18 juin 2016

0753 Chant de coq

 

Au jardin des pensées, une fleur plus que toutes

A l'azur des idées dissipe tous les doutes ;

Et la voix qui s'éteint  aux rayons de l'archer

Souffle sur la poussière d'étoiles écorchées.

 

Alors qu'à ces pétales partout la lune infuse,

Au néant débridé courent de lourds souliers,

Et l'encre bleue des cieux n'est qu'impassible ruse,

Quand les murs écroulés ne cachent plus les pieds.

 

Au balcon sans fenêtre une ombre est accoudée,

Un trait lointain grandit, l'horizon débordé

Absout le dernier astre au soleil qui s'élève,

Et de la nuit sereine un cri brise le rêve.

 

 

JCP  03 2016

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14 juin 2016

763 Couleurs désunies

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Couleurs désunies

                        

Certains sont pour le blanc, d'autres sont pour le bleu.

On se bat pour si peu, on allume des feux

Au nom de la couleur d'un invincible règne,

Dans le geste et la haine qui jamais ne s'éteignent.

 

N'est-il que l'arc-en-ciel, où les couleurs unies

Au nom de la beauté demeureront amies ?

On est là pour le jeu, on rencontre la guerre :

Faut-il que l'on se tue pour fêter sa misère ?

 

Aussi pour me vêtir sans aller au trépas,

Quelle couleur choisir, j'hésite et ne sais pas...

Plutôt que d'aller nu, c'est décidé je reste

Paisiblement chez moi - préservé de la peste.

 

 

JCP 06 06 16  Pour Les Impromptus Littéraires ; sujet : "Couleur"

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10 juin 2016

Fortune des sables

 

Fortune des sables

 

                                    Un soleil de pure flamme tombait ce jour là dans la vallée des sables morts. Et il faisait si chaud sur les vastes étendues entrecoupées de roches noires, qu'on n'aurait pas été surpris de voir les grands cactus enduire leur peau verte de crème solaire "Écran total".

Équipé d'un chapeau à large bord et d'un parasol déployé au dessus de ma tête fragile, le sable brûlant achevait de fondre les semelles de mes chaussures, lorsque je vis l'objet lumineux tomber, juste derrière la dune dont j'avais entrepris l'ascension. Une fumée roussâtre s'élevait du lieu de l'impact, et rejoignait les hauteurs du ciel assombri en tourbillon de tornade.

Aiguillonné par la curiosité, je poursuivis mon ascension sous le soleil de plomb, débarrassé des chaussures inutiles ; le sable se dérobait sous mes pieds nus, qui exhalaient une forte odeur de corne brûlée ; et je pus découvrir le cratère encore fumant creusé par l'objet tombé du ciel, qui refroidissait lentement, et qu'une attente résignée me permit de saisir.

Plutôt lourd, il n'était pas bien gros et tenait dans la main, tiède encore.

Mes doigts timides palpaient l'objet sphérique et rugueux, auquel adhérait une sorte de revêtement au relief et aux couleurs variées, qui entachait mes mains. Une fois placée entre sa surface et mes yeux la loupe de botaniste qui ne me quitte pas, j'y pus voir une minuscule créature, debout sur ses trois appendices marcheurs et coiffée d'un chapeau doré, qui s'adressa à moi en ces termes :

- Monsieur, dessine-moi un humain...

Déjà entendue, ou peut-être lue, la demande de l'être infime, qui connaissait parfaitement ma langue et m'observait de son œil unique sans cesse en mouvement, me troubla beaucoup. Je pus cependant lui répondre :

- Je n'ai pas le talent du dessinateur et du reste, je n'ai pris aujourd'hui ni papier ni crayon - ce qui était la stricte vérité. Mais la triple raison ne suffit pas à la chétive créature, qui  réitéra :

- Je t'offrirai un grand trésor, dessine-moi un humain...

M'interrogeant sur la taille et la valeur des trésors de fourmi, je tentai pourtant de graver du doigt dans le sable une silhouette, plus celle d'un pantin que d'un homme, mes pauvres talents rassemblés.

