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Salutaire désaccord

 

                     La Mort, quittant discrète au petit matin le chevet d’un trépassé, vint à rencontrer la Vie, toute assourdie encore, elle, des vagissements d’un nouveau-né.

S’étant, contre toute attente, saluées courtoisement, la Mort dit à la Vie :

- Quelle absurdité que notre sort, à toujours défaire ce que l’autre s’éreinte à faire, Vie, ne trouvez-vous-pas ?

- Certes, comme vous je suis lasse, mais l’Univers est ainsi fait que tout ce qui vit périsse par vos soins, et qu’en ce qui meurt j’aille encore puiser la vie.

- Que ne cessons-nous alors un labeur inutile, prenons un repos mérité ! poursuivit la Mort.

- Signons donc un accord, c’est convenu, Mort, jouissons ensemble de la vie !

- A ceci je ne vous suis pas : seule la mort est jouissance, où par mon action rien n’a plus lieu de se faire et d’où naît le repos : Vie, suivez-moi dans la mort !

- Apprenez alors que le plaisir est seul dans le faire et le vivant : Mort, rejoignons de concert ce qui vit et se meut !

- La vie n’est que souffrance, le faire est éreintant ; l’inerte seul vaut qu’on le loue : ténèbres et néant, voici le seul bonheur, me tuerai-je à vous le dire ?

 

Et la nuit terrassait déjà le jour que ce dialogue de sourdes n’avait trouvé le moindre accord.

Reconnaissons que la chose est heureuse.

 

 

JCP 11 2018