Senderos que se bifurcan*

 

                                                        À Jorge Luís Borges

 

Aux lueurs affaiblies d’un passé révolu,

Parfois s’éclaire en nous le sentier qui bifurque -

Et qu’on n’emprunta pas. Et serpente en nôtre âme

La voie d’une autre vie qui mourut avant d’être.

 

Ainsi qu’au coffret clos, dont l’imagination

Voit immense et précieux ce qu’il ne contient pas,

Comme elle eût été belle, emplie de tant de joies,

De bonheur et d’amour, la vie que l’on n’eut pas !

 

Écartées à jamais de notre connaissance,

Qui dira si ces voies ne forment près de nous

- En réseau parallèle à notre destinée -

Des rails immaculés où nous pourrions rouler…

 

 

 

* Sentiers qui bifurquent

D’après le titre original du recueil de nouvelles de Jorge Luís Borges (Argentine, 1899-1983) « Le jardin aux sentiers qui bifurquent ».

Augmenté du recueil « Artifices » et édité sous le titre « Fictions » (Folio, Gallimard).

Grand classique de la littérature sud-américaine, fréquemment étudié en classes de lettres.

 

JCP, 12/2020