13 juin 2018

La révolte des parapluies (0926)

 

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                                                                                                                                 Toulouse, rue Alsace-Lorraine, 2015

 

La révolte des parapluies

                                                                                                      Dédié à V.

 

 

                          Il plut tant cette année-là qu’un surcroît de travail fut exigé des parapluies, dont la fibre n’avait le temps de sécher entre deux averses. La structure de certains connut l’oxyde, on vit des manches trop secs se fendre sous les trombes d’eau, et leur tissu affecté de moisissure.

                       Les météorologues, dépassés par la tâche et craignant pour leur vie, n’avaient d’autre recours que percer en cachette la paroi du pluviomètre, écartant la vindicte des masses courroucées par cet astucieux stratagème.

                          Et l’on vit même, catastrophe climatique jamais signalée, des laboratoires pharmaceutiques consacrés à l’effervescent exploser sans flamme ni fumée, tant le taux d’hygrométrie des airs avait passé le connu de cadrans obsolètes. La nuée guérisseuse ainsi répandue sur tout le sud du pays offrit bonne santé à tous - jusqu’aux hypochondriaques dépités.

                    Cependant, le peuple nombreux des parapluies continuait à souffrir, et ce fut le « SPPPH », Syndicat des Protections Portables Propres à l’Homme, accru des membres du « SPFPH » (remplacer « Portable » par « Fixe »), regroupant tentes et parasols (les tentes bédouines brillèrent d’une absence peu solidaire), qui porta l’alerte à la sourde oreille humaine trop préoccupée d’essorage, quant à la gravité de la situation par de vastes manifestations dans tout le pays.

                      Sous des airs purs tant ils étaient lavés, on vit la foule large de la Gent Protectrice assemblée sur les places, réunie dans les parcs et les squares, manifester dans un silence contenu leur affliction pluvieuse, privant ainsi de leurs bienfaits des humains mécontents. Sous les accents brisés d’orateurs bronchiteux, on soutenait malades et blessés d’une foule pitoyable qui n’aurait pas dépareillé dans la gueule béante des grottes à miracle.

                       En appelant à la chaude influence ibérique, la ministre du Temps - trop fraîchement nommée -, décréta l’éradication des Pyrénées. Et n’eût été la logistique coûteuse, la libre circulation nuageuse eût été rétablie, unifiant ainsi deux climatologies.

                       Dès lors sans protection sous une ondée permanente - telle que Darwin eût prédit nageoires et branchies aux races du futur -, l’humain désespéré, triste et désemparé, ne faisait qu’accroître le déluge infernal du flot continu de ses larmes.

On vit des suicides heureux accomplis par le feu.

                      Cette situation aurait pu perdurer si, après tant de pluie, le beau temps ne fût revenu. Alors la pluie cessa. Et, flaques asséchées, parapluies apaisés, consolés et soignés, la vie reprit son cours sous un soleil radieux.

 

 

JCP 13 05 2018, sur une idée de parapluie proposée par V.

 

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30 mai 2018

Le courroux du kyosaku (0920)

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Le courroux du kyosaku*

 

                                                                        Dédié à B., V. et J.M.

 

Symbole d’un pouvoir au Vide pour substance,

Sur le lit de son ombre il reposait serein,

Et se laissait bercer par la cloche d’airain

Dans la ferveur des voix aux plaisantes nuances.

 

Sous ces chants merveilleux venus du bout du monde,

Il retenait les larmes d’émotions si profondes

Qu’il ressentait sa fibre vibrer à l’unisson,

Car il était du bois dont on fait les violons.

 

Mais du concert parfait on a troublé le rite.

Percussions échappées - ou notes mal écrites -

Le jetèrent à bas sur le grand tatami :

L’homme résolument n’était pas son ami !

 

Et la pièce de bois, d’un courroux des plus justes,

S’élevant du tapis d’un vigoureux élan,

Par la fenêtre ouverte - prodige saisissant -,

Rejoignit la forêt et redevint arbuste.

 

Depuis ce jour maudit, l’ombre du kyosakou

Plane sur son support. Et par les soirées calmes,

Certains disent sentir comme un souffle à leur cou :

Le bâton rituel avait-il donc une âme ?

