Aide mentale à la méditation (2/2) :

Étiqueter les pensées pour les prendre moins au sérieux*

 

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                                         Notre mental produit des pensées, les insuffle et les développe en nous. Infiniment variées, simples ou complexes, solitaires ou en groupe - en grappe pourrait-on dire -, les pensées peuvent se classer en trois grandes catégories, chaque catégorie présentant sa diversité et ses nuances :

 

1 – Les pensées agréables :

Ces pensées-là nous apportent du bonheur, et nous aimerions les retenir en nous le plus longtemps possible. Mais nous ne choisissons pas toujours nos pensées, d’autres prendront leur place, l’impermanence est souveraine comme elle l’est dans l’univers tout entier.

Nous venons de quitter une personne dont la conversation a fait naître en nous des sentiments agréables, voire flatteurs pour notre ego (une entité dont le discours est tempérer…) ; la perspective d’une soirée de spectacle, d’une réunion amicale, d’une fête, nous enchantent ; des amis chers nous invitent, ou nous allons les recevoir et prévoyons repas et distractions, penser aux discussions joyeuses qui ne manqueront pas dans une chaude amitié nous ravit à l’avance ; nous avons des projets visant à un plus grand bien-être, nous allons pouvoir acquérir un objet longtemps désiré ; nous nous sentons apprécié par une personne importante dans notre vie, aimé peut-être…etc.

 

2 – Les pensées neutres :

Celles-ci ne déclenchent pas en nous de sentiment spécifique, elles se fondent dans la vie quotidienne, dans l’utilité, le nécessaire, le routinier, le projet banal que nous réaliserons à court terme sans état d’âme particulier…

En rentrant nous passerons prendre le pain, il ne faut pas oublier aussi de faire le plein, nous relèverons le courrier et sortirons la poubelle sans faute, c’est aujourd’hui…etc.

 

3 – Les pensées désagréables :

Ici prend tout son sens le fait que nous ne soyons pas capables de choisir nos pensées : le mental n’en fait qu’à sa tête dans nôtre tête et, selon notre état psychique du moment, qu’une simple fatigue passagère peut dégrader, ces pensées-là vont se dissiper rapidement (nous n’en voulons pas), ou bien stagner en nous plus ou moins profondément, plus ou moins longuement, occasionnant plus ou moins de souffrance.

Nous voudrions bien apposer le label « INDÉSIRABLE » sur ces pensées-là, et implanter en nous la logique rêvée, celle qui, dès leur apparition, les enverrait « à la corbeille», ce qui viendra peut-être dans un futur plus ou moins proche, mais nous n’en sommes pas encore là, et devrons vivre avec ces pensées-là, qui pénètrent en nous sans y avoir été invitées. Et, toujours sans notre autorisation, elles se permettront de faire naître en nous toute une palette de sentiments, qui peuvent aller du simple « spleen », « blues » ou nostalgie (« le bonheur d’être un peu triste » de Victor Hugo) jusqu’à la tristesse et l’accablement, en passant aussi par la colère, la culpabilisation ou, plus radicalement encore, la dépression, l’angoisse et les idées suicidaires.

Il (elle) n’a pas appelé, je vois bien qu’on se désintéresse de moi ; on ne m’aime pas ; j’ai encore échoué dans ce projet, je ne sais décidément pas m’y prendre, je suis nul (nulle) et bon à jeter ! ; ces examens médicaux vont révéler un cancer, c’est certain, c’est bien ma veine, je vais mourir dans d’atroces souffrances ! ; pourvu que cet entretien se passe bien, et si je ne trouvais plus de travail ! ; quelle tristesse, il ne fera donc jamais beau… etc.

 

 

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                 Certaines pensées prennent ainsi tant d’importance dans notre vie que nous pouvons être soumis à elles, temporairement pour la majorité d’entre nous, dans une souffrance durable pour d’autres.

Cependant, nul n’aime souffrir, serait-ce brièvement.

La méditation peut nous aider, c’est un fait avéré qui n’est pas à démontrer.

Ayant commencé à méditer, nous prenons conscience de la difficulté qui consiste se concentrer sur notre respiration (la méditation pourrait presque se résumer à cette phrase pour le débutant). Le mental nous en écarte, prend les commandes et nous propose des pensées que nous faisons nôtres à notre insu complet, pour nous retrouver avec cette bande-son qui tourne en boucle en nous : le bruit mental. Pas moyen d’accéder à la paix intérieure, nous sommes condamnés à penser trop souvent à ce que nous voulons oublier ou qui nous fait souffrir.

