24 décembre 2019

Toulouse : la tournée des bistrots

 

ou : Chez les marchands de bien-être

(La consommation abusive de boissons alcoolisées nuit à la santé.)

Mises à jour : 20/12/19, 21/12/19, 22/12/2019

 

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INTRODUCTION

 

                         À l’image de toute métropole ou chef-lieu de département, Toulouse a ses bars, ses cafés, ses brasseries, ses restaurants, ses buvettes et ses guinguettes en bord de fleuve ou sur le fleuve, établissements saisonniers pour les derniers ; ainsi que quelques péniches-restaurant.

Beaucoup se limitent à la fonction simple, celle d’offrir café, rafraîchissement et prise de nourriture selon un horaire établi, placés ou non près de lieux passagers (théâtres, cinémas, boutiques, lieux de promenade prisés, musées, universités, grandes écoles, rues commerçantes, parcs et jardins…). Ces établissements-là ne sont pas à proprement parler « marchands de bien-être », mais simplement de boisson et de nourriture prises le plus souvent sans s’attarder (avant de reprendre le travail) : la fonction utilitaire prédomine.

D’autres établissements, fréquentés par une clientèle appartenant à la société toulousaine et environnante, sont pour leur part devenus au fil du temps des lieux de vie passagers, de rencontre et de bien-être d’étudiants, de commerciaux devant leur ordinateur portable, d’artistes, d’écrivains, de jeunes de classes diverses joyeusement mêlés, de supporters en « avant ou après- match », de personnes âgées simplement heureuses d’être là, d’ouvriers sur chantiers voisins, d’employées et d’employés d’établissements proches ou de passage, de buveurs bruyants, voire de respectables trafiquants.

On s’assoit là pour passer un bon moment, on dispose d’un temps que l’on compte bien utiliser à satiété, sans retenue, seul ou entre amis. C’est plutôt à ce dernier esprit, impalpable substance recherchée de tout épicurienne ou épicurien, qu’ont tenu à s’attacher ces lignes : le rien-faire des journées de liberté, où, lassée de lisser le pavé des rues, la semelle, poussiéreuse ou gorgée de pluie exige, autoritaire, l’abri du guéridon.

Ayant fréquenté nombre de ces lieux de bien-être où parfois la convivialité s’invite, l’auteur de ce texte en dresse un panorama conforme à ses préférences personnelles, susceptibles cependant d’offrir un premier aperçu à quiconque. Ceci compte tenu qu’il ne peut s’agir là que d’un instantané de ces établissements, dont configuration et prestations peuvent varier au gré des changements de propriétaire, comme au déplacement de la clientèle vers d’autres lieux - pour des raisons parfois obscures.

C’est ainsi qu’autrefois le centre nerveux de Toulouse s’étendait, depuis les allées Roosevelt (alors nommées Lafayette), vers la place Wilson (nommée de même Lafayette) d’un côté, et vers les deux boulevards, Strasbourg et Carnot, qui prennent naissance en ce lieu précis de l’autre côté. Les grands cafés et brasseries qui y triomphaient alors face à face se nommaient « L’Albrighi » (aujourd’hui « Quick »), et « Les Américains », toujours en place sous le même nom. Ce dernier était considéré comme le plus grand café d’Europe au début du 20ième siècle ! La « FNAC » en a laissé ce qu’il en reste aujourd’hui. Et la fréquentation du lieu, de crinoline, canne et chapeau melon, a plutôt évolué ici vers le populaire et le cosmopolite.

 

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Quant à la place du Capitole, aujourd’hui centre affectif de la ville où « tout » se passe et où il « faut être » pour ne rien perdre de la vie toulousaine, elle n’était alors que croisement de rails, parcage de tramways, d’omnibus, de charrettes, de voitures à chevaux ou à bras de toute sorte, et lieu de foire. Un, ou deux cafés n’y tenaient que quelques tables pour forains et voyageurs, et le lieu fut sans doute un des plus nauséabonds de la ville par la concentration de chevaux qui, passant ou stationnant, y déposaient leurs libéralités. Sous nos préceptes maladifs de propreté, d’hygiène et de sécurité (qui n’ont pour autant pas aboli la guerre), on imagine assez mal cela aujourd’hui.