 

 

 

* Le kyosaku (prononcer kyosakou) est une sorte de bâton plat (image) avec lequel les maîtres des monastères zen frappent l'épaule du disciple dont l'attention se relâche, ou qui s'assoupit au cours de la méditation. Dans les dojos zen occidentaux fréquentés par les laïcs, le maître utilise le kyosaku à la demande du pratiquant dans le but de détendre les muscles des épaules.

JCP 30 05 - 01 06  2018

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16 mai 2018

Salutaire serpent (0919)

 

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Salutaire serpent

                                        Dédié à V. et à J.M.

 

 

Poussé par la pensée dont l’élan volontaire

Appelait à guérir, le tube salutaire,

En serpent échappé de quelque caducée,

Progressait lentement dans la narine enflée.

 

Porteuse de douleur, la marche interminable

De ce corps étranger dans un corps de patient

A fini par cesser. Mais surgit le torrent

Des eaux chargées de sels aux suites redoutables,

Et le corps qui se crispe sous l’attaque du feu

Appelle en vain la mort, qui se rit de si peu.

 

La vague de souffrance pourtant trouve sa grève.

En ce corps affligé qui retrouve sa sève,

De grands apaisements semblent tomber des cieux

Sous l’explosion de joie des soins miraculeux.

 

 

 

JCP 16 -18 / 05 / 2018

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O.B.N.I. ou : Le Zazen du bois (0864)

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Portrait d'un O.B.N.I. (l'OBNI, d'humeur quantique, se dérobe au gros plan)

 

 

O.B.N.I.*

Ou : Le Zazen du bois

                                         Dédié à V. et à J.M.

 

 

Fait du bois le plus noble et d’un poli parfait,

Il avait tout pour plaire, mais nul ne parvenait

A percevoir l’usage de cet objet bizarre :

Un plateau, deux montants emprisonnant deux barres.

 

Ainsi le Grand Koan**, l’article de Paris,

L’appareil de science et mille théories,

Tout fut envisagé ; on le retourna même,

Et l’on trouva pour lui tous les noms de baptême.

 

Mais du fond de la salle une voix s’éleva :

- Tout l’esprit de Zazen est dans cette machine,

Il convient de l'asseoir aux côtés du Bouddha :

Le Rien-Faire-Attentif qui nous vient de la Chine

Est semblable au repos de l’objet sans emploi,

Qui nous montre l’exemple de sa fibre de bois !

 

 

(Publié à l'origine en Mars 2018)

 * Inspiré par un « Objet de Bois Non Identifié » hautement commenté à certain Dojo Zen après Zazen*.

** Koan : énigme en usage dans le Bouddhisme Zen, plus particulièrement le Zen Rinzaï.

* Zazen : méditation assise du Bouddhisme Zen.

JCP 09 03 2018

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08 décembre 2017

Zarathoustra monte en bateau

 

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Zarathoustra monte en bateau

                                                                                                    Dédié à V.

 

- On ne me comprend pas se dit Zarathoustra ;

Mais sous ce soleil bas taché d’horreurs mystiques,

Je le sais maintenant, le Surhumain naîtra -

De fleuves impassibles, ou de drames antiques.

 

Et le danseur de corde, sublime et solennel,

Aux trombes aux ressacs rythme son lent délire.

Il sait le bien, il sait le mal, tantôt sage ou charnel,

Tel un noyé pensif qui pleurerait sa lyre.

 

- Ayant vu quelquefois ce que l’homme a cru voir,

Je planterai le germe d’un tout nouveau savoir,

Car sous le gouvernail des éveils maritimes,

Mon aigle et mon serpent reconnaissent l’abîme.

 

Dans les clapotements de furieuses marées,

Le vieil arbre noueux, qu’embrasse un cep de vigne,

Au poème des mers qui ne connaît d’arrêt

Voit le monde parfait qui de loin lui fait signe.

 

Ainsi Zarathoustra, en son âme éveillée,

Et par le Surhumain qui lui fut révélé,

Au pied des azurs verts dont il souffrit les trombes,

Connut l’aube exaltée que peuplent les colombes.

 

 

Arthur-Friedrich-Wilhelm

 

JCP 08 12 2017, adaptation libre de deux oeuvres majeures*, irrévérencieusement entremêlées.

 

* "Ainsi parlait Zarathoustra" de Friedrich Nietzsche et "Le Bateau ivre" d'Arthur Rimbaud.

 

Posté par J Claude à 17:46 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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