28 février 2018

La quête du brochet (2) (0861)

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La quête du brochet (2)

 

Tant de fois entendus - rumeur à son oreille -,

Les mérites de l'Eau, « merveille sans pareille »,

Poussèrent un brochet à consacrer sa vie

A rechercher partout le liquide de vie.

 

S’éreintant nuit et jour à son rêve ambitieux,

Il remonta des fleuves, aborda les mers bleues ;

Et parvenant au bout de sa passion maniaque,

Rampant sur les cailloux, il explora les flaques.

 

Ayant passé le monde au fil de son tamis,

Il retourna bredouille auprès de ses amis :

- Je n’ai pas trouvé l’Eau et dépose les armes,

Fit-il tout secoué par le flot de ses larmes.

 

Pourtant ses pleurs séchés, il décrit les splendeurs

Que tant de fonds dispensent en ces lointains ailleurs ;

Et tout à ces beautés, d’humeur plus satisfaite,

Il se rit à l’échec de l’improbable quête.

 

Un brochet des plus sages, autrefois voyageur,

Empli des nostalgies de son ancien bonheur,

Lui dit : - Ainsi tu vis le monde magnifique :

Fausse rumeur suivie est parfois bénéfique.

 

 

JCP 02 2018  Revu et complété pour Les Impromptus Littéraires

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24 février 2018

Quintessence cosmique (838)

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Quintessence cosmique

 

Ambiance feutrée, tapis de laine épaisse,

Le décor irréel des nuits enchanteresses

Pèse de tout son poids sur l’esprit vagabond,

Qui lentement s’apaise en un dernier rebond.

 

Sous la douce chaleur de ces airs parfumés,

Et dans l’essence pure du calme provisoire,

La mutation s’opère, invisible fumée

Repoussant d’un seul trait la nature illusoire.

 

Et dans ce monde clos que de fines parois

Protègent des humeurs, s’élève une musique

Aux notes silencieuses qui vibrent, bénéfiques,

Et du fond de notre âme appellent à la joie.

 

JCP 12 2017  Pieds au tapis de « Ma Biche sur le Toit », toit des Galeries Lafayette, Toulouse.

Bar-cabaret-restaurant gastronomique de Michel Sarran

 

Sur la plage onze biches

On the beach sur le sable

 

 

Sur le toit onze biches

On the beach sur le toit

 

JCP 22 03 18  Devises pour dessous de verre à bière

19 février 2018

Humeurs lunaires (857)

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Humeurs lunaires

 

Tout au long du chemin la sensation de crainte

Ne cesse de grandir. A peine traversé

Les vapeurs délétères, se devine l’empreinte

D’un pouvoir monstrueux qui détient le passé.

 

Ici l’on peut revivre et tout recommencer,

Il n’est d’acte achevé qu’on ne puisse reprendre,

Et férus de futur, ces êtres trépassés

Niant l’ancien présent sont à l’état de cendres.

 

Fourmilière invisible, le grouillement des âmes

En recherche de corps questionne l’Univers,

Mais la Lune répond dans l’écho des éthers :

- Je détiens votre sang et briserai votre âme !

 

Et la chaleur intense fusionnant les atomes,

L’âme simple électron disparaît en fumée.

Abolie pour toujours, la chair ne fait pas l’homme

Et plus rien ne renaît : le vide est proclamé.

 

 

 

JCP 02 2018 A Dante et à Hubert Reeves (et pour L.I.L.)

Aussi sur Les Impromptus Littéraires

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15 février 2018

Zarya (854)

 

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Zarya

 

L’espace sans frontières qu’un pâle soleil dore

Laisse voir sur les flots une nouvelle aurore ;

Et son filet plié, le pêcheur prend la mer,

Habité dans son âme de sentiments amers.

 

Un vent nouveau se lève qui jamais ne souffla,

Apaisé brusquement d’inquiétants calmes plats ;

La mer prend des couleurs venues du fond des âges,

Et les houles croisées portent de noirs présages.

 

L’homme se voit soudain entouré de lueurs

Que seul l’Enfer de Dante connut dans ses horreurs :

L’océan déchainé ouvre et recoud ses failles,

Et montre à la lumière le fond de ses entrailles.