 

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Par ailleurs, on assiste depuis quelques années déjà à une croissance notable de la clientèle café-brasserie à Toulouse, comme à une fréquentation piétonne grandissante de ses rues. Et la zone piétonne du centre-ville se voit à cet effet agrandie d’année en année. Le spectacle du petit café « quatre-guéridons-huit-chaises-toutes-occupées » sur le trottoir, façade de trois mètres de large brillamment rénovée, nappes à carreaux en pleine rue et senteurs épicées, a de quoi réjouir le flâneur, s’il ne le happe pas au passage. La croissance notable de la ville et de sa périphérie en est certes en bonne part la cause, mais certains croient y voir des relents d’« années folles » en « ces temps d’approche de crise »… bien que parfois débattue en terrasse, la politique est ici hors sujet. Mais, offert à une ville déjà très vivante, ce supplément de fréquentation n’est pas pour déplaire, tant au promeneur qu’au cafetier et au restaurateur.

Ainsi, lisant ces lignes et au terme de quelques tâtonnements (la consommation abusive de boissons alcoolisées nuit à la santé comme il est dit), flâneurs, oisifs comme employés pressés - pour ne citer qu’eux* ! - trouveront le ou les lieux conformes à leurs attentes, et s’y fidéliseront ou non, selon le caractère de la fréquentation, les boissons et les plats proposés, au fil des saisons comme des envies.

Des habitudes des consommatrices* et des consommateurs : depuis quelques années déjà, on peut noter aux terrasses, été comme hiver, le retour surprenant d’une boisson alcoolisée, autrefois honteusement cachée bas derrière tout bar et réservée en journée à l’ivrogne de quartier : le blanc sec. Celui-ci, désormais du dernier chic, est servi en verre dégustation à haut pied lui conférant le prestige perdu hors repas (le rosé n’est pas en reste, et parfois même le rouge). Ceci aussi bien pour le buveur adulte confirmé que l’adolescente jaillie du lycée voisin. De tonitruantes campagnes contre l’alcool n’en sont pas venues à bout : cela rassure un peu sur l’esprit de résistance, que l’on croyait perdu dans notre pays - mais questionne aussi.

Certes, le vigneron ne se plaint pas de la demande nouvelle, heureux de supplanter, satisfaisant ce geste inconsciemment patriotique, le géant Coca-Cola sur un territoire trop longtemps acquis, même si la consommation abusive de boissons alcoolisées demeure et demeurera toujours dommageable à la santé.

* Au-delà de l’écriture dite inclusive exigée des néo-féministes, la domination féminine est aujourd’hui écrasante dans de nombreux cafés toulousains. Nul ne saurait s’en plaindre, et on peut voir là un heureux rehaussement de respectabilité auquel aspiraient tant d’établissements dits « mal fréquentés » par une clientèle quasi-exclusivement masculine, oubliant parfois son savoir-vivre et par trop buveuse. Ceci étant, l’alcoolisme n’est pas seulement l’apanage du « mâle » en question.

 

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                             Souffrant d’un incurable mal le poussant à ces assemblages de mots, peu prisés de nos jours et nommés poésie, l’auteur s’obstine encore à quelques-uns de ces textes brefs, inspirés par ces lieux et ce qu’il y vit - ou crut y voir à travers son pauvre talent.

Écrits à l’adresse des poétophobes en écriture bleutée, ces mots pourront ainsi, aisément repérables, être évités avec un mépris salutaire.

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Au café

 

Guéridon bien placé,

                          de quoi écrire

 et des livres fermés.

 

- Garçon, un seau de virgules,

                       quelques points de suspension

et une grande carafe d’Instant-présent*.

 

 

JCP 12/2019

*À l’eau gazeuse ou bien sur glace,

l’Instant-présent se savoure

accompagné d’un bon rien-faire attentionné.

 

 

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L’ordre est alphabétique. L’appréciation - subjective - va de 1 à 5 verres

Le nombre des visites commentées a été réduit à huit des adresses les plus fréquentées et les plus significatives de la ville.

 

 

 

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1 – L’Alimentation, place de la Bourse (métro Esquirol)

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                        Restaurant, café et bar à vins au style original, plus, à deux pas sur la place, une véritable « épicerie » orientée vins. Ouvert depuis 2015.

Accueil : 8/10

Accueil agréable, service sympathique.

