"C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons."

Arthur Rimbaud

 

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Ici, rien de spectaculaire.

Pas d’ascension périlleuse vers le point de vue vertigineux, pas d’évènement tellurique, pas de curiosité prodigieuse, pas d’impression renversante à briller en société par un récit épique.

Simplement le spectacle d’une nature libre et apaisée, où l’homme n’a pas encore laissé son empreinte, et qu’un œil expéditif verrait banale jusqu’à la taire.

Ici, l’ombre maîtresse veille à ses mousses, et au bien-être humide du ver qui ronge le bois mort.

Ici, la lumière rare qui perce le feuillage est bue d’un trait par les jeunes pousses avides de  hauteur, qui prient le lierre, leur dieu fossoyeur, de leur accorder l’accès suprême au ciel, et au soleil éternel. Mais la quête, verticale, longue et lente, est aussi exigeante, et toutes ne la mèneront pas à terme. Les dieux exaucent peu.

Ici, lorsque l’oreille s’accorde au silence, quand la narine s’attarde aux senteurs fraîches de la feuille et de l’humus, la main, qui tour à tour caresse l’écorce et repousse la branche, ouvre l’œil à des beautés sachant taire le tumulte du temps, et n’emplissant que d’elles un mental apaisé - sous le murmure du fleuve aux eaux toujours nouvelles.

 

JCP 11/2020

 

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