31 mai 2021

PICASSO (1348)

 

 

 

PICASSO

 

Péninsule accostée aux laves enflammées,

Nébuleuse de blanc de la conscience pure,

Qui du crayon jaillie débâtit la prison

D’une âme qui s’enivre à son tout premier bal !

 

De l’effrayant fouillis aux couleurs surannées

Où rien ne transparaît, la puissance d’esprit

Qui déblaie le chemin réunit un à un

Mille et un sentiments et les fond au creuset.

 

Paysage éclaté, où l’essentiel demeure

Plus fort en vérités que la vie que la mort,

Visages déchirés par la joie par la peur

Où toute une émotion se chiffre en un seul trait !

 

D’un halo invisible, où l’œuvre disparaît,

S’exhale l’expression de la toile achevée,

Sensation épurée où la pensée se tait,

Et la conscience boit au seul dire du peintre.

 

 

JCP, 05/2021

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26 mai 2021

C'est plus comme avant (Quatrains, 1345)

 

 

 

 

C’est plus comme avant

 

Dans l'âge et ses tourments est un signal morose

Voulant que retirer ses plus beaux vêtements,

De prélude à l’amour, passe un peu trop souvent

À palpation de médecin. On le regrette.

 

 

JCP, 05/2021

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22 mai 2021

Baudelaire : Les Hiboux

Datée du 18 Mars 2020, cette modeste analyse du poème de Baudelaire étant devenue l'article le plus consulté du bog, son auteur a cru bon d'en augmenter la visibilité.

Grands poètes : Baudelaire

 

hiboux

 

 

Charles Baudelaire (1821-1867)

 

Les Hiboux (Les Fleurs du Mal, 1857)

 

Sous les ifs noirs qui les abritent,

Les hiboux se tiennent rangés,

Ainsi que des dieux étrangers,

Dardant leur œil rouge. Ils méditent.

 

Sans remuer ils se tiendront

Jusqu’à l’heure mélancolique

Où, poussant le soleil oblique,

Les ténèbres s’établiront.

 

Leur attitude au sage enseigne

Qu’il faut avant tout qu’il craigne

Le tumulte et le mouvement.

 

L’homme ivre d’une ombre qui passe

Porte toujours le châtiment

D’avoir voulu changer de place.

 

 

 

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Petite analyse hypothétique du poème

 

Les poètes ne chantent guère le hibou, et connaissant Baudelaire on est plutôt sur ses gardes.

Le premier quatrain nous plonge en effet dans une atmosphère sombre et inquiétante : « les ifs noirs » (est-on dans un cimetière ?). « Dardant leur œil rouge » : la couleur des yeux grandit la menace que représente cet oiseau de malheur que l’on clouait alors, victime de la superstition des hommes, sur le portail des granges.

Mais ces hiboux, de redoutables, se complexifient de « dieux étrangers » et de méditants.

On pense au Bouddha en posture de méditation mais, est-ce vraiment à lui que Baudelaire fait allusion ? Ou à de « mauvais » dieux, païens redoutables au culte barbare ?

On peut penser aussi au vers 77 du Voyage (Les Fleurs du mal) : « Nous avons salué des idoles à trompe », s’agissant probablement du dieu hindou à tête d'éléphant, Ganesh.

En sus de la crainte il y a donc là, bonne ou mauvaise on ne sait, une composante spirituelle : ces oiseaux méditent, pratique largement méconnue qui grandit le mystère.

 

Le second quatrain nous les montre toujours plus immobiles, attendant les ténèbres « sans remuer ». D’un logique désamour pour la lumière, ils attendent que la nuit « pousse le soleil oblique » sans ménagements pour que soit enfin restauré leur domaine de prédilection, ceci en méditant. Nuit mélancolique et ténébreuse à souhait, critères baudelairiens par excellence.

 

Le premier tercet nous fait l’éloge de la sédentarité, présentée comme sagesse : les hiboux, sages eux-mêmes, enseignent à qui veut l’être qu’il ne doit pas bouger. Encore vague, une menace se fait jour pour qui enfreindrait la règle : le sage doit « craindre le tumulte et le mouvement ».