Bien-être extérieur : 7/10

Guéridons classiques, fauteuils métal sur sol un peu inégal (racines d’arbres affleurant). Ombragée, la place est calme et agréable. Passage automobile : bien qu’assez proche, modeste, respectueux et peu gênant. Terrasse couverte et cernée de toile en hiver, avec chauffage au gaz.

Passage piétonnier : continu mais discret. Bonne impression de calme chaleureux, on s’y sent bien.

Bien-être intérieur : 8/10.

Belle salle, cadre agréable et très original : une cuisine dans la salle même. Un pan de mur occupé par des casiers à bouteilles. Hautes tables et tabourets hauts en bonne part.

Clientèle : variée, plutôt jeune et féminine en journée. Diverse à l’heure des repas. Généralement paisible.

Prestations : café toute la journée, restaurant (menu, carte, plats du jour…), soirées dégustation.

Voir et savoir :

https://www.lalimentation.fr/

 

 

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2 - Le Black Lion, allées Paul Feuga (métro et tram « Palais de justice »)

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Image : X

 

Comme son nom le suggère, il s’agit d’un pub de tradition anglaise.

Accueil : non noté.

Pas d’accueil au sens du terme : les boissons ne sont pas servies à table, le client se rend au bar, commande, paie sur le champ et se retire boisson en main vers la table de son choix. Du fait, le pourboire ne semble pas être d’usage. Les personnes (jeunes) affectées aux tireuses de bière sont tout à fait agréables.

Seuls les repas sont servis à table.

Bien-être extérieur : 9/10

Dans l’absence probable d’autorisation à construire en dur, vaste terrasse de type « barnum » à parasols jointifs (chauffants en hiver) et cloisons de toile noire (black) partiellement transparente excluant les courants d’air excessifs. Guéridons et chaises classiques, quelques tables et chaises hautes seulement. La terrasse est divisée en deux parties distinctes par une allée bordée de toile.

Bien-être intérieur : 9/10 côté droit, 8/10 côté gauche

L’intérieur est également divisé en deux parties par, curieusement, l’entrée d’un cabinet d’avocats incluse dans sa superficie. Il y a un bar de chaque côté, le bar côté gauche, plus long (15 tireuses à bière), étant généralement le seul en fonction dans la journée, et le plus fréquenté.

Côté droit : banquettes confortables avec séparations. Ambiance « cosy » agréable.

Côté gauche : guéridons et chaises (quelques tables et tabourets hauts assez peu confortables). Bois sombre, lumière douce.

Aspect général et décoration très attrayante dans un authentique style pub anglais (étagères emplies de vieux objets, livres et bibelots…). Un écran rediffuse en silence et en boucle des évènements sportifs (matches de rugby ou de football en direct à l’occasion). Diffusion d’une musique de fond à volume réduit qui peut passer pour superflue (selon goûts).

Remarque : l’accès aux toilettes en sous-sol, raide et sans main courante, peut présenter un réel danger pour des personnes peu assurées sur leurs jambes, que ce soit de déficience naturelle ou d’ivresse - l’abus d’alcool est… Il existe des toilettes pour handicapés au rez-de-chaussée.

Clientèle : plutôt jeune, joviale et festive, voire parfois bruyante (le soda se consomme peu) mais sympathique : étudiants, employés d’établissements et de commerces voisins, etc… à l’intérieur comme à l’extérieur. Fréquentation soutenue pour cet établissement, auquel s’oppose peu de concurrence significative aux alentours.

Prestations : bar (happy hour), carte brasserie, burgers, cuisine irlandaise et anglaise, plat du jour, tapas, soirées sport en direct, fléchettes…

Voir et savoir :

https://www.theblacklion.fr/

 

 

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3 - Le Cardinal, place Wilson (métro Jean-Jaurès)

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                                 Image : X                               

                        Malgré ses dimensions plutôt modestes, ce café est l’un des plus fréquentés de la place, qui en comptait huit en 2019. Il est tenu depuis 1954 par la famille Ladevèze.

Accueil : 9/10

Personnel en place depuis de nombreuses années, toujours professionnel et agréable.

