26 décembre 2016

0773 Dubitatif du Rien

 

Dubitatif du Rien

 

La pierre du chemin qu'un crépuscule dore,

Écroule les senteurs de l'eau régénérée,

Et le bourgeon grossi ne pourra pas éclore,

Alors que d'un pas lourd résonnent les forêts.

 

Sous le silence épais des murs de pierre grise

Que la ruse en écho des lutins reverdit,

Les diamants du lac scintillent sous la brise.

Mais l'ombre a régressé - il est déjà midi.

 

Or sous le soleil clair aucune fleur ne dure,

Et le mur renversé connaît soudain le froid ;

Car tout doit retourner au noir des flammes pures :

Sous la ferveur des glaces on lit un front d'effroi.

 

Mais l'on peut voir enfin la peur qui se condense,

La flamme meurt des eaux, et l'homme rassuré

Prend la main de la femme pour une sainte danse ;

La vie reprend son cours - il ne s'est rien passé.

 

JCP 23 12 2016

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22 décembre 2016

Lui aussi (koan)

Essai de Koans* Zen...

 

 

1

 

Étant né de mère stérile,

il n'avait d'autre existence

que fourrure au dos des tortues ;

et bien qu'on l'appelât Non-Né,

un jour il mourut.

 

 

 

 

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2

 

Sa mère n'ayant pas connu son père,

il ne put voir le jour

- et le déplora toute sa vie.

 

 

JCP 12 07 16

 

* KOAN : texte bref en apparence insoluble ou absurde, proposé par le maître au disciple Zen dans le but de l'interpeller tout en le poussant à la réflexion. (Propres au bouddhisme zen, il en existe un très grand nombre, cette pratique étant largement incomprise des non-initiés occidentaux).

Posté par J Claude à 12:44 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
16 décembre 2016

0770 Guerre végétale

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Le vieil orme, le lierre et le promeneur

 

Suivant le cours de tant et tant d'aurores,

Entre deux eaux son destin s'élabore,

Voyant pâlir de fabuleux soleils

Et des hivers de langoureux sommeils.

 

Lorsque sa peau nourrit l'écaille verte,

Dessous son bras, à la pénombre offerte,

Court le serpent d'une insidieuse mort,

Germe de vie où son espoir s'endort.

 

Mais sur l'abîme aux portes entrouvertes

Veille une main et le serpent déserte,

Laissant ce corps à ses vertes envies,

Ivre du temps où s'écoule la vie.

 

Par cet élan une nouvelle sève

Court sous la peau et ranime le rêve ;

Sous le soleil fuit un nuage gris,

L'arbre s'incline, le promeneur sourit.

 

 

JCP 12 16, entre Garonne et Aussonnelle, un orme était couvert de lierre (image).

Posté par J Claude à 19:21 - - Commentaires [2] - Permalien [#]