La porte des visions

 

 

Le venin du serpent comme coulent des larmes

Emplit le vide ami où se rendent les armes,

Et de l'élan brutal qu'instille le poison

Éclot la déraison d'inouïes floraisons.

 

Sous l'état de torpeur qui succède au désordre,

Les couleurs désunies suivent un nouvel ordre,

Et le corps qui se prête au voyage parfait

Distingue au seuil des brumes un monde qui se fait.

 

Les valeurs opposées de gravités soudaines

Meurent sur le chemin de valeurs souveraines,

Et la raison nouvelle, indicible trépas,

Voit naître une vision qui change à chaque pas.

 

Mais si le risque est là, il n'est de pluie qui dure :

Le nuage où fourmille une lumière pure

Éclaire enfin la route qui renaît de la nuit,

Car d'un éclair soudain le serpent s'est enfui.

 

Et dissipant le doute malgré la peur qui germe,

La porte des visions lentement se referme.

 

JCP 01 2017