Mon tracé terminé, il y eut un éclair aveuglant, et je fus projeté au sol. Reprenant mes esprits assis dans le sable, je vis que mon dessin avait disparu : plus aucune trace de mon laborieux ouvrage ! Et, tout aussi prodigieux, la minuscule planète et son unique habitant s'étaient envolés eux aussi.

Il ne demeurait sur le sable qu'un morceau de verre de forme inégale, éblouissant de mille éclats au soleil, que j'emportai.

Et je fus surpris d'apprendre qu'il s'agissait d'un diamant, dont l'exceptionnelle grosseur comme la pureté relèguent désormais le très fameux Koh-i-Noor, gardé jour et nuit dans la tour de Londres, au rang de simple babiole.

Actuellement, je suis en pourparlers pour acheter la Corse (je commence modeste).

 

 

JCP 02 06 16 Pour Les Impromptus Littéraires : "Chasse au trésor." 

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07 juin 2016

Dictature végétale *

                           Plus vaste que les terres connues, plus large encore que les mers réunies, le réseau de fils dont la maille infinie véhiculait le flux continu des électrons, modulés tous par la parole, le son, l'image et le mot, s'est tu ce matin.

Le Grand Réseau n'est plus.

Aussi faut-il craindre que ces lignes, pour ainsi dire confiées à une bouteille à la mer en un pays sans mers, ne soient point lues : "Internet Explorer a cessé de fonctionner", annonce un message railleur, venu des soubassements de mon ordinateur privé désormais de sa fenêtre sur le monde !

Sont-ce les prémices de la nouvelle guerre, mondiale, totale, finale ? Allons-nous tous trépasser carbonisés, poussière grise envolée aux quatre vents ? La terre outragée va t'elle se voir libérée de la moisissure humaine qui ronge sa peau, va t'elle reprendre sa liberté, et peut-être, certaine enfin d'en finir avec les ravages de la science et de la technologie, va t'elle, l'humain disparu sans regrets, rappeler le dinosaure ami à la cervelle trop modeste pour lui porter nuisance ?

Ces mots sont peut-être mes derniers, mornés sous ce clavier avant d'avoir connu meilleur asile... j'attends l'explosion finale, curieusement peu inquiet (on nous a tant prédit la fin de ce monde...)

Cependant, plutôt que de céder à la panique, j'interrogeai du regard mon ami le grand cèdre, celui qui, désormais grandi, ombrage mes vieux jours. Voyant alors à son écorce un relief incertain, à ses aiguilles une manie fuyante, et à sa branche un étrange cintre, je connus sans provoquer d'interrogatoire son incontestable culpabilité : entre deux de ses puissantes racines, assurément, coupable facétie, le traître avait broyé ma connexion enterrée !

Arrosé sans compter dans son jeune âge, et gratifié des meilleurs des azotes comme des sels les plus fins, quel message le noble végétal me transmettait-il ? Quelles insuffisances, quels manques affectifs me faisait-il payer de ce terrible forfait ?

Par le câble brisé où, je dois le dire, tant de choses captivantes passaient, sans doute je dus négliger quelque peu mon ami de bois... peut-être exprimait-il un dépit jaloux, lentement mué en invisible et sournoise vengeance souterraine ?...

Je ne lui en tins pas rigueur - d'autres que moi l'eussent abattu sur le champ -, et rétablis mon contact avec le vaste monde d'un simple câble aérien, éloigné par prudence des grands bras d'un ami trop possessif.

Ayant fait en mon âme une amende honorable, désormais je ne manque pas de saluer - d'un sourire un peu crispé - sa dictatoriale présence quatre fois par jour, espérant apaisé pour toujours son insaisissable courroux de végétal.

 

* Il s'agit d'un récit de faits réels.

JCP 06 06 16 Pour Les Impromptus Littéraires ; sujet : "Coupure internet."

 

Posté par J Claude à 16:57 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
04 juin 2016

Pensée active

 

Si le seul désir charnel pouvait enfanter,

Que de naissances, que de naissances...

Si la seule pensée de haine pouvait tuer,

Que de morts, que de morts...

 

Lequel, de l'amour ou de la haine,

triompherait alors ?...

 

 

JCP 20 05 16, Pieds sous guéridon, Le  Florida, Toulouse

Posté par J Claude à 09:59 - - Commentaires [2] - Permalien [#]