07 juin 2016

Dictature végétale *

                           Plus vaste que les terres connues, plus large encore que les mers réunies, le réseau de fils dont la maille infinie véhiculait le flux continu des électrons, modulés tous par la parole, le son, l'image et le mot, s'est tu ce matin.

Le Grand Réseau n'est plus.

Aussi faut-il craindre que ces lignes, pour ainsi dire confiées à une bouteille à la mer en un pays sans mers, ne soient point lues : "Internet Explorer a cessé de fonctionner", annonce un message railleur, venu des soubassements de mon ordinateur privé désormais de sa fenêtre sur le monde !

Sont-ce les prémices de la nouvelle guerre, mondiale, totale, finale ? Allons-nous tous trépasser carbonisés, poussière grise envolée aux quatre vents ? La terre outragée va t'elle se voir libérée de la moisissure humaine qui ronge sa peau, va t'elle reprendre sa liberté, et peut-être, certaine enfin d'en finir avec les ravages de la science et de la technologie, va t'elle, l'humain disparu sans regrets, rappeler le dinosaure ami à la cervelle trop modeste pour lui porter nuisance ?

Ces mots sont peut-être mes derniers, mornés sous ce clavier avant d'avoir connu meilleur asile... j'attends l'explosion finale, curieusement peu inquiet (on nous a tant prédit la fin de ce monde...)

Cependant, plutôt que de céder à la panique, j'interrogeai du regard mon ami le grand cèdre, celui qui, désormais grandi, ombrage mes vieux jours. Voyant alors à son écorce un relief incertain, à ses aiguilles une manie fuyante, et à sa branche un étrange cintre, je connus sans provoquer d'interrogatoire son incontestable culpabilité : entre deux de ses puissantes racines, assurément, coupable facétie, le traître avait broyé ma connexion enterrée !

Arrosé sans compter dans son jeune âge, et gratifié des meilleurs des azotes comme des sels les plus fins, quel message le noble végétal me transmettait-il ? Quelles insuffisances, quels manques affectifs me faisait-il payer de ce terrible forfait ?

Par le câble brisé où, je dois le dire, tant de choses captivantes passaient, sans doute je dus négliger quelque peu mon ami de bois... peut-être exprimait-il un dépit jaloux, lentement mué en invisible et sournoise vengeance souterraine ?...

Je ne lui en tins pas rigueur - d'autres que moi l'eussent abattu sur le champ -, et rétablis mon contact avec le vaste monde d'un simple câble aérien, éloigné par prudence des grands bras d'un ami trop possessif.

Ayant fait en mon âme une amende honorable, désormais je ne manque pas de saluer - d'un sourire un peu crispé - sa dictatoriale présence quatre fois par jour, espérant apaisé pour toujours son insaisissable courroux de végétal.

 

* Il s'agit d'un récit de faits réels.

JCP 06 06 16 Pour Les Impromptus Littéraires ; sujet : "Coupure internet."

 

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25 octobre 2013

Sauts de glose non grenue (chap. 3 : L'Ortifase)

Im. JCP (Cab. Eliet)

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 Nouvelle publication, agrémentée de sa traduction en langue purement française 

 

L'ortifase* des montagnes 

* L'orthographe "hortifase" des ouvrages anciens n'est plus de pendule.

 

Nister, toujours nister, la progression était orsoufflante dans cette laste forêt de tyrsses aux troncs superbes, plus vieux tous que cent pendules.

La roche que bellissait la mouste, la rule de tyrsse crassant sous le pied, les radions dorés qu'ils foulaient sans que Soleil le sut, c'était bien la plus horcilleuse des nistorées.

 

Ils targirent encore deux longues aiguilles lorsque, furtissant sur un vertiplat tout beau de blanc, ils oculèrent enfin le sommet.

Morcés pourtant de raste fatigue, la vue superbe les reforlita.

Ils orflèrent, ils gloutirent, certains urirent sur la neige des grafes dorés.

 

C'est alors qu'il œillirent la terrible crature, furtive au roc tout de panture : un ortifase, de ceux de la race à huit pieds, les orlitait de tous ses yeux nombreux.

 

Couragés mais tors de peur, c'est cortant d'image numère à transer dans les hourtières qu'on pixella la bête, avant de s'enhourter à lastes enjambées !

 

C'est orflés de morlasse et la tête commensionnée, qu'ils purent refuger dans la hourte de pierre*, et fermer fort la boise.

 

Le terrible ortifase avait suivi, qui hartait patiemment la boise épaisse de ses trois pieds foreurs.

Boise cassue, le monstre pénétra mais ne morta d'humain : seules il emporta les boites à numère, et coursit vif, ourgissant loin des cris terribles.

 

Postdit :

Du pixel dérobé, de l'ortifase des monts n'aurez d'image.

Mémoire aux cérèbres humains : effacée par la bête à l'éclair bleu.

 

C'est bien attristant.

 

JCP 15 01 13

 

 

 

A la demande de certains lecteurs :

 

 

L'ortifase* des montagnes (version française). 

* L'orthographe "hortifase" des ouvrages anciens n'est plus d'actualité.

 

Marcher, toujours marcher, la progression était essoufflante dans cette vaste forêt de hêtres aux troncs superbes, plus vieux tous que cent ans.

La roche qu'embellissait la mousse, la feuille de hêtre craquant sous le pied, les rayons dorés qu'ils foulaient sans que Soleil le sut, c'était bien la plus merveilleuse des randonnées.