Bien-être extérieur : 7,5/10

Ludiques sièges de toile noire type « metteur en scène » en terrasse (avec noms d’actrices & acteurs sur le dosseret). Store et cloisons toile et plexiglass, chauffage hivernal au-dessus des places près du mur. De l’incontestable agrément du lieu, la terrasse est très fréquentée, et les sièges sont parfois très rapprochés (accoudoirs jointifs à certains moments). Exposition plein soleil l’après-midi très appréciable en hiver.

Bien-être intérieur : 8/10

Banquettes confortables, chaises un peu plus fermes. Tables hautes et tabourets hauts apparus en 2018 d’un confort discutable, plutôt orientés clientèle jeune.

Quelques places, exigües mais « royales » (guéridons pour 2 personnes maximum) tout contre les panneaux vitrés, très agréables en hiver, offrent, nez contre la vitre, l’impression d’être à l’extérieur avec une large vue sur la très passagère place Wilson, et son immortel manège pour enfants.

Chauffage : pulsé, très suffisant mais assez inégal (se tenir loin de la porte d’entrée incessamment ouverte et refermée desservant la terrasse en hiver).

Atmosphère agréable, et certains jours de pluie d’une joyeuse animation.

Deux grands écrans, volume en sourdine, montrent en permanence des images sélectionnées (sports, nature…).

Clientèle : diversifiée et cosmopolite en terrasse, plutôt âgée et habituée à l’intérieur en journée. Sorties de cinéma.

Prestations : bar, carte brasserie, tapas (à partir de 18h.), cocktails, coupes glacées.

Voir, savoir :

https://www.barlecardinal.fr/

 

 

La Voix du silence

« Le silence est l’élément dans lequel se forment les grandes choses » Maeterlinck

 

Deux silhouettes de hasard

tout près de la vitre embuée.

Gestes timides, voix retenues,

parole sublimée qui veut frôler le cœur

et dit si peu.

Et voudrait dire tant.

 

L’échange des regards,

qui soudain se fait trouble,

tout au fond du silence

relègue l’éloquence.

L’attente se fait doute.

 

Imprudente et tremblante,

la main s’élève et brise la réserve :

quelques gouttes de thé,

qu’un rayon clair traverse,

ont coulé sur le bois verni.

Et deux regards illuminés s’y croisent.

 

Entremetteuses délicates,

les perles qu’on ne boira pas

se font interprètes.

La retenue s’effrite, le geste prend naissance,

mais la tempête des mots qui grondait sourdement

s’en remet encore au silence :

 

Sur le bois clair, lisse et poli,

- rencontre un jour de pluie -

deux mains se sont unies.

 

 

Un jeudi de janvier 2018.

 

 

 

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4 - Le Cyrano, rue St Antoine du Touch (métro Jean-Jaurès)

 

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Image : X

 

                            Petit bar-restaurant sympathique proche de la place Wilson et du quartier St Georges, aux tarifs raisonnables.

Accueil : 9/10

Personnel très agréable.

Bien-être extérieur : 7/10

Une rangée de tables sur le trottoir, accolées au mur. Piétons et voitures proches, dans une rue assez calme toutefois. Terrasse plutôt occupée par clients s’attardant peu.

Bien-être intérieur : 9/10

Décor agréable et de bon goût, banquettes confortables.

Le cadre est calme, plaisant (éclairage tamisé), et on s’y sent bien.

Clientèle : diversifiée en terrasse, plutôt âgée et habituée à l’intérieur en journée. Sorties de cinéma.

Prestations : bar, petite restauration.

Voir, savoir :

Pas de site internet connu pour le moment, quelques avis :

https://www.yelp.fr/biz/le-cyrano-toulouse

 

 

Au « Cyrano »

 

                                         À une belle inconnue

 

Les deux pieds sous la table et devant un demi,

(Rêver du Monde Neuf pour lui c’est le jeudi)

Vint à passer, senteurs de cuir et talons secs,

Une beauté de rêve : « - Ce sera un blanc sec. »

 

Frôlant son guéridon, une hanche parfaite

Jeta son livre au sol. « - Pardon, je suis distraite,

Vous lisiez je le vois. Mais je crois préférable,

Si vous le vouliez bien, autour de cette table,

 

De la conversation goûter le vrai plaisir :

Voyez du magasin dont je viens de sortir

Ce très joli bustier dont je suis assez fière… »

- L’objet à lui tout seul eût attendri la pierre !

