mettant à mal les estomacs les plus aguerris. Malgré les privations, il était un des rares à avoir conservé ses forces intactes - on l'avait choisi ; on lui avait réservé le dernier quartier de viande, dont le fumet délicieusement faisandé courait encore entre ses dents.

Le vieux chamane lui avait - longuement préparé - tendu le breuvage d'invincibilité, les femmes avaient peint son visage et ses membres aux couleurs de l'ocre des héros ; enfin, le grand prêtre avait longuement officié devant le clan réuni, apaisant les dieux devant la Pierre levée, lui conférant ainsi le pouvoir d'approcher la falaise sacrée en simple mortel.

Les dieux avaient-ils compris, accepteraient-ils de lui laisser accomplir sa mission malgré le sacrilège qu'il se devait de commettre : le laisseraient-ils, lui, approcher la muraille sacrée ?

Il devait avoir confiance. Les dieux seraient avec lui.

C'est alors, ayant chassé la crainte de son esprit et tout en levant les yeux vers la surface divine, qu'il aperçut le signe : au sol, deux traces étranges, faisant leur chemin parmi le lit de cailloux mêlé de buissons, se dirigeaient vers la falaise. Assurément les dieux, lui accordant leur assentiment, le guidaient vers sa mission sacrée, il lui suffisait de suivre le double signe !

A nouveau, celui-ci se prosterna trois fois, en direction de la falaise cette fois-ci, récita une longue prière apprise la veille même, et se remit en route pour l'approche ultime, empli de la puissance divine et confiant.

 

 

4

                                          Cependant la gestuelle de l'homme, son posé de pied, attentionné sur le sol pierreux, avaient changé : on pouvait y déceler l'action de chasse.

D'une pierre qui soudain échappait à son pied, il fit un écart et stoppa net son avancée. L'homme avait découvert et observait avec acuité un vaste orifice au pied de la paroi rocheuse vers lequel, vraisemblablement, les signes divins le dirigeaient et qui, encore noyé dans l'ombre à cette heure matinale, n'était que ténèbres. Il lui fallut une dizaine de minutes - prises à notre système actuel de mesure du temps - pour disparaître sous le silence de ses pas furtifs dans la gueule béante de la caverne.

L'homme, qui avait progressé dans l'antre obscur jusqu'à ce que la visibilité faiblissante lui fasse craindre le pas sonore, s'était adossé à la paroi humide : il écoutait sans bouger, dans l'attente d'une meilleure accoutumance visuelle à l'obscurité.

Soudain dans le noir, deux yeux lumineux grands ouverts l'observent : la bête est là ! Rassemblant tout son courage et pénétré de l'esprit divin, l'homme arme sa massue, qu'il empoigne de ses deux mains fermes et tient levée au dessus de la tête, prêt à frapper, exactement entre les deux yeux comme le lui avait appris son père, qui, lui-même, tenait cette technique de chasse de son propre père, chasseur émérite entre tous.

Un grondement effrayant se fait entendre, les yeux approchent, grandissent ; on n'entend et ne voit rien d'autre dans l'obscurité ; ses propres yeux rivés à ces disques lumineux gigantesques, le chasseur ressent dans toute sa fibre la bête accourir ; le sol tremble sous ses pieds ; son corps n'apparaît pas encore, mais on le devine énorme. "- Tu dois la laisser approcher, asséner le coup à distance exacte des deux yeux, frapper au tout dernier moment, de toutes les forces que te confèrent les dieux, à bout portant !" ; ces paroles de son père aujourd'hui disparu dans des conditions hélas identiques lui reviennent ; l'homme ajuste la position, retient sa frappe encore : il doit réussir ou périr, un seul coup, un seul est possible ; il sait combien de son geste abouti il peut abréger la longue famine du clan, couper court aux intentions du grand prêtre et empêcher tout sacrifice humain, retourner acclamé - choisir une femme ! En un éclair, tout cela emplit son esprit, puis le vide s'y fait aussitôt ; alors, sûr de lui, dans un unique élan de tout son corps, tel un spasme lui paraissant interminable, l'homme abaisse la massue de toutes les forces réunies, les siennes, celles des dieux, et frappe exactement entre ces grands yeux jaunes et ronds qui approchent encore dans une vacarme inconnu de lui, et que nous appellerions : "roulement métallique d'un train sur ses rails dans un tunnel".

 

 

 

5

Car il s'agissait du tout premier train qui paraissait en ces lieux : on inaugurait enfin la ligne Paris-Artimille, qui franchissant là le dernier tunnel avant la frontière. Le conducteur, croyant bien entendre un choc frontal au niveau des phares, ralentit un peu puis, les instruments de bord paraissant n'indiquer aucune anomalie, celui-ci reprit progressivement l'allure de croisière habituelle.

"Quelque pierre tombée sur la voie" se dit-il, je demanderai vérification dès l'arrêt frontalier... 

 

 

 

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