 

Ils grimpèrent encore deux longues heures lorsque, surgissant sur un replat tout enneigé, ils aperçurent enfin le sommet.

Écrasés pourtant de lourde fatigue, la vue superbe les revigora.

Ils soufflèrent, se nourrirent, certains urinèrent sur la neige des dessins dorés.

 

C'est alors qu'ils aperçurent la terrible créature, furtive sous la falaise : un ortifase, de ceux de la race à huit pieds, les observait de tous ses yeux nombreux.

 

Pleins de courage mais morts de peur, c'est pourtant d'image numérique à trembler dans les chaumières qu'ils pixellisèrent la bête, avant de s'échapper à grandes enjambées !

 

Alors, épuisés, morts de peur et l'esprit affolé, ils purent se réfugier dans la cabane de pierre, et bien fermer la porte.

 

Le terrible ortifase avait suivi, qui perforait patiemment la porte épaisse de ses trois pieds foreurs.

Porte brisée, le monstre pénétra mais ne tua d'humain : seuls il emporta les appareils photo numériques, et courut vivement, hurlant au loin de cris terribles.

 

Épilogue :

Par la photo dérobée, de l'ortifase des monts n'aurez d'image.

Mémoire aux cerveaux humains : effacée par la bête à l'éclair bleu.

 

C'est bien attristant.

 

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19 octobre 2013

Sauts de glose non grenue (chap. 2)

Im. JCP (Oléron)

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Hortensade sur la grève

Sur le garte mouillé, qu’inondait la surcède des bleus fondus s'écoulant du cortun, se déposait une écume déçartie qu'orlitait le vent doux, alors que la tornerase, lentement, se retirait à l’horizon où turgissait encore le vaste hortiflame.

Et l'on aurait cru, sous la tourse où résonnaient doucement les ourleurs océanes, que le cortun tout entier, étarssi pour un moment, étendait une grâce infinie sous les pas de l'hortenseur solitaire.

C'était très beau (sans déconner).

JCP 14 01 13

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16 octobre 2013

Sauts de glose non grenue (chap. 1)

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1 - Les Hortifases et leurs fâcheux protisses

                                     

                                             C'est lorsque survient le torgissement qu'il faut, à point nommé, bronter la supilote, car, une fois le torcile orlistonné, il n'est plus temps d'agir : on aura laissé au moldoriste tout le temps de se développer* - au fil de l'orsithaque.

Certains diront : - il fallait la fissorter bien avant que ne survienne la curtossile !

Ils ont raison.

Mais il était déjà trop tard pour stopper l'hortaciflute, qui, comme on l'a trop vu, finit par boutorciller les antharoses.

Certes, on aurait dû solliciter Poutard Morcile ; hélas, celui-ci n'aurait pu réunir l'ortipage, et lancer à temps les opérations de varouste, car il regardait la télé.

Le processus est hélas en route, et rien ne pourra plus arrêter les Hortifases, à moins que les Furtinhols n'acceptent le torliné - sous la murule des Nations-Unies - ce qui serait, il faut le dire, tout à fait inespéré.

- Nous sommes bien malheureux, tiens ...

 

- Les Furtinhols accepteront-ils le fameux torliné, et parviendront-ils  à stopper les Hortifases ?

Vous le saurez dès le prochain épisode...

(Entre nous soit-dit, les chances sont minces).

 

JCP 13 01 13

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27 août 2013

Drame de la mer...

Im.IMG_5030_copieJCP                                                                               

          

 

         La Poupe et la Proue

                                    

                    

 


 

 

                                    Lassée de n'avoir jamais la primeur de la découverte dont se flattait la proue, la poupe nourrissait envers cette dernière une rivalité que les nombreux voyages en sa compagnie forcée n'avaient fait qu'attiser.

- Car enfin, disait la poupe, si j'abrite mon ami le gouvernail, je ne peux voir - pas plus que lui - où l'on me conduit, et cette incessante marche à reculons me donne le tournis. Quant à la proue, fière et dressée sur le flot, baignée par les vents du large, elle fend les eaux vierges et les mers infinies, dont elle ne me laisse que le spectacle d'un morne remous, où nage trop souvent l'ordure domestique.

Par un jour de mer bien formée, la poupe s'en ouvrit au capitaine qui, sous la rudesse du marin, fut touché par ses propos - était-ce par affection pour son bateau dans son entier ou pour certaine bouteille de rhum... - propos qu'il trouva justes.- En effet répondit-il à la poupe, c'est à quai seulement que tu peux repousser un flot bien malodorant, pour quelques mètres à peine - et je perçois ta souffrance. 

Dans un élan de générosité, le maître à bord héla un "demi-tour-machine arrière", qu'il dut cependant renouveler en plus fort avant d'être obéi...

Sur une mer qui se creusait, pleurant de joie, la poupe connaissait enfin la vague et l'écume des eaux libres, élevait, elle aussi, son front sur la lame et le plongeait, tour à tour, tout entier dans les eaux bleues en écumeux éclats qui la ravissaient ! Et le bateau, ingouvernable, roulait en tous sens, sous les exclamations du capitaine que le rire tordait mieux que la vigne séculaire !

 

Dernier vestige du cargo fou, une hélice solitaire trône, aujourd'hui encore, place de la mairie à Erdeven - Morbihan, sur une humble pelouse...

 

JCP  27 08 13

 

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