 

De grands cheminements se font dans sa pensée,

Il n’exclut pas le sexe et semble intéressé…

Mais se lève courtois, disant incontournable

Un horaire évoqué, paie et quitte la table.

 

 

Jyssépé, Sepembre 2019


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5 - Le Grand Café Florida, place du Capitole (métro Capitole)

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                               On ne présente pas le Florida aux Toulousains : pour beaucoup, sa seule évocation ranime, dans un sourire, des souvenirs joyeux, des anecdotes. Grande brasserie historique située face à l’entrée principale du Capitole (siège de la mairie de Toulouse) ; lieu tenu dans un premier temps par un chocolatier, ses débuts en tant que café datent de 1874. Le Florida figure parmi les plus grandes brasseries de France par le volume des boissons débitées. La plus grande d’Occitanie. Le « Flo » pour les intimes, estudiantins notamment.

On peut se trouver enthousiasmé par ce lieu tellement vivant au point de le fréquenter assidûment - comme le fuir : s’il ne l’a déjà, chacun se fera son opinion (ou pourra, à l’occasion, en changer).

Accueil : 9/10

Personnel en place de longue date pour certains, à la fois stylé, courtois, attentionné et de contact agréable, voire chaleureux, toujours très professionnel malgré l’imposant volume de clientèle. En deux postes et plusieurs échelons, l’établissement emploie une cinquantaine de personnes, voire plus en saison touristique où saisonniers, étudiants, stagiaires d’écoles culinaires, travaillent là, tous conscients d’avoir la chance de se trouver à la bonne adresse toulousaine.

Bien-être extérieur : 8,5/10

La terrasse de 300 places est, dit-on parfois, le centre nerveux de Toulouse. L’espace est divisé en deux par l’allée centrale : café à gauche restauration à droite, la limite fluctuant à la demande.

Les tables carrées au format unique permettent tous les assemblages côté restauration (nappes blanches), le côté café dispose de guéridons ronds traditionnels (pied fonte).

Tout affront sévère au pavé historique étant prohibé, tables et fauteuils (type canné) y sont directement posés. Ainsi, les jours d’affluence (très nombreux ici), l’atmosphère se fait un peu bruyante, chacun cherchant sur le pavé inégal la bonne position pour les quatre pieds de son fauteuil. Ce bruit de fond, vite oublié, est une des marques du Florida, dont jusqu’aux défauts sont appréciés. Le pied caoutchouc, trop vite usé par l’imposante fréquentation, fut tenté sans succès.

Bien-être intérieur : 9/10

Décor agréable et de bon goût, banquettes confortables. Style « belle époque » : fresques murales 19ième siècle, miroirs monumentaux peints au plomb par L. Bordieu datés de 1874.

Le cadre est calme et plaisant, et l’on s’y sent bien. Un piano droit à demeure offre parfois, au gré des pianistes de passage, quelque mélodie en sourdine.

Clientèle : très diversifiée et cosmopolite, plutôt jeune et féminine certains jours, d’autres plus masculine et âgée ; pas de règle véritable. Étrangère en saison touristique (pays voisins et asiatiques représentés) ; employés et hommes d’affaire en visite chez Airbus, représentants ; on y voit également les autorités locales (mairie), des artistes locaux ou de plus grand renom (le Théâtre du Capitole est en face) ; des étudiants, des écrivains ou des joueurs de rugby du « Stade ». Claude Nougaro ne manquait pas, lui non plus, de venir reposer ses pieds sous le guéridon au Florida.

Prestations : service café, tapas et restaurant 7 jours / 7 de 12 heures à 1 heure du matin, jours fériés inclus. Cuisine traditionnelle de qualité constante, poissons, fruits de mer, desserts maison. Les établissements Philippe FAUR de Foix (distingué « Meilleur glacier » par le Gault & Millau), ont une succursale sous le même toit et y préparent les coupes glacées ; ceux-ci vendent également crêpes et glaces en cornet (produits naturels) aux passants, qui ne manquent pas sous les arcades.

