30 avril 2020

Georges Brassens, La Marguerite - Verlaine, Léo Ferré

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Georges Brassens

(1921-1981)

 

La Marguerite

(1962)

 

                 Georges Brassens n'a pas son chapitre aux anthologies où figurent les grands poètes. Ne devient pas Baudelaire qui veut - il le reconnaissait volontiers. Son incursion dans la littérature n'a pas fait date non plus : son unique ouvrage, "La tour des miracles", ne mérite qu'une lecture bienveillante - il le reconnaissait aussi.

Chanteur-compositeur, Brassens est cependant un versificateur hors pair, sans doute un des plus talentueux dans ce domaine tellement exigeant. 

Sa chanson "La Marguerite", mérite à ce titre qu'on prenne le temps de s'y arrêter. Il y a là une somme de talent, d'inspiration, et sans doute de travail acharné considérable.

Débordante d'allitérations* et de rimes riches, elle est un exemple éclatant - voire unique dans le domaine de la versification, qu'elle soit à caractère poétique ou non. À tel point que ses allitérations, présentes à chaque vers (un exploit digne de Racine, Corneille ou Molière) peuvent à l'oreille passer pour des rimes. Le premier vers de la cinquième strophe est des plus significatifs en ce sens.

Les mots chantent seuls, et on peut imaginer que la musique est venue d'elle-même (enfin, peut-être...)

 

* Allitération : Répétition d'une consonne ou d'un groupe de consonnes (par opposition à assonance) dans des mots qui se suivent, produisant un effet d'harmonie imitative ou suggestive (par exemple « De Ce Sacré Soleil dont je Suis deSCendue » [Racine]).

 

Assimilant (on peut le penser) les directives du poème "Art poétique" de Paul Verlaine, Brassens choisit le vers impair de 11 pieds pour sa musicalité (9 pieds pour le poème de Verlaine) :

« De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'Impair
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

..........................................................»

 

JCP, 04/2020

 

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 LA MARGUERITE

 

1
La petite marguerite est tombée
Singulière du bréviaire de l'abbé
Trois pétales de scandale sur l'autel,
Indiscrète pâquerette d'où vient-elle ?
Trois pétales de scandale sur l'autel,
Indiscrète pâquerette d'où vient-elle ?

2
Dans l'enceinte sacro-sainte, quel émoi!
Quelle affaire, oui ma chère, croyez-moi!
La frivole fleur qui vole, arrive en
Contrebande des plates-bandes du couvent.
La frivole fleur qui vole, arrive en
Contrebande des plates-bandes du couvent.

3
Notre père qui j'espère êtes aux cieux
N'ayez cure des murmures malicieux.
La légère fleur, peuchère! ne vient pas
De nonnettes, de cornettes en sabbat
La légère fleur, peuchère! ne vient pas
De nonnettes, de cornettes en sabbat

4
Sachez diantre! qu'un jour entre deux Ave
Sur la pierre d'un calvaire il l'a trouvée
Et l'a mise chose admise par le ciel
Sans ombrages dans les pages du missel
Et l'a mise chose admise par le ciel
Sans ombrages dans les pages du missel

5
Que ces messes basses cessent, je vous prie
Non le prêtre n'est pas traître à Marie
Que personne ne soupçonne plus jamais
La petite marguerite ah! ça mais.
Que personne ne soupçonne plus jamais
La petite marguerite ah! ça mais.

 

Une vidéo mise à disposition par l'I.N.A.

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"Art poétique" de Verlaine en entier :

 

                                        À Charles Morice

 

De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'Impair
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

Il faut aussi que tu n'ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise :
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l'Indécis au Précis se joint.

C'est des beaux yeux derrière des voiles,
C'est le grand jour tremblant de midi,
C'est, par un ciel d'automne attiédi,
Le bleu fouillis des claires étoiles !

Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la Couleur, rien que la nuance !
Oh ! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !

Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L'Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l'Azur,
Et tout cet ail de basse cuisine !

Prends l'éloquence et tords-lui son cou !
Tu feras bien, en train d'énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l'on n'y veille, elle ira jusqu'où ?

O qui dira les torts de la Rime ?
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d'un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?

De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée
Vers d'autres cieux à d'autres amours.

Que ton vers soit la bonne aventure
Eparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym...
Et tout le reste est littérature.

 

 

Ce poème a été mis en musique et chanté par Léo Ferré :

(Vidéo au format approximatif...)

