29 avril 2016

0758 Profession de malefoi

 

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Profession de malefoi

 

Ayant pris religion auprès de Mécréance,

Du Gendarme Vengeur j'attends la contredanse,

Car n'étant de ceux-là qui prennent bien le pli,

Je m'apprête à payer pour le fatal délit.

 

Mais aucun dieu ne vient condamner ma conduite,

Montrer son existence et me dire les rites

Qu'il faudrait pratiquer, dans la foi de celui

Qu'un passé méconnu ferait vivre aujourd'hui.

 

Les dieux ne parlant pas, on ne peut les connaître,

Et les écrits que l'homme en leur nom firent naître

Sont de pauvres romans malgré leurs lettres d'or :

Si l'un d'entre eux existe, je vous le dis : il dort !

 

Féru en toute chose d'exacte vérité,

En mes appartements j'offris de l'inviter

A faire les honneurs de ma modeste table.

Et comme à son image il nous créa semblables*,

Sans doute un bon repas, arrosé de bons vins,

N'aurait pas laissés froids ses appétits divins

Ravis de bonne chère, et, devant quelques verres,

J'aurais ouï de Dieu le discours salutaire...

 

Le repas refroidi, j'ai longtemps attendu ;

Et je suis attristé, car Dieu n'est pas venu.

Quant à mon châtiment, puisque Dieu le délaisse,

Je devrai corriger de toute ma sagesse

Cette humeur vagabonde - qu'au Ciel on dit péché -

Sans qu'on vienne compter les coups de mon fouet.

 

Et c'est bien affligeant, car il faut qu'on fustige

De soi-même ses fautes, sans jouir du prestige

D'être approuvé d'un dieu.

 

 

* Certains professent le contraire.

 

JCP 04 2016

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26 avril 2016

0023 Sludge Wars

 

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 Île Madame accessible à marée basse (face à Oléron)

 

 

Sludge Wars*

 

                                         Aux vastes étendues que la mer abandonne, de pitoyables coques roulent leur ventre mort. Et la vase apparue dessine entre les roches un morne paysage, où ruisselets et flaques retiennent une part de la vie que le flot, traîtreusement enfui, délaisse sans remords.

Engins guerriers tels qu'on en vit aux combats stellaires des sombres siècles wadoréens, des bastions de bois s'élèvent sur les terres découvertes, leurs longues pattes impatientes de repousser le vil envahisseur aux confins écumeux. Une infinie tension que le silence aggrave s'étend sur l'improbable champ de bataille, où de grands oiseaux blancs plongent un bec gourmand dans les vases putrides. Et, préservant l'azur d'un odieux mélange, une mince limite bleuâtre sépare ciel et vase, seul vestige lointain du flot lassé de l'homme.

Mais la vie reprend ses droits ; la guerre annoncée attendra peut-être encore. Tout semble alors espérer le retour des eaux purificatrices, alors que sur ces grèves temporaires, nombreux et décidés, des humains s'affairent encore. Fouillant le sol mouillé, chacun retire à la hâte un butin à peine examiné, poursuivant une quête que le flot, qui déjà reprend ses droits, est en passe d'écourter.

Et la mer revenue, une fois encore, n'apporte pas l'ennemi pressenti : on respire un moment les airs venus du large, on se félicite de cette journée de répit. C'est avec raison qu'on l'a pleinement vécue : qui sait de quoi demain sera fait...

 

* Guerres de vase

 

JCP 04 2016  Pour Les Impromptus Littéraires : Cabane-carrelet

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25 avril 2016

0022 - Garçon, un "Perrier-tronch"

 

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Garçon, un "Perrier-tronch"*

 

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                                  Le "Perrier-tranche" ne se boit pas, et se savoure moins encore, tant il est avare d'arôme et d'enthousiasme buccal : le prestige est ailleurs.

Son buveur oppose une signification déclarée, discrète et silencieuse mais affirmée, aux partisans de boissons plus colorées - bière ou soda. Il signale aux premiers une claire abstinence, aux seconds l'incolore pureté de ses propres ingestions, aux deux réunis la préoccupation sanitaire d'un corps sans tache enfermant l'esprit pur.

Car la consommation raisonnée du "Perrier-tranche" se mérite : le plaisir seul de la papille - passée l'acide chatouille carbonique au palais - y étant mince, une machine toute autre est à mettre en route au plus profond du buveur. Tout est là.

Que faire en premier de cette paille de plastique, si lointaine aujourd'hui du chaume porte-blé que nul, corps et mental rivé au rectangle lumineux que caresse sans fin la main valide, ne songe à la céréale blonde, portant la longue tige en bouche. Tube aspirant dont on délibère un peu de l'usage opportun, et qu'on préfèrera délaisser, engagée dans le ventre vert de la bouteille vide, se préservant ainsi des stridulations honteuses de fond de verre.