Voir, savoir :

http://www.leflorida-capitole.fr/fr/

 

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 Jour de rugby

 

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6 - Les Pêcheurs de Sable, port de la Daurade (métro Esquirol)

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Im. JCP

 

                                             Idéalement situé au port de la Daurade (départ de bateaux-mouches), lieu rénové et réhabilité (nouvelle plantation d’arbres, extension des jeux d’enfants existants, sièges et bancs, etc…), ce bar-petite restauration-guinguette est un des lieux de Toulouse où, les yeux sur le fleuve, sur les enfants qui jouent, sur quelques musiciens faisant cercle assis dans l’herbe, ou sur quelques saltimbanques des temps modernes, on se sent le moins en ville. Et, à la nuit tombée, on y danse.

Inondable et exclusivement terrasse, le lieu est saisonnier (mai-octobre).

Accueil : non noté.

Pas d’accueil : le client se rend au tout petit bar (de la taille d’une large fenêtre), y est servi, paie sur le champ et se retire boisson en main ou sur plateau vers la table de son choix. S’il y a des plats en commande (chauds ou non), un prénom est requis et l’on doit s’attendre à être hélée ou hélé par le serveur qui porte les plats à table.

Le personnel est d’un naturel agréable et jovial (jeunes saisonniers souvent étudiants). File d’attente parfois imposante aux beaux jours. Petite boîte à pourboires sur le comptoir.

Bien-être extérieur : 7/10

Comme dit plus haut, l’établissement se limite à la terrasse (dalle béton-piste de danse). Guéridons métalliques pliants et grandes tables conviviales, chaises pliantes bois-métal et bancs. Confort plutôt modeste donc, mais nul n’est là pour le moelleux. Vue sur le fleuve. Ombre de grands platanes complétée par quatre hauts et grands parasols, refermés vers 17 heures afin d’y accrocher les guirlandes lumineuses pour la soirée.

Le client débarrasse sa table, moyennant quoi les tarifs demeurent attractifs. Poubelles de tri sélectif près des toilettes.

Clientèle : diversifiée, plutôt jeune, et parfois conviviale malgré une smartphonomanie aussi aigüe ici qu’ailleurs.

Prestations : bar, petite restauration imaginative, tapas. Démarche écologique en restauration comme en boisson (bières, cidre et jus de fruits bio). Le demi « La Bise » le moins cher de la ville (avec ceux des parcs et jardins).

Guinguette par beau temps dès la nuit tombée. Ambiance sympathique et bon-enfant.

Fermeture 22 heures.

Voir, savoir :

Pas de site internet spécifique pour le moment, aperçu rapide :

https://www.toulouscope.fr/lieux/bars/pecheurs-de-sable/

 

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  Im. JCP

 

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Images : X

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Aux « Pêcheurs de Sable »

            

Tranquillement assis tout en bout de travée,

Cahier crayon en main et d’humeur concentrée,

Il composait des vers, ce jour-là fort mauvais.

- À ce jeu mal aimé personne n’est parfait.

 

Perdu dans la pensée, il sent soudain trembler

Le sol autour de lui, banc et table vibrer :

Quatre sœurs approchaient, et le plus délectable

Fut qu’elles le priaient de partager sa table.

 

La surprise passée, il se montra courtois,

Pour elles se levant du petit banc de bois.

De l’âge un peu lassé jusqu’au joyeux délire,

Sur les quatre minois il se pouvait tout lire.

 

Réunies dans la joie par l’avion par le train,

De bière en jus de fruit il sut tout* de ces femmes,

Mais vit, brûlant pour lui, un regard tout de flamme

- Au moment du départ : le Temps est assassin.

 

Des deux regards croisés par-dessus cette table,

L’un à l’autre attachés, seuls au monde un moment,

- Qui dans une autre vie auraient pu être amants* -,

Il voulut mettre en vers la rencontre improbable.

 

 

* Pour ma part j’en doute un peu. Ainsi sont les poètes…

JCP 13 Septembre 2019. Aux quatre inconnues des « Pêcheurs de Sable », quatre sœurs réunies là - d’humeur sympathique, joyeuse et vagabonde.

 

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7 - Le Père Léon, place Esquirol (métro Esquirol)

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                    Image : X            

                    Fondé en 1905 par Léon Sentenac sous le nom « Aux Caves du Père Léon », ce café-brasserie-hôtel, superbement rénové en 2012, demeure un des plus connus des Toulousains, dont le sourire à sa seule évocation en dit assez : une institution ancrée dans le temps. En tout huit débits de boisson sur la place en 2019.

Accueil : 9/10

Personnel à la fois stylé, courtois, attentionné, de contact agréable et très professionnel.