Nous reprenons notre attention à la respiration, « on » nous en a écartés.

Si, comme nous l’évoquions plus haut, le tri automatique de la pensée n’est pas encore à l’ordre du jour, lors de notre méditation assise nous avons entrevu la possibilité de ralentir - globalement - le flux de la pensée que nous injecte le mental par une observation attentionnée de notre respiration, objet de méditation des plus pratiques que nous avons avec nous, en nous, toujours disponible.

Nous avons aussi compris qu’on ne peut ni contraindre ni combattre le mental, mais qu’il était possible, ayant assimilé son fonctionnement, de le prendre un peu moins au sérieux, et même de parvenir, momentanément, à s’en désintéresser un peu. Ceci durant des instants plus ou moins brefs au cours de notre méditation assise, où nous avons pris conscience que nous ne sommes pas le penseur, comme l’affirme Eckhart Tolle (voir cet auteur à « BIBLIOTHÈQUE ZEN »), et que les pensées ne viennent pas toujours de nous, puisque certaines (trop !) nous sont indésirables.

Dans cette optique nous pouvons, lors de notre méditation assise et tout au long de la journée dans les moments où nous ne serons pas dérangés, repérer les pensées une à une, dès qu’elles se présentent à la porte de notre mental (toujours concentrés sur notre respiration). Ainsi, nous les reconnaissons, machinalement, sans les juger, et les étiquetons l’une après l’autre, simplement, comme on le ferait d’une simple marchandise à l’étalage, étant entendu que nous ne sommes pas acheteurs.

Nous pouvons alors, mentalement, désigner chaque pensée par deux chiffres (le prix de vente si l’image vous convient), allant de 1 à 3 chacun.

Le premier chiffre représente la nature de la pensée telle que nous l’avons évoquée plus haut, le second, de 1 à 3 également, sa durée, de cette manière-là :

 

1-1 : Pensée agréable brève

1-2 : Pensée agréable de durée moyenne

1-3 : Pensée agréable de longue durée

 

2-1 : Pensée neutre brève

2-2 : Pensée neutre de durée moyenne

2-3 : Pensée neutre de longue durée

 

3-1 : Pensée désagréable brève

3-2 : Pensée désagréable de durée moyenne

3-3 : Pensée désagréable de longue durée

 

Étiquetant ainsi les pensées, comme une simple marchandise et sans les juger nous l’avons dit, au fil de notre observation attentive du mental, nous les prendrons moins au sérieux, et nous pourrons les écarter :

- Tiens, cette pensée 3-2 voudrait rester en moi pour s’y développer, je reprends l’observation de mon souffle, j’inspire-j’expire, la voici qui se dissipe, j’inspire-j’expire.

Je sais qu’elle reviendra, le mental têtu me la renverra, mais je saurai la remarquer dès son apparition et ne l’accueillerai pas : je l’étiquetterai et, respirant toujours, elle devra disparaître.

Meilleure ou pire, toujours sans la juger, la pensée suivante sera étiquetée de la même manière et nous la laisserons s’évanouir sans la prendre en compte - j’inspire-j’expire.

Bien sûr, le mental n’est pas du tout satisfait de cette rupture dans les communications, et plus encore que nous ne prenions pas ses productions au sérieux ! Ce rusé nous le fera savoir.

Mais nous savons réagir, c’est-à-dire ne pas réagir à ses provocations, notre paquet d’étiquettes en main à évaluer sa marchandise qui, de jour en jour, n’a plus, on commence à le sentir, sa fraîcheur d’origine.

Puis, un jour (peut-être pas demain, ne soyons pas pressés), nous n’aurons pas besoin d’utiliser ces étiquettes… mais ne les jetons pas, elles resserviront peut-être le jour suivant…

 

Bonne méditation*.

 

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 * Ne perdons pas de vue que le mot « méditation » dans notre langue est plutôt le contraire de ce que nous nommons ici méditation, puisqu’il s’agit de s’entraîner à ne pas penser, ou de penser le moins possible. Nous n’avons pas d’autre mot.

- Messieurs les académiciens, posez votre verre et votre fourchette, et composez nous un mot nouveau pour traduire à la fois « tchan » du chinois, « zen » du japonais, et « dhyana » du sanscrit !

 

 

* Principe cité par Ezra Bayda, dans son remarquable ouvrage « Vivre le zen », Poche Marabout.

 

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JCP, 08/2021