De dieux, étrangers et suspects, voire redoutables, les hiboux sont désormais qualifiés de sages.

 

Le dernier tercet confirme le bien-fondé de l’immobilité, et la menace est là : on doit ignorer jusqu’à  l’« ombre qui passe » sous peine de « châtiment ». Qui ne semble pas être celui que le christianisme lie au péché.

Ce respect absolu de l’immobilité conduirait à la sagesse.

Sagesse atteignable à travers une certaine pratique spirituelle, dans la pénombre, se tenant parfaitement immobile sous peine d’échec (le châtiment ?).

Le poème qui s’achève nous incite, plus résolument encore, à la sédentarité, voire à nous retirer du monde. Baudelaire lui-même, citons encore "Le Voyage", n'était pas un grand voyageur et détestait la campagne ("Rêve parisien"). Voir ces deux poèmes ci-dessous).

https://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/charles_baudelaire/le_voyage

https://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/Poemes/charles_baudelaire/reve_parisien

On peut encore, avec ou sans conviction, comparer la silhouette, massive et figée, yeux mi-clos (bien que rouges) du hibou à celle du Bouddha en posture de méditation…

Qu’en est-il réellement ?...

On peut imaginer que, suite au mauvais souvenir du voyage de jeunesse qu’il dut écourter, Baudelaire écrivit ces trois poèmes qui ne sont pas sans lien : « Les Hiboux », « Le Voyage », et « Rêve parisien ». Les trois semblent en effet dénigrer voyage et nature.

Cependant, si la bonne poésie est celle qui se déchiffre incomplètement, laisse sa part obscure et se prête à diverses interprétations (et même à écrire à sa suite), ce court sonnet octosyllabique en fait éminemment partie.

 

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CONFINEMENT

 

Quant au lien qui semble unir ces trois poèmes, "Les Hiboux", "Le voyage" et "Rêve parisien", une remarque vient à l'esprit : dénigrant le voyage (« Le Voyage »), la nature (« Rêve parisien ») et louant sédentarité et immobilité (« Les Hiboux »), on pourrait tirer de ces trois poèmes une merveilleuse consolation au confinement qui nous frappe !

Ces trois poèmes nous disent, il suffit de le lire :

- Tu ne peux voyager, tu te sens prisonnier dans ta propre maison, la nature te manque : fort bien, réjouis-toi ! Demeure donc chez toi, tu es un sage et tu ne le savais pas !

 

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J'ai bien cru entendre dire, par-dessus mon épaule : "Sagesse forcée ne fait pas long chemin" ...?...

 

JCP 03/2020

21 mai 2021

Toilette terrestre (1335)

 

 

 

Toilette terrestre

 

Vastes comme le ciel, de grands bras de cristal

Retroussent l’horizon, et court l’onde invisible

Qui entrouvre les mers et libère les vents,

Et fissure le sol en de mortels élans.

 

De villages noyés en îles émergées,

La terre est en toilette, et, contemplant sa peau,

Ici de lave tiède ou là rasée de près,

- Libre de parasites - laisse éclater sa joie.

 

 

JCP, 04-05/2021

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09 mai 2021

La semence du temps (Quatrains, 1338)

 

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                                                                                                                                   Oléron, la dune de St Trojan, 19 Juin 2011, 6 h. du matin

 

 

La semence du temps

 

Sur le dos de la dune, où des éclats de jour

Se fondent à la nuit, en artiste éphémère

Imprégné des senteurs de rives inconnues,

Le vent a déposé la semence du temps.

 

 

JCP, 04/2021

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02 mai 2021

Aujourd'hui : rien (Quatrains, 1325)

 

 

 

Aujourd’hui : rien

 

Éveillé ce matin avant le chant du merle,

Je sus, dans un éclair, qu’aucune activité,

De toute la journée, n’atteindrait mon bien-être,

Et bondis de mon lit impatient de rien-faire !

 

 

 

 

JCP, 03/2021

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