Mariage à l'aveuglette

 

Sous la lumière lasse du crépuscule lourd,

Le temps égrène l'heure aux sillons des labours.

Le voile de la nuit appelle le silence,

Mais l'on croit ressentir une indicible transe

Dans les masses d'air froid venues de la forêt,

Qui portent avec elles des craquements feutrés.

 

Et dans l'obscurité qui se fait plus épaisse,

Un homme a emprunté le chemin de traverse,

Avance titubant au souffle de l'autan,

Aveuglé de poussière, se cogne au contrevent.

Un rayon de lumière à la porte entrouverte,

Les mots d'une voix douce, le noir, la rue déserte.

 

Retirée la poussière à son pauvre œil meurtri,

C'est au petit matin que l'homme est reparti.

On dit qu'il épousa la femme à la voix douce

Qui l'aimait en secret - voyez où le vent pousse...

 

 

JCP 03 2017 Pour Les Impromptus Littéraires : "comme une poussière dans l'œil"