Alors, le geste délicat, la longue cuillère immerge, accule et presse au fond du verre la rondelle ensoleillée, sans qui de mornes fadeurs attristeraient une cavité buccale uniquement soumise aux remous pétillants de la bulle éclatée.

Mais la boisson n'est pas encore prête : dans le fin torrent des globes argentés qu'appelle la surface, le buveur ne manque pas de considérer l'intrusion, puis l'émersion inopinée de quelque graine échappée de la pulpe. Alors, le regard bas et la cuillère circonspecte, il rejette - discrètement - la semence ovale et claire au pied du guéridon. Le moment de gêne est passé : il n'a pas été aperçu.

Et c'est alors que le liquide, où se répand le trouble citronné, s'ingère enfin à gorgées mesurées en veillant toutefois, à l'image du verre où s'est tue la tempête, que d'inconvenants borborygmes ne viennent ternir, si durement établie, la prestance du buveur de "Perrier-tronch*".

 

* Comme on dit à Paris - mais si, mais si.

 

JCP 23 04 2016  A la terrasse du Florida, à Toulouse.

Posté par J Claude à 10:56 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
18 avril 2016

0021 Une naissance

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Une naissance

                                 C'était à Bethléem, cité de l'Orient, au sein des vastes faubourgs extérieurs. La ville était frappée cette nuit-là des vents chauds venus du désert qui l'entourait, et, dans les airs ignorants des pollutions futures, la plupart des étoiles de renom étaient visibles - excepté l'étoile polaire, que l'Ourse Mineure un peu lasse avait délaissée.

Tout au fond d'une sombre étable, un bœuf, un âne et quelques poules discouraient bruyamment :

- Vous le verrez, ce sera un garçon déclarait le bœuf placide, tout en mâchonnant une langoureuse paille.

- Supposition est mère du mensonge, et je vous dis en vérité que ce qui sera doit être accueilli, contesta l'âne, que certains élans de sagesse traversaient parfois.

- Yapadeuf, yapadeuf !

  Pas d'œuf pas d'enfant neuf !

psalmodiaient sans se lasser les poules, dont la modeste cervelle n'associait de naissance qu'à l'œuf.

Soudain le maître de maison, homme de forte laideur, l'os aigu, le cheveu hirsute tout parsemé de sciure mais le visage bon entre les rides noires, interrompant l'animale controverse, parut courbé sur un vagissant fardeau. Il déposa sans ménagements l'enfant enveloppé d'un tissu grossier sur la paille, ses yeux crevant le plafond rustique d'une indicible haine :

- Nom de Dieu, c'est une fille !... que vont dire les Rois Mages...

Jailli de l'étable le rouge au front, on le vit alors enfui vers une improbable traversée du désert brûlant - alors qu'un certain sourire illuminait la face du baudet.

 

JCP 04 2016  pour Les Impromptus Littéraires (sujet : refaire l'histoire ou : uchronie)

 

Posté par J Claude à 18:20 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
17 avril 2016

Le capitalisme remis en cause par l'algèbre !

 

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Suivant une prétendue réforme de l'orthographe, voici enfin, longtemps attendue, la réforme de l'algèbre dont le principe majeur, qui s'affiche déjà partout dans la métropole toulousaine, serait le suivant :

: 9  > 18 ,

: Alors divisée par 9 de part et d'autre,  la proposition restant juste, nous pouvons poser :

1 > 2

 

3° : Toute inégalité à laquelle on soustrait deux quantités égales étant conservée, posons :

1-1 > 2-1, soit 0 > 1.

 

4° : 0 > 1 , Zéro plus grand que 1, loi remarquable entre toutes qui ouvre d'incroyables possibilités, remet directement en cause l'arithmétique - et donc le capitalisme : une révolution à l'échelle planétaire !

 

JCP

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05 avril 2016

0755 Au salon

 

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Au salon

 

Le salon dormait dans la pénombre ;

Et, des persiennes entrebâillées,

Un friselis de soleil et d'ombre

Courait ses entrechats débraillés.

 

Sous le regard d'un très vieux portrait,

Sans cesse un gros frigo ronronnait,

Et l'on sentait à sa pompe lasse

Qu'il peinait à faire de la glace.

 

Les piaillements de quelques moineaux,

Venus des platanes de la place,

Troublaient à peine ce grand repos,

Où languissaient quelques plantes grasses ;

 

En  cette journée aux heures lentes,

Les espaces de silence lourd

Ne révélaient pas de vaine attente

Dans la pièce chaude comme un four.

 

Des relents de tabac, de cuisine,

Et de l'eau laissée dans la bassine

Montraient que l'on vivait en ces lieux,

Mais rien ne s'agitait sous les yeux.

 

Seul le mince filet de fumée

Qui du large fauteuil s'élevait

Trahissait sa présence, et prouvait

Que l'Homme Invisible aimait fumer.

 

JCP  04 2016, pour Les Impromptus Littéraires (utiliser la première ligne comme incipit)

Posté par J Claude à 18:21 - - Commentaires [0] - Permalien [#]