 

C’est dans des fumées lourdes qu’une nouvelle terre

Paraît à l’horizon, pyramide enflammée

Qui grandit et s’étale : une île neuve est née,

Et l’on voit reparaître de fins rayons solaires.

 

L’éruption qui s’apaise laisse l’homme approcher ;

Il parcourt à pas lents son empire précaire,

Et malgré ses sandales qui brûlent au rocher,

Il se dit souverain de la nouvelle terre.

 

Mais d’un substrat léger, l’îlot soudain s’envole,

Abandonne les mers, accoste en des régions

Où l’homme sacré dieu réunit des légions,

Dicte partout sa loi, tue pille vole et viole.

 

Il est dit qu’un géant, dont l’île heurta le chef,

D’un coup de pied vengeur aurait botté sa nef

Vers les lointains des cieux jusqu’aux régions lunaires,

Où il vogue sans fin sur des mers de poussière.

 

Quant à moi je suis sûr qu’autrefois Laputa*,

L’île avide d’azur existerait encore -

Sous le nom de Zarya**, et connaît seize aurores

Quand nous n’en avons qu’une : la vérité est là.

 

 

JCP 02 2018

* Sous la plume de Jonathan Swift, Gulliver la connut.

** La Station Spatiale Internationale, qui lundi 12 passa à 408 Km de nos têtes.

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Capture écran du passage du lundi 12 02 sur "Stellarium" (logiciel gratuit d'astronomie).

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05 février 2018

Le Zazen du chat zen

 

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Le zazen¹ du chat zen

 

C’est délaissant combats, croquettes et coussins,

Que mon chat le matin fredonne ce refrain,

Ses yeux rivés sur moi. Qui sait dans quelle langue

Ce diable de matou déclame sa harangue… :

 

« Kan ji zaï bo satsu,

Gyo jin Hannya Haramita

Ji Sho ken go on kaï ku,

Do issaï ku yaku… » ²

 

Mon voisin japonais, venu me saluer,

Entendit ce discours et en resta muet :

Il avait reconnu, comme chanté naguère,

Le sûtra des grands sages de ses lointaines terres,

Dont résonnaient partout les pagodes sacrées.

- Votre chat en Bouddha, fit-il, est incarné.

 

- C’est un grand privilège qu’en aucune Écriture

On ne trouve cité. C’est un signe j’assure,

Qu’il faut considérer, et le message est clair :

Votre chat vous invite au zazen salutaire.

 

Étudiant ce mystère, je me souvins qu’Alice³

Jadis connut un chat débordant de malice,

Qui sut l’accompagner vers un heureux destin :

Il fallait obéir au vouloir des félins.

 

Du mental ennemi je parcourus l’empire,

En combattant paisible l’empêchai de me nuire ;

Et depuis, tous les jours, assis jambes croisées,

De ce bonheur de Chat je suis fort apaisé.

 

 

 

¹  Méditation assise du Bouddhisme zen.

²  Extrait phonétique du « Sûtra de la grande sagesse », connu d’une majorité de Japonais.

³  Du Pays des Merveilles de Lewis Carroll.

JCP 02 18 Pour Les Impromptus Littéraires ("Mon chat me fixe")

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04 février 2018

L'ombre verte (850)

 

L’ombre verte

 

Cette ombre, soudaine et détachée,

Qui s’échappe du tronc desséché -

Est-ce l’âme de l’arbre ou n’est-ce rien

Que les vapeurs du chêne,

Dont le bois dur était le soutien ?

Mais je ressens cette haleine,

Plus fraîche que l’aquilon

Qui doucement se promène,

Se mêle aux senteurs de la plaine,

Et s’écoule au creux du vallon.

Et je ne sais où la mène

Ce souffle à effrayer

Tout homme et toute chose :

Peut-être est-ce là que survit le parfum de la rose,

Tombée sèche au pied du laurier.

 

 

JCP 02 18, pour Les Impromptus Littéraires (utiliser les rimes du poème de Antoine-Vincent Arnault « La feuille »)

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