21 juillet 2018

Désaiguillage (0901)

 

Désaiguillage

                                                                                                          À Martine

 

                Le nombre infini des aiguilles que le Temps dépose ici n’est pas des pins, mais de toutes horloges du temps qui viennent mourir en ce sous-bois, et ne connaîtront plus le cadran.

                Le cycle qui vient de s’interrompre affecte les passagers du Temps, et tout se fige dans une chorégraphie de silence, que seul le vent anime encore dans les hauts branchages.

                   Dans un bien-être permanent, nul ne vieillit ni ne meurt mais, de jour en jour, le temps immobile se charge de lassitudes lourdes.

                  Le corps figé n’appelle plus aux plaisirs ni aux besoins de son ancien monde, soient-ils de boire, de contempler (la forêt de pins lasse le regard), de chère ou de chair. La vie ainsi réduite s’affuble d’indécises valeurs, et son intérêt s’érode à l’âme, où le néant s’insinue.

                  Sortir du bois se pense, mais l’idée de vieillir chasse sans cesse cette pensée qui s’obstine...

                 Pourtant, un par un et à pas lents, les passagers de ce voyage hors du Temps sortent du bois, préférant une mort annoncée à la vie sans vie de cette éternité-là.

                  Dans le cri rauque des carillons étouffés sous leurs cendres, le vent a dispersé les aiguilles.

 

 

 JCP 12  04 18

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04 juillet 2018

La sagesse facile

 

Vieux sage copie

 

 

La sagesse facile

 

La sagesse dit-on est vertu de vieillesse,

Et ne peut s’acquérir qu’au prix de longs efforts.

Mais l’autre vérité des privés de jeunesse

Est que tout grand désir s’échappe des vieux corps

Qui ne peuvent courir, de leurs jambes traîtresses,

Le marathon des fous quand la vigueur régresse.

 

 

 

JCP 09 07 18

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01 juillet 2018

Souvenirs d'avenir (0907)

 

Souvenirs d’avenir*

                                                                     À Éric Emmanuel Schmitt

 

 

Les fumées qui se dissipent

laissent voir dénudés les relents d’une vie non vécue,

mémoire précieuse d’un avenir volé au temps qui n’est pas encore né.

 

Et comme prise au futur des grottes,

l’eau anime l’horloge inexorable qui claque lentement ses gouttes,

vagissement séculaire d’intention lente qui naît à la roche.

 

Mais le bord de falaise habille le bout du pied d’un frisson de néant,

alors que les fulgurances du temps

ne laissent aux nouveaux nés qu’un avenir mort-né.

 

Et dans cet univers de croissance temporelle incontrôlée,

l’avancée du futur, où veillent des peurs inconnues,

ramène au réel d’un présent qu’il est urgent de vivre.

 

 

* Titre dédié à Éric-Emmanuel Shmitt (« La part de l’autre », réplique de « Onze-Heures-Trente »).

JCP  3-4 mai 2018

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