26 décembre 2018

Divin Ratage (0745)

Sans ticopie

 

 

Divin Ratage

 

Un serpent serpentait au pied d'un arbre à pommes,

Quand vinrent affamés une femme et un homme,

Convoitant les beaux fruits à leur maturité,

Comme on les voit parfois dès la fin de l'été.

 

Menaçant leur festin, le reptile se dresse,

Ajoutant à leur faim une infinie détresse.

Et voyant le serpent briller de l’œil du mal,

D'une pierre lancée l'homme tue l'animal.

Or l’estomac repu de fruits en abondance,

Ils voulurent goûter du fruit de jouissance.

 

N'ayant du serpent mort appris l'acte d'amour,

On les vit s’éreinter jusqu’à la fin des jours -

Sans jamais concevoir quelque progéniture.

Le couple disparu s’arrêta l’aventure,

Et l’on ne vit sur Terre qu’animaux très gentils.

Alors Dieu se leva, s’inclina, et partit.*

 

 

* Bien que parfaitement authentique car jamais démenti, cet incident de la Divine Création (on dirait « bug » de nos jours) est peu signalé dans les grands ouvrages monothéistes.

En vérité il faut le dire, les dieux gagneraient en crédibilité si, d’un ego plus modeste, ils avouaient leurs échecs.

 

 Jyssépé 11/2016 – 12/2018

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24 décembre 2018

Des nouvelles du Père Noël

 

Santa-Buddha 500 copie

Surmené depuis trop longtemps, le Père Noël a pu enfin

retrouver calme et compassion grâce à zazen.

Ainsi devrions nous recevoir le cadeau juste*.

 

 

* Faut dire qu’une session de chasse au Kenya pour ma petite voisine Chloé (11 ans) et des sex toys pour Sœur Marie-Thérèse (Carmélite à  Ste Marie de Boulaur) en 2017...

Jyssépé

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18 décembre 2018

Conte

 

Le cimetière de Noël

Conte de Noël

 

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Ceci se passait, il y a longtemps déjà, un 24 Décembre.

 

Premièrement

Dans ces lieux de cessation, où l’espoir et la sacro-sainte impatience trouvent un éternel répit, une tombe, mieux célébrée que d’autres par un monceau de fleurs fraîches, attira mon regard. Encadrée de bronze, la photo d’un défunt, curieusement en tenue de Père Noël, était posée sur la grande dalle de granit.

Une femme vêtue de rouge vif se recueillait là en silence et, comme je passais derrière elle, le bruit du gravillon sous mes pas l’ayant sans doute tirée de sa méditation, celle-ci se retourna :

- Ah, c’est toi, fit-elle à ma grande surprise et à voix basse, je savais que tu viendrais.

La beauté de ce visage inconnu, son regard grave et brouillé de larmes, la solennité du lieu et le trouble dans lequel j’étais jeté me laissèrent sans voix, et je ne sus qu’émettre un léger grommellement, certain que cette personne allait reconnaître incessamment sa méprise.

- Ah, mon pauvre Jacques, fit-elle tout au contraire en s’approchant familièrement de moi, tout est allé si vite… et dire que c’est ma faute s’il se trouve là aujourd’hui…

Une réplique du Don Giovanni de Mozart me traversa dans un éclair : « - La burla mi da gusto *», mais la réalité de la situation la chassa tout aussi vite de mon esprit. Tétanisé par ces beaux yeux aux longs cils où perlait la rosée d’autant de larmes, et qui plongeaient si profondément dans les miens, incapable de briser le malentendu dans je ne sais quelle attente, je demeurai muet.

Et cette inconnue, si belle (était-ce là la cause de mon mutisme ?), me conta, longuement et d’une voix qui, d’un moment à l’autre et dans l’oubli des pleurs se faisait plus charmeuse, le dernier jour du disparu couché là - son cher époux.

Relater ici ce récit dans son entier lasserait Lectrice et Lecteur tant il fut long : l’ombre des grands cyprès effleurait déjà l’horizon lorsqu’il prit fin, et je sentais mes jambes atteintes par la fraîcheur des marbres environnants, alors que je me laissais toujours bercer, un discret demi-sourire à la lèvre, par le flot si doux de sa parole, jusqu’à percevoir un changement de rythme et de ton à ces mots :

- Aussi, voilà ce que je te demande, Jacques, fais-le pour lui, fais-le pour moi, s’il te plaît.

Incapable d’une autre réponse je murmurai, presque à mon insu :

- Oui.

 

Secondement

Et voici pourquoi je suis là aujourd’hui, veille de Noël, à l’autre bout de la ville devant les vastes portes coulissantes de ce supermarché, gelé plus profond que l’os, en costume de Père-Noël pour la première fois de ma vie !

