27 octobre 2018

Au parc 3 (715)

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Au parc (3)

 

 

Bruit de l'eau cascade blanche au soleil.

 

Cris d'enfants ballon blanc sur l'herbe rase aux senteurs fraîches,

ombre et soleil au couteau de l'été ;

la grille est grande ouverte ; un vélo passe.

 

Des pas sur le gravillon.

Sur le banc la vieille dame a souri.

Le vent qui court s'habille coquet d'un nuage de pétales,

rejette soudain sa robe fripée dans l’herbe

et s'enfuit, invisible et nu parmi les arbres.

Le silence des tout petits bruits retombe sur le grand parc.

 

Bruit de l'eau cascade blanche au soleil.

 

 

 

JCP 07 2015 Au jardin public du Grand Rond (Toulouse), image JCP

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14 octobre 2018

Doors of perception (0842)

 

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Doors of perception*

 

A Jim Morrison (1943-1971)

A Aldous Huxley (1894-1963)

 

 

Pas de fenêtres, seulement des portes fermées.

La maison semble inaccessible, pourtant quelqu’un vient de sortir.

L’homme s’éloigne à pas pressés, laissant la rue déserte ;

on ne sait que penser.

 

A la surface du mur quelque chose a bougé,

et la poussière tombée nous donne un peu d’espoir.

Le crépi enfle et se craquèle, une brique repoussée s’écrase sur le trottoir ;

pareille à toutes les autres, une porte nouvelle prend forme,

joue un moment sur ses gonds et se referme.

 

Est-ce donc ainsi que naissent les portes ?

Est-ce le signal d’un univers nouveau fait de portes fermées,

où l’homme ne pourra communiquer ?

 

 

* « Les Portes de la perception », essai de Aldous Huxley, duquel Jim Morrison tira le nom des « Doors ».

 

JCP 01-09 / 18

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08 octobre 2018

L'âme du bois (0754)

 

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L'âme du bois

 

                                                                       A Rimbaud, à Baudelaire

 

Le tiroir arraché montre une litanie

De vieux tissus fanés, vestiges de la vie

A l'ombre de ces murs, qui virent tant de larmes

Aux départs sans retour sous les anciens vacarmes.

 

D'anciens sucs desséchés, sur un pâle satin,

Dénoncent indiscrets d'obscurs plaisirs éteints ;

Le froid des hivers morts se lit aux grosses laines,

Où transparaît toujours le labeur et la peine,

Et le rude drap bleu, reprisé délavé,

Porte à sa trame usée la sueur des étés.

 

Des larmes invisibles, au sein d'étoffes noires,

Et des mouchoirs froissés parlent des anciens deuils,

De proches réunis tout autour d'un cercueil,

Et de sombres veillées effacées des mémoires.

 

Entourés de rubans dans un tiroir secret*,

Dorment des mots d’amour aux nœuds jamais défaits,

Qu’une vie de labeur a chassé des mémoires,

Quand sous le cri du bois le ver fore l’armoire.

 

- Mémoire impermanente aux relents étouffés,

Tu finiras au feu d’un fol autodafé,

Et feras place nette aux coutumes nouvelles :

D’un éternel envol, la Vie montre son aile.

 

 

 

* Prononcer « secrait » (à la parisienne).

JCP  03/2016 – 10/2018

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06 octobre 2018

Au pays inconnu (0887)

 

 

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                                                                                           Image extraite du Voyage de Chihiro, dessin animé de Miyazaki

 

Au pays inconnu

 

                                                       A Hayao Miyazaki

 

Portées par la pensée, des fumées ont grandi,

Obscurcissant la vue d’un voile imaginaire,

Et les regards jetés sur le terrain maudit

Font du terreau fertile une mauvaise terre.

 

La fugace illusion des rails posés sous l’eau

Ont fait du train joyeux un dangereux bateau,

Qui coule et ressurgit privé de capitaine ;

Et sous l’œil indécis se prend la vie en haine.

 

Les espoirs d’horizons pourtant n’ont pas fléchi,

Et de l’œil au mental un lien ténu subsiste :

Le nuage grisé soudain s’évanouit,

Et se perd la notion d’un monde pointilliste.

 

L’homme qui se maudit et maudit son erreur

Sur le long ruban gris a repris sa vitesse,

Et mettant à profit son humeur vengeresse,

Parvient à raviver les couleurs du bonheur.

 

 

JCP 03 04 18

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