IM.x

absenfe_copie

 

 

535  La mésange et la colombe

 

- Vous me cèderez bien de ces grains que voici,

Fit dame mésange saluant son amie ;

Pour nous autres petits l'hiver est saison rude,

Et revoir le printemps est pauvre certitude.

 

- Alors que vous colombes, prospérez dans la paix,

Nous devons nous charger mieux que des porte-faix ;

Car dès les grands servis, il ne nous reste guère :

Voyez-vous, ces trois grains me seraient salutaires.

 

C'est gros à voler mal que l'oiseau roucouleur

Sur la mésange bleue pointa son bec vengeur :

- Ne vous avisez point de toucher à ces graines,

Vous le regretteriez, lui fit-il plein de haine.

 

Or il vint de grands froids, et lors grande disette ;

Ni grain ni moucheron, plus de panse replète.

Tombant d'une charrette, un sac de tournesol

Se vit crevé d'un trou grand comme un demi- sol.

 

Dame mésange accourt et fait son déjeuner,

Pénètre dans le sac comme on fait son marché.

- Vous me donnerez bien de ce grain que voilà,

Fit dame colombe, - je ne puis entrer là.

 

La mésange dit-on en demeura muette,

Et d'une aile assurée poursuivit ses emplettes.

 

JCP 19 01 13