Bien-être extérieur : 6,5/10

La terrasse, qui comporte cinq grands parasols rectangulaires non liés (écoulements de pluie possibles) et non chauffés en hiver, se voit partagée en deux par un passage piétonnier incessant, et bordée par l’imposante circulation automobile traversant le carrefour en direction du pont Neuf ; gêne accrue d’un feu tricolore, d’un arrêt de bus et d’une bouche de métro. La rue St Rome voisine, commerçante et piétonne, est une des plus fréquentées de la ville. Indifférence au bruit, à la pollution et à la proximité de la foule requis en terrasse - ou passage fugitif. Celle-ci ne manque cependant pas de clientèle dès les beaux jours et jusqu’aux premiers froids.

Bien-être intérieur : 9/10

Banquettes et chaises confortables (skaï rouge), aménagement d’un luxe de très bon goût (chêne sombre et marbre rose recouvrant les radiateurs de chauffage central), éclairage doux d’imposants lampadaires de style (laqués blanc, grand abat-jour de verre blanc) parfaits pour la lecture et l’écriture, comme le travail sur ordinateur portable.

Probablement le lieu de la ville le mieux chauffé en hiver. On se sent bien au Père Léon, au point que le temps peut y devenir un ennemi.

Clientèle : diverse en terrasse, plutôt âgée et habituée à l’intérieur en journée.

Prestations : bar, carte brasserie traditionnelle, « Menu toulousain », « Menu gourmand ». Restauration uniquement le midi (fermeture 19h30), fermé le dimanche.

Divers : Ascenseur accès toilettes et restaurant à l’étage. Le bar est une très belle pièce d’ébénisterie, et la collection de vieilles bouteilles noircies contenant vins et spiritueux datant de 1905 est unique à Toulouse (sur grandes étagères au-dessus et à droite du bar).

Voir, savoir :

https://www.pere-leon.com/

 

 

Au « Père Léon »

 

Messagers du temps au noir regard que la poussière voile,

des siècles prisonniers observent, silencieux,

chaque jour qui se meurt et s’ajoute à leur âge.

 

Éclos du sillage empourpré des veinules de pierre,

de hauts champignons de lumière couvrent,

de leur blancheur sage, la litanie du faire aux tables parées.

Et des vapeurs sonores, animant à son terme la longue voie de marbre,

répandent dans les airs l’arôme des bonheurs apaisés.

 

L’éternelle continuité, qui toujours s’écoule au dehors,

perce de toutes parts le vaste écran des murs de verre,

où la vie se répète et ne meurt pas.

 

La brise aux effluves de rue

laisse entrer avec elle de nouveaux captifs,

conserve du dehors un œil sur eux puis,

soumise à leur vouloir, les libère débonnaire.

 

Et la porte de verre s’ouvre et se referme

entre deux longues bouffées de silence.

 

 

Novembre 2019

 

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8 - Le Wallace, place St Georges (métro Jean-Jaurès)

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LeWallace©ML 680copie

            Image : X                  

                Ce café-brasserie, autrefois club privé (et renommé) sous le simple nom de « St Georges », et dont le gérant fut surnommé en son temps « Plus-Belles-Bretelles de Toulouse » - ce qui était la stricte vérité -, est aujourd’hui parvenu à attirer à lui la plus grande partie de la clientèle de la place, qui comptait en 2019 une dizaine de débits de boissons. Ceci grâce à sa vaste terrasse débordant sur la place, de prime abord timide et peu confortable à la réouverture sous le nouveau nom de Wallace, aujourd’hui couverte de parasols chauffés en hiver, et bondée par beau temps.

Accueil : 7,5/10

Personnel agréable, parfois un peu dépassé par la fréquentation en haute saison.

Bien-être extérieur : 9/10

Sous le vaste ombrage aéré d’un micocoulier plus que séculaire, le lieu est sans doute un des plus agréables de Toulouse. Pour qui goûte le calme et la verdure, la place St Georges, arborée, avec son jardin d’enfants miniature et ses forains fleuristes-légumiers, a des allures de quartier paisible. La circulation automobile, modeste et au ralenti, ne représente pas une gêne notable. Les piétons eux-mêmes y adoptent le pas du flâneur. Sièges cannés et guéridons ronds au plateau ornementé de publicités en sous-verre remplacées périodiquement.