 

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28 avril 2020

Citations : Shopenhauer

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Allemagne, 22 février 1788 - 21 septembre 1860

 

« Les religions sont comme les vers luisants, pour briller il leur faut de l’obscurité ».

 

 

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26 avril 2020

Quiétude estivale (1201)

 

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Quiétude estivale

 

Dans la sourde chaleur,

Midi s’est chargé de silence.

L’azur est déserté,

Aucune herbe ne craque.

 

Soudain sur la pelouse,

L’ombre d’une feuille a bougé.

 

Fêlure de quiétude

Aussitôt refermée.

Souffle léger

De l’envol d’un oiseau ?...

 

Délicieuse oisiveté

Des lentes journées d’été.

 

 

JCP 04/2020

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19 avril 2020

La peur heureuse (1179)

 

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                                                                                      La grotte d'Oubièges (Ambialet, Tarn)

 

                            La peur heureuse

 

                                    Tout au fond de la grotte

                                    Humide et ténébreuse,

                                    - Délicieuse frayeur -

                                    On sent qu’il se chuchote.

                                    Et reviennent au cœur

                                    De vieilles peurs heureuses :

 

       Le temps dont la mesure

       A perdu ses valeurs

       Nous rend la trace obscure

       De nos anciens bonheurs.

 

                                    Mais le futur qui souffle

                                    Nous porte un vent d’oubli

                                    Où le présent s’essouffle,

                                    Et le rêve s’enfuit.

 

 

 

JCP 02/20 - 04/20 Aux anciens souvenirs

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La défaite des ombres (1197)

 

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La défaite des ombres

 

Tombe une ombre de l’arbre

Qui coule au fond du pré ;

Et d’un léger remous

Le ruisseau la boit toute.

 

Eau noire vers sa source,

Le ruisseau se replie

Où toute eau disparaît,

Où toute ombre succombe.

 

Et des lointains sans borne

Un grondement s’étire –

Long cri de fond de gorge

De l’astre victorieux.

 

 

JCP 03/2020

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UN LIVRE PAPIER C'EST TELLEMENT MIEUX

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ÉDITIONS YAPADVIRUS

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17 avril 2020

Luis Sepúlveda

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Il était mon ami mais ne le savait pas.

 

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               Défenseur de toute cause juste, de la dignité de l'homme et de celle de la nature, survivant des geôles de Pinochet, Luis Sepúlveda vient de succomber à un dictateur plus implacable encore : le virus qui ne cesse d'assombrir notre planète.

Luis, nous n'oublierons jamais ton "Vieux qui lisait des romans d'amour", ni l'histoire de ta "Mouette et du chat qui lui apprit à voler", que voici dans son intégralité (texte libre de droits que les enfants peuvent lire) :

 

UN CLIC SUR L'IMAGE POUR LE LIRE

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LE LIVRE PAPIER C'EST TELLEMENT MIEUX...

 

Ouvrages principaux : Le Vieux qui lisait des romans d’amour, Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler, L’Ombre de ce que nous avons été, Le Neveu d’Amérique, Le Monde du bout du monde et Un Nom de torero.

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Luis, j'ai un aveu à te faire...

Amoureux des mots et des langues (on dit plus justement "idioma" - idiome - en espagnol, "lengua" - langue - est un organe, pas vrai ?), je me suis permis de traduire - en français et selon ce que j'ai cru lire de ta propre sensibilité - ton inoubliable "Un Viejo que leía novelas de amor". Tel comme je crois que tu l'écrivis - et non tel que nous le lisons dans notre pays.

Longuement, laborieusement, avec toutes les aides possibles (comme celle via internet d'un de tes compatriotes écrivain), j'ai proposé au papier blanc ma version personnelle, sans jamais la montrer à personne.

- Pourquoi ai-je fait ça ?

- Parce que la traduction française, à la vente dans notre pays, ne m'a pas entièrement satisfait à la lecture de tes propres mots. Les vrais, ceux que tu écrivis. Parce que j'aime la langue et le parler dans lesquels tu t'exprimes. Et parce qu'une phrase entière, de plusieurs lignes, y a été - volontairement ou non - supprimée. Ce qui m'a passablement choqué.

 

Certain que tu m'y aurais autorisé, je me permettrai bientôt de publier ici-même cette traduction, sur cet espace lu de celles et ceux qui veulent bien le visiter. Pour qu'on ne t'oublie pas.

Mais avant, je la relirai jusqu'à n'y trouver le moindre mot où persiste encore le doute ou la virgule mal placée. En pensant à toi.

 

Ton ami inconnu,

Jean-Claude

 

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