 

Troisièmement

Cette narration aurait pu prendre fin ici même, tant le contenu en est personnel.

Cependant, porté à satisfaire la curiosité maladive que tout Lecteur porte en lui (la Lectrice est plus exigeante encore), voici - en résumé car tout ne sera pas dit -, les raisons de mon bref noviciat en robe rouge et blanche à capuche :

Quelques jours à peine avant Noël, la jeune femme, reculant au garage sa nouvelle auto lourdement affligée des derniers perfectionnements dont elle n’avait pu assimiler toute la portée, écrasa tout à fait proprement son mari, Père-Noël de son état en saison, contre le mur du fond où il pestait accroupi contre une clé à pipe égarée. Tué sur le coup, l’homme ne souffrit point (ceci pour les âmes sensibles).

Cette femme remarquable, égarée un moment devant celui qu’elle prit pour un autre, affligée par la douleur et trompée par le rideau déformant de ses larmes, vit aujourd’hui avec un certain Jacques Lantier, dont le métier de couvreur facilite grandement la tâche saisonnière de Père-Noël, qu’elle lui assigne désormais à ma suite. Éphémère fonction d’une nuit de Noël qui me marqua pour toujours…

 

Finalement

Quant à ma personne, les veilles de Noël sont à jamais l’occasion de faire revivre cet impérissable et singulier souvenir, une larme douce au bord de la paupière…

J’adhère aujourd’hui au Cercle des Père-Noëls Indépendants.

 

 

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* « La plaisanterie est à mon goût ». Leporello, Acte II, Sc. 3.

 Jyssépé 12 / 2018. Publié aussi sur Les Impromptus Littéraires

   

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14 décembre 2018

Le Haut et le Bas (0951)

 

plus-e-terre 680

 

Le Haut et le Bas

 

                                Extirpée pour un temps de son obscur logis, la Cave un jour vint trouver le Grenier et lui dit :

- Vous dont le front touche aux nuages, et qui du monde et ses lumières voyez toute l’image, sachez que ce regard si haut placé ne nous est pas donné à nous les Caves, et nous ne savons rien du jour qui - dit-on - alternerait avec la nuit. Ainsi, je serais très heureuse si vous pouviez m’entretenir de ces merveilles.

- Et que vous fait ceci, répondit le Grenier, demeurez donc en bas et ne vous souciez point du haut ! Car voyez-vous, ici, on est élevé en tout et l’on ne tient que propos supérieurs. Des astres familiers, des étoiles et du ciel vous ne sauriez rien comprendre, retournez donc sous terre et ne nous ennuyez pas de vos pauvres discours.

La cave, bouche bée, ne sachant que répondre au malotru, préféra se taire et rejoignit, tête basse, ses profondeurs familières.

Or il advint que la Terre, lasse des immobilités, voulut faire quelque exercice, et se mit à trembler. Terrifié, perdant déjà ses tuiles, le Grenier en appela à l’hospitalité de la Cave qui, elle, ressentait bien quelque chatouillis en ses bas fondements, mais n’en était guère incommodée.

- Vous tremblez, je le regrette, lui répondit la Cave, mais ne vous souciez donc point de nos affaires. Vous ne sauriez nouer de relation avec plus bas que vous, et ne comprendriez rien à notre morne et sombre vie, trop loin de cette lumière qui vous va si bien ; vous, nobles gens du haut.

Sur ces entrefaites, le Grenier s’écroula.

 

 

Jyssépé 12 / 2018 Publié aussi sur Les Impromptus Littéraires

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02 décembre 2018

Vieux pavé (0949)

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                                                                                                                                       Vieux Toulouse : rue Bédelières (im. JCP)

 

 

Vieux pavé

 

Ô délices des senteurs oubliées,

effluves d’un passé révolu

que faux marbre, métal poli, béton immortel et verre fumé,

trop ruisselants de moussante lessive,

ont à jamais bannis de notre connu olfactif…

 

Où êtes-vous, arômes putrides des fonds de cave où prospère le rat,

êtes-vous à jamais enfuies, exhalaisons des poutres moisies

ou du salpêtre au crépi décollé ?

Et vous, bouquets fins des urines fermentées,

cadavre de boisson où se lit misère et splendeur :

perdus pour toujours ?...

 

Ainsi nous te célébrons, rue Bédelières,

mémoire du passé, biographie vivante de l’émanation retrouvée,

page émouvante d’archéologie

où se met à jour l’excrétion qui se cache,

et te décernons le Grand Prix du Patrimoine Odoriférant !

 

 

 

Jyssépé 11 2018

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