Bien-être intérieur : 8,5/10

L’intérieur est assez exigu, mais agréable et lumineux et, si hautes tables et hauts tabourets sévissent ici aussi, il est possible, côté gauche face au bar, de s’asseoir plus confortablement et de façon traditionnelle. Deux grands écrans, qui montrent sports et actualités en permanence volume en sourdine, ne présentent pas de gêne notable.

Clientèle : jeune et en majorité féminine en terrasse, généralement plus âgée à l’intérieur.

Prestations : bar, carte brasserie, pas de pâtisseries ni de coupes glacées hors repas.

Voir, savoir :

https://www.lewallace.com/

 

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Citons pour clôturer ce poème de Louis Aragon, faisant état d'une tournée des cafés parisiens où le poète aimait, lui aussi, à s'installer pour écrire, et ces vers :

 

LES MOTS M'ONT PRIS PAR LA MAIN

Je demeurai longtemps derrière un Vittel-menthe
L’histoire quelque part poursuivait sa tourmente
Ceux qui n’ont pas d’amour habitent les cafés
La boule de nickel est leur conte de fées
Si pauvre que l’on soit il y fait bon l’hiver
On y traîne sans fin par la vertu d’un verre
Moi j’aimais au Rocher boulevard Saint-Germain
Trouver le noir et or usagé des sous-mains
Garçon de quoi écrire Et sur la molesquine
J’oubliais l’hôpital les démarches mesquines
À raturer des vers sur papier quadrillé
Tant que le réverbère au-dehors vînt briller
Jaune et lilas de pluie au cœur du macadam
J’épongeais à mon tour sur le buvard-réclame
Mon rêve où l’encre des passants abandonna
Les secrets de leur âme entre deux quinquinas
J’aimais à Saint-Michel le Cluny pour l’équerre
Qu’il offre ombre et rayons à nos matins précaires
Sur le coin de la rue Bonaparte et du quai
J’aimais ce haut Tabac où le soleil manquait
Il y eut la saison de la Rotonde et celle
D’un quelconque bistrot du côté de Courcelles
Il y eut ce café du passage Jouffroy
L’Excelsior Porte-Maillot Ce bar étroit
Rue du Faubourg-Saint-Honoré mais bien plus tard
J’entends siffler le percolateur dans un Biard
C’est un lieu trop bruyant et nous nous en allons
Place du Théâtre-Français dans ce salon
Au fond d’un lac d’où l’on
                                            voit passer par les glaces
Entre les poissons-chats les voitures de place
Or d’autres profondeurs étaient notre souci
Nous étions trois ou quatre au bout du jour assis
À marier les sons pour rebâtir les choses
Sans cesse procédant à des métamorphoses
Et nous faisions surgir d’étranges animaux
Car l’un de nous avait inventé pour les mots
           Le piège à loup de la vitesse
Garçon de quoi écrire Et naissaient à nos pas
L’antilope-plaisir les mouettes compas
           Les tamanoirs de la tristesse
Images à l’envers comme on peint les plafonds
Hybrides du sommeil inconnus à Buffon
           Êtres de déraison Chimères
Vaste alphabet d’oiseaux tracé sur l’horizon
           De coraux sur le fond des mers
Hiéroglyphes aux murs cyniques des prisons
N’attendez pas de moi que je les énumère
Chasse à courre aux taillis épais Ténèbre-mère
Cargaison de rébus devant les victimaires
Louves de la rosée Élans des lunaisons
Floraisons à rebours où Mesmer mime Homère
Sur le marbre où les mots entre nos mains s’aimèrent
Voici le gibier mort voici la cargaison
Voici le bestiaire et voici le blason
Au soir on compte les têtes de venaison
           Nous nous grisons d’alcools amers
                      Ô saisons
Du langage ô conjugaison
                                            des éphémères
Nous traversons la toile et le toit des maisons
Serait-ce la fin de ce vieux monde brumaire
Les prodiges sont là qui frappent la cloison
Et déjà nos cahiers s’en firent le sommaire
Couverture illustrée où l’on voit Barbizon
La mort du Grand Ferré Jason et la Toison
Déjà le papier manque au temps mort du délire
 
Garçon de quoi écrire

 

Jyssépé 11-12 / 2019