30 mars 2017

0791 La porte des visions

 

La porte des visions

 

 

Le venin du serpent comme coulent des larmes

Emplit le vide ami où se rendent les armes,

Et de l'élan brutal qu'instille le poison

Éclot la déraison d'inouïes floraisons.

 

Sous l'état de torpeur qui succède au désordre,

Les couleurs désunies suivent un nouvel ordre,

Et le corps qui se prête au voyage parfait

Distingue au seuil des brumes un monde qui se fait.

 

Les valeurs opposées de gravités soudaines

Meurent sur le chemin de valeurs souveraines,

Et la raison nouvelle, indicible trépas,

Voit naître une vision qui change à chaque pas.

 

Mais si le risque est là, il n'est de pluie qui dure :

Le nuage où fourmille une lumière pure

Éclaire enfin la route qui renaît de la nuit,

Car d'un éclair soudain le serpent s'est enfui.

 

Et dissipant le doute malgré la peur qui germe,

La porte des visions lentement se referme.

 

JCP 01 2017

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25 mars 2017

0788 Nuage d'été

 

Nuage d'été

 

Derrière la fenêtre un visage se cache,

Et sur le grand plafond se dessine une tache

Qui s'étale et noircit sous le soleil d'été :

Une part de l'azur vient de nous être ôtée.

 

La muraille asséchée ne porte plus de mousse.

Du bétail famélique, qui broute ou rien ne pousse

Et gémit pitoyable, il n'est plus d'avenir,

Et dans le ciel blanchi on ne voit rien venir.

 

Du murmure des mots la sombre litanie

A rejoint le néant, et la branche du saule

Qui balaie l'escalier n'abolit pas le rôle

Des grands oiseaux de mer que le vent réunit.

 

JCP 01 17

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20 mars 2017

0786 Après le chaos

 

Après le chaos

 

Sous le vieil arbre nu, un rayon de lumière

Montre la route vague des destinées précaires.

Les anciens murs s'effondrent sous la poussée du temps,

On voit au sol la trace de lourds pressentiments.

 

Il n'est plus de fenêtres mais au bas de la pente

La terre se soulève d'une poussée vivante,

Et des bras décharnés, dans un signe d'adieu,

Annoncent aux humains la vacuité des cieux.

 

La Terre courroucée, qui se fissure et tremble

Reforme ses montagnes, retrouve et puis rassemble

La pierre des murailles, construit un monde neuf

En oiseau qui se rit de sa coquille d'œuf ;

Et l'on voit les décombres, vestiges d'anciens mondes

Qu'ensanglanta la griffe des cyclopes immondes.

 

L'animal s'est uni au règne végétal ;

En l'absence d'humains on ignore le mal,

Et dans ce monde obscur des péninsules meurent,

Des continents dérivent et des étoiles pleurent.

 

Le temps n'existe plus, les mers sont désunies

Et l'on voit sur les grèves des ossements blanchis.

Aux villes dévastées il n'est plus que silence :

La Terre enfin sereine se rit de la science.

 

 

JCP 01-02 2017

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13 mars 2017

0812 Mariage à l'aveuglette

 

Mariage à l'aveuglette

 

Sous la lumière lasse du crépuscule lourd,

Le temps égrène l'heure aux sillons des labours.

Le voile de la nuit appelle le silence,

Mais l'on croit ressentir une indicible transe

Dans les masses d'air froid venues de la forêt,

Qui portent avec elles des craquements feutrés.

 

Et dans l'obscurité qui se fait plus épaisse,

Un homme a emprunté le chemin de traverse,

Avance titubant au souffle de l'autan,

Aveuglé de poussière, se cogne au contrevent.

Un rayon de lumière à la porte entrouverte,

Les mots d'une voix douce, le noir, la rue déserte.

 

Retirée la poussière à son pauvre œil meurtri,

C'est au petit matin que l'homme est reparti.

On dit qu'il épousa la femme à la voix douce

Qui l'aimait en secret - voyez où le vent pousse...

 

 

JCP 03 2017 Pour Les Impromptus Littéraires : "comme une poussière dans l'œil"

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06 mars 2017

0803 Jeux de dieux

 

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                                                                                                                                                                          Image : comp. JCP

 

Jeux de dieux

 

Les tempêtes venues de la lointaine Orion,

Et le sable amassé par les grands vents solaires

Ont laissé sur la Terre de grandes confusions,

Annonçant à l'humain l'extinction de son ère.

 

Le soleil repoussé aux confins de Saturne

S'est réduit à la taille de l'une de ses lunes,

Et la Terre entraînée par l'astre incandescent

Autour de Jupiter gravite lentement.

 

Le sable sur la Terre a remplacé les eaux,

Et de traces de vie ne restent que des os.

Un ultime arc-en-ciel s'élève sur les dunes,

Et ses couleurs qui saignent ont des pâleurs de lune.

 

Mais au fond de l'espace des rires retentissent,

Et l'on croit percevoir comme un parfum de vice :

Au mépris des mortels, les Dieux qui font la fête,

Au grand jeu de la mort pétanquent les planètes.

 

 

JCP 02 2017 

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